Catégorie : Médias

Les différentes interventions de Sylvie Goulard dans les médias

  • Revue de presse : « Refuser la Turquie et retenir la Grande Bretagne » par Alfred Grosser

    Revue de presse : « Refuser la Turquie et retenir la Grande Bretagne » par Alfred Grosser

    On ne devrait pas oublier les textes en vigueur. Il en est ainsi du Traité sur l’Union européenne. Son article 49 fixe les conditions de l’entrée de nouveaux membres, l’article 50 détermine les mécanismes de la sortie de membres actuels. L’un concerne la Turquie, l’autre la Grande Bretagne.

    Tout État européen qui respecte les valeurs visées à l’article 2 et s’engage à les promouvoir peut demander à devenir membre de l’Union. Il s’agit des « valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, ainsi que le respect des Droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. « Tout Kurde qui prendrait connaissance de cette dernière stipulation ne pourrait que sourire avec amertume. Face à l’évolution de la Turquie, les membres de l’Union devraient dire clairement à Erdogan : « A quoi sert-il de négocier votre future entrée, puisque l’article 49 s’oppose clairement à celle-ci ? » Mais il y a le problème des réfugiés. Lorsqu’on ose dire au quasi-souverain que l’emprisonnement de journalistes par une justice aux ordres, au nom d’une loi « antiterroriste » ne devrait pas avoir lieu, il répond que personne n’a le droit de se mêler des affaires intérieures de son pays. Que répliquer puisqu’il accepte, contre force milliards, de mettre dans des camps turcs les réfugiés débarqués en Grèce ou ailleurs, les empêchant ainsi de tenter d’atteindre les pays européens prospères ?

    La visite d’Angela Merkel dans les camps de réfugiés

    La chancelière mène cette politique de capitulation. Elle a même accepté de visiter un de ces camps. Celui qu’on a préparé à être présentable. En 1787, le ministre Grigori Potemkine avait fait fabriquer en Crimée des villages artificiels prospères à montrer à l’impératrice Catherine II. Dans l’été de 1933, Édouard Herriot, grand homme politique français, revient d’une visite en Ukraine . « Lorsqu’on soutient que l’Ukraine est dévastée par la famine, permettez-moi de hausser les épaules ». Alors que la famine imposée par Staline tue toute une population, on lui a montré des « villages Potemkine » où les paysans ont été remplacés par des agents prospères de la police secrète. Angela Merkel n’a pas visité les camps où les réfugiés souffrent de la faim et de mauvais traitements.

    L’oubli de l’article 50.

    La chancelière a aussi conduit les autres États de l’Union à faire d’avance d’énormes concessions à David Cameron. On devrait d’abord s’étonner que le Conseil européen ait pu agir sans consultation, sans accord des autres institutions européennes. Mais le Conseil, c’est-à-dire la réunion des gouvernements, est vraiment devenu le vrai maître de l’Union, marquant ainsi la victoire de l’Europe des États du Général de Gaulle sur l’Europe transnationale de Robert Schuman. La Grande Bretagne aurait ainsi le droit de ne pas tenir compte de la formule du Traité visant à « former une union toujours plus étroite ». Sans appartenir à la zone euro, elle pourrait siéger dans ses instances et, sans y avoir droit de veto, elle pourrait exiger l’intervention des parlements nationaux avant toute décision.. Toutes les concessions dont le premier ministre peut se vanter dans son mol soutien au refus du Brexit, se sont faites sans référence à l’article 50.

    Tout État membre peut décider,conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union. (Il) notifie son intention au Conseil européen… L’Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait. ..Il est conclu au nom de l’Union par le Conseil statuant à la majorité qualifiée , après approbation du Parlement européen.

    Un refus du Parlement ?

    Tout le monde est d’accord pour dire que les négociations dureront au moins deux ans. Mais personne ne semble envisager le cas où le Conseil ou le Parlement refuseraient l’accord et empêcheraient ainsi la sortie de la Grande Bretagne. Et celle-ci, selon l’alinéa 4, n’aurait pas le droit de participer aux délibérations des institutions qu’elle voudrait quitter. La probabilité, au cas où le référendum verrait la victoire du « Brexit », serait que le Conseil s’inclinerait. Ce serait moins certain pour le Parlement.

