Auteur/autrice : julien

  • “Migrants : le don passe avant le calcul”

    “Migrants : le don passe avant le calcul”

    Le drame des réfugiés fait réagir Sylvie Goulard. « Il n’y a qu’à les renvoyer chez eux », disent certains. Et l’eurodéputée de se demander : « Qui sommes-nous pour reprocher à des êtres humains de vouloir préserver leur dignité ? »

    « Un afflux sans précédent de clandestins et d’islamistes » : voilà comment un mouvement xénophobe a résumé la situation pendant le débat au Parlement européen avec le président Jean-Claude Juncker, le 9 septembre 2015.

    S’interroger sur les capacités d’accueil de nos pays, le coût du logement des réfugiés ou la scolarisation de leurs enfants est tout à fait légitime. La générosité a ses exigences et ses limites.
    La lutte contre le terrorisme ne tolère pas non plus l’angélisme. Mais ces considérations ne sauraient justifier des mensonges éhontés.

    L’immense majorité des arrivants fuient des pays en guerre, notamment la Syrie (un quart des flux actuels), l’Érythrée, l’Afghanistan. Ils cherchent à échapper au chaos, au fanatisme du soi-disant État islamique qui est d’une rare cruauté.

    Au Congo, comme au Moyen-Orient, le viol est devenu une arme de guerre, l’avilissement des femmes un objectif. Quiconque a entendu le docteur Mukwege, ce gynécologue congolais lauréat du prix Sakharov 2014, raconter les atrocités qu’il a vues, ne peut plus tolérer qu’on débite des inepties du type : « Il n’y a qu’à les renvoyer chez eux », comme si leur « chez eux » était un pays de cocagne. Qui sommes-nous pour reprocher à des êtres humains de vouloir préserver leur dignité ?

    Ce ne sont pas non plus des « islamistes » ; certains sont des chrétiens, des yezidis, des non-croyants, d’autres sont des musulmans victimes du fanatisme islamique. Les assimiler à leurs bourreaux est un non-sens.

    C’est comme si, au XXe siècle, on avait traité de nazis les juifs fuyant le Reich. Les chrétiens ne doivent pas cautionner ces mensonges. Les Églises ont d’ailleurs appelé les Européens à prendre ensemble leurs responsabilités. Dans l’Évangile, l’amour du prochain transcende les nations, le don passe avant le calcul, l’ouverture avant la défense d’une identité qui, pour beaucoup d’Européens, est d’ailleurs souvent le fruit de brassages.

    Ces réfugiés secouent nos consciences. Ils ouvrent nos yeux sur l’inégalité du monde et sur nos propres échecs. Dans quel monde voulons-nous vivre ? Un ghetto protégé par des barbelés ? Qu’avons-nous manqué par le passé dans l’accueil des étrangers et la lutte contre la pauvreté ? Pourquoi les « valeurs de la République », que les politiques ont tant à la bouche, ne sont-elles pas vivantes et vibrantes ? Les chrétiens, forts de l’espérance, doivent oser affronter ces questions sans tomber dans le piège identitaire.

    « Ces réfugiés secouent nos consciences. Ils ouvrent nos yeux sur l’inégalité du monde et sur nos propres échecs », Sylvie Goulard, eurodéputée.

  • “Le maintien d’un secteur bancaire européen fort constitue un enjeu stratégique” – interview Sylvie Goulard

    “Le maintien d’un secteur bancaire européen fort constitue un enjeu stratégique” – interview Sylvie Goulard

    Interview de Sylvie Goulard, députée européenne (ADLE), dans Revue Banque (septembre 2015). Elle discute du renforcement des pouvoirs du Parlement européen en matière de régulation financière via les traités, des difficultés à former des majorités stables, de sa position contre la séparation automatique des activités bancaires (préférence pour une approche au cas par cas par le superviseur), et de l’importance stratégique d’un secteur bancaire européen fort. Elle regrette le manque d’implication parlementaire dans la crise grecque, plaidant pour plus de transparence et de démocratie.

