Auteur/autrice : julien

  • Avidité

    Avidité

    Février 2009

    On mettrait aisément sur le pont d’un navire
    (Pas même des plus grands) les hommes au cœur sain
    Au parler juste, au clair regard, et que le gain
    Ne jette pas sur l’écueil vil où tout chavire

    Nous avons cru vivre dans des sociétés modernes, sophistiquées dans lesquelles la « globalisation » avait repoussé la frontière de l’endettement et accru les potentiels d’enrichissement. Et pourtant, la crise économique et financière est due à un travers vieux comme le monde : l’avidité.

    Un petit nombre d’individus s’est scandaleusement enrichi sur le dos de la majorité. A l’évidence, les mécanismes nés dans les pays anglo-saxons, privilégiant les intérêts à court terme de l’actionnaire (« share holder values »), visant une extrême rentabilité en négligeant la production de richesse à long terme, ont dévoyé les stratégies de nombre d’entreprises. Grâce à des équations compliquées et à des tours de passe-passe virtuels, les financiers se sont mis à rechercher des rendements sans rapport avec la création de valeur par l’économie « réelle ». Par leur comportement de prédateur, ils ont précipité le monde dans le chaos.

    Marx avait-il raison quand il considérait que le capitalisme porte en lui sa propre destruction ? Peut-être. Peut-on imaginer une société capitaliste juste, dans laquelle l’aiguillon de l’enrichissement individuel stimule les individus sans que l’appât du gain ne devienne fatal ? En tout cas, Max Weber avait raison de considérer que le capitalisme avait besoin d’éthique. Or l’éthique ne se décrète pas du jour au lendemain ; elle repose sur un ensemble de valeurs partagées que les acteurs économiques doivent avoir intégrés.

    Sans pousser des cocoricos européens, la conception continentale traditionnelle de « l’économie sociale de marché » (soziale Markstwirtschaft) pourrait offrir une solution, à condition d’être sérieusement repensée.

    Née en Allemagne sous l’impulsion de Ludwig Erhard, elle cherche à utiliser l’émulation inhérente au marché tout en combattant ses effets inégalitaires : la solidarité, et non la charité, constitue le pivot de la société. Un effort de redistribution via l’impôt et les cotisations sociales, contient les écarts de revenus. L’investissement productif a la priorité sur la spéculation.

    En dépit de discours répétés sur la défense du modèle européen, des pays comme la France d’abord, l’Allemagne ensuite, quoiqu’après « une résistance » plus longue, ont à leur tour admis la tyrannie de la valeur actionnariale. L’Union européenne dans son ensemble a certes poursuivi ses politiques redistributives (politique agricokle, fonds structurels et de cohésion notamment) mais l’absence d’instrument budgétaire européen, l’unanimité en matière d’harmonisation fiscale ont permis la pénétration lente et sûre des prédateurs.

    Pourtant, les analyses ne manquaient pas, y compris en provenance du camp de ceux qui avaient pavé la voie à l’arrivée des actionnaires fous (Claude Bébéar avertissant dés 2003, « Ils vont tuer le capitalisme »). Nombre d’économistes ont également tiré la sonnette d’alarme ; le livre de Michel Aglietta « Désordres dans le capitalisme mondial », du printemps 2007 est édifiant à cet égard.

    Ni l’existence de la Mitbestimmung (cette forme originale de co-gestion des enteprises par les salariés et le management qui existe en Allemagne), ni les plaidoyers en faveur du « service public » à la française n’ont permis de conceptualiser à temps une vision plus juste, plus équilibrée de l’économie. Les Européens, une fois de plus, ont beaucoup parlé mais peu agi. Toute la réflexion sur la « stratégie de Lisbonne » a laissé ces questions de côté. Les Européens ont plus combattu pour défendre des « avantages acquis » qu’ils n’ont défendu ce qui le méritait, dans un contexte de guerre conceptuelle. Quand ils n’ont pas repris à leur compte, avec plus de fascination que de réflexion, les visions des autres. Rappelons ainsi que lors de la campagne pour l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy prônait ainsi une « société de propriétaires » dont les crédits seraient gagés par leur bien immobilier. C’est-à-dire le mécanisme des subprimes qui a mis le feu aux poudres aux Etats-Unis. La Commission Barroso, à cette époque là, prônait la dérégulation à tout crin.

    Tout le défi de l’UE aujourd’hui est de concevoir un nouvel équilibre marché / puissance publique qui ne cède pas à l’illusion du tout marché mais ne fasse pas non plus une confiance aveugle à la puissance publique pour gérer l’économie. La fuite en avant dans les bras de l’Etat a en effet quelque chose de terrifiant. Si la planification centralisée avait été compétitive, l’URSS serait encore là. Sans politique de concurrence, c’est tout le marché intérieur qui va s’effilocher. Et les performances nationales ne donnent pas envie de s’abandonner en confiance à la sagacité des dirigeants nationaux. Le budget de l’Etat, en France notamment, accuse un déficit abyssal. Nos régimes sociaux sont en crise. Par manque de courage, la classe politique française, toutes tendances confondues, a laissé le pays vivre au-dessus de ses moyens, au détriment des jeunes générations.

    Quand la plupart des dirigeants, Gordon Brown ou Nicolas Sarkozy par exemple, ont été ministres de l’économie dans les phases d’aveuglement, faut-il soudain croire en leur volonté de « moraliser » les conseils d’administration ou de réformer en profondeur le système financier mondial ? Que ne l’ont-ils pas fait à l’époque ?

    Plus fondamentalement, la puissance publique n’est pas à l’abri des erreurs car si rassurant soit-il, l’Etat est aussi mené par des êtres humains, dont les travers sont eux aussi anciens comme le monde…

    Sylvie Goulard

    1. Théognis – VIème siècle avant JC, cité et traduit par Marguerite Yourcenar, Anthologie de la poésie grecque ancienne, Poésie Gallimard

  • Articles et interviews 2008

    Collaboration de Sylvie Goulard avec l’Etudiant Autonome
    A l’occasion de son édition du mois de décembre, le magazine l’Etudiant Autonome a décidé de collaborer avec Sylvie Goulard et lui a proposé de devenir, le temps d’un numéro, la rédactrice en chef du journal

    Die Grille und die Ameise (La Cigale et la Fourmi), 26 novembre 2008
    La Présidente du Mouvement Européen – France a publié vendredi 26 novembre 2008 un article intitulé « Die Grille und die Ameise » (La Cigale et la Fourmi) dans le journal allemand « Süddeutsche Zeitung »

    L’économie sociale de marché, un enjeu d’une rive à l’autre du Rhin, Monde, 17 octobre 2008
    Article de Sylvie Goulard et Karl Lamers, ancien porte-parole du groupe CDU-CSU au Bundestag, publié dans l’édition du Monde parue le 17 octobre 2008.. suite

    La France peut-elle prétendre au leadership intellectuel de l’Union européenne ? Sylvie Goulard s’exprime dans Europe’s World
    Cette question flaire le piège. Tout Français qui répondrait “oui” paraîtrait immédiatement arrogant, cela voudrait dire que par le passé, la France a effectivement exercé une forme de leadership intellectuel. Mais ce n’est pas le cas.

    FranceInter, Transeuropéenne de José-Manuel Lamarque et Emmanuel Moreau, le samedi de 19h30 à 20h

    4 octobre 2008, Intervention de Sylvie Goulard sur RTL
    Sylvie Goulard a été l’invitée de l’émission RTL Hebdo de Christophe Decroix sur RTL le samedi 4 octobre 2008 à 18h15. La discussion a porté sur la crise financière et la rencontre à Paris des quatre membres européens du G8.
    Pour écouter l’interview

    25 septembre 2008, France Info
    Sylvie Goulard a pris la parole dans le cadre d’un débat organisé à la Fnac des Ternes. Le débat intitulé : « Comment rapprocher l’Europe des citoyens ? » a été retransmis en direct sur France Info

    Sylvie Goulard s’exprime dans le Jyllands-Posten danois, 18 septembre 2008 (traduction)
    « L’UE ne doit pas abandonner »
    L’avenir de l’UE : La présidente du Mouvement européen – France appelle l’Europe à ne pas céder au défaitisme après le Non irlandais – les traités ne sont pas tout. …

    Un compromis pour le nouveau Traité?
    podcast audio d’un entretien de Sylvie Goulard sur la Deutsche Welle

    30 juillet 2008 ZDF – Télévision Allemande
    Sylvie Goulard a été interviewée par Kathrin Moser de la Télévision Allemande

    21 juillet 2008 de 10h00 à 11h00 sur BFM Radio
    Sylvie Goulard a participé, avec Marie-Noëlle Lienemann, Anne Mazoyer et Jean-Louis Bourlanges, aux Grands Débats de BFM. L’émission a eu pour le titre : Nicolas Sarkozy à Dublin pour sauver Lisbonne.

    15 juillet 2008 sur ORF Radio Autrichienne
    La présidente du ME-F a répondu aux questions de Hans Woller, journaliste de la radio autrichienne. L’interview fera un tour d’horizon sur la situation de l’Union européenne.

    Sylvie Goulard citée dans le quotidien italien « Il Sole 24 Ore », 12 juillet 2008
    La Présidente du ME-F a été interviewée par Attilio Geroni du journal économique italien ” Il Sole 24 Ore” -Gioco di sponde nel Mediterraneo”. …

    Sylvie Goulard : les responsables politiques irlandais « n’ont pas su » expliquer le traité de l’UE, 2 juillet 2008 sur EurActiv.com
    Sylvie Goulard, la présidente de l’organisation fédérale du Mouvement Européen France, estime qu’il faut apaiser les craintes des électeurs irlandais sur les questions liées à l’avortement, la défense et la fiscalité suite au rejet du traité de Lisbonne lors d’un référendum le mois dernier. …

    1er juillet 2008 de 18h00 à 19h30 sur Itélé
    La présidente du ME-F a participé à l’émission « 1H30 CHRONO » de Thomas Hugues.
    Pour visionner l’émission, cliquez sur : www.itele.fr

    Interview de Sylvie Goulard dans le quotidien « La libre Belgique »
    Paru dans l’édition du 30 juin 2008
    Sylvie Goulard a été interviewée par Tanguy VERRAES du journal « La libre Belgique ». …

    30 juin 2008 « Washington Times »
    La présidente du ME-F a répondu aux questions sur la Présidence française de l’UE pour le journal américain

    29 juin 2008 à 10h00 sur Europe 1
    « Médiapolis » présentée par Michel Field et Olivier Duhamel
    Sylvie Goulard a été invitée avec Jean-Pierre Jouyet, Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes. Les invités ont discuté sur la Présidence française de l’Union européenne.