    Mais les concessions faites d’avance tomberaient-elles d’elles-mêmes ? En tout cas, il serait bon que les instances européennes montrent clairement tout ce que le Royaume-Uni gagne à être membre et tout ce qu’il perdrait s’il quittait l’Union. Elles se mêleraient ainsi de ce qui les regarde. Malheureusement, depuis les présidents du Conseil et de la Commission jusqu’aux dirigeants de bien des États membres, ils paraissent si peu affirmatifs sur les contenus de l’Union et sur ses perspectives qu’il en résulte une timidité terriblement coupable.

    Alfred Grosser

    Sur la situation présente, vient de paraître l’excellent livre de Sylvie GOULARD, combative députée européenne, Goodbye Europe (Flammarion, 135 p. 12 euros)

  • Press review: Brexit would leave EU less liberal, less Atlanticist – Reuters

    Press review: Brexit would leave EU less liberal, less Atlanticist – Reuters

    BRUSSELS, June 6 (Reuters) – A European Union without Britain would be financially poorer, less economically liberal and free-trading, less Atlanticist and less open to further enlargement.

    A British vote to leave the 28-nation EU in a referendum on June 23 would not only deal a severe blow to the union’s self-confidence and international standing, amputating it of its second biggest economy and one of its two main military powers.

    It would also blow a hole in the EU’s common budget and tilt the balance away from the open, competitive economy favoured by the Netherlands, Sweden, Ireland and central European states, towards protectionism and heavier regulation.

    Even committed European federalists acknowledge that Britain has made major contributions in opening up the community’s internal market, promoting an outward-looking foreign policy and sharing a pragmatic, empirical administrative culture.

    “We would lose the intrinsic value of Great Britain – its global geopolitical vision, economic common sense and financial and legal know-how,” said Sylvie Goulard, a French member of the European Parliament from the centrist liberal ALDE group.

    Supporters of a more deeply integrated political union centred on the 19-nation euro currency area would have no cause for rejoicing, since eurosceptics elsewhere would be emboldened to press for their own renegotiations and referendums.

    “The real risk is not (Britain) remaining in the EU, it is a leave vote, which could perpetuate the disintegration of the entire European Union,” said former Belgian Prime Minister Guy Verhofstadt. A keen federalist, he represented the European Parliament in negotiations between Prime Minister David Cameron and other EU leaders in February that led to a deal exempting Britain from the EU’s treaty goal of “ever closer union”.

    “Brexit would make the narrative of the EU about disintegration, not integration,” researchers at the London-based Centre for European Reform said in a report entitled: “Europe after Brexit: unleashed or undone?”

    For one thing, much of the EU’s time and energy would be consumed for the next two years or longer by wrangling over the terms of withdrawal and the UK’s future relations with the bloc.

    Aside from that, the EU’s historic Franco-German axis seems too weak to agree on any major strengthening of the euro zone, at least until after elections in both countries in 2017.

    “I don’t think Europe can transform itself and make a bold leap forward in integration with the current cast of political characters. Perhaps with their successors,” Goulard said.

    Unpopular French President Francois Hollande is in the last year of his term, while German Chancellor Angela Merkel is constrained by domestic resistance to an influx of refugees and to any more risk-sharing with southern euro zone countries.

    POWER DYNAMICS

    The power dynamics of European leadership would change if Britain quit. Germany would lose a counterweight to French economic dirigisme. France would lose its main partner in supporting EU military missions in Africa and elsewhere.

    Europe might be less inclined to stand up to Russia, or to work as closely with the United States.

    The EU would remain divided into a majority of countries which share the euro, and a minority that have not yet joined or have voted to stay out. But those non-euro countries – Sweden, Denmark, Poland, the Czech Republic, Hungary, Bulgaria, Romania and Croatia – would have less clout without Britain’s presence as the main financial centre outside the single currency area.

    Guntram Wolff, a German economist who heads the Bruegel economic think-tank in Brussels, said the Berlin establishment was in a funk, fearing that “we are left alone with all those Mediterranean spending countries with a preference for redistribution and we are going to pay for them and drift away from a liberal, pro-market, TTIP Europe. That’s the big angst.”

