Article dans le « Figaro Vox » du 14 juillet 2015 :
Pour Sylvie Goulard, députée européenne de l’ADLE (Alliance des démocrates et libéraux pour l’Europe), si François Hollande a fait preuve de clairvoyance sur le dossier grec, il est confronté à trois défis : en France, en franco-allemand, en Europe.
Le Président de la République a eu raison de défendre l’intégrité de la zone euro. Au moment où la crédibilité du projet européen vacille, il est utile de rappeler au reste du monde le principe d’une «union sans cesse plus étroite» et de couper l’herbe sous le pied des populistes, prompts à se réjouir des divisions ou à prôner l’éclatement.
Si François Hollande a fait preuve de clairvoyance, Angela Merkel n’a pas manqué de courage car son opinion publique est opposée à un nouveau plan de secours. L’issue des votes dans les Parlements nationaux n’est pas certaine. En tout état de cause, il est heureux que la Chancelière et d’autres responsables européens aient été très exigeants. Contrairement à ce qu’on a pu entendre en France, la question était moins de «garder Platon en Europe» que de redresser un pays en grande difficulté auquel des dizaines de milliards ont déjà été prêtés. La Grèce est loin d’être tirée d’affaire. Sans efforts drastiques ni respect des règles, la vie en commun n’est pas possible. Une fois encore la relation franco-allemande a produit, dans la douleur, un certain équilibre dialectique.
Maintenant, François Hollande est confronté à trois défis: en France, en franco-allemand, en Europe.
Même si la France n’est pas dans la situation de la Grèce, elle ne peut pas durablement refuser de faire ce que les fonctionnaires de Bercy ont recommandé à Athènes. La dette française, en forte augmentation depuis 2007, représente déjà près de 100 % du PIB. Le chômage ne baisse pas, la balance commerciale est dégradée. A l’exception de la réduction des dépenses de défense, le programme que Bercy a inspiré serait particulièrement bénéfique pour la France: réforme des retraites portant notamment l’âge de départ à 67 ans ; revue des innombrables niches qui nuisent à l’équité fiscale (entre autres, les exemptions fiscales «pour les îles» comme… la Corse et l’Outre-mer?) ; augmentation de la TVA sur la restauration (la baisse décidée par Nicolas Sarkozy en 2009 ayant grevé le budget de l’État français de plusieurs milliards par an, pour des contreparties décevantes) ; ouverture à la concurrence des professions réglementées (bien au-delà de ce qui a été envisagé dans la loi Macron) ; réforme du marché du travail ; privatisations pour désengager l’État.
Ce gouvernement, comme les précédents, a toujours refusé de procéder à un assainissement budgétaire vigoureux au motif qu’il risquerait de «casser la reprise». Les autorités françaises n’ont jamais osé s’attaquer sérieusement aux rigidités du marché du travail. Ces erreurs combinées nourrissent le chômage et la pauvreté. Pendant ce temps, l’Espagne par exemple, qui a pris des mesures choc, a un taux de croissance supérieur à la France et, même si de grosses difficultés sociales persistent, voit son horizon se dégager.
Le deuxième défi concerne la relation franco-allemande. Ces derniers mois, elle avait déjà souffert du manque de vision stratégique que révèle par exemple le volet linguistique de la réforme des collèges. En se rapprochant des Grecs, les autorités françaises ont pris le risque de s’éloigner encore de Berlin. François Hollande veut-il être durablement vu comme le chef de file des pays laxistes, opposé à Mme Merkel? Les conséquences seraient catastrophiques pour l’Europe et pour l’image de la France. Les mois à venir devraient être consacrés à renouer les liens. Une brouille durable serait d’autant plus paradoxale que, derrière le soutien de façade à un trublion d’extrême-gauche, François Hollande s’est finalement rallié à un accord très orthodoxe. On aurait même rêvé quelques mesures innovantes: un plan européen de lutte contre la pauvreté ou plus d’investissements verts.
Le dernier défi consiste à inventer une gouvernance plus démocratique de la zone euro. La gestion intergouvernementale, derrière des portes closes, est désastreuse. Elle dresse les peuples européens les uns contre les autres au lieu de faire comprendre à un Grec démuni qu’il est plus proche d’un salarié allemand modeste, contribuant aux plans de secours, que d’un compatriote armateur échappant au fisc. Elle aboutit à des exercices démocratiques séparés, aussi théâtraux que vains. Il est triste qu’au nom de l’Europe, la France se soit posée en alliée d’un gouvernement grec qui n’a guère montré d’esprit européen. Loin d’être démocratique, le référendum unilatéral a privé du droit de s’exprimer plus de 300 millions d’Européens concernés! Cette manœuvre a traité des partenaires comme s’ils étaient des adversaires et in fine, sous la pression de la nécessité, Alexis Tsipras a renié la volonté des électeurs grecs.
Il est temps d’accroître la démocratie au niveau où les décisions sont prises. François Hollande aurait pu faire des propositions concrètes en donnant par exemple au Parlement européen, qui a son siège en France, un rôle plus actif. Pourquoi ne pas en faire l’enceinte de débat public, transfrontière? Pourquoi ne pas lui confier un suivi rigoureux, transparent du programme grec?
La France peut occuper une place centrale en Europe, François Hollande l’a prouvé. L’influence durable suppose toutefois une amélioration significative des performances économiques nationales et la clarification de la finalité du projet européen, avec l’Allemagne. Elle suppose plus d’imagination et d’engagement. La monnaie unique n’est pas une fin en soi. Elle devait être le socle d’un projet de société qui reste à inventer.
Pour Sylvie Goulard, députée européenne de l’ADLE (Alliance des démocrates et libéraux pour l’Europe), si François Hollande a fait preuve de clairvoyance sur le dossier grec, il est confronté à trois défis : en France, en franco-allemand, en Europe.
