Catégorie : Médias

Les différentes interventions de Sylvie Goulard dans les médias

  • Élections régionales allemandes : « L’occasion pour l’UE d’affronter le populisme »

    Élections régionales allemandes : « L’occasion pour l’UE d’affronter le populisme »

    Ces élections régionales allemandes bousculent le panorama politique traditionnel. Quelle est votre lecture de ces résultats ?

    Ce sont surtout les succès engrangés par l’AfD qui interpellent. Ce parti, qui avait été créé en 2013 par des membres anti-euro plutôt modérés de l’establishment économique s’est ensuite dangereusement transformé. Il a surfé sur un sentiment nationaliste et, profitant de la crise des réfugiés, s’est transformé en un parti réellement xénophobe. J’ai entendu au Parlement européen des élus de ce parti réclamer que l’on tire sur les réfugiés ! Tirer sur des femmes et des enfants fuyant la guerre ! La montée de ce parti est évidemment un sujet de préoccupation. Mais vu les scores que fait dans mon pays, la France, le Front National, je me garderais bien de faire la leçon aux Allemands.

    Quelles conséquences ces résultats peuvent-ils avoir pour la politique d’Angela Merkel? Sur la question des réfugiés, la chancelière avait déjà fait évoluer sa ligne.

    Merkel est au pouvoir depuis 10 ans, et il était surprenant de voir l’importance de sa popularité après toutes ces années au pouvoir. En fait, l’Allemagne est à son tour frappée par un phénomène – la montée du populisme et de la xénophobie – qui a déjà atteint de nombreux autres pays européens et qui l’avait miraculeusement épargnée. Cela dit, il ne s’agit que d’élections régionales, et leurs résultats n’auront aucun impact sur le Bundestag. Mais il faut cependant les prendre au sérieux.

    Comment devrait-elle, selon vous, réagir ?

    Ces partis populistes, partout en Europe, mettent en avant des idées qui reposent sur une illusion, celle de récupérer une souveraineté nationale qui n’existe plus ! Mais la démocratie allemande est solide. Et il n’y a personne face à Angela Merkel. C’est elle qui reste la femme de la situation. Je suis pro-européenne et je suis donc convaincue que, si l’Allemagne entrait dans une période d’instabilité, cela ne profiterait à aucun pays voisin et certainement pas à l’Union européenne. En fait, ces résultats peu réjouissants seront peut-être l’occasion pour l’Europe, emmenée par Merkel, de se pencher réellement sur le danger des populismes. C’est comme sur la question des réfugiés : ils étaient nombreux à arriver dans le sud de l’Italie mais l’Europe n’a commencé à s’en préoccuper que lorsqu’ils ont débarqué en Allemagne !

    Les populistes de l’AfD engrangent plus de voix à l’est qu’à l’ouest de l’Allemagne.

    Oui, alors qu’il y a beaucoup plus d’immigrés et de réfugiés à l’ouest! Il ne faut pas oublier que des millions d’Allemands ont eux aussi jadis dû fuir la guerre : cela a marqué la plupart des familles. Cela explique aussi pourquoi la société allemande s’est mobilisée pour accueillir les réfugiés lorsque Merkel a décidé d’ouvrir les frontières. Il y a eu un élan d’initiatives citoyennes impressionnant. Tout cela n’a pas disparu.

    Propos recueillis par Véronique Kiesel

  • «Italia e Francia si aiutino di più»

    «Italia e Francia si aiutino di più»

    L’eurodeputata Sylvie Goulard: l’Europa per come l’abbiamo conosciuta è finita, dobbiamo ripartire con più proposte e meno critiche. Ma un asse Parigi-Roma senza Berlino è impensabile

    di Stefano Montefiori, corrispondente da Parigi – Corriere della sera – 09/03/2016

    PARIGI Ogni volta che Italia e Francia organizzano un vertice bilaterale – quello di Venezia era il trentatreesimo – non possono fare a meno di ricordare la grande vicinanza delle «sorelle latine» e l’unità di vedute e di intenti, tanto che riaffiora la tentazione di sognare un asse Parigi-Roma per bilanciare lo strapotere della Germania. Sylvie Goulard, eurodeputata del gruppo Alde (Alleanza dei Democratici e dei Liberali per l’Europa), ex consigliera politica dell’allora presidente della Commissione Romano Prodi (dal 2001 al 2004) e autrice con Mario Monti del saggio «La Democrazia in Europa: guardare lontano» (Rizzoli 2012), spiega perché non è questa la strada.

