Listes européennes : la sélection des pires



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Les pires travers des partis se manifestent lorsqu’ils choisissent leurs candidats au Parlement de Strasbourg, assure la députée européenne (ADLE). Imaginons un pays soucieux de défendre ses intérêts, dont la plupart des responsables politiques s’accordent sur le fait qu’il faut « changer l’Europe ». En paroles, les responsables politiques de ce pays promettent en général qu’ils reprendront la main en endiguant « l’influence ultralibérale anglo-saxonne ».

Imaginons que ce pays ne soit toujours pas remis d’une crise de grande ampleur qui a engendré un chômage sans précédent et des inégalités croissantes. Depuis une dizaine d’années, sa compétitivité se dégrade dans des proportions inquiétantes, comme le montre le déficit de son commerce extérieur.

Imaginons que le Parlement chargé d’adopter une partie importante de la législation applicable dans ce pays, notamment en matière économique, le Parlement européen, soit bientôt renouvelé. Ajoutons qu’il s’agit même du premier scrutin depuis que ses pouvoirs ont été renforcés, en 2009, au point d’en faire un lieu d’influence décisif. Que, dans le même temps, les citoyens de ce pays, moteur de la construction européenne, n’ont jamais autant douté du bien-fondé de l’Europe.

Imaginons enfin un contexte mondial troublé, marqué par l’émergence de nouvelles puissances et le recul relatif, démographique, économique, de l’Europe.

Que font, dans ces conditions, des partis politiques responsables ? Ils décrètent une mobilisation générale. Ils accordent aux questions européennes l’importance qu’elle mérite, qui n’est certes pas moindre que les enjeux municipaux. Dans l’intérêt national et européen, ils identifient des priorités stratégiques ; donc les commissions parlementaires où dans les cinq années à venir se jouera le destin du pays et de l’Europe : le commerce international pour les négociations de libre-échange avec les États-Unis ; les affaires économiques et monétaires pour la gouvernance de l’euro ; les libertés publiques pour les dossiers migrations et Schengen.

Afin d’y accroître leur influence, ils choisissent les candidats les plus compétents, parlant bien anglais, et même allemand, vu le rôle de l’Allemagne. L’influence suppose d’être capable d’intervenir dans le débat public des pays partenaires et de peser sur les choix collectifs. Ce n’est pas facile.

Puisqu’il y va de l’intérêt national et de l’avenir de l’Europe, ils ne songent pas à recycler dans ce Parlement des éclopés des scrutins nationaux. Parmi les sortants, ils écartent les paresseux, pas si nombreux, et faciles à repérer dans une assemblée où le travail de chacun est bien recensé. Ils excluent les cumulards, comme ceux qui sont soupçonnés de conflits d’intérêt. Les citoyens soumis à une compétition féroce pour trouver un emploi dans le privé ne comprendraient pas que leurs impôts servent à payer des « touristes » ou des profiteurs.

Enfin, les états-majors des partis prennent conscience du terrible sentiment d’exclusion qui frappe la jeunesse : pour cette raison, ils mettent en position éligible des jeunes de 30 à 40 ans, cette génération compétente, qui subit la crise de plein fouet et devra supporter le poids de la dette. C’est possible, comme le montre le rajeunissement récent de la classe politique italienne. Les générations qui ont contribué à mettre le pays dans la situation où il se trouve ont la décence de se retirer. Dans un pays comme l’Allemagne, il est d’usage que les perdants des scrutins nationaux quittent la vie politique.

Voilà ce que ferait un pays sérieux, un grand pays conscient de ses responsabilités et des enjeux. Ce n’est malheureusement pas ce qui se passe en France.

© 2014 Le Figaro.

Sylvie Goulard

Conseil en stratégie et résilience – Transitions européennes et globales

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