Le Président de la République a eu raison de défendre l’intégrité de la zone euro. Au moment où la crédibilité du projet européen vacille, il est utile de rappeler au reste du monde le principe d’une «union sans cesse plus étroite» et de couper l’herbe sous le pied des populistes, prompts à se réjouir des divisions ou à prôner l’éclatement.
Si François Hollande a fait preuve de clairvoyance, Angela Merkel n’a pas manqué de courage car son opinion publique est opposée à un nouveau plan de secours. L’issue des votes dans les Parlements nationaux n’est pas certaine. En tout état de cause, il est heureux que la Chancelière et d’autres responsables européens aient été très exigeants. Contrairement à ce qu’on a pu entendre en France, la question était moins de «garder Platon en Europe» que de redresser un pays en grande difficulté auquel des dizaines de milliards ont déjà été prêtés. La Grèce est loin d’être tirée d’affaire. Sans efforts drastiques ni respect des règles, la vie en commun n’est pas possible. Une fois encore la relation franco-allemande a produit, dans la douleur, un certain équilibre dialectique.
Maintenant, François Hollande est confronté à trois défis: en France, en franco-allemand, en Europe.
Même si la France n’est pas dans la situation de la Grèce, elle ne peut pas durablement refuser de faire ce que les fonctionnaires de Bercy ont recommandé à Athènes. La dette française, en forte augmentation depuis 2007, représente déjà près de 100 % du PIB. Le chômage ne baisse pas, la balance commerciale est dégradée. A l’exception de la réduction des dépenses de défense, le programme que Bercy a inspiré serait particulièrement bénéfique pour la France: réforme des retraites portant notamment l’âge de départ à 67 ans ; revue des innombrables niches qui nuisent à l’équité fiscale (entre autres, les exemptions fiscales «pour les îles» comme… la Corse et l’Outre-mer?) ; augmentation de la TVA sur la restauration (la baisse décidée par Nicolas Sarkozy en 2009 ayant grevé le budget de l’État français de plusieurs milliards par an, pour des contreparties décevantes) ; ouverture à la concurrence des professions réglementées (bien au-delà de ce qui a été envisagé dans la loi Macron) ; réforme du marché du travail ; privatisations pour désengager l’État.
Ce gouvernement, comme les précédents, a toujours refusé de procéder à un assainissement budgétaire vigoureux au motif qu’il risquerait de «casser la reprise». Les autorités françaises n’ont jamais osé s’attaquer sérieusement aux rigidités du marché du travail. Ces erreurs combinées nourrissent le chômage et la pauvreté. Pendant ce temps, l’Espagne par exemple, qui a pris des mesures choc, a un taux de croissance supérieur à la France et, même si de grosses difficultés sociales persistent, voit son horizon se dégager.
Le deuxième défi concerne la relation franco-allemande. Ces derniers mois, elle avait déjà souffert du manque de vision stratégique que révèle par exemple le volet linguistique de la réforme des collèges. En se rapprochant des Grecs, les autorités françaises ont pris le risque de s’éloigner encore de Berlin. François Hollande veut-il être durablement vu comme le chef de file des pays laxistes, opposé à Mme Merkel? Les conséquences seraient catastrophiques pour l’Europe et pour l’image de la France. Les mois à venir devraient être consacrés à renouer les liens. Une brouille durable serait d’autant plus paradoxale que, derrière le soutien de façade à un trublion d’extrême-gauche, François Hollande s’est finalement rallié à un accord très orthodoxe. On aurait même rêvé quelques mesures innovantes: un plan européen de lutte contre la pauvreté ou plus d’investissements verts.
Le dernier défi consiste à inventer une gouvernance plus démocratique de la zone euro. La gestion intergouvernementale, derrière des portes closes, est désastreuse. Elle dresse les peuples européens les uns contre les autres au lieu de faire comprendre à un Grec démuni qu’il est plus proche d’un salarié allemand modeste, contribuant aux plans de secours, que d’un compatriote armateur échappant au fisc. Elle aboutit à des exercices démocratiques séparés, aussi théâtraux que vains. Il est triste qu’au nom de l’Europe, la France se soit posée en alliée d’un gouvernement grec qui n’a guère montré d’esprit européen. Loin d’être démocratique, le référendum unilatéral a privé du droit de s’exprimer plus de 300 millions d’Européens concernés! Cette manœuvre a traité des partenaires comme s’ils étaient des adversaires et in fine, sous la pression de la nécessité, Alexis Tsipras a renié la volonté des électeurs grecs.
Il est temps d’accroître la démocratie au niveau où les décisions sont prises. François Hollande aurait pu faire des propositions concrètes en donnant par exemple au Parlement européen, qui a son siège en France, un rôle plus actif. Pourquoi ne pas en faire l’enceinte de débat public, transfrontière? Pourquoi ne pas lui confier un suivi rigoureux, transparent du programme grec?
La France peut occuper une place centrale en Europe, François Hollande l’a prouvé. L’influence durable suppose toutefois une amélioration significative des performances économiques nationales et la clarification de la finalité du projet européen, avec l’Allemagne. Elle suppose plus d’imagination et d’engagement. La monnaie unique n’est pas une fin en soi. Elle devait être le socle d’un projet de société qui reste à inventer.
Les tensions entre nations européennes peuvent être très vives, y a-t-il un moyen de gérer les crises autrement ?