    Che ruolo possono avere Italia e Francia nel rilanciare l’Europa? «Abbiamo fatto l’Europa per migliorare le relazioni tra i Paesi, soprattutto tra Francia e Germania, ma anche tra il Nord e il Sud. Un’Europa attraversata da alleanze, sia del Nord contro il Sud sia dell’Italia e della Francia contro la Germania, non può portare a nulla».

    Di recente l’Italia ha fatto sentire di più la sua voce «L’idea che l’Italia stia cominciando adesso a difendere i suoi interessi mi pare un po’ strana. Io ho lavorato con Romano Prodi quando era presidente della Commissione, mi ricordo il ruolo giocato da Giuliano Amato alla Convenzione, quello di Tommaso Padoa Schioppa alla Bce, adesso ci sono Mario Draghi e Federica Mogherini in posizioni importanti. Forse il tono era più pacato, ma uno può essere sottile e pacato e fare comunque delle battaglie. Non è detto che i toni forti alla fine siano più efficaci».

    Sia Francia sia Italia hanno problemi con i conti pubblici «Io sono convinta che il fatto di ridurre la spesa pubblica e mettere i conti in ordine dovrebbe essere un obiettivo di entrambi. Mi pare però che l’Italia faccia più riforme, e potrebbe aiutare la Francia a considerarle non solo come l’adempimento di una richiesta tedesca ma come un cosa da fare per l’interesse comune. Perché Renzi, che ha fatto il Jobs Act, non va in tv in Francia a spiegare che la riforma del lavoro è utile, se vogliamo fare entrare nel mercato tanti giovani che ne sono fuori? Francia e Italia dovrebbero aiutarsi di più in nome dell’interesse collettivo. Le difficoltà dei singoli Paesi sono un problema di tutta la zona euro: le banche in Italia, le mancate riforme in Francia».

    Qual è il grado di responsabilità della Francia nella crisi dei migranti, per esempio a Ventimiglia? «Si dovrebbe fare di più ed ecco una ragione per cui la grande alleanza italo-francese contro la Germania non esiste. Non c’è questa vicinanza, questa solidarietà che io da francese avrei voluto vedere verso l’Italia quando avevate dei problemi. La Francia con i migranti ha fatto a Ventimiglia un po’ quel che la Gran Bretagna fa a Calais. Non siamo un’isola ma più o meno… E oltretutto Francia e Italia sono due Paesi Schengen, a differenza della Gran Bretagna. Negli ultimi anni abbiamo avuto una mancanza di lungimiranza di cui paghiamo adesso il conto».

    Che cosa si aspetta dai prossimi mesi? «Io non ho mai avuto la nostalgia del nucleo storico dei Paesi fondatori ma dobbiamo ricominciare a fare progetti con chi è capace di sostenerli. L’Europa per come l’abbiamo conosciuta è finita. Completamente. Dobbiamo dare vita a qualcosa di nuovo, di più dinamico, rivolto al futuro. Ci sono dei segni positivi, per esempio la proposta del ministro dell’Economia italiano Pier Carlo Padoan per un bilancio comune della zona euro. La critica non basta, il presidente del Consiglio italiano Renzi non può andare in Ghana a criticare il presidente della Commisione Juncker esattamente come il premier francese Valls non può andare a Monaco di Baviera a criticare la cancelliera Merkel. C’è una tradizione europeista italiana, e mi piacerebbe che Renzi ne adottasse la parte migliore. Spero in una rottamazione dei pregiudizi».

  • Construction européenne: la faillite des gouvernements

    Construction européenne: la faillite des gouvernements

    Valeurs actuelles – Le 3 mars 2016

    Que fait l’Europe ? L’interrogation est récurrente. Pour de nombreux Européens, l’Union européenne, impuissante à affronter l’afflux massif de réfugiés ou à contrer les attaques terroristes, n’a pas été à la hauteur des espoirs placés en elle. Cette frustration peut se comprendre, mais rares sont ceux qui posent la bonne question : qui fait l’Europe” ? Loin d’être une interrogation pour les experts et les juristes, c’est le seul moyen de saisir l’enjeu.

    L’Union européenne dispose des prérogatives qui lui ont été transférées par les États qui la composent. L’espace Schengen a aussi commencé par un traité signé entre cinq pays, France, Allemagne, Pays-Bas, Belgique et Luxembourg. Sans délégation de compétences, pas de moyens d’agir. Ainsi, on reproche souvent à l’Europe de ne pas faire ce qu’en l’état du droit elle ne peut pas faire et surtout ce que les gouvernements nationaux n’ont jamais voulu qu’elle fasse.

