Auteur/autrice : julien

  • Goodbye Europe

    Goodbye Europe

    Retrouvez ici l’émission La Cité du Livre (LCP 03/06/2016) consacrée à “Goodbye Europe”.

  • La prochaine génération sera-t-elle européenne ? – Vidéo de la conférence des Mardis des Bernardins

    La prochaine génération sera-t-elle européenne ? – Vidéo de la conférence des Mardis des Bernardins

    Mardi des Bernardins du 24 mai 2016 au Collège des Bernardins

    La construction de l’ Europe relève d’un long processus laborieux. Près de 60 ans après le Traité de Rome de 1957 reste -t- il un espace pour la poursuite d’un projet européen ? Le développement des échanges intra-européens contribue à nourrir une culture commune pour la jeunesse. La monnaie unique, les voyages facilités par l’espace Schengen, les échanges universitaires Erasmus, sont autant de moyens permettant l’avènement d’un esprit européen conforme au vœu de Schuman de « créer une union sans cesse plus étroite entre les peuples ». Toutefois, les récents résultats électoraux des partis extrêmes lors des élections européennes, témoignent d’un euroscepticisme croissant et d’une réalité politique inaccessible aux citoyens a fortiori jeunes . Alors qu’initialement, l’organisation européenne était perçue comme un moyen de rassembler les peuples, le contexte actuel semble révéler une défiance généralisée: Grèce, migrants, BrExit … autant d’épreuves pour la solidarité européenne. L’Europe saura-t-elle faire face à ce contexte délicat ? La prochaine génération sera-t-elle européenne ?

    En collaboration avec les classes préparatoires du lycée Notre-Dame du Grandchamp.

    INTERVENANTS

    Valéry Giscard d’Estaing
    Président de la République française de 1974 à 1981

    Sylvie Goulard
    Députée européenne

    Antoine de Romanet
    Co-directeur du département de recherche Société, Liberté, Paix

    Dominika Rutkowska-Falorni
    déléguée générale du Mouvement Européen France

  • Le Figaro – On a déjà trop cédé à Londres

    Le Figaro – On a déjà trop cédé à Londres

    Allons-nous confier aux seuls Britanniques le soin de décider, par défaut, de notre destin ? Sommes-nous prêts à courir le risque d’une dislocation de l’Union européenne sans prendre à l’avance la moindre initiative pour défendre l’euro ? Aussi incroyable que cela puisse paraître, telle est la voie qu’ont choisie en février dernier les vingt-hui dirigeants européens, y compris le Président de la République et la Chancelière allemande. En bricolant, en dehors du cadre européen, un « arrangement » pour le Royaume-Uni, ils ont non seulement cédé au « retenez moi ou je fais un malheur » de David Cameron mais ils sont passés à côté de l’essentiel : refonder l’Europe sur des bases solides.

    Quand on songe à l’histoire de la construction européenne, comme au contexte troublé du temps présent, cet épisode est stupéfiant. Par le passé, malgré bien des vicissitudes, la France portait une ambition européenne. Que reste-t-il du dessein de Monnet et Schuman qui, en 1950, refusaient aux Britanniques un statut spécial pour préserver l’ambition supranationale ? Ou de la résistance du général de Gaulle, opposé à l’entrée de  l’Angleterre dans la Communauté, en 1963, au nom de l’indépendance stratégique de l’Europe ? Existe-t-il encore une vision franco-allemande comme du temps où François Mitterrand et Helmut Kohl, avec leurs partenaires des 12, créaient l’euro ?

    Les dirigeants européens ont eu raison de vouloir garder le Royaume-Uni dans l’Union Européenne. Son histoire, son poids dans le monde, ses performances économiques le justifient. Mais peut-on, à cette fin, renier les règles de l’UE et sacrifier sa substance ? La finalité de l’entreprise est brouillée : une « union sans cesse plus étroite », pour certains seulement ? Un marché intérieur sans les services financiers ? Une démocratie européenne bridée par les vetos des Parlements nationaux ? Du projet volontaire, liant des membres égaux en droit, on passe à une Europe où les plus puissants picorent leurs devoirs à leur guise. Les dirigeants de la zone euro ont même accepté, ce qui est un comble, qu’un pays refusant définitivement la monnaie unique continue de participer aux décisions la concernant. Et la France devrait payer encore 1,6 milliard d’euros par an pour un « rabais britannique » injustifié.