    Dépêche AFP : Can Sarkozy steer Europe out of Irish vote crisis ? Paris, 29 juin 2008 (AFP)
    President Nicolas Sarkozy has big plans for his country’s stint at the European Union’s helm, but can the French leader chart the way out of the crisis sparked by Ireland’s referendum ’No’ vote ?

    28 juin 2008 « Financial Times »
    Le nouveau livre de la présidente du ME-F a été présenté dans l’article « The nature of the beast » de John Thornhill


    Frankreich will auf die Bürger hören
    (article en allemand et en français)

    Du 24 au 27 juin 2008 sur La chaîne parlementaire – Assemblée nationale
    Sylvie Goulard a été l’invité spécial d’une série d’émissions portant sur la Présidence française de l’Union européenne.
    Les sujets ont porté sur les enjeux de la Présidence française de l’Union européenne (immigration, agriculture, énergie, environnement) ainsi que sur la manière dont la France est percue à l’étranger. L’émission a été diffusée sur le câble et le satellite. Elle est également disponible en direct sur le site de la LCP : www.lcpan.fr

    25 juin 2008 « Morgenbladet »
    La présidente du Mouvement Européen-France a été interviewée par Sandra Kolstad du journal norvégien

    24 juin 2008, France Inter
    Sylvie Goulard e été invitée de l’émission « Le téléphone sonne » d’Alain Bédouet. Elle a débattu avec le sénateur PS de l’Essonne Jean-Luc Mélenchon.

    23 juin 2008 à Berlin
    La présidente du ME-F a fait la synthèse d’un débat entre Joschka Fischer et Jacques Delors lors d’une conférence coorganisée par l’ambassade de France en Allemagne, le Mouvement Européen- France et le Mouvement Européen-Allemagne. La manifestation a été retransmisse intégralement sur la chaîne allemande Phoenix.

    Interview de Sylvie Goulard dans le quotidien belge « Le Soir », Bruxelles, 23 juin 2008
    “L’Europe a besoin d’idées neuves”
    L’invitée du lundi Sylvie Goulard
    La France peut-elle relancer l’Europe à l’occasion de sa présidence ? Sylvie Goulard nuance le propos dans l’attente de concepts nouveaux

    Les Etats Généraux de l’Europe, 23 juin 2008, sur le site internet lemonde.fr
    A Lyon, les europhiles listent des pistes pour « sauver l’Europe » … suite

    EuroNews, Spleen irlandais aux Etats Généraux d’Europe, Dépêche d’Euronews parue le 23 juin 2008 sur Yahoo Actualités, publié le mardi 24 juin 2008
    Et depuis le 12 juin dernier, la revendication des tenants du non reste la même : le respect du vote irlandais au référendum sur le Traité de Lisbonne !

    21 juin 2008 à 9h00 sur France Inter
    « La Rue des Entrepreneurs » – l’émission économique hebdomadaire
    Sylvie Goulard a été invitée de Didier Adès et Dominique Dambert pour parler de la France vue par ses voisins européens

    20 juin 2008 de 18h10 à 18h30 sur RFI
    « Carrefour de l’Europe » sur la Présidence française de l’Union européenne vue par les Européens animée par Daniel Desesquelle

    20 juin 2007, Le Monde, Sortir l’Union de l’engourdissement,
    Il est heureux que les gouvernements prennent leurs responsabilités pour sortir l’Union européenne de l’impasse créée par le rejet du traité constitutionnel. L’engourdissement n’a que trop duré.  … suite

    19 juin 2008 sur ARD
    Sylvie Goulard a répondu aux questions d’Angela Urlich de la Télévision allemande ARD

    16 juin 2008, Sylvie Goulard a discuté sur les questions européennes avec la journaliste du « Phosphore », mensuel adressé aux jeunes.
    La présidente du ME-F a été interviewée par Juliette Hariga de la radio belge BFM

    Sylvie Goulard citée dans « Libération », Article paru dans l’édition du 16 juin 2008
    Sept idées pour sauver l’Europe

    Après le non irlandais au traité de Lisbonne, les pistes pour une Union plus démocratique

    14 juin 2008 à 19h00
    Sylvie Goulard a été invitée de l’émission « Face à Alain Minc »sur Direct 8

    13 juin 2008 sur Dailymotion
    Sylvie Goulard a été filmée par les jeunes journalistes de la blogosphère pendant la manifestation “Paroles d’Européens” organisée à Marseille.

    L’Europe au coeur du “non”

    https://www.dailymotion.com/embed/video/x5syni

    envoyé par iPolTV

    12 juin 2008 entre 6h00 et 7h00 sur RTL
    Sylvie Goulard a participé à l’émission « RTL Actu »

    12 juin 2008 « 20 minutes »
    Sylvie Goulard a répondu aux questions de Camille Raynaud de Lage

    12 juin 2008, Itélé
    Sylvie Goulard a été invitée de l’émission de Jean-Jerôme Bertolus

    12 juin 2008, Europe : carpettes s’abstenir !, par Sylvie Goulard, LE MONDE
    Dans leurs discours, les dirigeants européens appellent toujours à une Union européenne plus démocratique, plus transparente, plus efficace.

    Interview de Sylvie Goulard dans le quotidien « 20 minutes », Paris, 12 juin 2008
    « Obliger chaque pays à clarifier son rapport à l’Europe »
    Le « non » peut-il passer ?

    L’Europe de demain, c’est toi !, 12 juin 2008
    édito de Sylvie Goulard pour la revue Imagine >ton futur #16

    10 juin 2008 « La Croix »
    Sylvie Goulard a répondu aux questions de Jean-Christophe Ploquin

    10 juin 2008 à 16h30 (enregistrement) sur la radio belge RTBF
    Sylvie Goulard a été invitée de l’émisison « Face à l’info » d’Eddy Caekelberghs

    Sylvie Goulard citée dans « Le Monde », 8 juin 2008, Sarkozy-Merkel, la danse des crocodiles
    Derrière les sourires, la méfiance et surtout une sourde rivalité pour prendre le leadership en Europe.

    5 juin 2008 à 16h30 (enregistrement) pour « Le Taurillon »,
    Le Taurillon est le magazine eurocitoyen on line édité par les Jeunes Européens-France. Pour visionner la vidéo.

    31 mai à 8h00 et 1 juin 2008 à 9h00 sur BFM Radio
    « Good Morning Week-end » de BFM Radio animée par Fabrice Lundy
    Sylvie Goulard a discuté avec Louis Caprioli, conseiller spécial de GEOS, groupe international de prévention et de gestion des risques et Ruben Amon, journaliste à «El Mundo»

    Sylvie Goulard, Le Figaro 20/05/2008 , L’Europe, la France, le référendum et la Turquie
    Sylvie Goulard, la présidente du Mouvement européen France, auteur de «Le Grand Turc et la République de Venise» (Fayard), explique pourquoi il serait peu judicieux de mettre le peuple français dans la situation d’opposer, seul, un refus au peuple turc après que celui-ci aura fait des années d’efforts pour répondre aux exigences des Européens.

    Le malaise au sein du couple franco-allemand éclate au grand jour ; Sylvie Goulard citée par l’AFP
    Dépêche AFP du 26 février 2008

    Paris et Berlin viennent d’annuler deux réunions à haut niveau, mettant en lumière un malaise persistant au sein du couple franco-allemand, déstabilisé par les désaccords sur le projet d’Union pour la Méditerranée du président Sarkozy et des dossiers économiques européens.

  • Comité des sages européens ou sommités en cage

    Comité des sages européens ou sommités en cage

    Libération, rubrique Rebonds

    Le traité de Lisbonne laisse entier un problème essentiel : le sens de l’intégration européenne échappe aux jeunes générations. C’est dans ce contexte que Nicolas Sarkozy a proposé la création d’un « comité de dix à douze sages » pour réfléchir à « l’avenir du projet européen ».

    L’intuition est bonne mais le succès de l’entreprise n’est pas acquis : pour déterminer leur avenir, les Européens attendent plus qu’un groupe restreint siégeant à huis clos.

    Au cours des dernières décennies, nos sociétés ont profondément changé. Mieux formées, les populations sont aussi mieux informées. Quand la Communauté européenne du charbon et de l’acier a été créée, 4 % des Français avaient le baccalauréat, contre plus de 60 % aujourd’hui, les filles ayant devancé les garçons. Là où l’ORTF était en position de monopole, sites Internet et blogs foisonnent. Le temps lointain (1986…) où les autorités nationales pouvaient faire croire que les frontières arrêtaient les nuages de Tchernobyl est heureusement révolu.

    Depuis les comités Davignon, Westendorp ou Delors, que le président Sarkozy a cités comme modèles, l’Union européenne a inventé une nouvelle méthode de travail : ce sont des conventions, majoritairement composées d’élus nationaux et européens, qui ont rédigé la charte des droits fondamentaux puis le projet de traité constitutionnel. Elles ont travaillé en public, en toute transparence. Un groupe de sages enfermé dans sa tour d’ivoire constituerait une régression. Aussi le Parlement européen a-t-il proposé qu’il se limite à préparer les travaux d’une nouvelle convention. C’est une piste qui mérite d’être creusée. Il serait impensable qu’élus européens, nationaux et locaux, qui sont les seuls « relais de proximité » de l’UE, soient tenus à l’écart de l’exercice. Tout devrait être entrepris au contraire pour impliquer le grand public, celui qui, dans les zones rurales, les petits bourgs, les banlieues, se sent aujourd’hui exclu du « projet » européen. C’est pourquoi les télévisions, trop souvent en retrait sur les questions européennes, ont aussi un rôle primordial à jouer. Ce comité devrait être européen dans sa composition, son approche, son ambition. Il devrait renouer avec cette conception élevée de l’intérêt général qui était celle des pères fondateurs. Depuis des années, une majorité de nos gouvernants et des responsables européens, prisonniers de leur petite boîte nationale, de leurs petits problèmes de court terme, de leurs visions étriquées, pensent – comme diraient les anglophones – in the box. Alors si comité des sages il y a, que ce ne soit pas un groupe de sommités en cage ! Ce groupe devrait au contraire réunir des personnalités à l’engagement européen incontestable, des hommes et des femmes à l’aise dans plusieurs cultures, capables de s’élever au-dessus des contingences nationales.