  • Interview RTS “L’avenir de la planète passe par un certain brassage”, dit Sylvie Goulard

    Interview RTS “L’avenir de la planète passe par un certain brassage”, dit Sylvie Goulard

    Sylvie Goulard, eurodéputée groupe démocrate L’Invité de la rédaction /21 min. /Aujourd’hui à 07:38

    Eurodéputée française rattachée au Modem, Sylvie Goulard a estimé mercredi sur les ondes de la RTS que la survie des pays européens, Suisse comprise, passe par l’accueil de migrants, au sens large.

    “Il y a un véritable basculement du monde. L’Europe est une des zones les plus riches, mais sa population vieillit. Et elle est entourée de pays dont la démographie est beaucoup plus dynamique et dont l’accès à un certain nombre de libertés est limité”, a décrit Sylvie Goulard, membre du Mouvement démocrate (MoDem).

    Tout en admettant que “ce n’est facile pour personne de vivre avec des gens différents”, l’eurodéputée considère que “l’avenir de la planète passe par un certain brassage”.

    Les pays de l’Est doivent “sortir de leur bulle”

    “Les solutions identitaires ne soulèvent que des conflits”, a-t-elle estimé en faisant référence notamment à la Hongrie, qui bloque les migrants à sa frontière. “Il faut leur faire comprendre que jusqu’ici, ils ont vécu dans une sorte de bulle, préservée de l’évolution du monde”, a-t-elle précisé en appelant à plus de collaboration.

    Concernant la France, Sylvie Goulard ne mâche pas ses mots: “En ce moment, on atteint un niveau de désinformation et de sottise qui est consternant”.

    >> Lire: “On ne peut plus accueillir personne”, a assuré Marine Le Pen à ses militants

    “La Suisse ne peut pas rester neutre”

    Dans ce sens, l’accueil de réfugiés coule de source. “On n’a pas le choix”, a martelé Sylvie Goulard. Selon elle, la Suisse doit faire sa part. En outre, face au totalitarisme de l’organisation Etat islamique (EI), la Confédération “ne peut pas rester neutre dans le sens qu’on le disait autrefois”.

    La photo du petit Aylan rappelle que “l’humanité n’a pas de frontière”, a encore expliqué l’eurodéputée, en soulignant “qu’à cet âge, on joue au bord de la plage, on ne meurt pas ballotté comme un morceau de liège à la surface de l’eau”.

    Les Allemands se mobilisent fortement pour des raisons économiques, mais surtout “car dans presque chaque famille il y a des souvenirs de la fin de la Deuxième Guerre mondiale, lorsque 10 à 12 millions de personnes se sont repliées sur une Allemagne de l’Ouest en ruine”, a-t-elle souligné.

  • Toute l’Europe – Débat :”Comment relancer le projet européen ?”

    Toute l’Europe – Débat :”Comment relancer le projet européen ?”

    Mercredi 9 septembre, Jean-Claude Juncker se présente devant le Parlement européen afin de prononcer son premier discours sur l’état de l’Union. Un exercice à la fois politique et symbolique qui intervient dans un contexte de crise de l’immigration. Des dizaines de migrants ont en effet encore trouvé la mort cet été en essayant de gagner l’Europe et le président de la Commission entend relancer l’idée controversée d’une répartition contraignante des réfugiés, même si cette idée ne fait pas consensus. Et à cela s’ajoute une situation économique encore difficile, avec le dossier grec encore loin d’être refermé et des défaillances de la zone euro suffisamment importantes pour déstabiliser l’Union dans son ensemble.

    Pour discuter de l’état de l’Union européenne et des pistes pour relancer le projet européen, Toute l’Europe reçoit sur son plateau, au Parlement européen de Strasbourg, Sylvie Goulard (France/ADLE) et Philippe Lamberts (Belgique/Verts).

  • Premier échange de vue sur le rapport TAXE – 7 septembre 2015

    Premier échange de vue sur le rapport TAXE – 7 septembre 2015

    Le 12 février 2015, le Parlement européen a créé une commission spéciale (TAXE) chargée d’établir un diagnostic de l’utilisation d’accords (rescrits fiscaux ou “rulings”), entre l’administration et les entreprises sur les règles fiscales applicables et leur interprétation, à la suite des révélations, le 5 novembre 2014, du Consortium international des journalistes d’investigation sur certaines pratiques fiscales du Luxembourg.

