Ces élections régionales allemandes bousculent le panorama politique traditionnel. Quelle est votre lecture de ces résultats ?
Ce sont surtout les succès engrangés par l’AfD qui interpellent. Ce parti, qui avait été créé en 2013 par des membres anti-euro plutôt modérés de l’establishment économique s’est ensuite dangereusement transformé. Il a surfé sur un sentiment nationaliste et, profitant de la crise des réfugiés, s’est transformé en un parti réellement xénophobe. J’ai entendu au Parlement européen des élus de ce parti réclamer que l’on tire sur les réfugiés ! Tirer sur des femmes et des enfants fuyant la guerre ! La montée de ce parti est évidemment un sujet de préoccupation. Mais vu les scores que fait dans mon pays, la France, le Front National, je me garderais bien de faire la leçon aux Allemands.
Quelles conséquences ces résultats peuvent-ils avoir pour la politique d’Angela Merkel? Sur la question des réfugiés, la chancelière avait déjà fait évoluer sa ligne.
Merkel est au pouvoir depuis 10 ans, et il était surprenant de voir l’importance de sa popularité après toutes ces années au pouvoir. En fait, l’Allemagne est à son tour frappée par un phénomène – la montée du populisme et de la xénophobie – qui a déjà atteint de nombreux autres pays européens et qui l’avait miraculeusement épargnée. Cela dit, il ne s’agit que d’élections régionales, et leurs résultats n’auront aucun impact sur le Bundestag. Mais il faut cependant les prendre au sérieux.
Comment devrait-elle, selon vous, réagir ?
Ces partis populistes, partout en Europe, mettent en avant des idées qui reposent sur une illusion, celle de récupérer une souveraineté nationale qui n’existe plus ! Mais la démocratie allemande est solide. Et il n’y a personne face à Angela Merkel. C’est elle qui reste la femme de la situation. Je suis pro-européenne et je suis donc convaincue que, si l’Allemagne entrait dans une période d’instabilité, cela ne profiterait à aucun pays voisin et certainement pas à l’Union européenne. En fait, ces résultats peu réjouissants seront peut-être l’occasion pour l’Europe, emmenée par Merkel, de se pencher réellement sur le danger des populismes. C’est comme sur la question des réfugiés : ils étaient nombreux à arriver dans le sud de l’Italie mais l’Europe n’a commencé à s’en préoccuper que lorsqu’ils ont débarqué en Allemagne !
Les populistes de l’AfD engrangent plus de voix à l’est qu’à l’ouest de l’Allemagne.
Oui, alors qu’il y a beaucoup plus d’immigrés et de réfugiés à l’ouest! Il ne faut pas oublier que des millions d’Allemands ont eux aussi jadis dû fuir la guerre : cela a marqué la plupart des familles. Cela explique aussi pourquoi la société allemande s’est mobilisée pour accueillir les réfugiés lorsque Merkel a décidé d’ouvrir les frontières. Il y a eu un élan d’initiatives citoyennes impressionnant. Tout cela n’a pas disparu.
Propos recueillis par Véronique Kiesel

