Auteur/autrice : julien

  • Note bleue de la Fondation Schuman n°38, sortie le 6 décembre 2006.

    Note bleue de la Fondation Schuman n°38, sortie le 6 décembre 2006.

    Le partenariat privilégié, alternative à l’adhésion,

    Ce livre est le fruit d’un travail collectif que j’ai animé et qui a rassemblé des Européens convaincus, de toutes sensibilités et d’origines diverses, pour lesquels j’ai beaucoup d’estime.

    Rudolf Scharping, ancien ministre fédéral de la défense et ancien candidat à la Chancellerie (SPD) ; à l’époque où le Chancelier Schröder se prononçait fortement pour l’adhésion, en invoquant notamment des arguments stratégiques, il est intéressant que son ancien ministre de la défense ait contesté ses thèses, au nom de l’Europe ;

    Karl Theodor Freiherr zu Guttenberg (CSU), à l’époque député au Bundestag et l’un des bons connaisseurs des questions internationales du camp chrétien démocrate, dans la jeune génération ; entretemps il est devenu ministre de l’économie du gouvernement Merkel ;

    Pierre Defraigne, ancien directeur de cabinet de Pascal Lamy à la Commission européenne ; un grand haut fonctionnaire, aujourd’hui directeur d’une fondation qui œuvre à Bruxelles pour nourrir le débat d’idées (Fondation Madariaga) ;

    Carlo Altomonte, économiste, professeur à l’Université Bocconi de Milan ; Carlo a rédigé les passages très éclairants sur le risque de voir monter les inégalités en Europe ; à la lueur de la crise, cette analyse se révèle hélas tout à fait exacte ;

    Lucas Delattre, ancien journaliste, correspondant du Monde en Allemagne, puis directeur du Bureau du Conseil de l’Europe à Paris ; il nous a aidé à mesurer combien l’action du Conseil de l’Europe en matière de droits de l’homme et de libertés fondamentales offre des garde-fous pour le cas où la Turquie n’adhèrerait pas à l’UE.

    Cet ouvrage est né d’une idée simple : sortir des polémiques autour de l’adhésion éventuelle de la Turquie à l’UE afin de faire connaître en France le travail important – et unique à ma connaissance – qu’avait effectué Karl Theodor zu Guttenberg pour donner un contenu précis et concret à une alternative à l’adhésion de la Turquie à l’UE. Nombreux sont ceux qui, de manière générale, ont évoqué un partenariat mais rares sont ceux qui ont pris la peine d’étudier les traités pour déterminer, matière par matière, et dans un esprit positif, en quoi il peut consister.

    On peut y demeurer hostile mais ce livre prouve que ce n’est pas un lot de consolation, ni une coquille vide. Il nous est apparu important de sortir du raisonnement du « tout ou rien », l’adhésion ou le chaos qui, trop souvent, domine les débats. Nos rapports avec ce pays important, héritier d’une grande histoire et appelé à jouer un rôle majeur dans la région, sont stratégiques ; nous devons éviter qu’un éventuel refus ou un report de l’adhésion, ne déclenche des spirales négatives.

    Entre les membres de ce groupe, il n’y avait pas accord unanime ; certains étaient plutôt partisans de l’adhésion ou du moins souhaitaient que le processus se poursuive. D’autres étaient plus réticents et préféraient un partenariat mais chacun a joué le jeu consistant à discuter, sans tabous, des aspects positifs et négatifs, pour l’UE et le pays candidat, des différentes options. Ce type de discussion par delà les frontières est hélas trop rare en Europe.

    Le livre affirme qu’une approche constructive, sincère est préférable aux non dits actuels. Il détaille pourquoi l’adhésion de la Turquie poserait des questions institutionnelles, budgétaires et surtout économiques et sociales qui doivent impérativement être réglées d’une manière ou d’une autre. Il tente de proposer des solutions alternatives dont on peut naturellement débattre mais qui méritent d’être regardées de près, surtout quand l’UE se débat toujours dans sa réforme institutionnelle et ses doutes internes.

    TNS Sofres Contribution à l’ouvrage collectif L’état de l’opinion, chapitre sur “L’Europe après le non”

  • Le Grand Turc et la république de Venise, Fayard 2004

    Le Grand Turc et la république de Venise, Fayard 2004

    Avant-propos de Robert Badinter, Paris, Fayard, 2004. Cet ouvrage a été couronné par le Prix du livre pour l’Europe 2005. Nouvelle édition octobre 2005.

    Le titre est tiré de l’Avare de Molière où un personnage féminin, sur un ton de défi, prétend pouvoir marier le Grand Turc et la République de Venise, symboles de deux entités incompatibles.