    Les co-rapporteurs, Elisa Ferreira (S&D) et Michael Theurer (ALDE), ont eu à réaliser un travail délicat : décrire l’enchevêtrement des systèmes fiscaux européens et les pratiques d’optimisation fiscale, pour en tirer des conclusions concrètes. Le résultat, à la fois équilibré et tenant compte de l’ensemble des enjeux abordés en commission, mérite d’être salué.

    Que doit-on en retenir ?

    1- Sur le rôle du Parlement

    Le Parlement européen peut faire un travail utile : offrir une enceinte transparente de réflexion et de débats, pour encourager la Commission et le Conseil à agir. Certaines pratiques déloyales d’entreprises, mais aussi d’États, doivent être portées à la connaissance du grand public. La commission TAXE a auditionné à la fois des entreprises, des responsables nationaux mais aussi des individus ayant eu le courage de dénoncer certaines pratiques (des « lanceurs d’alerte »). Ce travail doit se poursuivre, la crise grecque a notamment empêché Monsieur Juncker de se présenter devant la commission.

    2- Sur les moyens de lutter contre l’évasion fiscale

    La concurrence opaque, souvent déloyale même si elle était licite, entre États de l’Union, a contribué à faire baisser les ressources fiscales. Entre 1995 et 2014, les taux légaux de l’impôt sur les sociétés sont passés de 35% à 23% en moyenne selon les chiffres de la Commission européenne

    [1]. Alors que la diminution des déficits demande beaucoup d’efforts, ce sont les particuliers et les PME,  non mobiles, qui doivent assumer une part toujours plus importante du fardeau tandis que les grands groupes multinationaux se dérobent. Le financement des services publics, de la santé comme de l’éducation, est en jeu.

    Pour remédier à la situation, il faudrait harmoniser l’assiette de l’impôt sur les sociétés ; on peut débattre des modalités mais pas du principe, au sein du marché unique et plus encore de la zone euro (dotée de règles de contrôle mutuel de la discipline budgétaire). La Commission a déjà proposé une assiette commune consolidée sur laquelle le Parlement européen a déjà travaillé (ACCIS[2] – Assiette commune consolidée de l’impôt sur les sociétés). Ayant été le rapporteur pour le groupe ALDE, je sais que des progrès sont à portée de main. Désormais, c’est aux gouvernements de prendre maintenant leurs responsabilités.

    Naturellement, un effort est aussi à entreprendre au plan global, avec une impulsion coordonnée des Européens. Les efforts de l’OCDE, avec le programme “anti-BEPS” (Base Erosion and Profit Shifting), sont porteurs d’espoir, à condition que ses lignes directrices soient respectées. L’objectif consiste à taxer les profits là où ils sont réalisés. L’essor du commerce numérique ne facilitera pas la tâche.

    3- Sur la méthode

    Certaines entreprises ont eu le courage de venir répondre aux questions des parlementaires, d’autres non. De même, si certains Etats ont répondu, d’autres sont restés muets. Il n’a pas été possible non plus d’obtenir du Conseil, et de la Commission qui y participe, les comptes rendus du groupe de travail sur le code de conduite (groupe de travail informel, constitué de la Commission et des États membres, chargée de déceler les mesures fiscales dommageables).

    Peut-on accepter que des entreprises, qui mènent des campagnes intenses de lobbying au Parlement européen, deviennent soudainement muettes lorsqu’il leur faut rendre des comptes ? L’écoute doit se faire dans les deux sens, c’est pourquoi le projet de rapport avance l’idée d’une radiation du registre transparence (dont l’inscription permet l’entrée au Parlement européen) pour les entreprises non coopératives.

    De même, l’unanimité en matière fiscale et l’absence d’harmonisation n’oblige pas les États à signer autant de rulings secrets qui sont autant d’actes licites, vu les failles créées par les traités, mais moralement peu acceptables dans un espace de solidarité.

    La difficulté d’obtenir des réponses aux questions illustre l’extrême prudence des responsables politiques et économiques sur les sujets de fiscalité. Sans l’enquête réalisée par les journalistes d’investigation, qui ont montré l’ampleur du problème, il n’est pas certain qu’une telle commission ait pu voir le jour. Lorsque l’intérêt général est en jeu, il est de notre devoir de protéger ces lanceurs d’alerte.

