(Hors collection -L’Express) dans lequel Sylvie Goulard exprime ses vues sur la question “Le projet européen est-il condamné ?” (p. 234-243).
Auteur/autrice : julien
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Le « 6 pack »
Le 28 septembre 2011, le Parlement européen a adopté les six textes de réforme de la gouvernance économique proposés un an plus tôt par la Commission européenne. Pour la première fois, le Parlement européen était associé à la définition des règles de la monnaie unique, négociant sur un pied d’égalité avec le Conseil représentant les Etats. Après de longues et âpres négociations, les députés ont obtenu des avancées significatives pour que les erreurs du passé ne puissent plus se reproduire à l’avenir.
Pour un aperçu général des mesures adoptées
Explication du “dialogue économique” créé sur proposition du Parlement européen
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L’Union européenne doit retrouver l’esprit communautaire
La crise grecque a mis en évidence des divergences profondes entre la France et l’Allemagne. Berlin et Paris se sont comportés de manière légère en n’approfondissant pas le dialogue. L’Union européenne ne sortira pas de la crise si chaque Etat membre campe étroitement sur la défense de ses intérêts nationaux.
L’Union européenne a fini par prendre les décisions qu’imposait l’urgence. Le pas en avant est significatif : un bouclier de 750 milliards d’euro a été créé. La Grèce a promis des réformes drastiques, suivie par plusieurs autres Etats. Et un groupe de travail mené par M. Van Rompuy oeuvre à un renforcement de la gouvernance économique. La gravité de la crise, comme la lenteur de la réaction, font toutefois réfléchir : quelle est la responsabilité de l’Allemagne et de la France ? Quelle sont les erreurs de méthode ?
Des attentes différentes envers l’Euro
La plupart des Français ignorent l’importance de la promesse faite au peuple allemand, par ses dirigeants, que l’euro serait « aussi fort que le Mark et qu’on irait surveiller les chiffres « au‐delà de la virgule ». Dans la crise grecque, les marges de manoeuvre de la Chancelière vis‐à‐vis du Bundestag, de la Cour constitutionnelle fédérale étaient réduites. L’opinion publique allemande pouvait légitimement se sentir flouée. De leur côté, la plupart des Allemands ne se rendent pas compte qu’en France, l’euro a été « vendu » comme une source de croissance et un instrument de puissance mondiale, sa stabilité n’étant pas vue comme une fin en soi. Aussi, au plus fort de la crise, a‐t‐on eu des Français qui se disaient bons Européens parce que prêts à la solidarité, dans l’instant, et des Allemands qui se flattaient d’être de bons Européens parce que plus disciplinés, dans la durée. Comme souvent, les deux parties ont raison : l’UE a besoin de discipline et de croissance, de persévérance et de réactivité en cas de coup dur.
A ces vieilles divergences, s’ajoutent des évolutions nouvelles. La plupart des dirigeants allemands ont remisé l’approche de l’Europe, stratégique, qui habitait leurs prédécesseurs. Des thèses étranges fleurissent, en Allemagne et ailleurs, selon lesquelles la République fédérale, redevenue « normale » (sic), aurait enfin pris en main la défense de ses intérêts nationaux. C’est mal connaître l’histoire des dernières décennies où les gouvernements allemands successifs ont fort bien défendu leurs intérêts même si, pour aboutir, ils privilégiaient la voie subtile du multilatéralisme. Et les mérites d’un repli national restent à prouver : première économie de la zone euro, grand exportateur global, l’Allemagne jouit, grâce au marché et à la monnaie uniques, d’un environnement stable, extrêmement profitable à son modèle économique, au « Standort Deutschland ». Sans aucun doute possible, l’intérêt allemand réside dans la consolidation de l’UE et de l’euro. C’est aussi celui de la France, dont la plus belle réussite d’après‐guerre est justement l’Europe unie. L’approche comptable, actuellement dominante outre‐Rhin, est à courte vue ; populiste, elle minimise les bénéfices en grossissant exagérément les coûts. Les médias ont présenté le cas grec comme le festin fait au fils prodigue quand il s’agissait de sauver la monnaie commune. En reculant la décision, les autorités allemandes ont sans doute ménagé leur opinion mais alourdi la facture. La polémique causée par les propos du Président Horst Köhler, maladroits certes, mais appelant l’Allemagne à prendre ses responsabilités globales, devrait faire réfléchir les souverainistes. Il n’est pas si simple, dans un monde d’interdépendances, de définir et défendre seul des « intérêts nationaux ».
La méthode française
Dans cette « valse hésitation » allemande, les Français portent une grande part de responsabilité. Pour croire en l’UE, l’Allemagne a besoin de partenaires fiables. Or, en 2005, le rejet du traité constitutionnel par la France a sapé la confiance. Le projet d’Union de la Méditerranée, lancé par Nicolas Sarkozy, a aussi envoyé à Berlin un mauvais signal. A raison, Mme Merkel a refusé catégoriquement le concept initial qui excluait l’Europe du Nord et aurait donc signifié la renaissance de « zones d’influence » française et allemande séparées. Enfin, depuis des années, les gouvernements français successifs ont perdu une grande part de crédibilité en raison de leur incapacité à gérer rigoureusement les finances publiques et à mener à bien des réformes structurelles, notamment celle des retraites, pourtant commandée par la démographie.