    Le problème de l’UE n’est pas tant ce qu’elle est que ce qu’elle n’est toujours pas. On lui reproche souvent ce qu’en l’état du droit, elle ne peut pas faire, ce que les gouvernements nationaux refusent obstinément qu’elle fasse : on s’étonne de son impuissance sans l’avoir jamais dotée d’une police aux frontières et d’un embryon de défense. On pleure les failles de la gouvernance de l’euro, tout en violant les règles existantes et en refusant politiques macro-économiques et budget communs. Trouver un meilleur équilibre entre le marché et la lutte contre les inégalités, entre un commerce ouvert et une concurrence déloyale, voilà les ouvrages à remettre sur le métier, à 28, à 19, à quelques uns, peu importe, avec une oreille attentive aux doutes des Européens mais sans complaisance car le monde ne nous attend pas.

    L’arrangement britannique le prouve : quand la souveraineté est déléguée par les États, le malaise ne vient pas seulement de « Bruxelles ». Dans cette affaire, la Commission et le Parlement européen n’ont pas joué leur rôle mais l’arrangement a été conclu par des dirigeants nationaux qui, loin de piloter l’UE dans l’intérêt général, l’ont largement perdu de vue.

    Si, le 23 juin, les Britanniques choisissent de quitter l’UE, une stratégie s’impose d’urgence pour préserver nos intérêts politiques et financiers. S’ils décident de rester membres de l’UE, l’accord de février, juridiquement ambigu, politiquement déséquilibré, ne saurait pas non plus servir d’horizon durable.

    Goodbye Europe, Flammarion 25 mai 2016

  • Bourdin direct sur RMC – lundi 23 mai 2016

    Bourdin direct sur RMC – lundi 23 mai 2016

    Pour retrouvez l’interview de Sylvie Goulard, cliquez ici (émission du 23/05, de 7h à 8h, à partir de la 35e minute).

  • Agora sur France Inter – Dimanche 22 mai 2016 – Comment l’Europe va-t-elle changer ?

    Agora sur France Inter – Dimanche 22 mai 2016 – Comment l’Europe va-t-elle changer ?

    Comment l’Europe va-t-elle changer ?

    dimanche 22 mai 2016

    Avec Sylvie GOULARD, député européenne ADLE, membre de la commission des affaires économiques et monétaires et Etienne BALIBAR, philosophe, professeur émérite à l’Université Paris-Ouest

  • Les Echos – Brexit et bien-pensance

    Les Echos – Brexit et bien-pensance

    Les âmes bien-pensantes se sont naturellement émues des propos tenus par Jean-Claude Juncker à la veille du week-end sur les conséquences d’un Brexit. « Les déserteurs ne seront pas accueillis à bras ouverts. Si les Britanniques devaient dire “non” […] , le Royaume-Uni devra accepter d’être considéré comme un Etat tiers, que l’on ne caressera pas dans le sens du poil », a lancé le président de la Commission de Bruxelles. Quelle maladresse ! Cela va donner du grain à moudre au camp du non lors du scrutin du 23 juin, a murmuré le Tout-Europe –  comme il y a le Tout-Paris. Ajoutant in petto : un sacré gaffeur, ce Juncker, lui qui s’était déjà illustré en lançant à mi-voix lors d’un sommet européen à l’arrivée du Premier ministre hongrois : « Le dictateur arrive ! » Admettons que la charge soit un peu lourde et peu subtile. Mais il convient alors, par simple honnêteté, de juger sévèrement la légèreté avec laquelle les Britanniques se soucient comme d’une guigne de ce que pensent les autres Européens. Dans un essai revigorant (*), la députée européenne Sylvie Goulard rappelle que David Cameron a refusé de participer à un simple débat public au Parlement européen. C’est inadmissible : son pays est membre depuis 1973 de l’Union et les représentants élus des vingt-sept autres peuples n’ont même pas droit à une explication ? La vérité est que le Brexit ou le Brexin concerne tout le continent et que la discrétion des dirigeants européens sur le sujet est peut-être de bonne tactique, mais elle est de mauvaise politique. En définitive, que retiendront les opinions publiques ? Que c’est Barack Obama qui aura été le plus clair, en allant défendre le Remain sur le sol britannique. What a shame !

    * Sylvie Goulard – Goodbye Europe, Flammarion

    Dominique Seux
  • L’Europe doit s’élever à la hauteur des défis

    L’Europe doit s’élever à la hauteur des défis

    Tribune par Franziska Brantner, Laurent Cohen-Tanugi, Daniel Cohn-Bendit, Henrik Enderlein, Hervé Gaymard, Sylvie Goulard, Elisabeth Guigou, Anne-Marie Le Gloannec, Thomas Oppermann, Norbert Röttgen et Lieven De Winter.