    Among the headaches for the EU would be how to make up for Britain’s contribution to the common European budget, most of which goes on subsidies to poorer regions and to farmers.

    The UK is the number three net contributor after Germany and France, paying in an average 9.23 billion euros a year more than it received from EU coffers in 2010-2014, according to the European Commission. It would continue to pay contributions for at least two years until it finally left.

    Britain’s EU friends would lose a powerful ally on issues such as upholding free and unfettered competition, curbing state aid to industry, resisting tax harmonisation, and opposing barriers to trade with China and other emerging economies. A hub of EU-funded research and innovation would drift away.

    “I fear it would be a less open, liberal Europe without the Brits,” said a Swedish diplomat. “That would make it harder for us to win the economic arguments.”

    London was the biggest supporter of the EU’s eastward enlargement to take in 12 mostly former Communist states in 2004 and 2007 – at least partly in the belief that a wider EU would slow centralisation.

    No country has fought harder for ambitious free trade pacts with the United States, Canada, Japan and other major economies.

    Without energetic British backing, the Transatlantic Trade and Investment Partnership (TTIP) under negotiation between Brussels and Washington is less likely to come to fruition.

    German and Austrian voters are reticent over data privacy and private arbitration courts, while the French are anxious over so-called “Frankenstein foods” – hormone-treated beef, chlorine-washed chicken and genetically modified crops. (Writing by Paul Taylor; editing by Andrew Roche)

  • Goodbye Europe

    Goodbye Europe

    Retrouvez ici l’émission La Cité du Livre (LCP 03/06/2016) consacrée à “Goodbye Europe”.

  • La prochaine génération sera-t-elle européenne ? – Vidéo de la conférence des Mardis des Bernardins

    La prochaine génération sera-t-elle européenne ? – Vidéo de la conférence des Mardis des Bernardins

    Mardi des Bernardins du 24 mai 2016 au Collège des Bernardins

    La construction de l’ Europe relève d’un long processus laborieux. Près de 60 ans après le Traité de Rome de 1957 reste -t- il un espace pour la poursuite d’un projet européen ? Le développement des échanges intra-européens contribue à nourrir une culture commune pour la jeunesse. La monnaie unique, les voyages facilités par l’espace Schengen, les échanges universitaires Erasmus, sont autant de moyens permettant l’avènement d’un esprit européen conforme au vœu de Schuman de « créer une union sans cesse plus étroite entre les peuples ». Toutefois, les récents résultats électoraux des partis extrêmes lors des élections européennes, témoignent d’un euroscepticisme croissant et d’une réalité politique inaccessible aux citoyens a fortiori jeunes . Alors qu’initialement, l’organisation européenne était perçue comme un moyen de rassembler les peuples, le contexte actuel semble révéler une défiance généralisée: Grèce, migrants, BrExit … autant d’épreuves pour la solidarité européenne. L’Europe saura-t-elle faire face à ce contexte délicat ? La prochaine génération sera-t-elle européenne ?

    En collaboration avec les classes préparatoires du lycée Notre-Dame du Grandchamp.

    INTERVENANTS

    Valéry Giscard d’Estaing
    Président de la République française de 1974 à 1981

    Sylvie Goulard
    Députée européenne

    Antoine de Romanet
    Co-directeur du département de recherche Société, Liberté, Paix

    Dominika Rutkowska-Falorni
    déléguée générale du Mouvement Européen France

  • Le Figaro – On a déjà trop cédé à Londres

    Le Figaro – On a déjà trop cédé à Londres

    Allons-nous confier aux seuls Britanniques le soin de décider, par défaut, de notre destin ? Sommes-nous prêts à courir le risque d’une dislocation de l’Union européenne sans prendre à l’avance la moindre initiative pour défendre l’euro ? Aussi incroyable que cela puisse paraître, telle est la voie qu’ont choisie en février dernier les vingt-hui dirigeants européens, y compris le Président de la République et la Chancelière allemande. En bricolant, en dehors du cadre européen, un « arrangement » pour le Royaume-Uni, ils ont non seulement cédé au « retenez moi ou je fais un malheur » de David Cameron mais ils sont passés à côté de l’essentiel : refonder l’Europe sur des bases solides.