Le Conseil européen est une agglomération de souverainetés nationales qui peuvent prendre le processus en otage. La Slovaquie, par exemple, vient de menacer de faire un référendum. La Finlande a aussi un Parlement très actif. C’est pourquoi il faudrait que l’accord soit avalisé par le Parlement européen, car cela permet ensuite aux députés d’aller expliquer leur vote dans leurs pays. Il faut remettre du lien entre les Européens. Au lieu de dire que les Allemands sont contre les Grecs et les Grecs contre les Allemands, faisons observer qu’il y a des Grecs riches qui n’ont pas pris leurs responsabilités. Et il y a des Allemands et des Français très modestes dont la contribution va servir à aider un pays dont les nationaux aisés se désintéressent. Il ne faut pas monter les uns ou les autres sur des lignes nationales. C’est abominable. et ça ne correspond pas au projet européen.
Mais ce vote au Parlement n’est absolument pas requis ?
En droit, non, mais, dans l’histoire, les évolutions sont souvent nées d’événements majeurs. Le système tel qu’il est a une faille. Dans l’intérêt de l’Eurogroupe, il faudrait un aval européen : les députés pourraient porter cet accord. Les Grecs ont eu le sentiment d’avoir été humiliés par la troïka, d’autres, comme les Allemands, celui d’avoir été floués. Il y a en fait de bons arguments des deux côtés. La dislocation ne serait dans l’intérêt de personne, avec des conséquences financières et géopolitiques pour tous. Les Grecs ont été peu coopératifs et même assez agressifs en lançant un référendum sans attendre la fin des discussions, tout en disant vouloir garder l’euro.
Comment assurer la bonne exécution d’un accord avec les Grecs ?
La Grèce est un pays qui nous a fait énormément de promesses. Les Grecs sont certes responsables de leurs décisions – le départ de la retraite à tel âge, la TVA à tel niveau -, mais il faut que nous puissions suivre la mise en oeuvre des réformes. On peut très bien imaginer un processus par lequel ils rendent compte de l’état d’avancement d’un programme quand ils reçoivent de l’argent. Au lieu d’avoir une tutelle technocratique avec des institutions comme la BCE ou le FMI – dont l’expertise est évidemment requise par ailleurs -, on doit avoir un débat transfrontière et transparent.
De quelle façon ?
Tous les deux ou trois mois, on pourrait organiser une journée dans la commission économique et monétaire au Parlement européen. On y recevrait un rapport de la commission, de la BCE ou du FMI s’il le désire. Cette session publique, en présence du gouvernement grec, qui a la parole, peut aider à mesurer les progrès, à alerter sur les besoins d’assistance technique ou sur les retards éventuels. Et une ou deux fois par an, il faudrait un débat en plénière pour faire le point. Il faut passer d’un système technique, centré sur la finance, à un système plus large. Il faut arriver à un contrôle par les pairs.
Les Français sondés sont loin d’avoir un avis tranché concernant la situation actuelle de la Grèce comme le montre un sondage exclusif Ifop pour Atlantico. Divisés, 60% des Français craignent un effet domino sur d’autres pays alors que 58% des Français estiment qu’une sortie grecque de la zone euro serait une “crise passagère”.
Atlantico : La première question du sondage demande aux interrogés de quantifier, selon leur opinion, le degré de gravité que constituerait une sortie grecque de la zone euro. Si 58% des Français jugent la qu’une sortie de la Grèce constituerait seulement une crise passagère ils sont tout de même 42% à considérer que celle-ci serait si grave qu’elle “remettrait en cause la construction européenne”. Qu’est-ce qu’un tel résultat nous dit de la gravité de la situation ?
Jacques Myard : La crise grecque n’est pas une crise conjoncturelle mais une crise structurelle qui est celle de l’inéquation de la monnaie unique, une monnaie artificielle, qui est aggravée par la politique suicidaire et de purge menée depuis cinq ans par l’Union européenne, qui a mis en place la dévaluation forcée, face à la Troïka et à l’Allemagne. Il s’agit d’une combinaison de deux facteurs. Pour ce qui est de la monnaie unique, on ne fait pas vivre dans une union monétaire de ce type un marchand de canons, l’Allemagne, et un marchand de livres, la Grèce, sauf si le marchant de canons décide de renflouer en permanence les maillons faibles.
Or l’Allemagne refuse cela, elle refuse l’union de transfert et donc cette monnaie n’est pas viable. D’autre part cette purge, cette politique de déflation budgétaire, qui est imposée à la fois par la Troïka et l’Allemagne, qui ne veut pas payer, est une aberration économique : plus on réduit, soit disant, le déficit budgétaire en réduisant la dépense, plus le multiplicateur fait ses effets et accroit la récession. C’est ce qu’il s’est passé en Grèce, en Italie, partout où on l’on pratique cette politique récessioniste. Il n’y a donc aucune solution à la crise grec dans l’union monétaire, et l’éventualité d’un nouvel accord avec un prêt renouvelé de 50 milliards, plus 35 milliards de déblocage des fonds structurels, est tout simplement voué à l’échec. La Grèce rencontre un problème de compétitivité et pour cela elle devrait avoir une monnaie dévaluée.
Jérôme Fourquet : Une large majorité de Français, quasiment 6 sur 10, ne dramatisent pas cet enjeu qui focalise l’attention des médias et des politiques depuis une semaine avec l’idée que le Grexit serait un véritable désastre pour la Grèce mais aussi pour l’UE, en termes de symbole et de répercussions économiques pour la zone euro. Les citoyens apparaissent donc en décalage par rapport au sentiment dominant dans les médias et la classe politique, car ils relativisent majoritairement la gravité de cette crise : 42% pensent que cette sortie grecque constituerait une remise en cause du modèle européen.