    Des Européens libres, capables de dénoncer les abus et faux-semblants, pour rendre enfin au projet européen sa grandeur, sa magnifique part d’humanité. Nicolas Sarkozy ayant suggéré un nombre inférieur à 27, suggérons que chaque gouvernement ne puisse désigner qu’un ressortissant d’un autre Etat membre. Il appartiendrait ensuite au Conseil européen de retenir les douze meilleurs, en privilégiant les compétences et l’attachement à l’Europe. Pour refléter la réalité pluriculturelle de l’Europe, le comité devrait aussi faire place à de nouveaux visages. La richesse de l’UE, c’est sa diversité, c’est la présence, parmi nous, de nombreux peuples longtemps privés de liberté, tenus à l’écart de l’intégration européenne ; c’est aussi l’existence, au coeur même de nos sociétés, de métissages que les dirigeants et les classes favorisées continuent trop souvent d’ignorer. Les jeunes issus de l’immigration sont cantonnés à des problématiques de quartiers, d’islam et de banlieues ; leur capacité à « passer les frontières » n’a jamais été mise au service de l’Europe unie. C’est un gaspillage de talents consternant.

    Plusieurs responsables européens, qui ont accueilli favorablement l’idée de Nicolas Sarkozy, ont aussitôt écarté certains sujets : que le comité ne parle pas des frontières, c’est tabou ! Ni des institutions, on en a déjà trop parlé ! D’autres voudront exclure le social ou tout débat sur les valeurs de l’UE, pour ne pas peiner les Britanniques, l’éducation, pour ne pas fâcher les Länder allemands, l’énergie, car Poutine en serait marri, ou la politique étrangère, si George Bush fronce les sourcils. Et il y a fort à parier que tous les gouvernements, sans exception, écarteront les questions budgétaires : 1 % du PIB pour financer la paix, la solidarité, la prospérité, le marché, la concurrence, l’euro, la PAC, Erasmus, la défense, la Pesc, la politique de voisinage, la culture et même le rêve européen, voilà qui est bien assez, n’est-ce pas ?

    Nous pensons au contraire que le comité des sages devrait parler de tout, et en priorité d’argent et de frontières. L’Europe a besoin d’oxygène ! Dans Sainte Jeanne, l’écrivain irlandais Bernard Shaw suggère : « Laissons faire les fous, voyez où les sages nous ont conduits. » Le conseil est avisé.

    Sylvie Goulard

  • Portraits & témoignages de Sylvie Goulard

    HISTOIRE@POLITIQUE

    Revue électronique du Centre d’Histoire de Sciences Po

    novembre/décembre 2007

    n°3

    La rubrique d’HISTOIRE@POLITIQUE, « Portraits et témoignages », est destinée à mettre en lumière des personnalités politiques ou universitaires, aucun cadre formel strict n’a été fixé pour rendre compte des trajectoires individuelles proposées à chaque numéro. Le ou les entretiens pourront être restitués en tant que tels, comme un témoignage brut ayant valeur de source ; ils pourront aussi être croisés avec des publications ou d’autres interventions pour fournir la matière d’un portrait. En revanche, un fil rouge européen donnera sa cohérence aux premières livraisons, rassemblant spécialistes, techniciens, élus et militants de l’Europe.

    Entretien avec Sylvie Goulard

    Anne Dulphy, Christine Manigand

    – Surtout connue à l’heure actuelle comme militante de l’Europe, puisque vous avez été élue en décembre 2006 à la présidence du Mouvement européen France, vous êtes également enseignante au Collège de Bruges, chercheur associé au CERI (Centre d’études et de recherches internationales), enfin actrice du processus communautaire puisque, de mai 2001 à l’été 2004, vous avez été membre du Groupe des conseillers politiques à la Commission européenne sous la présidence de Romano Prodi. Toutes ces expériences sont-elles compatibles, dans leur diversité, et laquelle vous a le plus apporté ?

    Sylvie Goulard : Il y a un fil rouge, peut-être une monomanie diraient certains, qui est l’intérêt pour l’Europe et l’ouverture internationale qui m’a amenée à choisir le Quai d’Orsay à la sortie de l’ENA. J’y ai connu un premier temps fort extraordinaire, avoir la chance de participer – comme petite main ! – aux négociations sur la réunification de l’Allemagne. L’autre expérience vraiment très marquante correspond à mon passage à la Commission ; c’est une institution extraordinaire par sa diversité culturelle et humaine, et travailler auprès du Président et de plusieurs Commissaires m’a offert un poste d’observation particulièrement enrichissant sur l’appareil communautaire, d’autant que c’était l’époque de la Convention. Mais j’ai toujours cherché à mêler l’action et la réflexion : dans l’action seule, on risque de perdre de vue les objectifs ; dans la réflexion seule, on néglige parfois la dimension irrationnelle de la réalité. J’ai donc essayé de panacher les expériences autour du fil rouge de l’Europe, en conjuguant visions nationale et européenne, perspectives de recherche et d’action. Aujourd’hui, j’ai la conviction très profonde que l’avenir de l’Europe se joue sur le terrain des opinions publiques, de la capacité à associer les Européens à ce projet : la vraie bataille de l’Europe est sur ce front, négligé par ceux qui nous gouvernaient ces dernières années, quelle qu’ait été leur appartenance partisane.

    – Avez-vous encore le temps d’écrire ? Manifestement oui, à en juger par votre production tout à fait importante…

    Sylvie Goulard : Il est vrai que c’est toujours difficile, d’autant que j’ai une famille. Mais, après le référendum de mai 2005, j’ai éprouvé le besoin de réagir parce que j’étais triste. Le « non » français était un contresens ; il a abouti à ralentir la démocratisation de l’Union ; il n’a rien construit, rien amélioré. La Convention qui avait rédigé le traité constitutionnel représentait une étape certes insuffisante, mais très positive, vers plus de démocratie dans l’élaboration des traités. La régression de 2005 m’a donné envie de parler d’Europe, et d’en parler autrement : c’est pourquoi je me suis lancée dans l’aventure de L’Europe pour les nuls . J’ai aussi voulu faire un point historique en redonnant la parole aux pères fondateurs dans Le coq et la perle , parce qu’on entend aujourd’hui beaucoup de choses sur l’Europe qui sont historiquement infondées et qui imposent de retourner aux textes…

    – Un exemple de ces idées reçues ?

    Sylvie Goulard : Une illustration toute simple : on entend dire que l’Europe a été faite pour la paix qui est réalisée et que, maintenant, nous sommes dans l’ère de la globalisation, donc l’Europe telle qu’elle a été conçue après la Seconde guerre mondiale n’est plus adaptée. Or, quand on se reporte aux réflexions des années 1950, on constate que les hommes politiques qui ont porté le projet européen avaient une ouverture internationale infiniment supérieure à la plupart des dirigeants actuels, qu’ils avaient une vision globale, évidemment marquée par les conditions de leur époque, c’est-à-dire la domination économique et morale des Etats-Unis et le contre-modèle de l’URSS. Le projet européen a vraiment été lancé comme un projet de civilisation dans un monde envisagé dans sa globalité : il n’était pas inward looking comme diraient les Anglo-saxons ! Evidemment, la condition préalable pour que l’Europe joue un rôle dans le monde était bien qu’il y ait la paix entre les Européens ; on ne pouvait pas peser dans les affaires internationales en continuant à s’entre-tuer ! Mais l’objectif allait bien au-delà. Voilà un exemple très frappant de contresens. Prenez le rapport Spaak qui a pavé la voie au traité de Rome. Ce texte est une analyse des enjeux globaux, si le mot globalisation n’est bien sûr pas employé : le besoin d’industrie aéronautique, la nécessité de défendre le secteur automobile, l’importance de l’agriculture comme outil d’indépendance en période de pénurie alimentaire… Je trouve très regrettable de passer sous silence ces éléments et de ramener le projet européen à une dimension fondamentale mais un peu réductrice, la paix entre Européens.

    Nous avons été frappées en vous lisant de la fréquence des citations que vous faites de Paul- Henri Spaak ; s’il figure certes parmi les pères fondateurs, son rôle est souvent ignoré du grand public.

    Sylvie Goulard : Je l’ai fait exprès. Ce livre est construit sur des coups de coeur et non point sur des critères académiques. Comment ne pas donner la parole à Spaak qui a dit : « En Europe il n’y a que des petits pays, certains ne s’en sont pas encore aperçu » ? J’adore cette forme d’humour, j’aime énormément la Belgique, l’un de ces soi-disant « petits » dont nous avons beaucoup à apprendre. J’ai trouvé stimulant de me référer à Spaak qui a eu, à certains moments de sa carrière politique, une attitude extrêmement courageuse en faveur de la France, je pense notamment à ses prises de position aux Nations unies pendant les périodes de décolonisation, qui a toujours marqué un respect très profond pour nos traditions, qui n’était donc pas un anti-français primaire, mais qui fut ulcéré par un certain nombre de comportements français, notamment à l’époque du général de Gaulle, qui me paraissent caricaturaux de nos pires défauts : l’incapacité à respecter des partenaires, à informer en temps voulu, le fait de se servir de l’Europe comme d’un escabeau au profit de la grandeur de la France qui ne peut plus l’être toute seule… Spaak nous livre un vrai message de fond sans jamais être ennuyeux.

    – Le portrait qu’il brosse du général de Gaulle dans ses mémoires est au vitriol…

    Sylvie Goulard : Oui, mais relisez les Mémoires d’espoir dans un contexte européen, cette sacralisation de la nation française mérite tout de même réflexion : les Français doivent réaliser que le monde ne tourne pas autour d’eux, que la Gaule n’était pas grand-chose au temps de la gloire de l’Empire romain. C’est cela que j’apprécie chez Paul-Henri Spaak, son regard empli d’humour sur
    notre passé. Mais il y a d’autres figures citées, notamment Alcide de Gasperi, Altiero Spinelli… Dans votre panthéon des pères de l’Europe, vous placez Robert Marjolin alors que ce dernier est souvent relégué dans le second cercle par les historiens. Pourquoi lui donner une place aussi importante ?

    Sylvie Goulard : Sa réflexion est d’une immense profondeur, ses mémoires échappent par leur lucidité à l’enjolivement naturel des souvenirs personnels ; son parcours humain est émouvant et
    édifiant pour les plus jeunes : il était issu d’un milieu très modeste, a fait sur le tard des études brillantissimes qui lui ont donné sa place parmi les plus éminents économistes de son temps. Sa vision est très équilibrée et il contrebalance les plus fédéralistes des fondateurs. J’ai voulu répondre à une caricature fréquente des pro-européens, présentés comme des ingénus, des idéalistes, des « boys scouts ». Je crois que c’est inexact. D’abord, ces idéalistes-là nous ont apporté ce que la realpolitik n’a jamais obtenu : la paix. Et puis, il y a eu parmi les premiers acteurs de la construction
    communautaire des gens comme Robert Marjolin – commissaire européen de 1958 à 1967 – qui avaient vraiment le souci de combiner les intérêts nationaux et les intérêts européens mais qui le
    faisaient dans un esprit d’ouverture, de respect des partenaires. Il y a plusieurs manières de défendre ses intérêts et je ne pense pas que la brutalité dont certains font aujourd’hui une vertu fasse vraiment avancer les choses.