Peu à peu, insidieusement, une dynamique anti‐européenne conjointe a remplacé l’action motrice franco‐allemande traditionnelle. Le fossé entre les discours et les actes s’est dangereusement creusé. Ainsi, la France et l’Allemagne ont ensemble porté un coup au pacte de stabilité, en 2003. Ensemble, elles ont accéléré l’affaiblissement des institutions communautaires, notamment la Commission. Nicolas Sarkozy se flatte encore de son grand combat contre « Bruxelles » à propos d’intérêts économiques français. Nos gouvernants ont hurlé avec les loups contre la « bureaucratie bruxelloise», facilitant inconsciemment tous les dérapages, y compris la falsification des comptes grecs, dénoncée publiquement par la Commission à maintes reprises.
L’UE n’a pas besoin d’innovations fracassantes. Elle a juste besoin de revenir à la méthode communautaire qui prémunit contre le directoire des grands et l’inertie des petits. Elle a besoin de retrouver le sens de l’intérêt commun, supérieur, contre les tentations nationales. En appelant Mme Merkel à plusieurs reprises, au plus fort de la crise, Barack Obama l’a compris. Puissent nos dirigeants ouvrir aussi leurs yeux.
Sylvie Goulard -

L’Union qui reste à faire
Une vérité émerge de 60 années d’expérience européenne. Une vérité de La Palice : l’Europe n’existe pas quand elle ne s’est pas donné les moyens d’exister.
La crise actuelle met en relief que quand l’Europe a les moyens de faire, elle fait plutôt bien (voir, sur ce site, le texte « l’Europe qui tient la route ») ; dans le monde entier, le modèle de « gouvernance européenne » est souvent loué. Les autorités de concurrence européennes sont un modèle. La Banque centrale a été saluée pour sa clairvoyance dans la crise actuelle. Naturellement, l’UE peut faire mieux ; c’est un PROTOTYPE en cours de perfectionnement ; pas un modèle achevé.Six axes pour combler les retards.
1.L’UE a besoin d’une plus grande intégration économique et sociale qui devrait commencer par la zone Euro ; la coordination lâche de mesures nationales a montré ses limites quand il s’est agi de mettre en œuvre la « stratégie de Lisbonne », adoptée en 2000 pour faire de l’UE une économie de la connaissance, compétitive. En dépit de l’utilité d’un dialogue des différents responsables nationaux, elle risque de s’avérer fatale dans la crise. Il est urgent que Français et Allemands, avec les autres, redéfinissent la solidarité qui les lie, inventent une redistribution fiscale juste, bref, jettent de nouveau les bases d’une économie sociale de marché.
Ceux qui parlent de « gouvernement économique » font fausse route. D’abord le mot constitue un chiffon rouge en Allemagne ; or il faut convaincre les Allemands d’en être. Surtout, tout organe européen en charge de la politique économique devrait impérativement s’occuper des conséquences fiscales et sociales de son action. Un gouvernement européen équitable ne peut pas être seulement « économique ». Nous devons laisser certaines missions sociales aux Etats et aux régions mais veiller, au niveau européen, à permettre à l’avenir la redistribution des richesses. La concurrence des acteurs économiques qui stimule l’économie est une bonne chose ; la concurrence entre les Etats et les territoires, une machine à détruire l’Europe ; elle doit au moins être encadrée.
2. Pour agir dans la crise et sur le long terme, l’UE a besoin d’un budget digne de ce nom. Rester à environ 1 % de la richesse de l’Europe, c’est se couper les ailes. A la fin du XIXème siècle, tel était l’ordre de grandeur du budget fédéral américain ; la crise de 29 et le New Deal ont donné au budget fédéral sa dimension actuelle. Faut-il une crise plus forte encore pour que les Européens ouvrent enfin les yeux ? Naturellement, les responsabilités du Parlement européen devraient être étendues en parallèle pour contrôler les recettes et les dépenses. Des garde-fous devraient être maintenus pour contenir la dépense mais une action commune, tournée vers l’avenir, exige des moyens accrus.
3. A la fin de la crise, la différence sautera aux yeux entre les pays qui ont fait des réformes de fond (dites structurelles) et ceux qui sont restés dans leurs vieux schémas. L’UE doit se tourner beaucoup plus résolument vers l’éducation, la recherche et l’innovation ; quand la Chine dépose 400 brevets par million d’habitants ou le Japon 150, les Européens n’en déposent que 100. En matière scientifique, l’Inde est en train de creuser l’avantage ; les Etats-Unis drainent les cerveaux de la planète entière. Le défi de demain pour l’Europe c’est d’encourager une croissance durable ; celle-ci passe par des innovations.