Sylvie Goulard : Personne ne sait ce qui pourrait se passer en cas de sortie de la Grèce de la zone euro. Une fragmentation n’est pas à prendre à la légère. A dessein, les traités n’ont pas envisagé de sécession. En rendant le passage à l’euro irréversible, on donnait un gage de sérieux : si un risque permanent de dislocation existe, pourquoi des épargnants ou des investisseurs feraient-ils confiance à la monnaie unique? Pourquoi une banque centrale d’un pays émergent détiendrait-elle des euros dans ses réserves ? Pourquoi un fonds achèterait-il de la dette d’un pays de la zone euro ? La crédibilité d’une monnaie dépend de la confiance qu’elle inspire. Il est assez rassurant, au vu du sondage, que les plus jeunes l’aient compris. Et sans doute les électeurs du Front National (qui considèrent à 64 % qu’il s’agirait d’une « crise passagère ») essaient-ils de se rassurer sur l’un des points les plus faibles et dangereux du programme de Marine Le Pen.
La deuxième question du sondage demande aux interrogés si, selon eux, un Grexit pourrait entraîner d’autres Etats à quitter la zone euro. 60% des Français disent oui. Alors que les Etats tentent de bâtir l’Europe depuis 60 ans, sommes-nous en train de tout déconstruire aux yeux de l’opinion publique ?
Jacques Myard : Le problème est très simple : l’euro est une religion pour les politiques qui ont prôné cette monnaie unique. Admettre pour eux qu’ils se sont trompés est se suicider politiquement. Ils feront donc tout pour garder la monnaie unique à leurs risques et périls. Cette monnaie ne survivra pas, elle est dans un processus de dérèglement et va se désagréger. Au lieu de prendre en compte cette réalité, on s’acharne et il est évident qu’on risque à un moment ou à un autre d’avoir une sortie panique qui sera extrêmement grave sur le système monétaire européen et international, il sera très difficile de maîtriser les effets de ce choc. La seule solution serait effectivement d’envisager la sortie de l’Allemagne, pas de la Grèce, et à ce moment là les pays du Sud auront des problèmes avec le reste de la zone euro. Il n’y a qu’une solution : démonter avec raison et responsabilité ce système qui ne fonctionne pas et qui a déjà coûté à la France non seulement des déficits budgétaires, mais aussi des déficits de sa balance commerciale, et surtout une perte de, au minimum, 25% du PIB ces dernières années en raison de la surévaluation de l’euro, notamment. L’euro n’est pas l’Europe, la coopération européenne est nécessaire et existera longtemps après la mort de l’euro.
Jérôme Fourquet : On note que les Français, certes, relativisent, mais n’en sont pas aussi sûrs que cela. Ce qui caractérise le mieux leur état d’esprit aujourd’hui est plutôt une certaine incertitude quant aux conséquences éventuelles d’une telle issue. On voit ici qu’une majorité, bien que plutôt “molle”, pense que si la Grèce venait à sortir, cela enclencherait une sorte de phénomènes de dominos, avec d’autres pays à l’économie fragilisée du Sud de l’Europe comme l’Espagne ou le Portugal. On peut donc y voir une contradiction entre le sentiment majoritaire de crise passagère et celui de l’imminence de l’effet domino. Ce qui se passe est qu’il y a une véritable incertitude car ce phénomène n’a pas de précédent dans l’histoire. Les conséquences d’un tel événement font douter l’homme de la rue et suscite des contradictions.
Sylvie Goulard : En cas de sortie de la Grèce, le risque de contagion existe, il ne faut pas le nier, même si le choix des victimes potentielles, dans le sondage, est très curieux : pourquoi l’Espagne et le Portugal qui ont des résultats économiques en nette amélioration ? Et non l’Italie, dont la dette atteint 130 % du PIB ou la France qui frise avec les 100 % du PIB et a de sérieux problèmes de compétitivité ? Quand on parle sérieusement de contagion, encore faut-il envisager qu’on puisse être soi même touché. Si les Français en prenaient conscience, ils seraient peut-être moins nombreux à penser que la crise serait « passagère ». L’Allemagne pourrait également avoir envie de mettre fin à l’aventure, seule ou avec une partie de l’Europe du Nord. Une cassure entre France et Allemagne serait une catastrophe pour l’emploi et la croissance, vu les liens économiques et politiques entre les deux pays.
Ceux qui prétendent que la sortie de la Grèce de la zone euro faciliterait la vie commune dans l’Union européenne négligent deux choses : personne ne peut être sûr qu’un pays sorti de l’euro ne quitterait finalement pas l’Union ; et en outre, la seule sortie de la Grèce de la zone euro de l’euro entraînerait pour la France une perte de créance de plus de 50 milliards. Il est peu de divorces pleins de concorde et d’amour, surtout quand on en vient aux questions d’argent.
Dans la perception de la crise grecque on aperçoit de profonds clivages entre les sympathisants PS et Les Républicains (ces derniers affirmant plutôt qu’un Grexit aurait des conséquences “passagères”), et même entre hommes et femmes (ces dernières pensant plutôt que les conséquences seraient “graves”). Quelle pédagogie sur le cas grec doit-on avoir pour parler à tous les Français ?
Jacques Myard : Il n’y a qu’une solution, il faut dire aux Français la vérité : l’euro est une monnaie artificielle, c’est un outil qui ne fonctionne pas sur des économies divergentes. Il ne pourrait fonctionner que si l’Allemagne, la Finlande et les autres pays riches actuels transfèrent de manière permanente les fonds aux maillons faibles. Ce qui est politiquement impossible car l’Allemagne a fait ses comptes et il lui faudrait transférer entre 8 à 10% de son PIB par an. Elle a déjà transféré 4% au moment de la Réunification à l’ex-RDA, et bien évidemment elle ne fera ni pour la Grèce ni pour un autre pays.