    Quand on songe à l’histoire de la construction européenne, comme au contexte troublé du temps présent, cet épisode est stupéfiant. Par le passé, malgré bien des vicissitudes, la France portait une ambition européenne. Que reste-t-il du dessein de Monnet et Schuman qui, en 1950, refusaient aux Britanniques un statut spécial pour préserver l’ambition supranationale ? Ou de la résistance du général de Gaulle, opposé à l’entrée de  l’Angleterre dans la Communauté, en 1963, au nom de l’indépendance stratégique de l’Europe ? Existe-t-il encore une vision franco-allemande comme du temps où François Mitterrand et Helmut Kohl, avec leurs partenaires des 12, créaient l’euro ?

    Les dirigeants européens ont eu raison de vouloir garder le Royaume-Uni dans l’Union Européenne. Son histoire, son poids dans le monde, ses performances économiques le justifient. Mais peut-on, à cette fin, renier les règles de l’UE et sacrifier sa substance ? La finalité de l’entreprise est brouillée : une « union sans cesse plus étroite », pour certains seulement ? Un marché intérieur sans les services financiers ? Une démocratie européenne bridée par les vetos des Parlements nationaux ? Du projet volontaire, liant des membres égaux en droit, on passe à une Europe où les plus puissants picorent leurs devoirs à leur guise. Les dirigeants de la zone euro ont même accepté, ce qui est un comble, qu’un pays refusant définitivement la monnaie unique continue de participer aux décisions la concernant. Et la France devrait payer encore 1,6 milliard d’euros par an pour un « rabais britannique » injustifié.

    Le problème de l’UE n’est pas tant ce qu’elle est que ce qu’elle n’est toujours pas. On lui reproche souvent ce qu’en l’état du droit, elle ne peut pas faire, ce que les gouvernements nationaux refusent obstinément qu’elle fasse : on s’étonne de son impuissance sans l’avoir jamais dotée d’une police aux frontières et d’un embryon de défense. On pleure les failles de la gouvernance de l’euro, tout en violant les règles existantes et en refusant politiques macro-économiques et budget communs. Trouver un meilleur équilibre entre le marché et la lutte contre les inégalités, entre un commerce ouvert et une concurrence déloyale, voilà les ouvrages à remettre sur le métier, à 28, à 19, à quelques uns, peu importe, avec une oreille attentive aux doutes des Européens mais sans complaisance car le monde ne nous attend pas.

    L’arrangement britannique le prouve : quand la souveraineté est déléguée par les États, le malaise ne vient pas seulement de « Bruxelles ». Dans cette affaire, la Commission et le Parlement européen n’ont pas joué leur rôle mais l’arrangement a été conclu par des dirigeants nationaux qui, loin de piloter l’UE dans l’intérêt général, l’ont largement perdu de vue.

    Si, le 23 juin, les Britanniques choisissent de quitter l’UE, une stratégie s’impose d’urgence pour préserver nos intérêts politiques et financiers. S’ils décident de rester membres de l’UE, l’accord de février, juridiquement ambigu, politiquement déséquilibré, ne saurait pas non plus servir d’horizon durable.

    Goodbye Europe, Flammarion 25 mai 2016

  • Bourdin direct sur RMC – lundi 23 mai 2016

    Bourdin direct sur RMC – lundi 23 mai 2016

    Pour retrouvez l’interview de Sylvie Goulard, cliquez ici (émission du 23/05, de 7h à 8h, à partir de la 35e minute).

  • Agora sur France Inter – Dimanche 22 mai 2016 – Comment l’Europe va-t-elle changer ?

    Agora sur France Inter – Dimanche 22 mai 2016 – Comment l’Europe va-t-elle changer ?

    Comment l’Europe va-t-elle changer ?

    dimanche 22 mai 2016

    Avec Sylvie GOULARD, député européenne ADLE, membre de la commission des affaires économiques et monétaires et Etienne BALIBAR, philosophe, professeur émérite à l’Université Paris-Ouest