    [1] Tendances de la fiscalité dans l’Union européenne, livres statistiques d’Eurostat, édition 2014, page 35 [URL: http://ec.europa.eu/taxation_customs/resources/documents/taxation/gen_info/economic_analysis/tax_structures/2014/report.pdf]

    [2] 2011/0058(CNS)

  • Sylvie Goulard invitée BFM Business “Les experts”

    Sylvie Goulard invitée BFM Business “Les experts”

    Avec: Jean-Marc Daniel, directeur de la revue Sociétal, Ronan Le Moal, directeur général du groupe Crédit Mutuel Arkéa, et Sylvie Goulard, députée européenne (ALDE). – Les Experts, du vendredi 28 août 2015, présenté par Nicolas Doze, sur BFM Business.


    Nicolas Doze: Les Experts (1/2) – 28/08 par BFMBUSINESS

  • Sylvie Goulard appelle à une mutualisation des moyens de l’Europe pour lutter efficacement contre la menace terroriste

    Sylvie Goulard appelle à une mutualisation des moyens de l’Europe pour lutter efficacement contre la menace terroriste

    La députée européenne en appelle à une mutualisation des moyens de l’Europe pour lutter efficacement contre la menace terroriste.

    Le Point : Quand vous entendez Éric Ciotti proposer une forme de « Guantánamo » à la française pour les citoyens proches des milieux islamistes radicaux, qu’est-ce que cela vous inspire ? Il estime qu’il vaut mieux prévenir que guérir…

    Sylvie Goulard : La lutte contre le terrorisme n’appelle pas de quartier, mais la République française est un État de droit, membre de l’Union européenne et partie à la Convention européenne des droits de l’homme. Les fanatiques cherchent à nous entraîner sur la pente de la haine et du totalitarisme, et à nous faire violer nos principes fondamentaux, au premier rang desquels la liberté. Ne tombons pas dans leur piège. Le camp de Guantánamo n’a d’ailleurs pas permis d’éradiquer l’islamisme radical. Ces idées sont donc non seulement dangereuses, mais largement inefficaces.

    Le principe de libre circulation en Europe doit-il être suspendu le temps de gérer au mieux, d’une part, une importante vague migratoire, d’autre part, les allées et venues d’individus radicalisés ?

    Sommes-nous confrontés à un problème lié à la libre circulation en Europe ou à des phénomènes de plus grande ampleur ? Le plus souvent, les migrants quittent des pays déchirés par des conflits armés, l’intégrisme, ou réduits à la misère. Si nous ne réussissons pas à attaquer le problème à la racine, en ramenant la paix et la prospérité autour de la Méditerranée, le phénomène migratoire en cours ne cessera pas.

    Les Européens paient aujourd’hui le prix de leur négligence : absence de politique étrangère commune digne de ce nom, inexistence d’une police des frontières et d’une Europe de la défense, et malgré des discours et certaines politiques d’aide au développement, indifférence aux inégalités Nord-Sud et aux pressions démographiques.

    En réduisant la libre circulation, nous pénaliserions surtout les Européens qui voyagent pour leurs loisirs ou leurs affaires ou encore les frontaliers. Il y aurait des contrôles tatillons pour les honnêtes gens tandis que, sous de fausses identités au besoin, les individus radicalisés continueraient de circuler. Et quelles guérites installer sur Internet qui ne connaît pas de frontières ? En 2015, le cloisonnement national est une illusion, la promesse d’une « souveraineté » retrouvée, une gesticulation. C’est en mutualisant les moyens des services de sécurité et des magistrats des pays européens que nous aurons plus de chances de traquer les fanatiques.

    Selon vous, François Hollande doit-il changer de stratégie vis-à-vis de la Syrie et notamment du régime de Bachar el-Assad, comme le réclamait lundi Nicolas Dupont-Aignan dans nos colonnes ?

    La question est délicate. D’une part, le soi-disant « État islamique » représente une menace très grave, largement sous-estimée, pour nos valeurs et notre sécurité. D’autre part, la France ne peut envisager d’agir seule. Elle fournit déjà un gros effort en Afrique subsaharienne. Une riposte de plus grande ampleur en Syrie requiert une coalition. Enfin, nous devrions toujours réfléchir à ce qui advient après des interventions militaires. On a vu en Libye le danger d’une action censée chasser un dictateur – Kadhafi – dont le résultat aura été de plonger le pays dans le chaos.