4. Se doter d’une justice européenne. La situation actuelle – pas de frontières pour le « business » mais des souverainetés persistantes en matière de police et de justice – profite au crime de manière insolente. Le souverainisme judiciaire nuit à notre sécurité.
5. La solidarité ne se conçoit pas dans les espaces ouverts à tous vents ; la définition des frontières ou, au moins, la consolidation d’un ensemble étroitement lié au cœur de l’Europe (par le renforcement de la zone Euro par exemple), est une étape indispensable.
6. Enfin, parce qu’aucune de ces politiques n’est viable sans un contrôle démocratique, il faudra in fine remettre le chantier institutionnel sur le métier, au besoin à quelques uns, non pour ignorer les réticences de certains mais pour les placer devant leurs responsabilités. Un saut résolu est nécessaire qui ne sera pas fait à 27. Les futurs traités devront être ratifiés à une majorité très qualifiée et non plus à l’unanimité. L’expérience du traité constitutionnel et du traité de Lisbonne disqualifient les ratifications nationales séparées et unanimes.
La manière dont la présidence française a laminé une Commission déjà désorientée, devrait faire réfléchir tous les pro Européens.
Un traité pas franchement sexy mais bien utile
Argumentaire pour le Traité modificatif européen
Du bon usage du parlement… et de la société civile Plusieurs bonnes raisons poussent à soumettre le traité de Lisbonne à une ratification parlementaire et non au référendum, le recours aux élus de la République ne devant pas alors dissimuler la nécessité de créer enfin un débat européen de qualité, ouvert à tous, durable. … suiteTraité réformateur : “La Charte ou la vie ?” Ou comment les Britanniques et les Polonais ont pris la Charte des droits fondamentaux en otage…
suiteTexte consolidé du traité, réalisé par l’Assemblée nationaleUn lien utile pour en savoir plus sur le traité de LisbonneAngela Merkel a réussi un tour de force.
La crise ouverte par les non français et néerlandais est en principe close. …suite -

Au nom de la République (et de l’Europe)
Chronique européenne du large n°25 – 31 mai 2009
A ceux qui me reprochent d’être « parachutée » dans la région Ouest, je pourrais répondre qu’il y a près de vingt ans, à Vannes, j’ai épousé un Breton. Dans cette région, j’ai des attaches, les plus belles, celles que j’ai choisies, celles qui me lient à l’avenir, au travers de nos enfants. Je pourrais aussi répondre que l’Europe, c’est la mobilité, et qu’il serait absurde de supprimer les frontières à l’échelle du continent pour ériger de nouveau, en France, les barrières et les octrois qui séparaient les Provinces d’Ancien Régime. Je pourrais hausser les épaules. Les adversaires font feu de tout bois car, sur le fond, ils n’ont pas grand-chose à dire. Mais l’argument soulève la question essentielle de notre conception de la République et, au-delà, de la citoyenneté européenne. Aussi est-ce sur ce terrain que je voudrais répondre. A mes côtés, sur la liste de l’Ouest, figure François-Denis Mouahou, conseiller municipal de Pontivy. Africain, né à Brazzaville, il se sent « fier d’être Breton, Français et Européen » comme il l’a dit récemment dans une réunion publique. En Ile-de- France, Fadila Mehal, née en Algérie, est troisième de la liste MoDem. Selon ses propres termes, elle n’est « pas née européenne », elle l’est « devenue par adhésion aux valeurs de la République et de l’Union européenne ». Présidente de l’association Les Marianne de la diversité, elle s’est justement fixé pour objectif d’impliquer des femmes issues de l’immigration dans la vie publique. Dans la région Massif central – Centre, Cherifa Adaissi, dont les parents sont venus de Tunisie, défend en deuxième position les couleurs du MoDem. Je pense aussi à mon amie Necla Kelek, sociologue allemande née en Turquie qui, en 2008, a reçu le trophée de « la femme européenne de l’année » en Allemagne. Necla se bat notamment pour que les femmes d’origine étrangère bénéficient de la liberté et de l’égalité de traitement auxquelles elles ont droit en vertu de la constitution allemande. L’apport de toutes ces personnes à la vie publique européenne est un formidable enrichissement, un appui contre les replis intégristes ou communautaires. Si les origines devaient, à vie, déterminer l’endroit où l’on peut prendre des responsabilités politiques ou associatives, ou nourrir le débat public, ils devraient tous les quatre retourner d’où ils viennent, en me déposant à Marseille au passage. Aux jeunes des cités, nous donnerions un message désespérant : ils devraient, à perpétuité, borner leurs horizons à leurs banlieues ! Et tous ceux qui ont été heureux d’avoir vécu dans plusieurs régions au cours de leur vie, devraient renoncer au bonheur de se sentir à l’aise dans leur pays tout entier. Est-ce là la République que nous voulons ? Une République de notables et de « fils de », autorisés, par la grâce de leur ascendance, de leur « naissance », comme disaient les aristocrates avant la Révolution, à prendre des responsabilités, tandis que les personnes mobiles qui, par définition, « ne sont pas d’ici », en seraient exclues ? Un pays recroquevillé sur lui-même où chacun doit rester attaché là où les hasards de l’existence l’ont conduit ? L’amour de sa région natale est une belle chose à condition qu’il ne devienne pas un motif d’exclure les autres, de se fermer, de priver la collectivité de talents et de brassage. C’est dans le même esprit qu’au nom de la citoyenneté européenne, les traités européens accordent le droit de vote et d’éligibilité aux ressortissants des 26 autres Etats membres de l’UE. L’Europe que je veux contribuer à bâtir n’est pas celle des peurs et du repli sur soi ; c’est au contraire celle qui salue la mobilité et la compétence, encourage l’engagement et l’ouverture aux autres, dans le respect de l’égalité.