  • Les Echos – Brexit et bien-pensance

    Les Echos – Brexit et bien-pensance

    Les âmes bien-pensantes se sont naturellement émues des propos tenus par Jean-Claude Juncker à la veille du week-end sur les conséquences d’un Brexit. « Les déserteurs ne seront pas accueillis à bras ouverts. Si les Britanniques devaient dire “non” […] , le Royaume-Uni devra accepter d’être considéré comme un Etat tiers, que l’on ne caressera pas dans le sens du poil », a lancé le président de la Commission de Bruxelles. Quelle maladresse ! Cela va donner du grain à moudre au camp du non lors du scrutin du 23 juin, a murmuré le Tout-Europe –  comme il y a le Tout-Paris. Ajoutant in petto : un sacré gaffeur, ce Juncker, lui qui s’était déjà illustré en lançant à mi-voix lors d’un sommet européen à l’arrivée du Premier ministre hongrois : « Le dictateur arrive ! » Admettons que la charge soit un peu lourde et peu subtile. Mais il convient alors, par simple honnêteté, de juger sévèrement la légèreté avec laquelle les Britanniques se soucient comme d’une guigne de ce que pensent les autres Européens. Dans un essai revigorant (*), la députée européenne Sylvie Goulard rappelle que David Cameron a refusé de participer à un simple débat public au Parlement européen. C’est inadmissible : son pays est membre depuis 1973 de l’Union et les représentants élus des vingt-sept autres peuples n’ont même pas droit à une explication ? La vérité est que le Brexit ou le Brexin concerne tout le continent et que la discrétion des dirigeants européens sur le sujet est peut-être de bonne tactique, mais elle est de mauvaise politique. En définitive, que retiendront les opinions publiques ? Que c’est Barack Obama qui aura été le plus clair, en allant défendre le Remain sur le sol britannique. What a shame !

    * Sylvie Goulard – Goodbye Europe, Flammarion

    Dominique Seux
  • L’Europe doit s’élever à la hauteur des défis

    L’Europe doit s’élever à la hauteur des défis

    Tribune par Franziska Brantner, Laurent Cohen-Tanugi, Daniel Cohn-Bendit, Henrik Enderlein, Hervé Gaymard, Sylvie Goulard, Elisabeth Guigou, Anne-Marie Le Gloannec, Thomas Oppermann, Norbert Röttgen et Lieven De Winter.

    Les 28 États membres de l’Union européenne (UE) sont mis à l’épreuve par la crise des réfugiés, la crise économique et monétaire qui génère un chômage des jeunes massif et persistant, par les guerres et les conflits qui secouent ses voisins. Aucun de ces défis ne peut être relevé par un État isolément ; chacun d’entre eux somme les États d’être solidaires. Il est donc crucial de surmonter la crise de solidarité qui paralyse l’Europe actuellement. Dans un contexte difficile, les accusations entre États fusent de toutes parts. La situation est pourtant trop grave pour perdre du temps en récriminations. Nous voulons aller de l’avant ensemble. Nous en sommes persuadés : il faut embrasser ces défis d’un seul regard. Il ne saurait y avoir de solidarité partielle. Ce n’est que dans une perspective globale que la solidarité pourra prévaloir et que des solutions pourront se dessiner. Et c’est sur la force de la coopération et de la compréhension franco-allemande que repose tout progrès.

    Cet appel initié par des acteurs politiques et académiques allemands et français est paru le 17 mars dans Les Échos, la Frankfurter Allgemeine Zeitung et le Financial Times.

    Ce texte existe en français, en anglais et en allemand.

    Retrouvez les premiers signataires ici.

  • Dans l’Opinion : «L’absence de la France en Europe commence à devenir très préoccupante»

    Dans l’Opinion : «L’absence de la France en Europe commence à devenir très préoccupante»

    François Hollande n’a pratiquement pas parlé d’Europe jeudi soir sur France 2. Comment expliquez-vous cette frilosité ?

    Je ne me l’explique pas. Mais je suis frappée de voir à quel point tout le débat politique français est nombriliste et focalisé sur les échéances intérieures, alors que vous avez au même moment une détérioration de la conjoncture globale, des problèmes considérables au niveau européen, une menace de dislocation de l’Union due au risque de « Brexit », la crise des réfugiés, des divergences dans la zone euro. Ces chantiers ne peuvent pas attendre. La vraie question est celle de la situation de l’Union européenne et du monde. La perspective du référendum britannique devrait par exemple inciter les dirigeants de la zone euro à prendre dès maintenant des initiatives. Nous devons aussi dire très clairement aux Britanniques que s’ils votent non, ils perdront les bénéfices du marché intérieur et des accords commerciaux. Nous devrions défendre nos intérêts légitimes.