    Les Kurdes sont nos meilleurs alliés vis-à-vis de Daesh sur le terrain. Faudra-t-il un jour en retour reconnaître leurs revendications nationales ?

    Les Kurdes sont-ils des « alliés » ou des sortes de « sous-traitants » à qui les puissances occidentales ont, hélas, tendance à laisser « le sale boulot », les combats au sol qu’elles ne veulent pas assurer ? Les combattants kurdes méritent notre considération, mais quel avenir peut-on leur promettre pour favoriser la paix et la stabilité ? La Turquie membre de l’Otan verrait-elle la création du Kurdistan d’un bon œil ? Il manque aux Européens une vision stratégique crédible pour toute la région.

    Nous avons renoncé à livrer les Mistral à Vladimir Poutine avec des dommages financiers importants. Était-ce là aussi la bonne solution ? L’avenir de la paix en Europe passe-t-il par ce rapport de force avec Moscou ?

    Quand un État, la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, viole le droit international – en Crimée – ou encourage des mouvements belliqueux de sécession – en Ukraine –, la livraison de matériel militaire aussi sophistiqué que les Mistral n’est pas opportune. La France prend ainsi sa part dans la politique de sanctions qui a été décidée en commun par les membres de l’UE. On ne peut pas se plaindre que « l’Europe » n’existe pas et envisager de se désolidariser des partenaires européens le jour où elle a une position. Ces gestes ne sont pas dirigés contre le peuple russe mais contre un régime, celui de Vladimir Poutine qui présente des traits nationalistes et autoritaires préoccupants.

  • Ouest-France : Point de vue « Repenser la façon dont nous faisons l’Europe » par Sylvie Goulard

    Ouest-France : Point de vue « Repenser la façon dont nous faisons l’Europe » par Sylvie Goulard

    Quelle leçon tirez-vous de la gestion de la crise grecque ?

    La crise financière a commencé en 2008 et celle de la dette souveraine de la Grèce fin 2009, donc si la méthode des dirigeants était bonne, on en serait sorti depuis longtemps.

    Les problèmes de la Grèce ont été aggravés par son appartenance à la zone euro, mais une autre partie vient du fait qu’elle n’a pas fait rentrer correctement les impôts, du système clientéliste en politique, d’une corruption endémique. On touche les limites de l’euro, car la monnaie a été créée sans entité politique crédible au plan mondial.

    Le troisième plan d’aide sera-t-il utile ?

    On peut espérer que ça va régler le problème. Le plus grave serait que le peuple grec souffre et que ça ait des répercussions sur l’ensemble de la zone euro. Effectivement, l’accord va à l’encontre de ce que le peuple grec a voulu, mais la manière dont la question a été posée au référendum permet de douter de son caractère démocratique.

    Quel rôle ont joué ensemble la France et l’Allemagne ?

    Le point de départ était une divergence, mais on a eu un exemple de coopération franco-allemande qui a assez bien fonctionné. Il ne peut pas y avoir de maintien de l’intégrité de la zone euro sans effort de chacun des partenaires pour jouer collectif. La Grèce, c’est le syndrome d’Astérix, un petit village fortifié qui va tenir tête seul à l’empire. C’est sympathique, mais ça ne peut pas nous mener très loin.

    Quel avenir voyez-vous pour la Grèce ?

    Elle aura besoin d’au moins une génération pour construire un État plus solide, capable d’organiser l’éducation, la formation professionnelle et une administration fiscale. Maintenant, il va falloir repenser la manière dont nous faisons l’Europe et nous demander quelles sont les politiques d’accompagnement de l’euro qui n’ont pas été faites.

    L’initiative de François Hollande de créer un gouvernement de la zone euro est-elle bonne ?

    Je suis ravie qu’il ait enfin pris position. Cela fait dix ans en France qu’on a mis la question européenne au frigo, après l’échec du référendum de 2005. On a besoin d’un organe exécutif qui serait élu par les citoyens européens, au lieu de cette construction très malsaine avec des gouvernements nationaux, prisonniers de leur débat national, pour gérer un débat européen. On n’a jamais élu Mme Merkel pour s’occuper de la Grèce !