Sylvie Goulard : Ces divisions sont préoccupantes. On ne parle pas d’une affaire mineure mais de la défense du cadre de paix et de stabilité dans lequel la France vit depuis 1950, d’un projet né en France, par la volonté de Monnet et de Schuman, porté par des hommes de tous partis tels que François Mitterrand ou Valéry Giscard d’Estaing. La crise grecque parle aussi de valeurs : le respect des règles que les Français saluent lorsqu’ils comprennent les réticences allemandes, la solidarité combinée à la responsabilité. Il n’y a pas de solution durable sans la combinaison de ces principes. Il faut déjà le répéter. L’Europe est un jeu collectif, chacun doit prendre sa part des obligations et respecter les autres.
Pour convaincre tous les Français, il faudrait leur dire la vérité sur le monde d’aujourd’hui. Non pas les discours traditionnels sur la France qui « tient son rang » mais une vision lucide : les Etats Nations ne sont plus capables de régler certains problèmes comme le terrorisme islamique, l’afflux de migrants ou encore le changement climatique. Bref, il ne faudrait pas dissocier l’économie du contexte géopolitique. Il est légitime de vouloir infléchir la construction européenne mais il est trop facile de vouloir y mettre fin sans proposer d’alternative crédible. Trop de terrain est laissé aux souverainistes qui évoquent à tout bout de champ la nation ou la souveraineté en parlant aux tripes, et en négligeant la raison. Trop de place est donnée à des commentateurs qui minimisent les contraintes financières qui pèsent sur des pays endettés. Trop de campagnes électorales, on l’a vu en France en 2012, en Grèce récemment, sont un festival de promesses démagogiques, intenables.
Dernière chose : cette crise grecque a donné lieu à un concours de références à l’Antiquité, de Platon à Antigone. Les citoyens n’attendent pas de leurs dirigeants une copie du concours général de lettres classiques. Ils veulent des solutions concrètes, des propos clairs sur un défi politique, ancré dans les réalités de 2015 : soit nous arrivons à remettre en marche une économie sinistrée en Grèce, soit la France perd des dizaines de milliards et une grande partie de sa crédibilité globale. Voilà l’enjeu. Du reste, si « la Grèce “est” une passion française », comme l’a dit Manuel Valls à l’Assemblée nationale, rendant hommage à la grande helléniste Jacqueline de Romilly, peut-être aurait-il été sage de ne pas supprimer l’enseignement du grec ancien dans la réforme des collèges. Il faut faire de la pédagogie en mettant les discours en accord avec l’action.
Concernant le jugement sur l’attitude de l’Allemagne dans la crise grecque, le clivage est encore plus fort : les sympathisants de droite appuyant sa position tandis que ceux de gauche sont plus divisés. Qu’est-ce que cela révèle sur l’aspect “idéologique” qui affleure de plus en plus dans le cas grec ?
Jacques Myard : La position de l’Allemagne est guidée par le fait que madame Merkel a promis de s’engager politiquement pour ne plus donner un sou aux Grecs. Je rappelle que nous avons déjà annulé 107 milliards de la dette grecque en février 2012, et trois ans après on revient à la case départ. Le problème est simple, on assiste aujourd’hui au jeu de la patate chaude entre, d’une part, les Grecs, et d’autre part l’Allemagne, pour savoir qui porterait la responsabilité en cas de Grexit. Les deux positions sont légitimes au regard des engagements des deux peuples.
La Grèce prétend qu’elle ne peut pas rembourser et on la comprend, elle a subit une purge pendant cinq années avec des résultats économiques catastrophiques. En réalité on voit bien qu’il n’y a pas de solution pour la zone euro, il faut donc sortir du tabou religieux pour reconnaître qu’elle ne fonctionne pas. En conséquences, il faut dire clairement aux Français que l’Allemagne est, certes, un partenaire, mais aussi un concurrent économique, commercial, politique, diplomatique. Le discours qu’on entend souvent au sujet du « couple franco-allemand » est un discours trompeur dans la mesure où les Etats n’ont pas « d’amis ». Ce qui ne signifie pas que nous ne pouvons pas avoir des actions de coopération avec l’Allemagne selon les cadres déterminés. La coopération européenne survivra à la mort de l’Europe car nous avons toujours la politique de la géographie et nous avons toujours des actions de coopération avec nos partenaires, l’Allemagne y compris. En réalité, il faut prendre cette crise avec calme mais surtout lucidité, ce qui n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui, où l’on égraine plutôt des slogans. Les tabous ne sont pas quelque chose de responsable.
Jérôme Fourquet : Aujourd’hui on met en scène un différend entre une Allemagne symbolisée par Angela Merkel, qui serait dure et intransigeante vis-à-vis de la Grèce, et une France qui, derrière François Hollande, serait plus compréhensive et de nature à vouloir tendre la main aux Grecs. Cependant, on s’aperçoit aujourd’hui que nos concitoyens penchent plutôt du côté de l’Allemagne, très majoritairement. C’était pourtant l’un des éléments qui faisaient le plus débat chez nous, le fait que ces politiques d’austérité étaient décidées depuis l’Allemagne, que cette potion amère n’était pas adaptée à la situation, que cela coûtait cher à la France en termes de croissance, de compétitivité et d’emploi etc. Ce discours a été très développé à gauche et à la gauche de la gauche. Dans le contexte actuel, il est très intéressant de constater que quasiment les deux-tiers des Français trouvent l’attitude de l’Allemagne justifiée car la Grèce n’a pas respecté ses engagements. Il y a quelques jours Libération titrait sur la France “philhellène”, pourtant on voit bien ici, concrètement, que ce n’est pas vrai, que la majorité de la population campe plutôt sur des positions dures, en rejetant plutôt la responsabilité sur la Grèce que sur l’Allemagne. L’idée d’une solidarité de “mauvais élève”, d’une France qui se sentirait proche de la Grèce car elle n’arrive pas non plus à respecter ses engagements, n’a pas réellement de réalité dans les résultats du sondage. 62% des Français sont plutôt du côté de l’Allemagne dans ce bras de fer, avec bien évidemment des positions politiques très tranchées, 86% de l’électorat de droite est sur ce créneau-là. Cela colle aussi avec un certain nombre de déclaration des Républicains, qui soutiennent la ligne dure allemande. Ce qui est intéressant est que l’électorat socialiste est profondément divisé sur la question. Une courte majorité, 54%, a plutôt un discours de gauche, jugeant l’Allemagne trop instransigeante, contre 46%. Ce discours est déjà minoritaire dans le pays, mais en plus est contrebattu au sein même de l’électorat PS. Si on regarde en détails, les seuls qui tapent très fort sur l’Allemagne est l’électorat du Front de Gauche et celui des écologistes (64%). Au PS, le côté réformiste, social-libéral, est plutôt du côté de l’Allemagne, et l’aile traditionnelle plutôt pro-grecque. C’est un constat intéressant.