    Si la France devait présenter une initiative forte sur l’Europe, sur quoi devrait-elle porter ?

    Le premier bloc concerne l’euro et la situation économique ; il est faux de penser que le manque de croissance et les problèmes d’emploi en France n’ont rien à voir avec les dysfonctionnements de la zone euro, même s’ils sont aussi liés à des questions spécifiques françaises comme l’éducation, la dette ou le déficit public. Ensuite, il y a un bloc « sécurité intérieure, réfugiés, terrorisme ». Enfin il y a un bloc défense et sécurité extérieure. Il faudrait lier les trois volets de manière à ce que des compromis puissent être passés entre les Etats membres : la France pourrait faire valoir ses efforts en matière de défense ou de lutte contre le terrorisme, face à d’autres demandes. La question n’est pas d’avoir « plus d’Europe », c’est de changer la manière de faire, d’insuffler plus de légitimité démocratique, comme François Hollande l’avait dit justement le 14 juillet, d’avancer très concrètement, par exemple, sur les dossiers économiques et fiscaux. Cela ne sert à rien de pleurer sur les Panama Papers si on n’avance pas sur l’assiette commune consolidée pour l’impôt des sociétés.

    Ne faut-il pas regretter que, sur la crise migratoire, la chancelière allemande Angela Merkel ait multiplié les initiatives unilatérales ?

    On ne peut pas laisser l’Allemagne seule et se plaindre qu’elle prenne des décisions unilatérales. On aurait bien sûr pu rêver d’un autre déroulement. Mais il aurait fallu que Mme Merkel soit sûre de pouvoir compter sur la France. Or, sur la question très délicate des réfugiés, la France n’a pas de véritable stratégie et prend assez peu ses responsabilités. Elle s’en tient à l’accueil de 30 000 réfugiés sur deux ans, alors qu’elle est l’un des pays les plus vastes et les plus riches de l’UE. Il faudrait aussi que les Français comprennent que le temps où les Allemands pensaient qu’ils devaient toujours demander la permission avant d’agir est révolu. Et c’est une bonne chose.

    “Le meilleur signe de l’absence de vision stratégique est cette indigne réforme des collèges qui revient à faire quasiment disparaître la langue allemande et toutes les sections européennes. Vous ne pouvez pas dissocier ce que vous faites sur le front intérieur de ce que vous faites sur le front extérieur.»

    Le couple franco-allemand est à la peine. Peut-il encore peser sur la scène européenne ?

    Quand Manuel Valls a fait ses déclarations sur la politique migratoire de Mme Merkel, il était en Bavière, au moment où la chancelière était attaquée par la CSU : cela révèle un manque de sensibilité très éloigné de ce à quoi on était habitué dans le passé. Il y a toujours eu des divergences, mais on essayait de les gérer autrement. Le meilleur signe de l’absence de vision stratégique est cette indigne réforme des collèges qui revient à faire quasiment disparaître la langue allemande et toutes les sections européennes. Vous ne pouvez pas dissocier ce que vous faites sur le front intérieur de ce que vous faites sur le front extérieur. Il n’y a aujourd’hui aucune cohérence. L’arrivée de Jean-Marc Ayrault peut faire bouger les choses. D’autant plus qu’il y a des marges de progression assez notables.

    Quelle pourra être la place de l’Europe dans la prochaine campagne présidentielle ?

    Sans débat pour contrer les sornettes des souverainistes, nous laisserons le pays aller à la dérive. L’offre se limite aujourd’hui à du souverainisme pur et dur qui ne mène nulle part et à un souverainisme light qui a peur de tout. On a donc besoin d’une offre argumentée, qui tienne compte des erreurs qui ont été faites, mais qui aille de l’avant et redonne à la France la place qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Dans le passé, la France était l’un des pays moteurs de la construction européenne. Aujourd’hui, son absence commence à devenir très préoccupante : elle a pour effet de laisser l’Allemagne en première ligne et de rendre l’Europe de plus en plus odieuse parce qu’elle est moins équilibrée qu’autrefois. Un cercle vicieux s’est installé.

     Propos recueillis par Isabelle Marchais