    Quand les frontières intérieures de l’espace Schengen ont été abolies sans que les gouvernements aient mis en place les contrôles aux frontières extérieures qui s’imposaient, chacun a empoché les avantages de la liberté de circulation sans céder ses prérogatives en matière de police et de justice. Entre la sécurité et la souveraineté, c’est cette dernière qui a été privilégiée, quitte à faire courir un risque aux populations.

    Les autorités européennes ont alerté sur les dangers de ces demi-mesures. En 2001, par exemple, à la suite du 11 Septembre, Romano Prodi, alors président de la Commission européenne, a proposé de mettre en place une police commune aux frontières extérieures. Nous étions alors 15 États plus homogènes. Il n’a pas été écouté. Faut-il s’étonner aujourd’hui des divergences à 28 ?

    Si la question de la sécurité intérieure avait alors été prise au sérieux, peut-être des djihadistes belges n’auraient-ils pas semé la terreur dans les rues de Paris en 2015. Peut-être les États européens échangeraient-ils déjà leurs informations sur les passagers des avions rentrant de Syrie. Peut-être des gardes côtes européens dissuaderaient-ils les passeurs d’agir au large des côtes italiennes et grecques.

    Dans tous ces domaines, les États ont voulu rester maîtres à bord. C’est à eux d’assumer les conséquences désastreuses de leur courte vue. Plutôt que d’accabler sans cesse l’Europe, c’est plutôt le manque de clairvoyance de leurs propres dirigeants que les Européens devraient déplorer.

    Vu les avantages que des frontières ouvertes représentent pour les travailleurs frontaliers français, vu l’importance des échanges internationaux de marchandises et du tourisme pour nos économies, l’option de la fermeture ne devrait pas être envisagée à la légère. Mieux vaudrait prendre enfin les mesures qui s’imposent : création de gardes côtes, d’une police de l’air et des frontières, d’un FBI pour le terrorisme et le crime organisé.

    En matière de politique étrangère et de défense, le manque de vision est aussi patent. De la Russie à l’Afrique du Nord, le voisinage de l’Europe est très instable. Les Européens continuent pourtant à mener des politiques rivales, plus ou moins coordonnées. Parfois, ils parviennent à peser, comme dans le dossier iranien, parfois ils échouent, comme le démontre la persistance du conflit israélo-palestinien à nos portes. Sans compter les opérations militaires hasardeuses en Irak ou en Libye, où certains Européens ont œuvré à déstabiliser plus encore la région. Est-ce la faute de l’Union européenne ?

    Un bilan sans complaisance s’impose. Il ferait apparaître la vérité : les gouvernements nationaux ont plus failli dans la construction de l’Europe que l’Europe n’a failli.

  • Four months that decide that future of the EU : Sylvie Goulard in Eurointelligence daily morning newsbriefing 22/02/2016

    Four months that decide that future of the EU : Sylvie Goulard in Eurointelligence daily morning newsbriefing 22/02/2016

    • the deal reached by the European Council on Friday night contained no big surprises, and is already widely discounted as either positive or negative in the campaign for the British referendum on EU membership, which will take place on June 23;
    • The decision by Boris Johnson and Michael Gove to support the campaign to leave will make this a much more finely balanced contest;
    • John Rentoul is shocked to see just how many Tory MPs – about half – will be joining the Leave campaign;
    • the pro-EU camp is now beginning to shoot with heavier artillery, warning about a collapse of the City London – and its relocation to Edinburgh – and the possibility that this could put Jeremy Corbyn into Downing Street;
    • Sylvie Goulard and Wolfgang Munchau note that the EU/UK agreement is hugely problematic – it is unfair to the eurozone and likely unworkable in practice;

    The events of the last three days are clearly showing us why it would be imprudent to be too sure about the outcome of the June 23 referendum in the UK. The euphoria about the deal in the European Council was followed by the realism that it has no impact on the British domestic debate. On the contrary, two heavy-weight Tory politicians – Boris Johnson, the mayor of London, and Michael Gove, the justice secretary – have launched the Leave campaign. Johnson’s article in the Daily Telegraph this morning, in which he lays out his views, constitutes a smart challenge that might win over people who are sitting on the fence – a stance not marked by xenophobia, but by perceived self-interest.