Sylvie Goulard
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A’ la hauteur d’Airbus ou au ras des pâquerettes ?
Chronique européenne du large N° 23
Les Pères fondateurs l’avaient imaginé*. Airbus, 40 ans aujourd’hui, l’a fait : avec plus de 50 % du marché mondial, l’Europe s’est dotée d’une industrie aéronautique indépendante. Boeing ne contrôle plus ce secteur stratégique.
Dans l’usine de St Nazaire, les noms des clients sont apposés sur chacun des tronçons d’avion en construction. D’Océanie au Golfe persique, d’Europe à l’Amérique, des compagnies aériennes du monde entier volent en Airbus. La mondialisation, ce sont aussi des pays émergents qui s’équipent en biens fabriqués en Europe. En Loire-Atlantique, sur deux sites, Airbus fait vivre des milliers de familles, sans parler de la sous-traitance. Et la compagnie possède aussi des usines à Toulouse, dans le Nord de notre pays, ainsi qu’en Angleterre, en Allemagne, en Espagne. C’est un grand employeur européen. Qui pourrait imaginer, en montant dans un avion Airbus, que les ailes ont été fabriquées dans un pays d’Europe, la partie centrale dans un deuxième, les aménagements intérieurs dans un troisième ? Qu’une créature aux formes étranges, dite le Béluga (en fait, un Airbus remodelé), transporte d’un bout à l’autre du continent, des morceaux de carlingue « en kit » jusqu’à l’assemblage final, à Toulouse ?
Les hausses du prix du kérosène et la crise mondiale se font sentir dans le carnet de commandes, même si, vu les délais de fabrication d’un avion, les effets du ralentissement actuel ne seront vraiment sensibles qu’en 2010 et plus tard. D’ici là, pour assurer son avenir, Airbus continue à innover en développant des matériaux composites ou des moteurs plus sobres. Airbus, c’est à la fois de la recherche de pointe et du travail « à la main » : car le plus frappant, c’est qu’aucun robot ne travaille sur les chaînes. Chaque rivet est posé de main d’homme.
Entre le lancement d’un programme industriel et le travail donné à des ouvriers, ce sont des années, parfois des décennies qui s’écoulent. Comment préparons-nous l’avenir à 40 ans ? A l’évidence, mal. Sans souffle ni dessein. Les emplois de demain dépendent de notre attitude aujourd’hui. Or dans la crise, les gouvernements européens pensent étroit, national. La France assiste Renault ou Peugeot, sans contreparties, ni conditions en termes d’innovation. De la même manière, l’Allemagne tente de remettre Opel sur pied. Les Italiens voudraient racheter la société allemande mais le gouvernement fédéral pourrait leur préférer des Canadiens ou des Chinois pour éviter que Volkswagen ne souffre d’une concurrence de Fiat. Où est l’Europe dans tout cela ? Où est la vision stratégique ? On court boucher des trous dans des bilans alors même que la crise touche le produit : il est temps de fabriquer d’autres voitures, plus vertes. A ce jour, seuls des Japonais vendent des automobiles « hybrides » qui combinent propulsion électrique et classique. Il est temps de donner des moyens plus élevés à la recherche dans ce secteur mais aussi sur les économies d’énergie, l’énergie marine, la santé, le végétal etc.
Notre avenir est européen. Préparons-le ensemble. Concevons ensemble un grand programme de relance fondée sur des projets à moyen et long terme, ambitieux, financés par des fonds communs, tournés vers le durable, employant des équipes de chercheurs européens.
Retenons la leçon d’Airbus. Et allons même plus loin car la logistique extraordinaire de la compagnie aéronautique ne doit pas cacher l’une des faiblesses des projets européens à ce jour : les gouvernements remettent des frontières dans les équipes de management, dans les bureaux et les labos. Même pour le motif légitime de préserver l’emploi local, les Etats ne doivent pas compliquer la « gouvernance » des entreprises que l’on dit par ailleurs européennes. Si nous voulons des entreprises de grande envergure, laissons leurs dirigeants prendre des décisions dans l’intérêt commun qui n’est pas forcément l’addition des intérêts nationaux. Pensons large. Volons haut.