    Les 28 États membres de l’Union européenne (UE) sont mis à l’épreuve par la crise des réfugiés, la crise économique et monétaire qui génère un chômage des jeunes massif et persistant, par les guerres et les conflits qui secouent ses voisins. Aucun de ces défis ne peut être relevé par un État isolément ; chacun d’entre eux somme les États d’être solidaires. Il est donc crucial de surmonter la crise de solidarité qui paralyse l’Europe actuellement. Dans un contexte difficile, les accusations entre États fusent de toutes parts. La situation est pourtant trop grave pour perdre du temps en récriminations. Nous voulons aller de l’avant ensemble. Nous en sommes persuadés : il faut embrasser ces défis d’un seul regard. Il ne saurait y avoir de solidarité partielle. Ce n’est que dans une perspective globale que la solidarité pourra prévaloir et que des solutions pourront se dessiner. Et c’est sur la force de la coopération et de la compréhension franco-allemande que repose tout progrès.

    Cet appel initié par des acteurs politiques et académiques allemands et français est paru le 17 mars dans Les Échos, la Frankfurter Allgemeine Zeitung et le Financial Times.

    Ce texte existe en français, en anglais et en allemand.

    Retrouvez les premiers signataires ici.

  • Goodbye Europe, Flammarion “Café Voltaire”, mai 2016

    Goodbye Europe, Flammarion “Café Voltaire”, mai 2016

    Comme  l’a écrit Emmanuel Beretta dans Le Point,  « il ne faut pas se laisser abuser par le titre de cet essai, « Goodbye Europe ». Sylvie Goulard ne souhaite pas la disparition de l’Europe politique, mais sa renaissance. »

    Le référendum que le gouvernement britannique organise le 23 juin prochain, à propos de l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne, nous tend en réalité un miroir où se reflètent nos propres doutes et faiblesses.

    Il ne fait pas de doutes que le départ de ce pays affaiblirait l’Union européenne : elle perdrait une démocratie de premier plan, un partenaire géopolitique majeur, une économie dynamique et ouverte ainsi que la première place financière mondiale. Un précédent serait créé qui, par effet domino, pourrait enclencher un délitement. Mais l’accord international auquel sont parvenus nos chefs d’États ou de gouvernement le 19 février dernier illustre crûment les errements de l’Europe actuelle: les dirigeants européens « prétendent retenir le RU dans l’Union par le reniement de ses règles et le sacrifice de sa substance. Est-ce le RU qui la quitte ou tous l’ont-ils déjà abandonnée ? ».

    Lire la suite

    Une erreur psychologique a été faite: « Personne ne semble s’être posé la question de savoir si la meilleure manière de retenir les Britanniques était vraiment de céder à toutes leurs demandes. A Bruxelles, l’idée s’est répandue qu’il était impossible de leur refuser quoi que ce soit. C’était accepter de se soumettre à ce qu’il faut bien appeler un chantage, alors même que l’Union européenne repose sur le principe de « coopération loyale » inscrit dans les traités.

    C’est d’autant plus regrettable que certaines des demandes de David Cameron, par exemple celles visant à renforcer l’efficacité de l’Union et sa compétitivité dans la course mondiale, étaient fondées. Son invitation à réformer la gouvernance de l’euro aurait également dû être entendue car, quelle que soit la décision des Britanniques, le statu quo n’est pas tenable.

    « Le drame, ce n’est pas la force du Royaume-Uni, c’est la faiblesse de ses partenaires. Le drame, c’est le manque d’élan et d’imagination, c’est le silence de la France, de l’Allemagne, des autres pays fondateurs, des institutions et de tous ceux qui, par le passé, ont apporté leur pierre à l’édifice commun et s’en désintéressent aujourd’hui ».

    L’arrangement du 19 février dernier est ambigu. Pour le gouvernement britannique, c’est un accord international contraignant justifiant l’organisation d’un référendum et son dépôt aux Nations Unis. Pour les autres Etats membres, c’est un texte interprétatif ne réclamant pas même un passage devant les Parlements nationaux.

    « Les conditions de l’appartenance d’un Etat à l’Union ont été fixées par un arrangement de droit international comme les Etats européens pourraient en conclure avec le Nicaragua ou le Zimbabwe. (…) Les chefs d’Etat et de gouvernement ont même inventé la première éponge double face du droit international » avec « un côté rugueux pour gratter les doutes anglais et permettre à David Cameron d’organiser son référendum et un côté tout doux pour ne pas effrayer François Hollande ».

    Cet accord promet des changements ultérieurs des traités et des modifications de législation sur des points fondamentaux : l’objectif de construire une « union sans cesse plus étroite » serait abandonné ; une interférence accrue serait accordée aux Parlements nationaux dans la procédure législative européenne, au risque de l’entraver ; à la liberté de circulation, des limitations de prestations seraient opposées. Ces changements n’ont donné lieu à aucun débat. Ils accordent au RU un statut encore plus à part, au mépris des engagements qu’il avait antérieurement pris.

    Quelle que soit en définitive la décision souveraine des Britanniques, la France, l’Allemagne et les autres pays de l’Union doivent  tout aussi souverainement élaborer une vision d’avenir.