    After two days of intense negotiations, the European Council reached a settlement with the UK that is set out in Annex 1 of the Council conclusions. It is remarkably similar to the draft documents that circulated earlier, and contains no real surprises. Britain’s derogation from ever-closer union is enshrined in a different place than before, as is the singularity of the single rulebook which is the item of greatest interest to us. However, as Wolfgang Munchau notes in his FT column, the exceptions that pertain to the UK may be formidable, and ultimately not sustainable. A banking union for the eurozone only with the right by the UK to interpret banking regulation differently for UK-based banks, yet with full access to the eurozone financial market, is going to be a source of permanenent friction. His view is that there are three possible outcomes from this process: The deal unravels legally – which some serious folk in Brussels believe it will – in which case expect a re-run of the kind of we-were-misled whining that followed the 1975 referendum; or the deal sticks and Britain votes to remain in the EU, in which case the EU may become ungovernable as Munchau believes it will; or Britain leaves.

    Sylvie Goulard also notes that the Council decision is not as legally binding as it appears. The European Council cannot unilaterally change the European Treaties. It cannot be binding on one party and be interpretative on the others. The deal is fundamentally unfair for the eurozone, and she invokes the parallel between England and Scotland where asymmetrical constitutional agreements (Scotish MPs voting on English legislation, but not vice-versa) can lead to big problems.

    The initial political assessment of the weekend is that the pro-Brexit side is coming out on top, for now. John Rentoul writes in the Independent that he misjudged how many Conservative MPs would break with David Cameron. There were only 30 MPs, who had declared themselves openly in favour of Brexit before the weekend. Unlike Cameron, they were not waiting to see whether he could get a good deal, but waiting until they could declare their intention without endangering their political careers. He estimate that more than half of Tory MPs may be campaigning to leave the EU.

    John Springford says the EU deal will not help Cameron a lot. His best chance is to move to more lofty terrain, away from technical issues such as bank supervision or migrants’ benefits. This is about the EU itself. The Financial Times notes in its editorial that the case for EU membership has yet to be made in the UK debate. “It cannot be allowed to go by default.”

    Anatole Kaletsky not only believes that the British will vote in favour of staying inside the EU. He even thinks he knows that there will be a last-minute swing towards the Remain camp. This is because people will then realise the financial and economic implications. He cites Rupert Murdoch’s business interests. Without Britain in the EU he will find it harder to consolidate his TV interests. And then consider this:

    “Or maybe just for England, given that Scotland would probably leave the UK and rejoin the EU, taking many of London’s service jobs to Edinburgh in the process. Once Britain’s political, business, and media leaders start drawing attention to these hard facts of life after Brexit, we can be confident that voters will decide to stay in the EU.”

    Hugo Dixon writes that the increase in expectations that the UK might, after all, leave the EU, has already led to a 9% fall in sterling’s exchange rate against the euro. Imagine what would happen if Britain actually left. One scenario he paints is that Jeremy Corbyn might then be in a good position to become prime minister, as the Tory party would be hopelessly split.

    And finally, Erik Jones makes the point the the EU/UK agreement constitutes a gigantic category error.

    “There is plenty of reason to doubt the outcome. The campaign Cameron has chosen rests heavily on misdirection and suspension of reality. … It is a misdirection insofar as the precise terms of the agreement do not touch on the heart of popular disaffection with Europe. The British people are unhappy because they fear the erosion of sovereignty, the influx of foreigners, and the economic insecurity that comes from engaging in a global economy. …It is a suspension of reality insofar as no one looking at splintering of European leaders around the ongoing migration crisis can seriously imagine that an ‘ever closer union’ is a threat to British sovereignty.”

  • L’accord sur le Brexit, un déni de démocratie

    L’accord sur le Brexit, un déni de démocratie

    Sylvie Goulard – Les Echos – Lundi 22 février 2016

    Est-ce un mariage ou un enterrement ? Nul ne sait si l’accord conclu vendredi dernier clarifie durablement les relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne ou s’il marque la fin d’une coopération équitable, fondée sur des droits et obligations mutuels.

    David Cameron crie victoire pour avoir obtenu un « statut spécial » pour son pays. Il a même lancé en salle de presse « I do not love Brussels ». De son côté, Jean-Marc Ayrault, nouveau ministre des Affaires étrangères, assure dans le « JDD » : « Il n’y aura pas de révision des traités, pas de veto du Royaume-Uni sur un renforcement de la zone euro, pas de remise en cause du principe de libre circulation. » L’ambiguïté atteint des sommets.