    – Vous préconisez dans Le coq et la perle un retour à la méthode communautaire, celle de Jean Monnet. Pouvez-vous nous la définir précisément ? C’est la recherche de l’intérêt général, du consensus, de l’équilibre ?

    Sylvie Goulard : C’est vraiment le fait d’essayer d’envisager tous les problèmes sous l’angle de l’intérêt commun : tel est le coeur de la méthode communautaire. Si vous prenez par exemple l’énergie, vous pouvez considérer que l’approvisionnement européen est une question d’intérêt commun et que le fait d’aborder ensemble les fournisseurs russes ou moyen-orientaux, d’avoir des
    moyens conjoints de faire de la recherche sur les énergies renouvelables, vaut mieux que la mise en concurrence des clients européens vis-à-vis de leurs fournisseurs ou celle d’équipes de recherche qui n’atteignent pas seules la taille critique. Donc, la méthode communautaire, c’est de réfléchir à ce que nous avons en commun et de rechercher des solutions communes qui répondent bien entendu aux préoccupations des uns et des autres mais qui placent vraiment ce qui est commun au premier plan, en renvoyant la juxtaposition des approches nationales au second. C’est une question vraiment essentielle ; c’est pourquoi je suis en désaccord avec ceux qui disent que l’on peut faire « une autre Europe », une Europe des Nations juxtaposées. Ils ont peut-être un louable objectif mais, comme ils ne se donnent pas des méthodes, des procédures collectives pour surmonter les divergences ; le choc des intérêts nationaux exacerbés aboutit en général à l’inefficacité. Enormément d’exemples concrets démontrent la vanité des coopérations non organisées. Il est intéressant de rappeler aux jeunes générations que Jean Monnet a justement réfléchi à un moyen de surmonter les défauts de la coopération. Hubert Védrine vient de rendre au président de la République un rapport sur la France et la mondialisation , très éclairant de ce point de vue car il y manque tout simplement l’essentiel : il ne dit pas un mot de la manière d’atteindre les objectifs affichés. Il prône des Etats forts qui, par leur coopération, sans mécanisme de décision, devraient arriver à des positions communes : c’est un conte de fées ! Les premiers européens ne furent pas des ingénus parce que justement ils ont cherché à régler ce problème de méthode qui avait paralysé la SDN (Société des Nations), qui entrave l’action de l’ONU. Quand on regarde ce qui a permis à l’Europe d’apparaître aux yeux du monde comme une entité, c’est la politique de concurrence (intégrée), c’est la politique commerciale avec un seul négociateur qui travaille sur mandat des Etats. Demandez aux Chinois si l’Europe commerciale existe, ils vous diront oui ; demandez-leur si elle existe en matière de politique étrangère, ils vous répondront non.

    – Comment un chercheur peut-il à la fois publier Le coq et le perle et L’Europe pour les nuls ? Vous a-t-on sollicitée, vous avez accepté en fonction de vos préoccupations vis-à-vis de l’opinion ?

    Sylvie Goulard : Face au référendum, et même avant, j’ai toujours regretté que l’on parle mal de l’Europe, qu’on en fasse un sujet assommant alors qu’elle est si vivante. La collection « Pour les
    nuls » a un ton qui ne se veut pas sérieux mais le fond l’est, il y a une matière considérable. Je crois qu’il faut faire cette pédagogie de la complexité européenne, je le dis dans l’introduction. Il n’est pas possible d’aborder les questions européennes sans faire l’effort d’avoir un minimum de connaissances mais, parce que c’est ardu, le ton ne doit pas l’être. Mon ambition était de mettre des informations de qualité à la portée du grand public, des jeunes, des étudiants… J’avais envie d’écrire un ouvrage vivant sur l’Europe, via des anecdotes, grâce au jeu des citations : donner la parole aux acteurs d’une époque est plus intéressant, plus parlant que de faire un commentaire. J’ai sauté sur l’occasion quand les éditeurs me l’ont proposé ; cela dit, je ne recommande pas d’écrire deux livres en même temps, c’est un peu compliqué à gérer !

    – Surtout avec des tonalités si différentes ! Cela s’inscrit dans ce souci d’opinion…

    Sylvie Goulard : …qui demeure primordial pour moi. J’estime que le projet européen est un beau projet ; il est donc très triste que beaucoup de gens n’en entendent pas parler, ne se rendent pas compte de tout le potentiel de contacts, de richesse humaine qu’il recèle. Travailler à la Commission, c’est une expérience fabuleuse : c’est une administration faite d’êtres humains qui travaillent
    ensemble, qui produisent des textes, qui prennent des décisions. J’avais la chance d’être dans une équipe dont le président était italien, ma secrétaire était autrichienne, mes collègues étaient finlandais, grecs, anglais… Vous vous rendez compte dans ces milieux pluriculturels que, malheureusement, le grand public ignore le meilleur aspect de l’Europe qui est la rencontre des autres. Auprès des jeunes, je ne défends pas l’Europe « huile de foie de morue », dégoûtante mais nécessaire ; je ne leur dis pas qu’on ne peut pas faire autrement parce qu’on n’est plus assez puissant ; je cherche au contraire à les convaincre que c’est beaucoup plus amusant que l’action dans le cadre national ! Parmi ceux qui font des études de politique étrangère, beaucoup auraient envie d’entrer dans un service diplomatique européen plutôt que national : la manière de régler les problèmes passera en effet par des discussions vives, des différences d’approches, beaucoup plus passionnantes que la reproduction de schémas nationaux.

    – Pourtant la légende noire de la commission de Bruxelles existe en France, il faut lui tordre le cou !

    Sylvie Goulard : Comme toute institution humaine, elle peut se tromper. Mais il ne faut pas la juger sur des critères qui ne sont pas appropriés. Ce n’est pas un gouvernement, c’est un prototype, c’est quelque chose de totalement inédit, délicat à juger de manière juste.

    – Dans la défense de cette Europe, quel type d’actions mène le Mouvement européen ?

    Sylvie Goulard : Nous essayons d’occuper un créneau – très difficile ! – entre les cercles d’experts et le « café du commerce ». Si vous regardez le débat européen, il est essentiellement le fait d’experts, très bien informés, mais qui restent entre eux, ou celui de personnes qui affirment avoir des opinions mais n’ont souvent pas les éléments de base. Nous voulons créer un lieu de débat. Nous ne sommes pas là pour faire de la propagande mais pour permettre un échange, une interrogation voire une critique mais argumentée : j’ai tout à fait confiance dans le projet européen ; quand on en parle de manière vivante, on peut convaincre de son bien-fondé, de ses charmes ! Il ne s’agit pas de le vendre de force, mais de créer un lieu de débat pluraliste, convivial et exigeant. Pluraliste car le Mouvement européen n’est pas un parti politique, il a des membres de toutes tendances, engagés ou non ; exigeant car se mobiliser pour l’Europe implique d’aborder certains concepts, à la portée de beaucoup à condition d’éviter les slogans. Nous essayons d’être présent dans toute la France, contrairement à d’autres organisations.

    – Vous êtes structuré en régions ?

    Sylvie Goulard : Nous comptons quarante-trois sections locales, plus ou moins dynamiques, réactives, branchées sur la jeunesse… J’ai essayé d’entreprendre une tournée dans toute la France, alors que les présidents précédents voyageaient assez peu ; je suis donc deux à trois fois par mois dans nos régions pour les rencontrer, pour les motiver. Etre sur le terrain change le point de vue et
    permet de renouveler l’action.

    – En pratique, cette action utilise quels registres ?

    Sylvie Goulard : C’est très varié. Pour donner des exemples concrets : l’ancien président allemand Richard von Weisäcker vient discuter avec les élèves d’Henri IV, en allemand, sur les valeurs de l’Europe. Dans une série de petits-déjeuners, les ambassadeurs des nouveaux Etats membres de l’UE, qui n’ont pas signé le traité de Rome, viennent expliquer à ceux qui critiquent la rapidité de
    l’élargissement d’où viennent ces Etats – l’intervention des chars soviétiques en 1956, en 1968 ! En novembre, une grande journée sur la concurrence est organisée autour de Mario Monti, ancien
    commissaire à la Concurrence, membre de la commission Attali, pour revenir sur le débat peu rigoureux de 2005 contre la concurrence libre et non faussée : je la préfère personnellement à la concurrence pas libre et faussée, et il faut montrer que les consommateurs y ont intérêt, tout comme les PME vivent mieux quand les cartels sont interdits. Il y a un aspect social dans la politique de la concurrence : des élus de gauche doivent en débattre avec des économistes. Notre rencontre nationale annuelle aura lieu fin novembre à Rennes, en partenariat avec Ouest France, sur la globalisation : les groupes de travail « Europe et mondialisation » qui ont fait un blog participatif et qui produisent des papiers de réflexion vont en discuter avec Jean-Pierre Jouyet, l’ancien chef de cabinet de Pascal Lamy, Pierre Defraigne et bien d’autres ; il va y avoir une table ronde sur l’euro, une autre avec Robert Badinter sur l’abolition de la peine de mort comme valeur européenne. J’ai remarqué que, si l’on parle de valeur in abstracto, les gens « n’accrochent » pas ; il faut passer par une illustration concrète. Aussi bien sur l’euro que sur l’abolition de la peine de mort, une série de panneaux a été conçue pour circuler dans les écoles et être présentée par nos sections.

    Notre grand projet pour 2008 est de marquer les débuts de la présidence française, avec deux autres associations, celle de Jacques Delors Notre Europe et une petite ONG appelée Europa Nova, par les deuxièmes Etats généraux de l’Europe ; une multitude d’ateliers rassemblera des participants n’étant pas spécialement engagés dans la construction européenne : des associations de lutte contre l’exclusion, travaillant sur l’environnement, sur l’énergie ; des enseignants ; des entreprises… Nous essayons de monter une très grosse opération pour démontrer que la présidence française ne concerne pas que quelques bureaux entre Matignon et le Quai d’Orsay !

    – Dans vos propos, vous avez mentionné à plusieurs reprises les écoles, les jeunes : s’agit-il d’une cible particulière ?