    Vous plaidez pour un fédéralisme européen. Les gens n’en ont-ils pas peur, quand on voit la montée des populismes en Europe ?

    Le fédéralisme ne ferait pas disparaître la France ! Le Front national raconte des mensonges en disant que nous pouvons garder notre prospérité et nos entreprises qui exportent, cela en mettant à terre l’UE.

    Je ne pense pas qu’il y ait 20 ou 30 % des Français qui soient acquis aux thèses du FN. Quand on discute avec des jeunes de la génération Erasmus, des chefs d’entreprise, des exploitants agricoles qui ont investi dans la qualité, les gens ont envie de continuer à exporter, à avoir des frontières ouvertes.

    Quelle forme cela prendrait-il ?

    Il faudrait un transfert de compétences limité et intense. Cet exécutif serait responsable devant un Parlement et devrait disposer d’un budget (par exemple un point de TVA), mais ne concernerait pas que l’économie. Il aurait en charge la mobilité des travailleurs, l’investissement, l’énergie, et peut-être un filet social commun. Le reste resterait au niveau de l’État. On aurait plus de démocratie, plus de débat public avec des organes directement élus par les citoyens.

    La crise agricole française est-elle européenne ?

    S’il y a encore une agriculture en France, c’est grâce à la Politique agricole commune (Pac) : des marchés ont été ouverts pour nos produits, car la filière agricole exporte et des aides ont été attribuées sur les budgets européens. Mais dans le système actuel, chaque État membre est maître de sa politique économique et sociale, et donc l’écart de production s’est creusé entre la France, où les charges sociales sont très élevées, et les autres pays.

    C’est pour ça qu’on a besoin d’en discuter avec eux. Mais, plus on est hostile à la fédéralisation de la zone euro, plus ça joue contre nous.

    Comment l’Union européenne peut-elle faire face à l’afflux de migrants ?

    Toutes ces personnes qui fuient la misère ou l’intégrisme ne veulent pas aller en Italie, mais en France, en Grande-Bretagne ou en Suède. Ce n’est donc pas un problème italien, mais européen.

    On est en train de payer le coût de la non-Europe. Si on avait une diplomatie plus forte, on aurait des moyens d’influence plus grands sur ces pays-là. L’on pourrait aider les États à se reconstruire, avec des ONG de coopération politique territoriale, ou encore donner à des jeunes la possibilité de se former en Europe.

    Recueilli par Amandine RÉAUX.

  • Interview de Sylvie Goulard par Atlantico

    Interview de Sylvie Goulard par Atlantico

    Alors que le président français a réussi à convaincre ses partenaires de l’importance d’un nouveau plan d’aide à la Grèce, sa vision de l’Union européenne ne s’est pour autant pas clairement dégagée.

    Atlantico : François Hollande s’est toujours présenté comme pro-européen et fédéraliste. Sa vision de l’Union européenne avant et après la crise grecque a-t-elle changé ? Ses actions sont-elles cohérentes avec les principes qu’il prétend incarner ?

    Sylvie Goulard : François Hollande appartient incontestablement au camp pro européen ; il a lutté pour le maintien de l’intégrité de la zone euro. C’est positif mais cela n’en fait pas un « fédéraliste » pour autant.

    L’Union économique n’a rien de fédérale, hélas ; elle est inachevée. Seule la banque centrale a des traits fédéraux.

    Il n’y a pas même de débat public entre les 330 millions d’Européens partageant l’euro. Ceux-ci sont priés de rester groupés derrière leurs gouvernements nationaux même si un Grec démuni a plus en commun avec un Allemand ou un Finlandais modeste qu’avec un armateur grec qui n’a jamais payé ses impôts.

    L’écho sur Internet du seul débat qui, à l’initiative du groupe ALDE, a été organisé au Parlement européen le 8 juillet, en présence de MM. Tsipras, Juncker and Tusk, montre pourtant que l’intérêt du public existe.