    C’est d’abord un déni de démocratie. Les dirigeants européens espèrent faire voter les Britanniques par référendum et faire taire tous les autres Européens, comme si ces derniers n’étaient pas concernés. David Cameron a refusé de s’exprimer en plénière à Strasbourg. Quant à l’insistance à présenter l’accord comme « interprétatif », elle vise à museler les Parlements nationaux. Une révision des traités en bonne et due forme aurait permis un contrôle démocratique plus poussé, éclairé par les avis publics des institutions comme la Commission européenne ou la Banque centrale européenne.

    En choisissant de conclure un accord international, en marge des traités existants, les dirigeants européens privent également les Européens des garanties qu’offre le droit de l’Union européenne ayant un effet direct pour les citoyens et les entreprises, comme le reconnaît depuis 1963 la Cour de justice.

    Certaines phrases, comme « l’euro n’est pas la monnaie de tous les Etats membres », ne sont anodines qu’en apparence. A ce jour, l’euro est la monnaie de l’Union européenne tout entière. A une monnaie unique correspond un cadre institutionnel unique. C’est la raison pour laquelle les Britanniques qui siègent au Parlement européen, à la Cour de justice ou font partie du collège des commissaires, participent à part entière aux décisions de la zone euro. Soit les traités ne sont pas révisés et les Britanniques conservent toutes ces prérogatives. Ils pourront, lors d’une future révision qui exige l’unanimité, poser certaines exigences voire bloquer l’avancée de la zone euro. Soit les Britanniques y ont renoncé et il faut prendre acte plus clairement de ce qui est une révision majeure des traités. L’accord conclu vendredi dispensant expressément le Royaume-Uni de toute contribution aux fonds de secours de la zone euro et lui reconnaissant le pouvoir de redemander la discussion des textes relatifs à l’union bancaire est gravement déséquilibré au détriment de la zone euro.

    David Cameron a aussi obtenu que les prestations sociales dues aux ressortissants des autres Etats membres installés au Royaume-Uni puissent être limitées. Cela suppose un changement de législation qui dépendra du Parlement européen autant que des Etats. Mais un fâcheux précédent est créé. Avaliser la thèse selon laquelle la libre circulation est néfaste est une reculade sur un principe fondamental.

    Ce n’est pas le seul précédent fâcheux qui est créé : le Royaume-Uni a transformé le droit de quitter l’UE, inscrit dans le traité, en un droit d’obtenir un traitement de faveur en menaçant de s’en aller. D’autres populistes s’engouffreront dans la brèche. L’accord conclu au profit d’un seul Etat – parce qu’il est puissant – bafoue le principe selon lequel la règle est la même pour tous.

    Ainsi, les chefs d’Etat et de gouvernement continuent dans la voie qui a tant nui à l’Europe. Ils rédigent des textes abscons sans débat public. Ils s’affranchissent des traités et tiennent en lisière les institutions. Ils présentent de manière biaisée ce qu’ils concluent à Bruxelles, vantant les victoires des uns contre les autres. Pendant ce temps, nous ne construisons pas, les uns avec les autres, « l’équipe d’Europe » forte dont nous aurions besoin dans la mondialisation.

  • Brexit: Sylvie Goulard dénonce un accord dénué de toute base démocratique

    Brexit: Sylvie Goulard dénonce un accord dénué de toute base démocratique

    Suite à l’accord sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne, l’eurodéputée française Sylvie Goulard dénonce un accord dénué de toute base démocratique.

  • UK’s ‘special status’ could have unintended consequences

    UK’s ‘special status’ could have unintended consequences

    The UK has created expectations of a pick and choose Europe, writes Sylvie Goulard

    Sylvie Goulard – Financial Times – February 20th 2016

    David Cameron claims to have obtained “a special status” for Britain in the EU. But the agreement reached in Brussels last night is not just a “British deal” — it affects all Europeans and could have consequences more far-reaching than anyone expected. Three sources of “contagion”, in particular, have so far been underestimated.

    First, democracy matters. If the settlement is a “legally binding decision”, it cannot be enforced without formal ratification in all member states. It cannot be legally binding for one party — requiring the approval of the British people in a referendum — and merely interpretative for others. The constitutional rules of many member states require parliamentary authorisation to ratify international agreements.