    Sylvie Goulard : C’est plus que cela ! Ce mouvement a besoin d’un rajeunissement. Beaucoup de seniors s’engagent dans la vie associative, et c’est très bien ; mais il ne faudrait pas que l’Europe
    reste associée à des personnes âgées qui privilégient une vision un peu décalée avec l’UE à 27. Nous avons une section de jeunes très dynamique, Jeunes européens – France , qui diffuse une newsletter très impertinente appelée Le taurillon . Pour moi, ils sont très importants. Ils ont leur propre programme dans les établissements scolaires, « l’Europe à l’école », avec l’agrément du ministère. Grâce à la différence d’âge réduite entre l’intervenant et l’auditoire, dix ans, ce ne sont pas des adultes qui viennent faire une « homélie » européenne mais un échange d’expériences entre jeunes et plus jeunes. Ils font souvent venir des étudiants Erasmus d’autres pays, ce qui permet de montrer aux élèves que l’Europe est porteuse d’ouvertures personnelles ; quand on est en Troisième, on n’a pas forcément l’occasion de rencontrer fréquemment un Slovène ou un Balte ! Il y a aussi des associations qui sont membres du Mouvement européen, parmi lesquelles l’AEDE, Association européenne des enseignants , qui a organisé des concours. Je rends vraiment hommage à toutes ces actions, mais l’enjeu est énorme et de nouvelles pistes doivent être explorées. Par exemple, il y a un petit magazine distribué dans les CDI, Imagine ton futur, sur les carrières potentielles : en concertation avec cette équipe, des informations sur tout ce que peut apporter l’Europe vont être incluses, des témoignages de jeunes Erasmus insérés….

    – Il semble en vous lisant que l’on puisse parler à votre sujet de tropisme franco-allemand.

    Sylvie Goulard : Tout à fait !

    – D’où vient-il ? Est-ce un héritage, le fruit d’un parcours personnel ?

    Sylvie Goulard : Je suis un enfant du traité de l’Elysée. A Marseille, dans les années 1970, l’approche stratégique de Charles de Gaulle et Konrad Adenauer produisait ses fruits : les bons élèves apprenaient l’allemand. Tout a commencé ainsi pour moi, et la culture allemande ainsi rencontrée m’a beaucoup marquée et enrichie. Même si l’Europe a changé, même si elle s’est agrandie, même si elle n’est pas la propriété privée des Français et les Allemands, le poids de nos deux pays, leur rôle historique et leur capacité à prendre leurs responsabilités font que la France et
    l’Allemagne sont incontournables. Les difficultés de la construction européenne depuis les années 1990 viennent très largement d’une dégradation des relations franco-allemandes en profondeur : il n’y a pas eu de vraie réflexion commune sur les conséquences de la chute du mur de Berlin ; à l’inverse, la fin du mandat de Jacques Chirac et de Gerhard Schröder a été une époque fusionnelle, allant trop loin, par exemple dans l’appui apporté à la Russie contre des pays nouvellement membres.

    Je reste profondément persuadée que l’Allemagne est un pays clé. Et, comme j’aime présenter les choses de manière positive, je trouve que la culture allemande et ce que représente l’Allemagne sont d’un intérêt majeur pour les jeunes Français. Tout apprentissage d’une langue étrangère est un enrichissement, mais c’est tout particulièrement valable pour l’Allemagne : la pensée allemande est d’une richesse infinie ; on ne lit bien un auteur allemand qu’en langue originale ; derrière le système politique fédéral, il y a un modèle politique tellement différent du nôtre que c’est bien la synthèse des deux qui doit être recherchée au niveau européen, en y associant bien sûr les autres, sans exclusive.

    Je suis pour ma part extrêmement préoccupée par les déclarations récentes qui veulent faire de la France un pays bilingue, ce qui veut sans doute dire qu’on va tous parler uniquement anglais : c’est la mort de la francophonie ! Si nous encourageons, nous Français, uniquement le bilinguisme anglais, c’est la fin de la langue française. Il faut que ceux qui le disent prennent leurs responsabilités. En revanche, je pense que la France a un rôle à jouer en faveur de la diversité culturelle, ce qui veut dire qu’il faut encourager les germanistes, les italianisants, les russophones, etc. C’est pour cela que j’ai beaucoup tenu à ce que cette opération avec l’ancien président fédéral Richard von Weisäcker ait lieu en allemand, et en allemand exclusivement. Ne sont venus que les élèves qui ont fait l’effort de parler allemand. L’échange fut émouvant et de grande qualité.

    – Et vous savez qu’ils ne sont plus très nombreux, ceux qui choisissent l’allemand au collège !

    Sylvie Goulard : Il n’y en a plus beaucoup, mais il faut leur montrer qu’ils ont un atout considérable. Et je crois honnêtement que la décision de consacrer autant d’argent public pour former des
    hispanisants est disproportionnée par rapport aux enjeux du monde de demain. Nous aurions besoin de sinisants, de gens parlant les langues de l’Europe centrale et orientale, de germanistes, et bien sûr d’hispanisants mais pas dans les proportions qui sont celles de l’Education nationale. Il y a, sur ce sujet, un tabou que certains ne veulent pas briser. Ou le choix de la facilité. Je prône une chose toute simple, que ceux qui font de l’allemand en Sixième apprennent aussi l’anglais ; qu’il y ait une petite prime pour l’effort que représente l’apprentissage de la langue allemande. Il faut maintenir un courant de germanistes en France. En Allemagne, le problème est identique ; le nombre de personnes qui apprennent le français décroît, ce qui est très grave.

    – À ce propos, la défense de la langue française au sein des instances européennes a été l’objet de débats. Qu’en pensez-vous ? Existe-t-il réellement un reflux du français ?

    Sylvie Goulard : Sur ce sujet, je vais être très brutale : que tous ceux qui ne parlent pas deux ou trois langues étrangères ne jettent pas la pierre ! La défense de la langue française à Bruxelles, ou ailleurs, passe par une vraie politique résolue et coûteuse de l’apprentissage des langues étrangères en France. Lorsque vous vous exprimez dans des langues étrangères, les autres ont plaisir ensuite à parler français avec vous ; mais si vous parlez uniquement anglais en Allemagne ou en Italie, vous n’êtes pas apprécié de la même façon. La défense de la langue française, qui dépasse cette dernière, est donc un enjeu de pluri-culturalité. Nous acceptons trop que les sites web de la Commission européenne soient beaucoup moins plurilingues qu’il y a quelques années ; la différence avec la commission Prodi est énorme. J’en ai fait la remarque à Benita Ferrero-Waldner, commissaire autrichienne ; certes, l’anglais est véhiculaire, mais on pourrait envisager qu’après l’adoption d’un papier, il puisse être au moins traduit en cinq ou six langues, et pas forcément dans une vingtaine. Mais il y a toujours des ayatollahs pour expliquer que, s’il n’y en a pas vingt, il n’en faut qu’une ! Selon les sujets, on pourrait panacher : pourquoi ne pas recourir sur les sites à l’anglais, au français, à l’allemand et à l’espagnol par exemple ? La Banque centrale européenne (BCE) gagnerait également à communiquer dans d’autres langues que l’anglais. Les autorités françaises, ces dernières années, ont beaucoup récriminé et ont très peu fait. Jusqu’en 2004, les réunions des chefs de cabinet des commissaires européens se tenaient en anglais et en français, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. La France a fait quelques efforts : proposer aux nouveaux fonctionnaires européens d’apprendre le français. Mais encore faut-il tenir bon sur les discussions en français ! En réalité, l’influence existe lorsque vous avez des idées : au XVIIIe siècle, tout le monde parlait français car émanait de la France un foisonnement d’idées ; dans le monde de la musique, la plupart des partitions sont produites en allemand… Lorsque vous êtes bon dans un secteur, vous êtes dominant ; la France a un peu perdu sa capacité de produire des idées, et de ce fait aussi, la langue française recule.

    Au Mouvement européen, nous menons des opérations en allemand et en anglais, mais pas tout en anglais. J’écris des articles dans le Financial Times qui figurent sur notre site. Au total, il faut avant tout que les Français travaillent dans le domaine des langues étrangères…

    – Vous évoquez dans Le coq et la perle les relations tumultueuses entre la France et l’Europe en insistant sur le rôle de « nation frein » joué par la première. A propos de l’échec de la Communauté européenne de défense (CED), vous portez un jugement très sévère sur Pierre Mendès France.

    Sylvie Goulard : Oui, je suis très sévère à son égard, mais mon propos était surtout d’attirer l’attention des Français qui pensent, pour beaucoup, que la France est le moteur de l’Europe avec l’Allemagne. Or, cette affirmation provoque des éclats de rire colossaux à Bruxelles, à Rome ou à Berlin…

    – La France est trop arrogante ?

    Sylvie Goulard : Un peu. Je suis plus sévère pour la France, alors que d’autres pays ont aussi été des empêcheurs de tourner en rond, car elle a une prédilection pour des actions d’éclat, elle ne traîne pas discrètement des pieds, elle se pulvérise sur le mur européen : évoquons la crise de la CED, la conférence de presse du général de Gaulle de janvier 1963, la politique de la chaise vide, le rejet du traité constitutionnel en 2005. Ce comportement est d’autant plus choquant que la France est le pays qui affiche les objectifs les plus élevés. D’autres pays ne font pas grand-chose, mais ils sont entrés dans l’Europe avec peu d’ambition ; ce comportement n’est pas glorieux, mais il a le mérite d’être cohérent. Il suffit de regarder les discours, les mots qui reviennent avec continuité dans les discours français – ce que j’ai fait lorsque j’étais au Centre d’analyses et de prévision –, il s’agit de grandeur et de puissance… Je crois que les Français ont vécu sur une illusion, celle que l’Europe était une substitution à la grandeur perdue. Quel dommage d’avoir gaspillé notre capacité d’influence alors que nous avons toujours des choses à dire ! Le Belge Pierre Defraigne, qui fut le principal collaborateur de Pascal Lamy et est maintenant à la tête du think tank Eur-Ifri , partage cet avis : il dit que l’Europe a toujours besoin de la France, d’un contrepoint à d’autres approches. Mais encore faut-il qu’elle joue un jeu collectif ! Ce que j’ai essayé de montrer, c’est que le mode de fonctionnement personnalisé et hiérarchisé du pouvoir en France se révèle un handicap à Bruxelles. La stratégie des Britanniques repose en grande partie sur leur formidable aptitude à jouer en collectif ; ceci vient, peut-être, de leur système éducatif qui encourage à participer à des équipes, dans lequel il est plus important d’être bon au cricket qu’en mathématiques ! Même si vous avez raison, à Bruxelles, il ne suffit pas d’affirmer, il faut convaincre…

    – Que pensez-vous du volontarisme actuel de la France pour sortir l’Europe de l’impasse ?