    Il renvoie aussi au déclin de la république de Venise qui n’a pas su s’allier aux autres Etats italiens afin de répondre à la « globalisation » des grandes découvertes.

    Le livre comporte un avant propos de Robert Badinter, Sénateur, ancien Garde des sceaux, ancien Président du Conseil constitutionnel.

    Structure du livre

    Introduction

    • Le désarroi des opinions publiques et des élites européennes a été sensible lors des élections européennes de juin 2004 marquées par un fort taux d’abstention. En France, tout particulièrement, il y a une immense frustration sur la manière dont a été décidé l’élargissement aux Dix.

    • La question de l’adhésion turque est perçue comme un « secret de famille » honteux : personne n’a su ce qui avait été décidé à Helsinki en 99 ; les gouvernements n’ont rien expliqué et cherchent parfois à gagner du temps ; la plupart des responsables tiennent un double langage. Pour le peuple, « on nous cache quelque chose »

    Chapitre 1er : Entre promesses et non dits

    • Retour en arrière sur la pseudo « promesse » ; les différences entre 1963 et aujourd’hui (de la CEE à l’UE ; guerre froide terminée) ; il y a « changement fondamental de circonstances »

    • La justification par la « géostratégie » post 11 septembre (à la Fischer) est fragile : la subsidiarité doit commander la prudence car in fine, ce seront les Etats et les collectivités locales qui devront assumer les conséquences de l’entrée de la Turquie dans l’UE (intégration scolaire, hôpitaux, égalité hommes-femmes) ; grosses difficultés de nos sociétés à intégrer les musulmans. Ou alors refus scandaleux de leur reconnaître la libre circulation qui est l’une des 4 libertés du traité de Rome ; on ne vend plus l’UE mais une coquille vide.

    Chapitre 2 : La démocratie bafouée

    • L’UE ne peut pas prétendre « exporter » la démocratie sans la respecter elle même. La procédure suivie est non démocratique : la Commission rend un rapport dit technique, sous la responsabilité d’un Commissaire qui ne cache pas où il veut arriver. Ensuite, le Conseil européen ouvre les négociations sans décision préalable des peuples européens. In fine, le traité d’adhésion sera présenté comme « à prendre ou à laisser » et de préférence à prendre, sinon ce sera de nouveau la menace odieuse du « choc des civilisations ». C’est faire l’Europe en jouant seulement sur la culpabilité des citoyens européens ; ce temps est révolu.

    • En France Jean-Marie Le Pen, en 2002, a été au deuxième tour des élections présidentielles, il ne faut pas jouer avec le feu : faire une adhésion turque « en douce », sans débat, c’est courir le risque de précipiter vers les extrêmes des gens qui se sentent légitimement mal informés. Différence majeure entre la France et l’Allemagne de ce point de vue. La convergence franco-allemande, sur la Turquie, est fragile car en France, seul Jacques Chirac y croit, pas même l’ensemble de l’UMP. Le PS est partagé.

    Chapitre 3 Contre le choc des civilisations ?

    • L’UE n’a pas à prouver qu’elle n’est pas un club chrétien ; la question religieuse ne doit jouer, ni dans le sens de l’exclusion (l’UE est neutre et comporte des millions de musulmans, juifs, athées etc), ni dans le sens de l’adhésion forcée (cette adhésion ne règlera pas tous nos problèmes avec l’islam). La Turquie n’est pas tout l’islam ; il y a le problème des pays comme le Maroc (modéré, et tentant des réformes courageuses pour les femmes par exemple). Grosses difficultés prévisibles en France avec le Maghreb ou alors, la seule alternative est l’élargissement sans fin…

    • L’UE c’est la chrétienté + les Lumières (et le judaïsme + les Lumières) ; l’islam n’a pas fait ce parcours. Les inexactitudes abondent sur la « laïcité turque » alors qu’État et religion ne sont pas séparés dans ce pays. Commission et États membres sont trop laxistes sur ce sujet : pour paraphraser François Mitterrand, les persécutions sont en Turquie, les scrupules en Occident (voir le rapport de la Commission 2003) ; idem sur le génocide arménien : refus scandaleux de regarder le passé.

    • La question des femmes est objectivement considérée comme secondaire par la plupart des analystes, Commission comprise (rapport 2003) ; pourtant le rapport 2004 d’Amnesty international est horrifiant ; il faut débattre de la question de la laïcité dans l’UE (thème vital pour la France). Qui se reconnaîtrait en Mme Erdogan, voilée, en visite d’Etat dans un autre Etat membre ?