    Discussion of the deal outside the UK has so far been quite limited, but that is likely to change as its terms are assessed. The more Mr Cameron claims victory in achieving substantial treaty change, the more voters across Europe will want to have a say, especially when they discover how unfair the deal is for the Eurozone. The desire for democratic accountability will be contagious. And the British ought to understand this very well: the frustrations of voters in England at the time of the Scottish referendum shows how problematic asymmetrical constitutional settlements can be.

    Second, by asking for special treatment the British government has created expectations elsewhere. The illusory idea that member states can “pick and choose” which bits of European legislation they sign up to is widely shared. Marine Le Pen, leader of the far-right National Front in France, has already announced her intention to campaign for a similar renegotiation for France, should she win the presidency in 2017. But an EU that offers stability and all the advantages of the single market without imposing shared sovereignty is a fool’s dream. What if, tomorrow, EU countries were to ask to be exempted from competition policy or from trade negotiations with the US? By transforming the right for a state to leave the EU into the right to blackmail partners with the threat of leaving, Mr Cameron has opened Pandora’s box. And free trade and business-oriented Britain could one day be a victim of his own gambit.

    Third, across Europe, the question of the free movement of workers and their access to social and welfare benefits has become a neuralgic one. In Switzerland, for example, where in February 2014 a majority voted in a referendum in favour of quotas for migrants from the EU, negotiators are hoping that the deal with the UK can be used as a precedent. But limiting the free movement of labour would harm competitiveness. Moreover, it would be unfortunate if European leaders spent more time in the future discussing the details of child allowances than tackling the big geopolitical challenges that confront them.

    The only way to find a fair and lasting recalibration of the relationship between the UK and its partners — which should certainly be our common goal — is to have an open debate on the future of Europe and a formal revision of EU treaties, in accordance with democratic principles. The settlement achieved last night is legally dubious and politically dangerous. Mr Cameron has won a Pyrrhic victory.

    The writer is a member of the European Parliament, where she sits with the Alliance of Liberals and Democrats

  • Sylvie Goulard citée par Jean Quatremer “Le petit jeu de la Grande-Bretagne avec l’Europe”

    Sylvie Goulard citée par Jean Quatremer “Le petit jeu de la Grande-Bretagne avec l’Europe”

    Par Jean Quatremer, correspondant à Bruxelles — 19 février 2016 à 19:51

    Deux jours de négociations avec la Grande-Bretagne pour essayer de parvenir à un compromis que seuls les juristes les plus pointus comprendront et qui, surtout, ne garantit absolument pas qu’il calmera les angoisses des citoyens de Sa Gracieuse Majesté (pro-européenne, elle) et les persuadera de voter en faveur du maintien dans l’Union. Suivant une dramaturgie usée (négociations nocturnes, bilatérales, menace de claquer la porte…), les vingt-huit chefs d’Etat et de gouvernement, durant leur sommet de Bruxelles jeudi et vendredi, se sont écharpés sur des virgules, alors que l’Europe risque de s’effondrer sous l’afflux des réfugiés, la menace terroriste ou la stagnation économique, soit autant de sujets renvoyés à plus tard. L’élément nouveau de ces deux jours de sommet est la lassitude qui a manifestement gagné les Européens devant cette énième crise d’hystérie britannique qui relève davantage de la psychanalyse que du droit, vu le costume sur mesure que Londres s’est taillé depuis quarante ans.

    Néanmoins, certains commencent à redouter que les chefs d’Etat et de gouvernement, en essayant de donner satisfaction à David Cameron, aient mis le doigt dans un engrenage fatal. «On a créé un dangereux précédent», craint ainsi le Belge Paul Magnette, ministre-président socialiste de la région wallonne, dans un entretien à Libération : «Cameron a lui-même placé une bombe sous son siège en organisant un référendum sur l’appartenance de son pays à l’Union,

    [avant de venir] ensuite appeler à l’aide !»

    «Détricotage potentiel»

    Pour Magnette, qui fut longtemps professeur de sciences politiques et spécialiste des questions européennes, «c’est le début d’un détricotage potentiel. Qu’est-ce qui empêchera demain la Pologne ou la Hongrie d’organiser un référendum si l’Union continue à surveiller le respect de l’Etat de droit ?» Certes, à la demande de la Belgique, il a été expressément prévu que le compromis ne vaudrait que pour Londres et qu’il disparaîtrait en cas de majorité de out au référendum attendu en juin, mais le précédent existe bel et bien. «Il aurait fallu être très ferme et dire à Londres : “Des déclarations politiques peut-être, mais des engagements susceptibles de faire reculer l’intégration européenne, certainement pas”», estime Magnette. Plus brutalement, l’eurodéputé français Dominique Riquet (UDI) s’exclame : «Le spectacle donné par le Brexit est pathétique, alors qu’il y a le feu à la maison Europe ! C’est pourtant simple : si la Grande-Bretagne ne veut pas être dedans, c’est dehors !»