Sylvie Goulard
* Ils en avaient fixé l’objectif dans l’introduction du rapport Spaak qui a imaginé le marché commun.
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Lait des villes, lait des champs
Chronique européenne du large N°22
28 mai 2009
En ville, le lait, c’est cette bouteille blanche qu’on attrape, mal réveillé, le matin, dans le frigo. A la campagne, c’est un revenu indispensable, ce sont des bêtes vivantes dont il faut s’occuper tous les jours. Avec le loyer qui augmente, l’essence hors de prix, le forfait du portable, chacun, en ville, cherche à payer moins pour se nourrir. Pour se nourrir, les agriculteurs demandent la digne rémunération de leur travail. Ceux des villes demandent à ceux des champs l’abondance, la qualité, la « traçabilité », la préservation de l’environnement et même le bien-être animal. Demandes compréhensibles, de la part de citadins frustrés de nature, volonté légitime de vivre, de la part des ruraux qui, pour la plupart, ne roulent pas sur l’or et se sentent injustement montrés du doigt. Que font les pouvoirs publics ? Bonne question. Que fait le ministre de l’agriculture ? Après avoir annoncé qu’il se mettrait en retrait, il reste en fonction. Sans craindre la confusion des genres, il fait campagne. En ville.
Depuis 50 ans, la Communauté européenne, funambule, marche sur un fil, au-dessus du fossé qui sépare le monde urbain et le monde rural. Le traité de Rome fixait déjà comme objectifs à la PAC, entre autres, d’assurer « un niveau de vie équitable à la population agricole » et des « prix raisonnables au consommateur ». Elle y est largement parvenue mais l’irruption du reste du monde brouille les pistes. La Commission européenne présidée par M. Barroso pousse à produire au cours mondial. Elle veut libéraliser la production, supprimer les outils de régulation. Les gouvernements laissent faire ; au mieux, ils cherchent à gagner du temps. Encore un peu de quotas Madame Fischer-Boel*, a demandé le gouvernement français en novembre ; cela ne fait pas une politique, ni une vision dans la durée.
Ces dernières semaines, le cours du lait s’est effondré. Chaque jour, des dizaines d’agriculteurs de l’Ouest nous racontent leur drame : à Laval, des jeunes qui viennent de s’installer, avec des prêts à rembourser. A 210 / 220 euros les 1000 litres, ils se lèvent le matin pour travailler à perte. Même désolation dans les exploitations du Morbihan ou du Poitou. La colère est perceptible ou pire, un voile de désarroi au fond des yeux… Comment en est-on arrivé là ? L’an dernier, le ministère des finances français (DGCCRF) a interdit la pratique consistant, pour les producteurs et les acheteurs, à recommander des « prix de référence ». Cet usage permettait de lisser les fluctuations et de donner aux éleveurs des perspectives de gestion plus stables. Tant que les cours mondiaux sont restés au plus haut, l’absence de ce mécanisme ne s’est pas fait sentir immédiatement. Avec la glissade actuelle, cela fait mal.
On voit bien pourquoi les pouvoirs publics n’aiment pas trop ce qui, assez vite, pourrait ressembler à l’entente de toute une filière. Le respect des règles de concurrence est important pour éviter les hausses artificielles de prix. On a promis de veiller au « pouvoir d’achat ». Il faut que les prix baissent, dit-on en haut lieu, souverainement. Mais faut-il admettre que, pour cela, les agriculteurs se ruinent et vendent à perte ?
L’agriculture travaille le vivant. Si une usine peut être mise en chômage technique, nul ne peut demander à une vache, du jour au lendemain, de stopper sa production ou de prendre des RTT. Dans les crises, l’agriculture a un temps de réaction plus lent que d’autres secteurs économiques. Et si des exploitations font faillite, si des jeunes se découragent, l’impact d’une crise passagère pourrait bien être irréversible.
C’est pourquoi il faut un accord rapide, aujourd’hui si possible, lors de la réunion de crise qui a été organisée pour sortir de l’impasse. Certains lancent des idées : une taxe payée par tous les producteurs, des outils de régulation inspirés par la filière légumes. Une chose est sûre : au-delà de ces mesures urgentes, la réforme de la politique agricole commune (PAC) est à l’ordre du jour. Durant la prochaine législature du Parlement européen, ce grand chantier sera ouvert. La question du maintien des quotas laitiers devra être tranchée. Le MoDem n’a pas d’états d’âme : un outil de ce type est nécessaire. Des solutions pérennes passent par un équilibre retrouvé entre le jeu du marché, que nul ne peut ignorer, et une régulation nécessaire. Et des solutions innovantes, au niveau mondial car les déséquilibres locaux prennent leur source dans un commerce mondial inéquitable qui affame une partie de la planète et jette des millions de paysans dans les bidonvilles du tiers monde.