Sylvie Goulard : Les Allemands attachent, pour des raisons historiques très légitimes, une importance extrême au droit. Depuis 1949, ils ont encadré, dans leur pays, l’action des politiques. Et les traités européens sont inspirés par cette vision : des règles plutôt que de la discrétion politique, pour éviter la tentation de jouer avec la monnaie. En outre, à Maastricht, ils ont cédé le deutsche Mark, le fleuron de leur réussite en échange d’un principe qui alors a été accepté par tous, y compris la France et la Grèce : le renflouement d’un Etat de la zone euro par un autre, et donc l’abandon de dette, est strictement interdit. Le sondage semble indiquer que les Français l’ont compris.
La montée de la germanophobie est inquiétante même si le sondage est plutôt rassurant. La différence est assez grande entre la France où l’opinion est encore à l’écoute de l’Allemagne et d’autres pays, je pense à l’Italie par exemple, plus virulente. Certains commentaires en Italie sur « le 4 ème Reich », de la part de proches de Berlusconi, sont hors de propos et en décalage avec la droite française. En France, c’est plutôt l’extrême gauche qui a enfourché le cheval anti-allemand. Dire qu’on veut rester dans la zone euro et insulter le pays le plus peuplé et le plus puissant qui est en son cœur, ne mène pas très loin. L’euro suppose une entente de la France et de l’Allemagne et plus largement du Nord et du Sud.
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Intervention en plénière, en présence du Premier ministre grec, Alexis Tsipras
Messieurs les Présidents,
Monsieur le Premier ministre,
Merci d’être parmi nous ce matin, dans ce Parlement qui est l’enceinte de la démocratie européenne. Le groupe ALDE a ardemment souhaité ce débat.
Je voudrais vous faire 3 propositions.
Changeons de méthode
Donnons un contenu concret au slogan « rester dans l’euro »
Lançons une initiative contre la pauvreté
1.Changeons de méthode !
Après des négociations intergouvernementales, derrière des portes closes qui ont manifestement échoué, nous pouvons enfin ouvrir une discussion transparente et transfrontière.
Car il n’y a pas l’euro des Allemands ou des Français et l’euro des Grecs.
Il n’y a qu’un euro. Notre euro. Il doit n’il y a avoir qu’une démocratie et pas des votes séparés, qui montent les peuples les uns contre les autres.
Nous avons besoin de nous parler directement et de décider ensemble.
Ce Parlement a, par le passé, réalisé les seules auditions publiques et la seule évaluation politique de la « troïka ».
Nous pouvons aller plus loin ; au lieu d’un suivi par les « institutions » qui, quel que soit le nom qu’on leur donne, restent au niveau technique, nous pourrions passer à un monitoring politique, dans la durée, de la mise en œuvre de l’accord qui viendrait à être trouvé d’ici dimanche.
Ce changement de procédure peut aider à trouver des solutions dans la dignité et le respect mutuel. Mais il ne peut pas nous épargner les efforts que la gravité de la situation commande.
*
2° Donnons un contenu au slogan « rester dans la zone euro »
Nous savons que le peuple grec veut rester dans la zone euro.
Mais nous savons aussi que, suivant vos indications, il a dit non à certaines propositions.
Concrètement, précisément, à quoi est-il prêt à dire oui ?
Guy Verhofstadt a donné une liste précise de réformes urgentes.
Vous avez fait devant nous un plaidoyer très juste contre les oligarchies, le clientélisme et la fraude fiscale ; comme dirait une publicité bien connue « Just do it » !
Tout accord devra respecter les règles communes, loyalement, à commencer par celles qui régissent la BCE qui est la banque centrale de tous les 19 Etats membres et de 330 millions d’Européens?
Etes-vous prêts à tenir compte de l’avis des 18 peuples qui, tout autant que les Grecs, sont concernés par le destin de la monnaie unique mais n’ont pas été consultés ?
Nous partageons notre souveraineté, à la suite d’un choix volontaire.
Nous devons tous prendre nos responsabilités.
Un mot sur les réparations qui, selon votre gouvernement, seraient dues au titre de la seconde guerre mondiale : l’Europe est bâtie sur le rejet des erreurs du traité de Versailles, sur la réconciliation, pas sur les demandes de réparation.
Demandez à Barack Obama, la prochaine fois que vous l’aurez au téléphone, de vous confirmer ce qui s’est passé après la chute du mur de Berlin : ce sont les Américains qui, dans le traité 2+4 du 12 septembre 1990 ont insisté pour qu’il soit renoncé aux réparations. Il y avait une bonne raison. Signé 45 ans après la fin de la guerre, ce traité était tourné vers l’avenir.
Et Monsieur Tusk peut témoigner, comme ancien Premier ministre polonais, à quel point il serait dangereux d’y toucher : ce traité fixe les frontières de l’Allemagne, de la Pologne.
Ne ressortons pas les cadavres du passé. Tournons nous ensemble vers l’avenir.
