Quelle leçon tirez-vous de la gestion de la crise grecque ?
La crise financière a commencé en 2008 et celle de la dette souveraine de la Grèce fin 2009, donc si la méthode des dirigeants était bonne, on en serait sorti depuis longtemps.
Les problèmes de la Grèce ont été aggravés par son appartenance à la zone euro, mais une autre partie vient du fait qu’elle n’a pas fait rentrer correctement les impôts, du système clientéliste en politique, d’une corruption endémique. On touche les limites de l’euro, car la monnaie a été créée sans entité politique crédible au plan mondial.
Le troisième plan d’aide sera-t-il utile ?
On peut espérer que ça va régler le problème. Le plus grave serait que le peuple grec souffre et que ça ait des répercussions sur l’ensemble de la zone euro. Effectivement, l’accord va à l’encontre de ce que le peuple grec a voulu, mais la manière dont la question a été posée au référendum permet de douter de son caractère démocratique.
Quel rôle ont joué ensemble la France et l’Allemagne ?
Le point de départ était une divergence, mais on a eu un exemple de coopération franco-allemande qui a assez bien fonctionné. Il ne peut pas y avoir de maintien de l’intégrité de la zone euro sans effort de chacun des partenaires pour jouer collectif. La Grèce, c’est le syndrome d’Astérix, un petit village fortifié qui va tenir tête seul à l’empire. C’est sympathique, mais ça ne peut pas nous mener très loin.
Quel avenir voyez-vous pour la Grèce ?
Elle aura besoin d’au moins une génération pour construire un État plus solide, capable d’organiser l’éducation, la formation professionnelle et une administration fiscale. Maintenant, il va falloir repenser la manière dont nous faisons l’Europe et nous demander quelles sont les politiques d’accompagnement de l’euro qui n’ont pas été faites.
L’initiative de François Hollande de créer un gouvernement de la zone euro est-elle bonne ?
Je suis ravie qu’il ait enfin pris position. Cela fait dix ans en France qu’on a mis la question européenne au frigo, après l’échec du référendum de 2005. On a besoin d’un organe exécutif qui serait élu par les citoyens européens, au lieu de cette construction très malsaine avec des gouvernements nationaux, prisonniers de leur débat national, pour gérer un débat européen. On n’a jamais élu Mme Merkel pour s’occuper de la Grèce !
Vous plaidez pour un fédéralisme européen. Les gens n’en ont-ils pas peur, quand on voit la montée des populismes en Europe ?
Le fédéralisme ne ferait pas disparaître la France ! Le Front national raconte des mensonges en disant que nous pouvons garder notre prospérité et nos entreprises qui exportent, cela en mettant à terre l’UE.
Je ne pense pas qu’il y ait 20 ou 30 % des Français qui soient acquis aux thèses du FN. Quand on discute avec des jeunes de la génération Erasmus, des chefs d’entreprise, des exploitants agricoles qui ont investi dans la qualité, les gens ont envie de continuer à exporter, à avoir des frontières ouvertes.
Quelle forme cela prendrait-il ?
Il faudrait un transfert de compétences limité et intense. Cet exécutif serait responsable devant un Parlement et devrait disposer d’un budget (par exemple un point de TVA), mais ne concernerait pas que l’économie. Il aurait en charge la mobilité des travailleurs, l’investissement, l’énergie, et peut-être un filet social commun. Le reste resterait au niveau de l’État. On aurait plus de démocratie, plus de débat public avec des organes directement élus par les citoyens.
La crise agricole française est-elle européenne ?
S’il y a encore une agriculture en France, c’est grâce à la Politique agricole commune (Pac) : des marchés ont été ouverts pour nos produits, car la filière agricole exporte et des aides ont été attribuées sur les budgets européens. Mais dans le système actuel, chaque État membre est maître de sa politique économique et sociale, et donc l’écart de production s’est creusé entre la France, où les charges sociales sont très élevées, et les autres pays.
C’est pour ça qu’on a besoin d’en discuter avec eux. Mais, plus on est hostile à la fédéralisation de la zone euro, plus ça joue contre nous.
Comment l’Union européenne peut-elle faire face à l’afflux de migrants ?
Toutes ces personnes qui fuient la misère ou l’intégrisme ne veulent pas aller en Italie, mais en France, en Grande-Bretagne ou en Suède. Ce n’est donc pas un problème italien, mais européen.
On est en train de payer le coût de la non-Europe. Si on avait une diplomatie plus forte, on aurait des moyens d’influence plus grands sur ces pays-là. L’on pourrait aider les États à se reconstruire, avec des ONG de coopération politique territoriale, ou encore donner à des jeunes la possibilité de se former en Europe.
Recueilli par Amandine RÉAUX.