En Europe, l’actuel président de la Commission est candidat à sa propre succession. Le parti populaire européen au sein duquel siège l’UMP le soutient. Les socialistes européens n’ont pas de candidat alternatif. L’une des questions du 7 juin est simple : confiez-vous la politique agricole commune (PAC) à M. Barroso cinq ans de plus ? On l’imagine mal renier ce qu’il a fait pendant 5 ans.
La PAC est la première politique européenne. Elle doit évoluer mais rester une politique active qui permet de nourrir les villes et les campagnes, dans le respect de la nature. La plupart des agriculteurs ont fait des efforts pour améliorer la qualité, la sécurité, le respect de l’environnement mais il reste du chemin à parcourir, des aberrations à combattre. Ouvrons grand le débat, sans opposer les ruraux aux citadins. Quelle place faisons-nous à la production « raisonnée » qui, en prévenant l’abus de produits phytosanitaires, protège autant l’agriculteur qui les manipule que le citadin qui en mange le fruit ? La production bio offre-t-elle des perspectives plus massives ? Et la vente directe n’est-elle pas la solution ? Dans la chaîne qui va du producteur au consommateur, il y a peut-être d’autres maillons sur lesquels agir. Pour l’instant, les producteurs de lait « trinquent », les citadins ne profitent pas de la baisse. Qui, au passage, « fait son beurre » ?
Sylvie Goulard
* Commissaire européenne en charge de l’agriculture
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Zum Geburtstag viel Glück, Deutschland ! Bon anniversaire, l’Allemagne !
Zum Geburtstag viel Glück, Deutschland ! Bon anniversaire, l’Allemagne !
Chronique européenne du large n°17
23 mai 2009
Il y a 60 ans, la Loi fondamentale, c’est à dire la Constitution de la République fédérale d’Allemagne était proclamée. Les anniversaires étant plus joyeusement célébrés en Allemagne que nulle part ailleurs, il était normal de rendre hommage aujourd’hui à un Etat dont la contribution à l’Europe unie a été décisive.Quand le journal Libération m’a invitée à m’exprimer sur ce pays, en mars dernier à Rennes, j’ai pu mesurer l’attachement des Bretons à la langue allemande, aux jumelages et échanges qui font vivre la relation franco-allemande.
La première caractéristique de la RFA, la plus extraordinaire réalisation des responsables allemands d’après-guerre a été d’enraciner la démocratie dans un pays meurtri, qui revenait de loin. Dans un livre passionnant, l’historien Heinrich August Winkler a rappelé la lente progression de l’Allemagne vers la démocratie depuis l’autoritarisme prussien jusqu’à nos jours, à travers les épreuves du nazisme et du communisme : Le long chemin vers l’Occident*. J’admire aussi la manière dont l’Allemagne s’est unifiée en 1990, sans un acte de violence, sans une goutte de sang. En mai 1949, est née une Constitution exceptionnelle où transparaissent le souci des droits de l’Homme, la responsabilité assumée pour les crimes nazis mais aussi la défense de l’unité nationale via le fédéralisme et un engagement européen sans faille. Le Chancelier Kohl répétait toujours qu’unité allemande et unité de l’Europe étaient « les deux faces d’une même médaille ». A l’Allemagne d’après-guerre, nous devons également l’invention de « l’économie sociale de marché »**, point d’équilibre entre compétitivité et partage des richesses.
Où en est l’Allemagne aujourd’hui ? Unifiée, dotée de frontières sûres, les Allemands entretiennent des relations pacifiées avec tous leurs voisins. Ce qui me donne du souci, c’est plutôt la tentation du repli qui, depuis quelques années, semble la saisir. Trop souvent, le fédéralisme allemand s’enferme dans des querelles de clocher. La priorité donnée à la « subsidiarité » fausse sa perception de l’Europe. L’approche comptable, le « Nettozahler Debatte » (version allemande de « I want my money back ») occulte les bienfaits que retire l’Allemagne des réalisations européennes, notamment le marché intérieur, grand ouvert à ses entreprises et l’élargissement qui a stabilisé ses voisins. La première puissance exportatrice du monde n’a pas toujours les visions européennes à la hauteur de ses succès. Surtout en temps de crise, elle devrait plus résolument contribuer à l’unité de l’Europe au lieu de louer une diversité qui confine à l’émiettement. Si longtemps engagés et plus que loyaux, les Allemands se lassent du rôle du parfait « grand frère » européen. Des décennies durant, ils ont fait des concessions, supportant de bonne grâce les « coups de gueule » gaulois et les « lignes rouges » anglaises. Répugnant à défendre leurs intérêts nationaux aussi brutalement que les autres, souvent ils ont mis de l’huile dans les rouages communautaires. Beaucoup de Français n’ont jamais compris ce que représentait par exemple le don du Mark : née avant même la République fédérale, cette monnaie était plus qu’un symbole. Dans leur attachement rigide au pacte de stabilité, il y a quelque chose du sentiment, pas entièrement faux, d’avoir plus contribué que d’autres. Nous Français, avons hélas notre part de responsabilité dans l’éloignement actuel des Allemands.