3° Enfin, utilisons ce moment particulier pour lancer un grand plan de lutte contre la pauvreté.
Pas seulement pour les Grecs, pour tous les Européens démunis.
Comme Présidente de l’intergroupe de lutte contre la pauvreté de ce Parlement, je puis vous assurer que nous sommes conscients des souffrances d’une partie du peuple grec, des jeunes au chômage qui ont voté NON massivement dimanche, des familles qui vivent sur une petite pension.
Peu importe qui a créé la situation, la Grèce, l’Europe, il faut regarder devant et les aider à reprendre espoir.
En Europe, il n’y a pas des riches dans certains pays et des pauvres de l’autre. Il y a de la misère en France, en Allemagne. Il y en a au Portugal en Irlande, en Espagne dans les pays qui n’ont pas ménagé leurs efforts de redressement et qui méritent tout notre respect pour leur sérieux.
Dans le Nord de l’Europe, en Italie il y a des salariés modestes qui se demandent à quoi vont servir leurs impôts. Ils veulent bien aider le peuple grec mais nous leur devons la garantie que leur argent sera bien employé, que tous les Européens seront traités équitablement.
Et partout, il y a des personnes aisées qui refusent de payer leurs impôts, des entreprises qui font tout pour échapper à leur devoir fiscal. C’est pourquoi ce Parlement travaille sur les questions fiscales.
*
Vous avez parlé de la nécessité de « respecter le choix des peuples ». Je vous invite à respecter tous les peuples, dans un esprit coopératif et authentiquement démocratique.
Qui se placera « au-dessus de la mêlée » ? Qui comprendra qu’il faut changer de méthode ? La crise de la zone euro tient à une erreur simple, répétée avec une constance qui confine à l’aveuglement : la monnaie unique a été gérée comme si elle ne l’était pas. L’euro, monnaie commune de 330 millions d’Européens, et de dix-neuf pays, appelle des décisions communes, légitimées selon des procédures démocratiques communes.
Avec leurs visions cloisonnées, nos dirigeants se trompent d’échelle. Quelques créanciers claquemurés derrière des portes closes ne peuvent imposer des programmes macro-économiques déséquilibrés à des pays entiers. La Grèce ne peut pas non plus décider seule du destin de la monnaie commune.
En 1992, les gouvernements ont mis en place une Banque centrale indépendante tout en écartant l’idée d’un cadre démocratique commun où seraient effectués, en toute transparence, et à la majorité, les choix économiques et sociaux nécessaires au succès de cette monnaie. A supposer que la BCE soit calquée sur la banque centrale allemande, comme on le dit, le gouvernement fédéral élu et responsable devant un parlement, a tout simplement été « oublié ».
Les décisions budgétaires comme les réformes du marché du travail ou de la protection sociale, sont restées nationales. Au lieu de converger, les économies de la zone euro ont divergé. L’une des raisons du chômage est là.
Début 2010, quand la crise grecque a éclaté, une phase d’improvisation intergouvernementale était sans doute inévitable : la zone euro n’avait à sa disposition ni fonds de secours, ni procédures d’urgence. Mais le recours aux budgets nationaux a brouillé les enjeux : il était moins important de trouver des solutions pour l’ensemble de la zone euro que, pour chaque dirigeant national, de satisfaire sa propre clientèle.
Ces dernières années, les ministres des finances comme les chefs d’Etat et de gouvernement ont pris en catimini des décisions lourdes de conséquences, comme de refuser une réduction de la dette grecque, sans grand souci de l’arithmétique. Le Parlement européen souhaitait auditionner publiquement la troïka et faire la lumière sur son activité. Mais il a été mis de côté. Au mois de mai, des députés ont tenté en vain d’organiser un débat public sur la Grèce, en présence à la fois d’Alexis Tspiras et des autres protagonistes. Jamais les gouvernements n’ont voulu admettre qu’ils avaient intérêt à convaincre les peuples plutôt que de les contraindre. Malgré les dégâts dans les opinions, le bricolage intergouvernemental a fini par être vu comme une gouvernance « normale », et le referendum unilatéral passe pour un modèle de démocratie. Un seul peuple sur 19 s’exprime et « tout va très bien, Madame la Marquise » ?
Si le Premier ministre grec vient enfin mercredi 8 juillet devant le Parlement européen, aux côtés de Jean-Claude Juncker, cela peut être un tournant de la crise. Idéalement, Mario Draghi et le Président de l’eurogroupe devraient aussi expliquer leurs positions en public, dans l’enceinte de la démocratie européenne.
Les dirigeants ont ainsi réussi l’exploit de rendre impopulaire un effort d’assainissement, et de lutte contre la corruption et le clientélisme, qui est dans l’intérêt des Grecs eux-mêmes. La méthode erronée a disqualifié le fond. Finiront-ils par reconnaître qu’ils ont tragiquement monté les Européens les uns contre les autres ?
Cette dérive a été rendue possible par le caractère autocentré du débat. Vue d’autres continents, l’absurdité de la fragmentation européenne saute aux yeux. Nous avons voulu faire une monnaie unique. En peu de temps, l’euro est devenu une devise solide, présente dans les réserves des grandes banques centrales. Si nous voulons continuer à être crédibles (et à financer une dette qui, pour la France atteint les deux mille milliards), il est important que l’administrateur d’un fonds américain ou chinois soit convaincu que nous sommes unis. Notre crédibilité collective est jugée par d’autres. Ils seront d’autant moins indulgents qu’ils seront inquiets pour leur argent. S’ils perdaient confiance, les répercussions économiques et sociales seraient redoutables. La question de l’achèvement démocratique de la zone euro se pose aujourd’hui dans des termes nouveaux : ce n’est pas une fantaisie de juristes, c’est une nécessité pour assurer notre prospérité.