    Chapitre 4 Quand les moyens font défaut

    • Absence de réforme institutionnelle préalable, exacerbation de la différence grands/petits, perte de confiance dans les institutions dominées par un pays difficile à assimiler … Tout cela freinera le passage au Vote à la Majoritée Qualifiée et pourrait signifier la fin de l’Union politique.
    • Absence de financement à la hauteur des prétentions de « stabilisation »
    •  Problème de corruption en Turquie : 77 ème rang de Transparency international (chiffres 2004)

    Chapitre 5 La France au secours de l’UE

    • Appel à la crise, déclenchée par la France pour sauver une certaine conception de l’UE, d’ici décembre 2004 (date à laquelle la décision doit être prise par le Conseil européen de poursuivre le processus menant à l’adhésion).
    • Nécessité de décider de manière souveraine / USA ; l’ingérence de George W Bush à Istanbul était intolérable.
    Conclusion : L’UE est à un moment clé de son destin ; comme la République de Venise, opulente, elle peut disparaître, faute d’avoir réagi à la « globalisation » de son temps, faute d’avoir su bâtir des coopérations avec les villes voisines. La question dépasse largement celle de l’adhésion turque : c’est la survie de l’UE communautaire qui est en jeu.

    Une version mise à jour et complétée est sortie en 2005.

  • Euractiv sur la candidature de Sylvie Goulard

    Euractiv sur la candidature de Sylvie Goulard

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    L’eurodéputée du groupe ADLE va devoir convaincre son groupe de sa candidature face à celle de Guy Verhofstadt. Depuis 1979, le Parlement européen a été dirigé à 87 % par des hommes .

    Toujours prompt à soutenir la cause des femmes, le Parlement européen est quasiment toujours présidé par un homme. En 37 ans, seulement deux femmes ont eu cet honneur, pour 12 hommes.

    Et encore, il s’agissait de demi-mandats : Simone Veil et Nicole Fontaine ont présidé l’institution 5 ans sur 37. Depuis qu’il existe, le Parlement européen a donc été présidé par un homme 87 % du temps. Ce modèle « faites ce que je dis mais pas ce que je fais » commence à irriter, alors que le départ de Martin Schulz ouvre la voie à une nouvelle candidature.

    La centriste Sylvie Goulard a décidé de donner un coup de pied dans la fourmilière en se présentant, notamment pour défendre cette cause. Mais pas seulement.

    « Avant de s’interroger sur des noms de candidat, il faut s’interroger sur le poste ! Comment on préside le Parlement européen après Trump, après Erdogan, après le Brexit ? » s’interroge l’élue qui veut se battre pour qu’ « une vraie discussion ait lieu ».

    Dans sa déclaration de candidature, l’élue propose que le Parlement européen se donne pour mission de redonner envie d’Europe, et de se tourner plus vers les Européens que vers Bruxelles, en évitant la connivence avec la Commission. Une vocation de terrain donc, plus de représentation institutionnelle.

    Sa candidature est toutefois une vraie course contre la montre, puisque le remplaçant de Schulz doit être trouvé pour début 2017, et que le parti centriste devrait se décider dès la semaine prochaine sur son candidat.

    Une misogynie latente ?

    Or au centre, les regards se sont immédiatement tournés vers Guy Verhofstadt, le chef du parti. Un reflex phallocrate ? « Mais non, c’est juste qu’il rêve de ca depuis 10 ans » assure une source au Parlement européen. De fait le candidat potentiel a raté de nombreuses occasions. De là à éviter tout débat sur celui ou celle qui portera la candidature de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe ?

    Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a longuement et lourdement insisté pour avoir une commission parfaitement paritaire. Ce qui n’empêche pas l’exécutif européen d’avoir été systématiquement dirigé par un homme depuis sa création.

    « Comment motiver les jeunes filles qui composent la majorité des diplômés si le plafond de verre écrase encore et toujours les femmes ? » se demande Sylvie Goulard, qui appelle à un choix en fonction du mérite pour le prochain candidat. Comme Martin Schulz, la candidate est polyglotte et intervient régulièrement dans les médias anglophones et germanophones, ou encore italiens.

    Pour couronner le tout, la guerre de succession qui vient de s’ouvrir n’épargne pas les clichés. À droite, sur 7 candidats, une seule femme s’est présentée, l’irlandaise Mairead McGuinness. « Sa principale qualité est d’être une femme » estime un de ses copartisans, non sans misogynie. Le Français Alain Lamassoure est également candidat.

    Un problème de transparence

    Le manque de transparence de la campagne pour la tête du Parlement européen est aussi un sujet de mobilisation. Les principaux partis ont en effet l’habitude de faire des petits arrangements entre amis, avec l’aval de Berlin, Paris, et Bruxelles, sans que le commun des eurodéputés ne soit au courant.

    « Comme pour toute élection, il est sain d’organiser un vrai débat sur ce que peut faire le Parlement européen. Compte tenu de la situation de l’Europe, il serait malvenu de l’éviter » souligne Jean Arthuis, eurodéputé du groupe ADLE également.