Depuis 1989, la coopération franco-allemande stagne. A plusieurs reprises, les Allemands nous ont offert de bâtir une Europe plus politique : à Maastricht, lors de la création de l’euro ; en 1994 avec l’initiative de M. Lamers et M. Schäuble visant à créer une avant-garde ; en 2000, quand Joschka Fischer a tenu son grand discours à l’université Humboldt. La classe politique française, de droite et de gauche, n’a jamais répondu que par un refus caricatural du « fédéralisme ». Le « non » français de 2005 a abasourdi des Allemands, tout comme le projet d’Union de la Méditerranée qui, dans sa version initiale, recréait une zone d’influence française au Sud, en excluant l’Allemagne. La France n’est décidément pas très fiable, entendon souvent outre-Rhin. La lourdeur de l’Europe à 27 a fait le reste. Aussi les Allemands revendiquent-ils désormais de défendre leurs intérêts sans prendre des gants : quitte à détricoter le marché intérieur, à distribuer des aides illicites à l’industrie allemande ou à freiner sur le plan climat. Leur tentation du cavalier seul avec la Russie ou la Chine n’est que la réplique de nos propres chevauchées solitaires. Triste réponse de la bergère Merkel au berger Sarkozy, triste nivellement par le bas !
S’il ne s’agit pas de nier l’existence, sur certains sujets, d’intérêts nationaux divergents, un intérêt supérieur européen les surplombe. Il mérite d’être défendu. Certains ont eu peur, par le passé d’une « Europe à l’allemande. » Ceux-là, en général, connaissent mal ce pays, ses immenses vertus, sa grandeur. J’ai beaucoup plus peur d’une Europe sans l’Allemagne, sans cette Allemagne qui n’a jamais été aussi grande que quand elle se mettait au service de l’intérêt commun et des petits pays. L’une de mes priorités au Parlement européen sera de raviver la relation franco-allemande, d’utiliser mes réseaux allemands au service de l’Europe et de notre région. Un long chemin d’Ouest en Est…
Sylvie Goulard
*Der lange Weg nach Westen, CH Beck, 2000, paru en français chez Fayard, Histoire de l’Allemagne,
XIXème, XXème siècles, 2005.
**Le concept est d’Alfred Müller-Armack qui représentait notamment l’Allemagne à la conférence de
Messine, préparatoire au traité de Rome.
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La fleur qui poussait sur la mer
Chronique européenne du large N° 14
20 mai 2009
Il était une fois une fleur qui poussait sur la mer. Une fleur née du vent et du soleil, une fleur à fleur d’eau, délicate, qu’on appelait la fleur de sel. C’était un souvenir d’écume, une neige marine, teintée de rose, au parfum de violette. Les soirs où il a fait bien sec, des jeunes femmes viennent la cueillir dans le soleil couchant, loin des rosées du matin qui la flétrissent. Avec un petit instrument, la lousse, elles prélèvent la récolte du jour, savoureuse et rare.
Il était une fois, un Océan peu à peu calmé de ses colères, une mer apprivoisée, venue s’échouer là et qui coule, paresseuse, de canaux en bassins jusqu’à s’assoupir sur le gigantesque tapis des « oeillets », où se fait la récolte. Il était une fois des marais à perte de vue dont l’horizon n’est plus troublé que par le vol d’oiseaux légers et des vents de noroît. Il était une fois une mosaïque de miroirs brisés où s’observe un ciel hésitant.
Il était une fois des paludiers aux gestes lents, silencieux. Sous le soleil d’été, ils amassent, d’un mouvement ample, des petits tas de sel blancs. Fiers de perpétuer la tradition millénaire, ils emportent leur récolte dans une brouette de bois, le long de talus fragiles qu’on appelle des « ponts ». L’hiver, quand les jours raccourcissent, enfoncés dans la boue, ils soignent les vasières et les canaux pour qu’un nouveau printemps apporte, avec les grandes marées et le premier soleil, sa cargaison salée.
Il était une fois des hommes fiers de travailler en plein air, malgré la fatigue. Il était une fois la magie du silence, d’un monde sans machines, sans instruments sophistiqués ni produits toxiques.
Il était une fois un métier menacé de disparaître, sauvé par la ténacité des hommes et leur capacité extraordinaire à combiner la tradition la plus pure et le marketing le plus moderne. Tiens, sur le parking de la coopérative, voilà… encore un autocar de Japonais. Dans les meilleurs restaurants du monde entier, dans les livres de recettes des plus grands chefs, les cuisiniers ne jurent que par le sel de Guérande.