    Mais ce n’est pas la voie choisie par les Vingt-Huit. Ainsi, Cameron a obtenu la promesse de pouvoir refuser certaines prestations sociales aux seuls ressortissants européens, et ce, en violation du principe de non-discrimination. Il aurait pu les conditionner à un séjour minimum ou à la présence effective de la famille, mais cela impliquait de changer la loi britannique. Paul Magnette estime que «Cameron a obtenu une modification de la législation européenne pour pouvoir maintenir la législation britannique. Une démarche dangereuse.» Pis, «l’idée même qu’un pays non-membre de la zone euro puisse rendre plus compliquée la vie de la zone euro est insensée !»

    Pour Sylvie Goulard, eurodéputée (Modem), «on pouvait très bien redéfinir les relations entre la Grande-Bretagne et l’Union, mais pas avec un accord entre seuls chefs d’Etats et de gouvernement : il fallait modifier les traités européens pour permettre à tous les peuples de se prononcer, et pas seulement le peuple britannique !» Mais les Etats, par peur des conséquences d’un Brexit, sont en train de passer à côté d’une occasion en or : «Puisque la Grande-Bretagne est mal à l’aise dans l’Union, profitons-en pour créer une autre Union qui ne sera plus une “union sans cesse plus étroite”», lance Magnette. Une formule que Londres exècre.

    Le Belge estime qu’il faut «mettre en place une grande Europe, un espace de libre-échange et des droits de l’homme, et une plus petite Europe intégrée économiquement autour de l’euro. Autrement dit, à côté de “l’Europe projet”, on aurait une “Europe espace”. Cela clarifierait les choses et permettrait de résoudre en bonne partie la profonde crise que traverse l’Union : la Pologne, le Danemark, la République tchèque ou la Suède pourraient rejoindre cette Europe espace, tout comme à terme la Turquie et l’Ukraine». Avec ces deux Europe, Londres serait sûr de ne jamais appartenir au premier cercle. Cette «autre vision qui s’opposerait à celle portée par les Britanniques» permettrait aussi de mettre fin au chaos institutionnel actuel, affirme Sylvie Goulard : comme la monnaie unique est censée devenir à terme la devise de toute l’Europe, les eurodéputés britanniques, le commissaire européen britannique et les juges britanniques de la Cour de justice de l’UE ont leur mot à dire sur les décisions de la zone euro, alors que celle-ci n’a rien à dire sur ce que font les Britanniques…

    «Les pieds dans le tapis»

    Le problème est qu’il faudrait que Berlin et Paris accordent leurs violons pour lancer ces grands travaux, et on en est loin… Si Matteo Renzi, le président du Conseil italien, est partant, tout comme la Belgique ou les présidents des institutions communautaires qui multiplient les propositions en ce sens, Angela Merkel est totalement absorbée par la crise des réfugiés, et François Hollande est aux abonnés absents depuis 2012 : «Il s’est pris les pieds dans le tapis et est toujours par terre», analyse Magnette, qui attendait beaucoup d’un président lui aussi socialiste. «Il avait promis, lors de sa campagne, de renégocier les traités européens, ce qu’il n’a pas su obtenir. Comment peut-il prendre une initiative alors qu’il était perçu en France et ailleurs comme l’homme qui allait changer les choses ? Il a un problème de crédibilité. S’il voulait être cohérent, il devrait dire à Cameron : “On m’a refusé une Europe plus sociale, il n’y a donc aucune raison que j’accepte une Europe plus à droite…”»

    Le Brexit, s’il intervient, ne fait plus peur à grand monde : «On exagère à dessein les risques pour dramatiser la négociation, alors que le Royaume-Uni n’est plus depuis longtemps au cœur de l’Union», analyse Magnette. Pour Dominique Riquet, «c’est un domino qui n’est pas sur la table : s’il tombe, il tombe tout seul». «On trouvera des accords d’association avec Londres, car nos liens sont trop forts pour qu’on coupe les ponts», tempère Sylvie Goulard. L’absorption du choc que constituerait malgré tout le Brexit «dépendra de la capacité de la zone euro à devenir une force politique», pronostique l’eurodéputée française.