    Sylvie Goulard : Il a des aspects positifs. La France a été trop absente. Il faut rendre hommage à Nicolas Sarkozy de revenir dans le jeu européen, d’ouvrir les débats qui gênent. Mais si l’on veut que cela aboutisse, il ne faut pas donner l’impression aux autres pays qu’on détient « la » vérité sur laquelle ils doivent s’aligner. Par exemple, si l’on veut aborder avec l’Allemagne le problème du nucléaire que l’exécutif français juge indispensable dans la lutte contre les effets de serre, il faut comprendre les raisons de son hostilité, faire en sorte que le débat y ait lieu et tourne en notre faveur, y labourer le terrain de façon décentralisée, répondre aux questions pertinentes posées sur la gestion des déchets… Il faut convaincre les opinions publiques, faire de la « public diplomacy » c’est-à-dire toucher les milieux influents, y compris par exemple l’église protestante – ce type de relais généralement ignoré par les Français –, pour démontrer que le nucléaire est une bonne chose.

    – Est-ce dans cette perspective que vous scrutez la sortie d’un nouvel Eurobaromètre ?

    Sylvie Goulard : La publication de ces sondages a un immense mérite mais, je l’ai constaté à la Commission, son élaboration est très complexe car la question posée dans de nombreuses langues
    peut induire des différences. J’ai du respect pour cet instrument qui fournit une vision paneuropéenne quoique, parfois, les questions posées soient volontairement trop basiques, par exemple lorsque l’on demande un avis sur « l’élargissement » sans préciser à quel pays l’on pense ! Son intérêt réside dans les mêmes questions posées à intervalles réguliers, qui permettent donc de mesurer les évolutions sur la longue durée. On manque tellement d’instruments pour cerner cet espace public européen dont parle Habermas que l’outil est indispensable. Je recommande, et je l’ai cité dans mon ouvrage sur la Turquie , les sondages d’une ONG américaine, German Marshall Fund of the United States , car il faut croiser les sources pour obtenir une opinion plus affinée.

    – Peut-on revenir sur l’idée reçue selon laquelle les élites sont intéressées par l’Europe alors que la « France d’en bas » est peu motivée ? Qu’en pensez-vous ? Il nous a semblé à vous lire que vous étiez perplexe devant cette assertion.

    Sylvie Goulard : Si cela était vrai ! S’il y avait vraiment eu des élites pro-européennes dans ce pays, on ne serait pas arrivé à cette situation ! Il suffit de constater que, pendant les campagnes électorales, les hommes politiques vont faire un discours sur l’Europe, en général à Strasbourg, puis parlent d’autre chose. Il faudrait une pédagogie plus continue : lorsque l’on parle d’environnement, d’agriculture, d’éducation, on peut l’envisager sous un angle européen. En outre, il faut mettre en valeur un phénomène récent et préoccupant : à l’époque de Jacques Delors, président de la Commission, les entreprises se sentaient engagées, des conférences publiques réunissaient au Mouvement européen des personnalités de sensibilités différentes, comme Elisabeth Guigou et Jean-Louis Bourlanges, pour prendre la parole ensemble et militer pour la monnaie unique. Or, lors du débat de 2005, le patronat ne s’est pas engagé particulièrement, les chefs d’entreprise n’ont pas opposé de réponse à certains ténors de l’extrême gauche. Les entreprises sont moins engagées qu’auparavant, peut-être parce que le projet est plus diffus que le marché unique, la monnaie… Il n’y a pas eu ce que j’appelle le « sur-moi européen », un intérêt supérieur aux « pulsions » nationales, de mise en perspective d’enjeux comme la paix, qui n’est pas négligeable même si le spectre de la guerre s’est éloigné… Quant aux médias, réputés dans leur ensemble en faveur du « oui », il faut bien avouer qu’ils sont souvent absents, surtout les télévisions : au journal de TF1, on ne parle quasiment jamais d’Europe, c’est un non-sujet ; cette chaîne n’a a même pas de correspondant à Bruxelles ! Manque une pédagogie européenne : même si l’Europe n’est pas télégénique, on pourrait faire mieux et il y a de nombreux pays où l’on en parle plus.

    – Votre diagnostic est donc très pessimiste ?

    Sylvie Goulard : Non, car il laisse une énorme marge de progression… Arlette Chabot, rédactrice en chef de France 2, a dit récemment qu’elle allait remettre de l’Europe dans ses journaux télévisés. Les connaissances sont aussi approximatives : dans la centaine de débats auxquels j’ai participé, j’ai remarqué que l’autre défenseur du « oui » n’était pas toujours très au courant du contenu du traité. Il en a été de même en Allemagne des députés du Bundestag qui venaient de ratifier le traité constitutionnel lorsqu’ils ont été interrogés par des journalistes à son sujet.

    Le travail à mener doit se faire conjointement avec des élus locaux : au sein de régions eurosceptiques, on peut voir des zones qui ont voté « oui » grâce à l’action de certaines personnalités, Martine Aubry dans le Nord, Jean-Louis Bianco dans les Alpes-de-Haute-Provence. Il y a un gros effort à faire pour défendre l’idée européenne, mais il faut appeler au sursaut plutôt que céder au découragement !

  • Le Coq et la perle, 50 ans d’Europe, Le Seuil, février 2007

    Le Coq et la perle, 50 ans d’Europe, Le Seuil, février 2007

    Un essai sur l’Europe qui explique la méthode communautaire et appelle les Français au sursaut européen.

    Le titre de l’ouvrage est emprunté à une Fable de La Fontaine qui raconte l’histoire d’un Coq qui trouve une perle et l’échange contre un grain de mil de bien moindre valeur ; en 2005, les Français et les Néerlandais ont fait un choix similaire ; ils ont rejeté le traité constitutionnel, révélant que le malaise des Européens est profond : quelle est la raison d’être de cette Union qui n’unit guère et a doublé le nombre de ses membres en dix ans ? Nul ne le sait plus. Que s’est-il notamment passé en France, pays fondateur ?

    Pour sortir de l’impasse actuelle, l’idée de ce livre est de prendre du champ. Dans le fond, d’où sommes-nous partis et quelle Europe unie avons-nous réalisée? Ce livre redonne la parole à ceux qu’il est convenu d’appeler les « pères fondateurs » dont la pensée est méconnue aujourd’hui. Ce sont notamment Jean Monnet, Robert Schuman, Paul-Henri Spaak, Konrad Adenauer, Alcide de Gasperi, Walter Hallstein, Robert Marjolin, Altiero Spinelli.

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    A la lecture de leurs écrits, l’erreur des dernières années saute aux yeux : l’Union européenne est exactement retombée dans l’ornière dont ils ont voulu sortir l’Europe. Elle a négligé leur enseignement, leur méthode de travail. Rares sont les hommes politiques qui pensent et agissent en Européens. Plus personne ne se sent responsable de l’intérêt commun. Plus personne n’explique les vertus, ni n’assume les contraintes de l’intégration.

    D’indifférence en négligences, la démolition du projet communautaire, délibérée chez certains, inconsciente chez d’autres, est en cours. Le nationalisme, la petitesse, l’égoïsme, les réflexes protectionnistes reviennent en force. Comme sous la restauration au XIXème siècle, c’est une véritable « réaction » qui est en route. Les « ultras » de l’Etat Nation, les hommes des anciens schémas de pensée, les chauvins, nient la révolution communautaire. Ils sont en train de gagner la partie. L’Europe se fait au ras des pâquerettes, par à coups, sans moyens, sans hauteur de vue. Obsédés par la quête d’avantages immédiats ou la défense de situations acquises, les Européens ne voient plus le trésor qu’ils possèdent.

    Rien, dans ce constat, ne doit nous désespérer. Nos aînés nous ont légué une extraordinaire innovation. Aussi longtemps que leur méthode de coopération a été correctement appliquée, elle a fait ses preuves. Depuis que nous nous en sommes éloignés, l’intégration marque le pas. Les difficultés actuelles sont donc passagères et réversibles : il suffira de se remettre enfin à faire l’Europe sérieusement pour que l’élan revienne.

    Le dessein de ce livre est de mettre en lumière les zones laissées dans l’ombre. Il n’apporte pas de réponse toute faite mais cherche à susciter la réflexion, à rappeler les rudiments si souvent oubliés. En donnant aux électeurs quelques clés pour distinguer les authentiques Européens des marchands d’illusions, il prépare le rebond. L’Europe est une trop belle idée pour la laisser mourir.

    Plan du livre

    Le chapitre 1er démonte l’argumentation des adversaires de l’Europe unie selon lesquels l’Europe était intravertie et qu’elle doit désormais s’adapter à la mondialisation ; la lecture des pères fondateurs dément catégoriquement cette affirmation. Leurs ambitions étaient d’ordre « civilisationnel ». Conscients des évolutions du monde, ils voulaient défendre les valeurs et les intérêts européens, permettre à l’Europe de « contribuer à un monde meilleur ».

    Le chapitre 2 montre à quel point l’Europe communautaire est une révolution passée inaperçue ; ses institutions ne sont pas nées par hasard ; elles sont le fruit d’une méditation sur les erreurs commises après la première guerre mondiale.

    Le chapitre 3 détaille les principes fondateurs de l’Europe unie ; celle-ci nécessite un effort de compréhension mutuel, un sens du sacrifice pour étayer la solidarité et la création de la confiance par delà les frontières.

    Au chapitre 4, sont évoquées les caractéristiques principales de la « méthode communautaire » : l’abandon de l’unanimité et le recours au vote majoritaire pour prendre des décisions, l’équilibre entre les Etats les plus peuplés (les grands) et les moins peuplés (les petits) ; l’échec des ersatz à cette méthode est patent (stratégie de Lisbonne par exemple).

    Dans le chapitre 5, les rapports de la France et de l’Europe sont analysés ; handicapée par sa conception de l’égalité, son refus de faire la différence entre Etats-Unis et URSS, aveuglée par la puissance, la France est l’Etat qui entretient avec l’Europe les relations les plus complexes, à la fois les plus étroites et les plus violemment négatives. Certains traits français sont cependant tout à fait salutaires pour le développement européen : la sensibilité aux questions culturelles, le refus d’une mondialisation sans règles et même un certain volontarisme…

    Enfin, la conclusion consiste à inviter l’Europe à retrouver le sens de l’intérêt commun, à réfléchir à son identité et à oser, si nécessaire, recourir à une avant-garde qui ne simplifiera pas tous les problèmes.