En 1950 aussi, la France était dans une impasse. Robert Schuman a alors choisi de reprendre la main en faisant à l’Allemagne une offre inattendue. François Hollande peut faire de même, en rompant avec le refus de tous les gouvernements français successifs, depuis Maastricht, de doter la zone euro d’un cadre démocratique. En ouvrant ce débat, le Président donnerait à l’Allemagne un signal de confiance tout en la plaçant devant ses responsabilités. Il rassurerait les pays moins peuplés qui aspirent à un système plus transparent et plus équitable, condition du retour de la prospérité.
Au lieu de faire l’intermédiaire entre Nord et Sud, le Président Hollande devrait se placer au-dessus de la mêlée. Chef de l’Etat qui accueille le siège du Parlement européen, il devrait travailler à promouvoir la démocratie et, dans le même temps, à créer le cadre d’une croissance durable. La méthode des petits compromis intergouvernementaux a échoué. Il faut passer à autre chose. Si la France redevenait la France, le pays qui a donné naissance à l’Europe unie et l’a si souvent fait avancer, l’espoir pourrait revenir.
L’eurodeputata Goulard: se si continua così, l’euro sarà un disastro
una proposta difficile come l’austerità. Dovevamo chiederci come accompagnare i greci a capirne le ragioni, senza mai dar loro l’impressione che le decisioni della Troika cadessero dal cielo».
E invece?
«E invece, per esempio, nelI’Europarlamento abbiamo chiesto tante volte che la Troika si sottoponesse a delle audizioni pubbliche, ma abbiamo trovato molta resistenza. E quella Troika non era necessaria, non aveva una base legale».
Perché?
«La Commissione europea poteva giocare il ruolo principale con l’assistenza tecnica del Fondo monetario internazionale e della Banca centrale europea. Il collegio è sotto il controllo permanente dell’Euro-parlamento, in un dibattito continuo, aperto e democratico. Cioè in un processo che ha tre fasi: un dibattito pubblico, una decisione, un controllo successivo sulle decisioni prese. E anche un controllo su chi controlla i Paesi sotto programma».
Tutto questo non è mai av-venuto per la crisi greca?
«Purtroppo, no. Mai è stato previsto dai Trattati Ue che al Consiglio europeo o all’Euro-gruppo, ai leader dei governi e ai loro ministri finanziari, venisse attribuito tanto potere. Alla fine si tratta solo fra Stati, si mettono i popoli uno contro l’altro, si trascura il rispetto reciproco. In una parola, si perde il principio dell’interesse co-munitario. È una situazione gravissima, e vorrei dire un’al-tra cosa.. ».
Prego.
«Non è per questo che abbiamo fatto l’Europa». Dunque l’idea del referendum in Grecia può essere stata una reazione, e un ultimo appello, proprio contro questo stato di cose? «L’idea del referendum in sé non sarebbe da respingere, se Tsipras avesse chiesto la ratificazione di un accordo. Ma il destino dell’euro riguarda tutta la Ue. Se non torneremo al principio dell’interesse comune e a una democrazia « cross-border », trasversale alle frontiere e con tutte le parti coinvolte, il risultato sarà quello che già vediamo: la frammentazione dell’Europa».
Interview de Sylvie Goulard dans L’Opinion 01.07.2015
François Hollande n’est pas sur la même position qu’Angela Merkel. Est-ce un problème ?
Si c’est une répartition tactique des rôles, ce n’est pas forcément une mauvaise chose. En revanche, si la différence de position révèle un moindre souci, du côté français, de l’usage de l’argent public, c’est plus gênant. Pour aider la Grèce, la France est engagée à hauteur de 42 milliards environ, l’Allemagne près de 60. En RFA, le débat est vif. Les Allemands ne sont pas « égoïstes » ; le Bundestag surveille l’emploi d’une ressource rare, l’argent public.
Quel regard portez-vous sur le rôle de médiateur joué par François Hollande dans la crise grecque ? Est-il selon vous isolé ?
Je ne peux pas juger puisque toute la négociation se déroule derrière des portes closes. Les citoyens n’ont accès à aucune information. Au fil de la crise, le Conseil européen et les ministres des Finances ont pris une place qui n’est pas prévu par les traités. La démocratie européenne a été mise à l’écart. Le Parlement européen n’est notamment pas impliqué alors qu’il s’agit du seul lieu où l’on pourrait avoir un débat transfrontière, transparent visant à convaincre le peuple grec qu’il n’est pas tombé dans les mains de « technocrates » imposant l’austérité par goût du sadomasochisme. Si l’opinion publique européenne était prise à témoin, les choix seraient collectifs et plus légitimes. Il est dangereux de continuer à monter les peuples les uns contre les autres, alors même que certains contribuables modestes de France ou d’Allemagne sont mis à contribution et certains Grecs fortunés échappent aux impôts.
Trouvez-vous que la voix de la France est suffisamment entendue dans le débat?
Je suis frappée qu’on parle de la nécessité d’avoir l’accord du Bundestag mais pas du Parlement français. La constitution de 1958 ne prévoit certes pas que le Président de la République reçoive mandat avant d’aller négocier et rende des comptes. Mais est-ce encore adapté, en 2015, vu l’interdépendance que crée l’euro ? L’Assemblée nationale n’a pas même essayé d’instaurer une pratique innovante, en marge des textes. Elle n’a pas voté les documents envoyés à la Commission sur le budget français. Et ensuite on accuse « l’Europe » de ne pas être démocratique ! Une réforme à deux niveaux s’impose : national, pour que nos négociateurs rendent plus de comptes ; au niveau européen, pour créer l’espace politique indispensable à la gestion conjointe de nos économies et nos systèmes sociaux. Nos gouvernants gèrent la crise au jour le jour mais ils n’ont pas de cap européen.