Bien sûr, on pourrait dire aussi que l’Union européenne, avec le dispositif Natura 2000 a accompagné le mouvement de préservation des marais. Que les efforts conjugués de l’UE, de la France et de l‘UNESCO pour sauvegarder ce patrimoine, ont porté leurs fruits. L’histoire serait alors : il était une fois une ZNIEFF (zone naturelle d’intérêt écologique, floristique et faunistique) qui était aussi une ZICO (zone importante pour la conservation des oiseaux) et une ZPS (Zone de Protection Spéciale) mais ce serait beaucoup moins poétique.
L’Europe, il y a plusieurs manières d’en parler. Qui ne disent pas tout à fait la même chose…
Sylvie Goulard
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Plaidorie pour l’Europe des droits de l’Homme
Chronique européenne du large n°13
19 mai 2009
Le 19 mai, les avocats rendent traditionnellement hommage à St Yves, né à Tréguier qui, au XIVème siècle, défendait déjà les faibles. Aussi voudrais-je évoquer aujourd’hui l’une des plus extraordinaires réalisations européennes, souvent méconnue : le progrès du droit. L’Europe est « une création du droit, une source de droit et un ordre de droit », disait Walter Hallstein, premier président de la Commission.
Non seulement les Etats membres ont volontairement renoncé à l’usage de la force, ce qui est remarquable sur un continent si belliqueux. Mais encore des organes supranationaux conçoivent et appliquent effectivement des règles qui bénéficient directement aux citoyens, aux entreprises : un Parlement élu au suffrage universel et un Conseil composé de ministres nationaux votent la législation communautaire ; une Cour de justice en contrôle le respect.
A l’action de l’Union européenne s’ajoute celle du Conseil de l’Europe. Cette organisation dont le siège est à Strasbourg, dotée d’une Assemblée parlementaire et d’une Cour, assure aux Européens des voies de recours en matière de droits fondamentaux, y compris contre leur propre Etat. Quarante-sept pays appliquent la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH), les 27 pays de l’UE et 20 autres, dont la Russie par exemple. Dans toute l’Europe, les citoyens et leurs avocats peuvent s’appuyer sur la CEDH pour défendre et faire progresser les droits de l’Homme. Aussi peut-on « affirmer que le continent européen continue à être la région du monde où les droits civils et politiques… qu’on appelle communément les droits de l’Homme, sont les mieux assurés. Il faut insister beaucoup sur ce constat dont les Européens devraient tirer plus de fierté » écrit, dans un rapport récent de la Commission des affaires européennes du Sénat, Robert Badinter*. Tout le rapport mériterait une large diffusion.
Dans la perspective des élections européennes, retenons-en trois messages :
L’universalité des droits de l’Homme est menacée par le souverainisme. Certains Etats, comme la Chine, le Venezuela ou la Russie revendiquent le droit de définir l’étendue et la garantie des droits de l’Homme. Autant dire qu’il leur serait alors permis de les vider de tout contenu. Au nom de la « non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats », ils s’arrogent le droit d’exécuter ou de torturer leurs propres ressortissants. Cette conception est l’exacte opposée de celle de René Cassin, rédacteur de la Convention européenne précitée qui, rappelle M. Badinter, voulait « protéger tout homme et protéger les droits de tous les hommes ». En relativisant le pouvoir absolu des Etats, l’Europe supranationale est du côté des victimes. Quelles que soient leurs origines, celles-ci ne se plaignent jamais du caractère universel des droits de l’Homme. Le souverainisme, en revanche, conforte les bourreaux.
Une conception « différentialiste » des droits de l’Homme s’est répandue récemment, notamment à l’initiative de l’Organisation de la Conférence islamique**.Pour les Etats qui en font partie (dont la Turquie qui, étant membre du Conseil de l’Europe, joue un jeu ambigu), la loi religieuse supplante toutes les règles humaines. Inutile donc d’opposer les droits de l’Homme à la Charia, de dénoncer la pratique de la mutilation ou la lapidation, puisque le Coran les autorise. M. Badinter tire une sonnette d’alarme : ces pays, au nombre de 60 environ, s’opposent de plus en plus fréquemment aux Européens aux Nations Unies.
Nous avons donc besoin d’une diplomatie européenne unie et résolue. Soudée, l’Europe fait mieux progresser ses principes : en décembre 2007, à l’Assemblée générale de l’ONU, une résolution contre la peine de mort, déposée par l’Italie, a été adoptée malgré l’opposition de la Chine et des Etats-Unis. L’Union européenne n’est pas un simple marché. C’est déjà une communauté politique et morale qui a des responsabilités dans le monde. A nous de la faire vivre.
Sylvie Goulard
* Rapport d’information fait au nom de la Commission des affaires européennes sur l’Union européenne et les droits de l’Homme, n° 246, téléchargeable gratuitement sur le site du sénat.
** Voir notamment le communiqué final, § 112 et 113 de la 11ème session de la conférence islamique, 13 et 14 mars 2008, http://www.oic-oci.org/docdown/?docID=228&refID=9.