    La conclusion est empruntée à Monnet : quelles que soient les difficultés, il faut continuer.

    Le Coq et la perle, nommé pour le Prix de Livre européen 2007

    « Le Coq et la perle » de Sylvie Goulard a été retenu pour la finale du prix européen du livre, avec deux autres ouvrages, les « Etats-Unis d’Europe de Guy Verhofstatd et de Josep M. Colomer « Grandes imperios, pequenas naciones ». La remise du prix a eu lieu le 5 décembre au soir à Bruxelles. Au départ, une soixantaines de livres (essais mais aussi romans) publiés dans diverses langues européennes, avaient été sélectionnés. C’est Guy Verhofstadt, Premier ministre belge, qui l’a emporté.

    Le premier « Prix du livre européen » a été attribué, mercredi 5 décembre, à Guy Verhofstadt pour son essai « Les Etats-Unis d’Europe », lors d’une cérémonie au Parlement européen pendant laquelle ont pris notamment la parole Jacques Delors, José Manuel Barroso, Hans-Gert Pöttering et Jean-Marie Cavada. Lire la suite

    Europa fehlt der Ruck
    Fiche de lecture de ” Le Coq et la Perle ” de Sylvie Goulard rédigée par Jeanne Rubner, Journaliste, pour le Süddeutsche Zeitung, le lundi 15 octobre 2007. Lire la suite

    Le point d’Alain Duhamel
    Le coq français et la perle européenne
    12 avr 2007 – Alain Duhamel – © Le Point
    Le paradoxe le plus baroque de cette campagne présidentielle tient à l’absence assourdissante de l’enjeu européen dans le débat. Il y a moins de deux ans, la France entière se passionnait pour le référendum sur les institutions européennes, la participation électorale grimpait en flèche et le non tricolore retentissait comme un tocsin à travers les vingt-cinq Etats membres de l’Union.

    Référence au livre Le coq et la perle
    ” Journal du Dimanche ” du dimanche 18 mars 2007

    Fiche de lecture, Le coq et la perle
    ” L’agence Europe ” du mardi 13 mars 2007

    Article sur ” le coq et la perle “
    ” Le Monde ” du Mardi 13 février 2007
    Contre une Europe tiède et résignée

    Fiche de lecture ” Le coq et la perle “
    ” Sud Ouest ” du Lundi 12 février 2007
    « Une adresse à ceux qui font l’Europe sans y croire »  Lire la suite

    Fiche de lecture
    ” Ouest-France ” du Samedi 3 février 2007
    Le coq gaulois et la perle Europe, Essai de Sylvie Goulard Lire la suite

    Fiche de lecture ” Le coq et la perle ”
    ” AFP ” du Jeudi 01 février 2007
    Dépêche

  • Note bleue de la Fondation Schuman n°38, sortie le 6 décembre 2006.

    Note bleue de la Fondation Schuman n°38, sortie le 6 décembre 2006.

    Le partenariat privilégié, alternative à l’adhésion,

    Ce livre est le fruit d’un travail collectif que j’ai animé et qui a rassemblé des Européens convaincus, de toutes sensibilités et d’origines diverses, pour lesquels j’ai beaucoup d’estime.

    Rudolf Scharping, ancien ministre fédéral de la défense et ancien candidat à la Chancellerie (SPD) ; à l’époque où le Chancelier Schröder se prononçait fortement pour l’adhésion, en invoquant notamment des arguments stratégiques, il est intéressant que son ancien ministre de la défense ait contesté ses thèses, au nom de l’Europe ;

    Karl Theodor Freiherr zu Guttenberg (CSU), à l’époque député au Bundestag et l’un des bons connaisseurs des questions internationales du camp chrétien démocrate, dans la jeune génération ; entretemps il est devenu ministre de l’économie du gouvernement Merkel ;

    Pierre Defraigne, ancien directeur de cabinet de Pascal Lamy à la Commission européenne ; un grand haut fonctionnaire, aujourd’hui directeur d’une fondation qui œuvre à Bruxelles pour nourrir le débat d’idées (Fondation Madariaga) ;

    Carlo Altomonte, économiste, professeur à l’Université Bocconi de Milan ; Carlo a rédigé les passages très éclairants sur le risque de voir monter les inégalités en Europe ; à la lueur de la crise, cette analyse se révèle hélas tout à fait exacte ;

    Lucas Delattre, ancien journaliste, correspondant du Monde en Allemagne, puis directeur du Bureau du Conseil de l’Europe à Paris ; il nous a aidé à mesurer combien l’action du Conseil de l’Europe en matière de droits de l’homme et de libertés fondamentales offre des garde-fous pour le cas où la Turquie n’adhèrerait pas à l’UE.

    Cet ouvrage est né d’une idée simple : sortir des polémiques autour de l’adhésion éventuelle de la Turquie à l’UE afin de faire connaître en France le travail important – et unique à ma connaissance – qu’avait effectué Karl Theodor zu Guttenberg pour donner un contenu précis et concret à une alternative à l’adhésion de la Turquie à l’UE. Nombreux sont ceux qui, de manière générale, ont évoqué un partenariat mais rares sont ceux qui ont pris la peine d’étudier les traités pour déterminer, matière par matière, et dans un esprit positif, en quoi il peut consister.

    On peut y demeurer hostile mais ce livre prouve que ce n’est pas un lot de consolation, ni une coquille vide. Il nous est apparu important de sortir du raisonnement du « tout ou rien », l’adhésion ou le chaos qui, trop souvent, domine les débats. Nos rapports avec ce pays important, héritier d’une grande histoire et appelé à jouer un rôle majeur dans la région, sont stratégiques ; nous devons éviter qu’un éventuel refus ou un report de l’adhésion, ne déclenche des spirales négatives.

    Entre les membres de ce groupe, il n’y avait pas accord unanime ; certains étaient plutôt partisans de l’adhésion ou du moins souhaitaient que le processus se poursuive. D’autres étaient plus réticents et préféraient un partenariat mais chacun a joué le jeu consistant à discuter, sans tabous, des aspects positifs et négatifs, pour l’UE et le pays candidat, des différentes options. Ce type de discussion par delà les frontières est hélas trop rare en Europe.

    Le livre affirme qu’une approche constructive, sincère est préférable aux non dits actuels. Il détaille pourquoi l’adhésion de la Turquie poserait des questions institutionnelles, budgétaires et surtout économiques et sociales qui doivent impérativement être réglées d’une manière ou d’une autre. Il tente de proposer des solutions alternatives dont on peut naturellement débattre mais qui méritent d’être regardées de près, surtout quand l’UE se débat toujours dans sa réforme institutionnelle et ses doutes internes.

    TNS Sofres Contribution à l’ouvrage collectif L’état de l’opinion, chapitre sur “L’Europe après le non”

  • Le Grand Turc et la république de Venise, Fayard 2004

    Le Grand Turc et la république de Venise, Fayard 2004

    Avant-propos de Robert Badinter, Paris, Fayard, 2004. Cet ouvrage a été couronné par le Prix du livre pour l’Europe 2005. Nouvelle édition octobre 2005.

    Le titre est tiré de l’Avare de Molière où un personnage féminin, sur un ton de défi, prétend pouvoir marier le Grand Turc et la République de Venise, symboles de deux entités incompatibles.

    Il renvoie aussi au déclin de la république de Venise qui n’a pas su s’allier aux autres Etats italiens afin de répondre à la « globalisation » des grandes découvertes.

    Le livre comporte un avant propos de Robert Badinter, Sénateur, ancien Garde des sceaux, ancien Président du Conseil constitutionnel.

    Structure du livre

    Introduction

    • Le désarroi des opinions publiques et des élites européennes a été sensible lors des élections européennes de juin 2004 marquées par un fort taux d’abstention. En France, tout particulièrement, il y a une immense frustration sur la manière dont a été décidé l’élargissement aux Dix.

    • La question de l’adhésion turque est perçue comme un « secret de famille » honteux : personne n’a su ce qui avait été décidé à Helsinki en 99 ; les gouvernements n’ont rien expliqué et cherchent parfois à gagner du temps ; la plupart des responsables tiennent un double langage. Pour le peuple, « on nous cache quelque chose »

    Chapitre 1er : Entre promesses et non dits

    • Retour en arrière sur la pseudo « promesse » ; les différences entre 1963 et aujourd’hui (de la CEE à l’UE ; guerre froide terminée) ; il y a « changement fondamental de circonstances »

    • La justification par la « géostratégie » post 11 septembre (à la Fischer) est fragile : la subsidiarité doit commander la prudence car in fine, ce seront les Etats et les collectivités locales qui devront assumer les conséquences de l’entrée de la Turquie dans l’UE (intégration scolaire, hôpitaux, égalité hommes-femmes) ; grosses difficultés de nos sociétés à intégrer les musulmans. Ou alors refus scandaleux de leur reconnaître la libre circulation qui est l’une des 4 libertés du traité de Rome ; on ne vend plus l’UE mais une coquille vide.

    Chapitre 2 : La démocratie bafouée

    • L’UE ne peut pas prétendre « exporter » la démocratie sans la respecter elle même. La procédure suivie est non démocratique : la Commission rend un rapport dit technique, sous la responsabilité d’un Commissaire qui ne cache pas où il veut arriver. Ensuite, le Conseil européen ouvre les négociations sans décision préalable des peuples européens. In fine, le traité d’adhésion sera présenté comme « à prendre ou à laisser » et de préférence à prendre, sinon ce sera de nouveau la menace odieuse du « choc des civilisations ». C’est faire l’Europe en jouant seulement sur la culpabilité des citoyens européens ; ce temps est révolu.

    • En France Jean-Marie Le Pen, en 2002, a été au deuxième tour des élections présidentielles, il ne faut pas jouer avec le feu : faire une adhésion turque « en douce », sans débat, c’est courir le risque de précipiter vers les extrêmes des gens qui se sentent légitimement mal informés. Différence majeure entre la France et l’Allemagne de ce point de vue. La convergence franco-allemande, sur la Turquie, est fragile car en France, seul Jacques Chirac y croit, pas même l’ensemble de l’UMP. Le PS est partagé.

    Chapitre 3 Contre le choc des civilisations ?