    Un mystérieux accord aurait été écrit et signé par les têtes des principaux partis, soit Schulz, Verhofstadt et Weber, stipulant que Martin Schulz quitterait quoiqu’il arrive son poste à mi-mandat. La droite n’a pas manqué de rappeler ce document ces dernières semaines, ce qui a définitivement joué dans la décision de Martin Schulz de quitter l’institution. Mais l’existence d’un tel accord se fait en dehors de tout contrôle démocratique.

    Si une candidature du centre est envisageable, ce ne sera pas sans tractation et autres alliances voire concession : le parti ne dispose que de 70 élus, et devra donc s’assurer du soutien d’eurodéputés, a priori de droite, avant d’affronter un vote en plénière. Un débat qui risque de fragiliser la soi disant « grande coalition » déjà fragilisée par de nombreux désaccords depuis sa formation il y a 2,5 ans.

    *

    The French liberal MEP will have to convince her group to nominate her, rather than ALDE group leader Guy Verhofstad. Since 1979, 87% of the European Parliament’s presidents have been men. EurActiv France reports.

    Despite its readiness to speak up for gender equality, the European Parliament has almost always been run by men. In the last 37 years, the institution has been presided over by two women and 12 men.

    And these two women only had half mandates: Simone Veil and Nicole Fontaine held the presidency for just five years between them. But this “do as I say, not as I do” approach to politics has worn thin, and many MEPs see the departure of Martin Schulz as an opportunity for change.

    Centrist MEP Sylvie Goulard decided to kick the anthill and stand for the presidency, partly to draw attention to the issue of gender imbalance. But there are other reasons too.

    “Before thinking about the names of the candidates, we should think about the job itself. How should we preside over the Parliament after Trump and Erdogan, after Brexit?” Goulard asked. She wants a “real discussion to take place”, making a clean break from the past.

    In her candidacy declaration, the MEP proposed a new mission for the European Parliament: to rekindle enthusiasm for the European project by looking outward to European citizens, rather than inward to Brussels, and avoiding collusion with the Commission. This is a far broader mission than simply representing the institution.

    But her candidacy is a real race against the clock, because Schulz’s replacement must be chosen in January 2017 and the ALDE group will this week begin choosing its candidate.

    Latent misogyny?

    Upon news of Schulz’s withdrawal, all eyes immediately turned to ALDE leader Verhofstadt.

    A chauvinist knee-jerk? “Of course not, it’s just that he has dreamed of this for ten years,” said a Parliament source. The potential candidate has already been overlooked for the presidency several times. But should this preclude any debate over the liberal candidacy?

    Commission President Jean-Claude Juncker has often been heard holding forth on the merits of equality. Yet since its creation, the European executive has systematically been run by men.

    “How can we motivate young women, who make up the majority of our graduates, if they are still being blocked by the glass ceiling?” Goulard asked, insisting that the next candidate be chosen on merit.

    Like Schulz, Goulard is a polyglot and regularly appears in the English, German and even Italian media.

    To top it all, the war of succession that has now well and truly begun has fallen victim to all the usual clichés. On the right, the EPP has seven candidates, only one of which is a woman, the Irish MEP Mairead McGuinness.

    “Her main quality is that she is a woman,” said one of her EPP colleagues, not without a hint of misogyny. French Republican MEP Alain Lamassoure is also standing for the presidency.

    A transparency problem

    The lack of transparency in the campaign for the Parliament’s top job is also a mobilising factor for the smaller political groups. The two main groups, the European People’s Party (EPP) and the Socialist and Democrats (S&D) often come to an agreement between themselves, with the backing of Paris, Berlin and Brussels, without consulting the rest of the MEPs.

    “As for any election, it is healthy to organise a real debate on what the European Parliament can do. In light of the state that Europe is in, it would be a bad idea to avoid this,” said Jean Arthuis, a French ALDE MEP.

    A mysterious agreement was apparently reached between Schulz, Verhofstad and Manfred Weber, the leader of the EPP group, stipulating that Schulz would renounce the leadership mid-mandate, whatever happened.

    The EPP’s repeated references to this deal in recent weeks undoubtedly had a part to play in the president’s decision not to run for a third term. But again, it was made outside the democratic oversight of the majority of MEPs.

    If a centrist candidate is to be a serious contender for the presidency, they will have to form alliances and make concessions: the party only has 70 MEPs and will have to canvas members of other groups, particularly the EPP, if it is to have a chance of winning a plenary vote.

    Such a debate could further weaken the so-called “grand coalition”, which is already suffering from the many conflicts that have shaken Europe over the last two and a half years.

    Par Aline Robert 25/11/2016 – also available in English