Des élections régionales, vraiment ? Sylvie Goulard


Le Point

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Dans l’entre-deux-tours d’élections censées être… régionales, le débat politique français reste désespérément… national. C’est la primaire des primaires, avec en embuscade, dans tous les camps, les candidats à la présidentielle, leurs calculs, leurs ambitions. Qu’ils aient prôné le retrait ou le maintien de leurs candidats, les responsables des partis modérés n’ont guère tenu compte des compétences des régions, pas plus qu’ils n’ont pris la mesure des enjeux européens du scrutin. C’est ce qui est le plus vertigineux, surtout de la part de prétendants à l’Élysée.

Un petit tour d’Europe aurait aidé à voir que des solutions existent dont les Français pourraient utilement s’inspirer. Dans des pays voisins, à commencer par l’Allemagne et l’Italie, des coalitions variées exercent le pouvoir, au niveau national et dans les Länder. Pourquoi les électeurs les acceptent-ils ? Parce que priorité est donnée à la substance : le désir, en Allemagne, d’avoir une majorité stable, soudée par un programme de gouvernement détaillé ; en Italie, la volonté de sortir le pays de la récession. Dans les deux cas, avec des traditions politiques fort différentes, le sens de l’intérêt général a prévalu sur la courte vue.

À quoi bon chanter la Marseillaise si l’unité nationale n’est jamais concrète

La région étant compétente, en France, pour les transports, la formation professionnelle, les lycées, il était possible de bâtir des « contrats de coalition » sur ces sujets précis, sans copinages. Vu l’ampleur du chômage des jeunes, il y aurait même urgence à décréter une mobilisation générale. À quoi bon chanter la Marseillaise, comme les Français l’ont fait ces derniers temps, si l’unité nationale ne prend jamais de forme concrète, si, entre modérés, il y a une hostilité définitive entre « eux » et « nous » ? Est-on encore à l’époque de la lutte des classes, de la gauche au couteau entre les dents ? Le Parti socialiste est-il moins fréquentable que le Front national (FN), qui n’hésite pas à déverser sur la chancelière allemande, et sur les étrangers, ses torrents de haine ?

Il faut être deux pour faire l’union

En retirant ses candidats dans certaines régions ou en appelant à voter pour le candidat modéré de droite, le Parti socialiste a pris une décision courageuse, mais il faut être deux pour faire l’union. En refusant de choisir entre socialistes et FN, la droite modérée court le risque grave que plusieurs régions de notre pays soient dirigées par des individus hostiles à la libre circulation européenne, prônant ouvertement des discriminations ainsi qu’un programme économique néfaste pour la France et l’Europe. Un coup d’œil à la presse internationale de lundi matin aurait permis de mesurer les ravages du « ni-ni ». Nos partenaires, habitués à des démocraties plus matures, ne comprennent pas cette attitude. Il ne s’agit pas de considérations symboliques mais de questions concrètes : la capacité d’un pays d’attirer des investisseurs étrangers, à financer sa dette, son rayonnement international dépendent de la force de son attachement à l’État de droit et à une société ouverte. La France, déjà confrontée à de grosses difficultés économiques et sociales, a tout à perdre en cas d’arrivée du FN aux responsabilités. Des régions limitrophes le paieraient cher. Le maire de Strasbourg, Roland Ries, l’a compris. Hommage lui soit rendu. Il suffit d’imaginer, dans la ville siège du Parlement européen et du Conseil de l’Europe, un président de région adversaire de l’euro, partisan de la préférence nationale et des contrôles policiers sur le pont de Kehl. L’Alsace des droits de l’homme, de la réconciliation franco-allemande et de la construction européenne n’aura plus que ses yeux pour pleurer, sous son grand nœud noir, comme dans un dessin de Hansi. La France aussi.

Sylvie Goulard

Conseil en stratégie et résilience – Transitions européennes et globales

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