    • L’UE n’a pas à prouver qu’elle n’est pas un club chrétien ; la question religieuse ne doit jouer, ni dans le sens de l’exclusion (l’UE est neutre et comporte des millions de musulmans, juifs, athées etc), ni dans le sens de l’adhésion forcée (cette adhésion ne règlera pas tous nos problèmes avec l’islam). La Turquie n’est pas tout l’islam ; il y a le problème des pays comme le Maroc (modéré, et tentant des réformes courageuses pour les femmes par exemple). Grosses difficultés prévisibles en France avec le Maghreb ou alors, la seule alternative est l’élargissement sans fin…

    • L’UE c’est la chrétienté + les Lumières (et le judaïsme + les Lumières) ; l’islam n’a pas fait ce parcours. Les inexactitudes abondent sur la « laïcité turque » alors qu’État et religion ne sont pas séparés dans ce pays. Commission et États membres sont trop laxistes sur ce sujet : pour paraphraser François Mitterrand, les persécutions sont en Turquie, les scrupules en Occident (voir le rapport de la Commission 2003) ; idem sur le génocide arménien : refus scandaleux de regarder le passé.

    • La question des femmes est objectivement considérée comme secondaire par la plupart des analystes, Commission comprise (rapport 2003) ; pourtant le rapport 2004 d’Amnesty international est horrifiant ; il faut débattre de la question de la laïcité dans l’UE (thème vital pour la France). Qui se reconnaîtrait en Mme Erdogan, voilée, en visite d’Etat dans un autre Etat membre ?

    Chapitre 4 Quand les moyens font défaut

    • Absence de réforme institutionnelle préalable, exacerbation de la différence grands/petits, perte de confiance dans les institutions dominées par un pays difficile à assimiler … Tout cela freinera le passage au Vote à la Majoritée Qualifiée et pourrait signifier la fin de l’Union politique.
    • Absence de financement à la hauteur des prétentions de « stabilisation »
    •  Problème de corruption en Turquie : 77 ème rang de Transparency international (chiffres 2004)

    Chapitre 5 La France au secours de l’UE

    • Appel à la crise, déclenchée par la France pour sauver une certaine conception de l’UE, d’ici décembre 2004 (date à laquelle la décision doit être prise par le Conseil européen de poursuivre le processus menant à l’adhésion).
    • Nécessité de décider de manière souveraine / USA ; l’ingérence de George W Bush à Istanbul était intolérable.
    Conclusion : L’UE est à un moment clé de son destin ; comme la République de Venise, opulente, elle peut disparaître, faute d’avoir réagi à la « globalisation » de son temps, faute d’avoir su bâtir des coopérations avec les villes voisines. La question dépasse largement celle de l’adhésion turque : c’est la survie de l’UE communautaire qui est en jeu.

    Une version mise à jour et complétée est sortie en 2005.

  • Euractiv sur la candidature de Sylvie Goulard

    Euractiv sur la candidature de Sylvie Goulard

    EN below

    L’eurodéputée du groupe ADLE va devoir convaincre son groupe de sa candidature face à celle de Guy Verhofstadt. Depuis 1979, le Parlement européen a été dirigé à 87 % par des hommes .

    Toujours prompt à soutenir la cause des femmes, le Parlement européen est quasiment toujours présidé par un homme. En 37 ans, seulement deux femmes ont eu cet honneur, pour 12 hommes.

    Et encore, il s’agissait de demi-mandats : Simone Veil et Nicole Fontaine ont présidé l’institution 5 ans sur 37. Depuis qu’il existe, le Parlement européen a donc été présidé par un homme 87 % du temps. Ce modèle « faites ce que je dis mais pas ce que je fais » commence à irriter, alors que le départ de Martin Schulz ouvre la voie à une nouvelle candidature.

    La centriste Sylvie Goulard a décidé de donner un coup de pied dans la fourmilière en se présentant, notamment pour défendre cette cause. Mais pas seulement.

    « Avant de s’interroger sur des noms de candidat, il faut s’interroger sur le poste ! Comment on préside le Parlement européen après Trump, après Erdogan, après le Brexit ? » s’interroge l’élue qui veut se battre pour qu’ « une vraie discussion ait lieu ».

    Dans sa déclaration de candidature, l’élue propose que le Parlement européen se donne pour mission de redonner envie d’Europe, et de se tourner plus vers les Européens que vers Bruxelles, en évitant la connivence avec la Commission. Une vocation de terrain donc, plus de représentation institutionnelle.

    Sa candidature est toutefois une vraie course contre la montre, puisque le remplaçant de Schulz doit être trouvé pour début 2017, et que le parti centriste devrait se décider dès la semaine prochaine sur son candidat.

    Une misogynie latente ?

    Or au centre, les regards se sont immédiatement tournés vers Guy Verhofstadt, le chef du parti. Un reflex phallocrate ? « Mais non, c’est juste qu’il rêve de ca depuis 10 ans » assure une source au Parlement européen. De fait le candidat potentiel a raté de nombreuses occasions. De là à éviter tout débat sur celui ou celle qui portera la candidature de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe ?

    Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a longuement et lourdement insisté pour avoir une commission parfaitement paritaire. Ce qui n’empêche pas l’exécutif européen d’avoir été systématiquement dirigé par un homme depuis sa création.

    « Comment motiver les jeunes filles qui composent la majorité des diplômés si le plafond de verre écrase encore et toujours les femmes ? » se demande Sylvie Goulard, qui appelle à un choix en fonction du mérite pour le prochain candidat. Comme Martin Schulz, la candidate est polyglotte et intervient régulièrement dans les médias anglophones et germanophones, ou encore italiens.

    Pour couronner le tout, la guerre de succession qui vient de s’ouvrir n’épargne pas les clichés. À droite, sur 7 candidats, une seule femme s’est présentée, l’irlandaise Mairead McGuinness. « Sa principale qualité est d’être une femme » estime un de ses copartisans, non sans misogynie. Le Français Alain Lamassoure est également candidat.

    Un problème de transparence

    Le manque de transparence de la campagne pour la tête du Parlement européen est aussi un sujet de mobilisation. Les principaux partis ont en effet l’habitude de faire des petits arrangements entre amis, avec l’aval de Berlin, Paris, et Bruxelles, sans que le commun des eurodéputés ne soit au courant.

    « Comme pour toute élection, il est sain d’organiser un vrai débat sur ce que peut faire le Parlement européen. Compte tenu de la situation de l’Europe, il serait malvenu de l’éviter » souligne Jean Arthuis, eurodéputé du groupe ADLE également.

    Un mystérieux accord aurait été écrit et signé par les têtes des principaux partis, soit Schulz, Verhofstadt et Weber, stipulant que Martin Schulz quitterait quoiqu’il arrive son poste à mi-mandat. La droite n’a pas manqué de rappeler ce document ces dernières semaines, ce qui a définitivement joué dans la décision de Martin Schulz de quitter l’institution. Mais l’existence d’un tel accord se fait en dehors de tout contrôle démocratique.

    Si une candidature du centre est envisageable, ce ne sera pas sans tractation et autres alliances voire concession : le parti ne dispose que de 70 élus, et devra donc s’assurer du soutien d’eurodéputés, a priori de droite, avant d’affronter un vote en plénière. Un débat qui risque de fragiliser la soi disant « grande coalition » déjà fragilisée par de nombreux désaccords depuis sa formation il y a 2,5 ans.

    *

    The French liberal MEP will have to convince her group to nominate her, rather than ALDE group leader Guy Verhofstad. Since 1979, 87% of the European Parliament’s presidents have been men. EurActiv France reports.

    Despite its readiness to speak up for gender equality, the European Parliament has almost always been run by men. In the last 37 years, the institution has been presided over by two women and 12 men.

    And these two women only had half mandates: Simone Veil and Nicole Fontaine held the presidency for just five years between them. But this “do as I say, not as I do” approach to politics has worn thin, and many MEPs see the departure of Martin Schulz as an opportunity for change.

    Centrist MEP Sylvie Goulard decided to kick the anthill and stand for the presidency, partly to draw attention to the issue of gender imbalance. But there are other reasons too.

    “Before thinking about the names of the candidates, we should think about the job itself. How should we preside over the Parliament after Trump and Erdogan, after Brexit?” Goulard asked. She wants a “real discussion to take place”, making a clean break from the past.

    In her candidacy declaration, the MEP proposed a new mission for the European Parliament: to rekindle enthusiasm for the European project by looking outward to European citizens, rather than inward to Brussels, and avoiding collusion with the Commission. This is a far broader mission than simply representing the institution.

    But her candidacy is a real race against the clock, because Schulz’s replacement must be chosen in January 2017 and the ALDE group will this week begin choosing its candidate.

    Latent misogyny?

    Upon news of Schulz’s withdrawal, all eyes immediately turned to ALDE leader Verhofstadt.

    A chauvinist knee-jerk? “Of course not, it’s just that he has dreamed of this for ten years,” said a Parliament source. The potential candidate has already been overlooked for the presidency several times. But should this preclude any debate over the liberal candidacy?

    Commission President Jean-Claude Juncker has often been heard holding forth on the merits of equality. Yet since its creation, the European executive has systematically been run by men.

    “How can we motivate young women, who make up the majority of our graduates, if they are still being blocked by the glass ceiling?” Goulard asked, insisting that the next candidate be chosen on merit.

    Like Schulz, Goulard is a polyglot and regularly appears in the English, German and even Italian media.

    To top it all, the war of succession that has now well and truly begun has fallen victim to all the usual clichés. On the right, the EPP has seven candidates, only one of which is a woman, the Irish MEP Mairead McGuinness.

    “Her main quality is that she is a woman,” said one of her EPP colleagues, not without a hint of misogyny. French Republican MEP Alain Lamassoure is also standing for the presidency.

    A transparency problem

    The lack of transparency in the campaign for the Parliament’s top job is also a mobilising factor for the smaller political groups. The two main groups, the European People’s Party (EPP) and the Socialist and Democrats (S&D) often come to an agreement between themselves, with the backing of Paris, Berlin and Brussels, without consulting the rest of the MEPs.

    “As for any election, it is healthy to organise a real debate on what the European Parliament can do. In light of the state that Europe is in, it would be a bad idea to avoid this,” said Jean Arthuis, a French ALDE MEP.

    A mysterious agreement was apparently reached between Schulz, Verhofstad and Manfred Weber, the leader of the EPP group, stipulating that Schulz would renounce the leadership mid-mandate, whatever happened.

    The EPP’s repeated references to this deal in recent weeks undoubtedly had a part to play in the president’s decision not to run for a third term. But again, it was made outside the democratic oversight of the majority of MEPs.

    If a centrist candidate is to be a serious contender for the presidency, they will have to form alliances and make concessions: the party only has 70 MEPs and will have to canvas members of other groups, particularly the EPP, if it is to have a chance of winning a plenary vote.

    Such a debate could further weaken the so-called “grand coalition”, which is already suffering from the many conflicts that have shaken Europe over the last two and a half years.

    Par Aline Robert 25/11/2016 – also available in English