  • Brexit. “Un changement des traités qui ne dit pas son nom”

    Brexit. “Un changement des traités qui ne dit pas son nom”

    Sylvie Goulard, députée européenne, revient avec une certaine inquiétude sur le futur accord Grande-Bretagne – UE.

    « C’est un changement des traités qui ne dit pas son nom, et c’est très dangereux. »
    Entretien avec Sylvie Goulard
     – Députée européenne du groupe ADLE, Alliance des Démocrates et Libéraux pour l’Europe.

    L’accord négocié avec Londres est-il le prélude à un détricotage de l’Union européenne ?
    Le risque existe. Il faut voir l’accord tel qu’il va être formulé, mais ce risque existe. Les Etats membres et le président du Conseil européen, Donald Tusk, ont choisi un instrument qui est inapproprié. A savoir, un accord international parallèle alors que la base sur laquelle les Etats sont membres de l’Union, ce sont les traités. On ne sait pas très bien si on change les traités sans le dire, ou bien si on a un acte qui vient s’ajouter. Ensuite, c’est très confus. On ne sait pas comment cet accord peut à la fois être juridiquement contraignant et interprétatif. Enfin, sur le contenu lui-même, une des choses choquantes c’est qu’un des principes fondamentaux, la libre circulation, inscrite dans le traité de Rome depuis 1957, se retrouve amoindri pour régler une question de politique intérieure britannique, en faisant admettre à toute l’Europe que le Royaume Uni a un problème.

    Les Britanniques étaient pourtant favorables à l’élargissement de l’Union ?
    Ce sont eux qui en 2004 ont plaidé pour l’élargissement. Ils n’ont pas voulu de période transitoire pour amortir l’arrivée potentielle de travailleurs. On accepte une argumentation qui est plus ou moins celle de Ukip ou de Le Pen, et pour cette raison-là, on écarte un principe fondamental européen. C’est un changement des traités qui ne dit pas son nom, et c’est cela qui est très dangereux. Si l’accord réforme les traités, cela doit être ratifié par tous les Etats membres. Si ce n’est pas le cas, dans ce cas les Anglais repartent les mains vides.

    Cela peut donner des idées à d’autres Etats membres ?
    C’est l’un des risques. On accrédite l’idée qu’on peut choisir à la carte ce qu’on veut consommer dans l’Europe. C’est une vision de consommation de l‘Europe. Je choisis ce qui m’intéresse et non pas un ensemble de droits et de devoirs. Lorsqu’on a abandonné le mot communauté en 2007 avec le traité de Lisbonne, on a fait une erreur majeure.

    Etes-vous favorable à la mesure prévoyant que 55% des parlements nationaux pourront exercer un droit de véto sur les législations européennes ?
    C’est en contradiction avec l’objectif affiché par David Cameron. Il avait raison en disant qu’il faut rendre l’Union plus efficace, capable de décider plus vite, plus compétitive. Je vois mal en quoi le fait de multiplier les droits de vétos sur des propositions législatives qu’on a parfois du mal à faire aboutir va aider. Ensuite, je crois que les parlements nationaux ont leur rôle à jouer dans le contrôle des représentations de leur pays au Conseil. Si on introduit ces vétos, on va aboutir à des blocages.

    Londres veut garder un droit de regard sur la zone euro, tout en restant dehors. C’est acceptable ?
    Les traités, depuis Maastricht, ont maintenu un cadre unique en affirmant que l’euro est la monnaie de l’UE. C’est la raison pour laquelle on a un commissaire britannique qui se prononce sur le budget de la France au sein du collège des commissaires. On a une monnaie unique, partagée par tout le monde, sauf deux Etats (Royaume-Uni et Danemark) qui en étaient dispensés, auxquels s’est ajoutée la Suède. On avait donc une situation de principe et d’exception. Le drame de la proposition Tusk c’est qu’elle risque de discriminer la zone euro si elle est adoptée. C’est scandaleux que les gouvernements français, allemand, italien etc… acceptent durablement que des pays sortent de ce système unique tout en continuant à se prononcer sur nos affaires. Il faut que les droits et les devoirs soient alignés. Là, on entérine l’idée que le Royaume Uni n’est pas lié, mais on lui laisse tous les avantages de l’appartenance à un système qui était fondé sur une autre logique.

    Propos recueillis par Laurent Marchand pour Ouest France