    Jusqu’à présent, les dirigeants nationaux ont cru pouvoir diriger l’Europe dans le cadre d’une sorte de Congrès de Vienne où les citoyens n’ont rien à dire. C’est navrant. Ainsi le dernier Conseil européen n’a pas marqué un tournant mais une continuité dans l’aveuglement : ces pratiques opaques détruisent l’idée européenne en dressant les peuples les uns contre les autres.

    Dans son interview du 14 juillet, le président a esquissé une volonté de changement. Il a fait référence à un possible « gouvernement économique », concept ancien et ambigu : un gouvernement peut-il seulement être en charge de l’économie ? S’agirait-il d’un exécutif autonome des Etats, issu d’une élection et responsable ensuite devant une assemblée, comme tout « gouvernement » digne de ce nom dans une démocratie parlementaire. Ou baptiserait-on pompeusement « gouvernement » l’eurogroupe actuel, composé de ministres nationaux, élus séparément, et ne rendant de comptes, collectivement à personne ?

    La question clé est bien celle de la légitimité de cet organe. C’est pourquoi l’annonce la plus importante faite par François Hollande est celle de la création éventuelle d’un « Parlement de la zone euro ». Afin d’éviter les duplications et la complication du schéma institutionnel, le plus simple serait de le créer à l’intérieur du Parlement européen : il serait composé des élus des Etats membres de la zone euro, votant parfois entre eux, sur les questions liées à l’euro. La France qui tient à garder son siège sur le sol national, s’honorerait à le conforter au lieu d’accepter de créer encore une institution, issue des Parlements nationaux, au rôle incertain.

    Dans quelle mesure est-il l’héritier de Jacques Delors ?

    Lorsque la France refuse, pendant des mois, de prendre sa part pour aider l’Italie à gérer l’arrivée de migrants en Sicile, on est loin de l’Europe de Jacques Delors, une Europe solidaire, dont l’intérêt n’est pas pris en otage par les Etats.

    Il manque aussi la créativité, le foisonnement de projets de l’époque de Delors – Kohl – Mitterrand où ont été lancés, outre l’euro, la brigade militaire franco-allemande, le programme Erasmus pour les étudiants ou encore la chaîne de télévision Arte.

    Où sont les projets qui impliquent les citoyens ? Où est, face au terrorisme féroce de Daesh, le sursaut commun pour défendre notre sécurité ?

    Fermement opposé à la sortie de l’euro de la Grèce, le président français a adopté une méthode de travail particulièrement diplomatique, en envoyant des représentants de Bercy travailler avec Alexis Tsipras pour élaborer des propositions et les soumettre à Angela Merkel. Privilégier l’efficacité avant l’affichage politique, est-ce une nouvelle méthode de travail de la part de François Hollande ?

    L’avenir dira si c’était le bon choix. Trois risques existent.

    Fallait-il, au nom de l’Europe, apporter son soutien à un Premier ministre ayant organisé un referendum unilatéral, peu coopératif ? La confiance entre partenaires a été abimée par cette décision. L’Allemagne et les autres Etats réticents ont bien fait d’imposer des conditions exigeantes au maintien du pays dans la zone euro.

    L’accord sera-t-il respecté ? Devant le Parlement européen, M. Tsipras a dit que les Grecs étaient las des efforts. Ils ont voté contre un programme similaire. Une fois rentré à Athènes, il a lui-même dénoncé le compromis trouvé. Le danger d’un échec quand des sommes astronomiques (plus de 80 milliards d’euros) sont engagées, ne doit pas être pris à la légère, d’où d’ailleurs la prudence allemande.

    Enfin, les autorités françaises ont travaillé avec la Grèce à un programme qu’elles ont toujours refusé d’appliquer elle-même. Avec une dette publique proche de 100 % du PIB et un chômage massif, il serait temps qu’elle fasse les réformes qui, dans d’autres pays, comme l’Espagne par exemple, ont dégagé l’horizon.

    En agissant ainsi, la parole de la France n’a pas été extrêmement représentée. En quoi cela peut-il être un problème ? La discrétion était-elle la condition d’un accord ?

    La discrétion peut être une vertu. La seule question est de savoir si la France a aidé à la naissance d’un bon compromis ou d’une synthèse bancale. Le passage de l’accord devant les Parlements nationaux ne sera pas une mince affaire. Et la mise en œuvre sera difficile. La messe n’est pas dite.