    « Nous ne pouvons plus progresser dans la construction européenne à tâtons, comme des somnambules, sans définir ensemble, par un débat démocratique transfrontière, dans quel type de société nous voulons vivre. »

    Souvent les  défaillances imputées à l’Union européenne sont le reflet d’un bouleversement plus vaste, à l’échelle du monde. C’est pourquoi la nostalgie du « retour au Franc » ou de la souveraineté nationale retrouvée, ne sont que des illusions. La mondialisation crée des interdépendances nouvelles et relativise le territoire. Dans ce contexte l’instrumentalisation de la nation et de la chrétienté à laquelle se livrent des « patriotes » auto proclamés, est scandaleuse.

    « Plus que le partage de souveraineté consenti dans l’Union européenne, c’est le grignotage sournois dû au bouleversement du monde qui réduit les marges de manœuvre des pays. L’Union européenne, au contraire, nous restitue de la souveraineté. »

    Des élections majeures se tiendront en France et en Allemagne en 2017. C’est l’occasion de définir ce que nous voulons faire de l’Europe et de s’atteler à la reconstruire.

    Main ideas in english

    It is of the outmost importance to keep the UK in…

    • Brexit would be costly and negative for the UK, as well as for the EU
    • Geopolitical reasons: division of the West is dangerous (US/Canada clearly against Brexit); fragmentation would please Putin
    • Economic reasons: pro-business, open country/driving force for the Single Market and trade agreements
    • Historical and democratic achievements of the UK

    But a sound legal basis is essential

    • On 19 February, international agreement made between the 28 Member States, outside the EU Treaty framework; ambiguous nature; circumvents Treaty revision procedures; the Commission should have objected; no debate in national parliaments/no debate/vote in the EP
    • Legally binding or interpretative? Nobody knows; agreement deposited by the UK at the UN/no ratification in the national parliaments of the other Member States
    • Opaque promises of Treaty changes, as well as modifications to EU social legislation still to be confirmed; for example: to give blocking rights for national parliaments obviously requires Treaty change; bypassing legal framework of Treaties not appropriate/efficiency of EU legislative process reduced

    Need fair ‘agreement’ for all – from a French/euro area perspective, the deal is unfair

    • Until now, single set of institutions (1 EU Parliament/1 EU Commission) because the euro is the single currency of the whole EU (2 countries, including UK, having an opt out); if the UK definitively refuses to join the euro, it should have no right to participate further in decision making process
    • Asymmetric concessions on sovereignty (“ever closer union” removed from Treaty); the UK has signed and ratified the Treaties which were the result of give and take
    • No reason to give an outsider an emergency brake on Banking Union; settlement unclear on the Single Market for financial services; UK still Single Market oriented?
    • If the UK manages to reduce its commitments, why should France (and Italy) still pay an unchanged contribution to the British rebate: EUR 1,6 billion a year (Italy EUR 1,2 billion)?
    • ‘Agreement’ very weak concerning competitiveness

    Cameron[1] was right on 3 points:

    • the need to boost Europe’s competitiveness
    • the need to reform the EU/deepen the euro area
    • No British veto on any euro area reform, as the UK is outside

    The EU leaders were not right:

    • Taking the risk of destroying the EU/creating a dangerous precedent – to solve domestic problems in one country at the EU level; hazardous gambling
    • Interpreting the Treaty as giving a government the right to blackmail its partners with the threat of leaving; art 50 of the EU only foresees the right to leave, certainly not to unilaterally obtain a special status
    • Accepting the narrative that the UK is discriminated against concerning the euro area; it has not been put in a minority, it has made the sovereign choice not to join the euro, which is quite different
    • Buying the argument that democratic accountability can only derive from national parliaments; the European Parliament has been directly elected since 1979 (UK committed member; excellent work of many British MEPs)

    Conclusion

    • Whatever the British people decide, deepening /democratizing the euro area should be the priority
    • If the UK stays, need to clarify the future relationship EU/euro area: presidential election in France/federal election in Germany in 2017, opportunity to open a debate and get a popular mandate to renegotiate the Treaties (including concerning the UK’s role) which would offer a more balanced deal for all
    • If the UK leaves
      • need to respect the article 50 procedure (2 years/majority decision/consent of the European Parliament)
      • consequences for the UK should be clear (no more Single Market, no passporting, clearing houses for euro transactions in the euro area)

    [1] Bloomberg speech, January 2013

    Questions-réponses sur le référendum
    Dans les médias

  • Dans l’Opinion : «L’absence de la France en Europe commence à devenir très préoccupante»

    Dans l’Opinion : «L’absence de la France en Europe commence à devenir très préoccupante»

    François Hollande n’a pratiquement pas parlé d’Europe jeudi soir sur France 2. Comment expliquez-vous cette frilosité ?

    Je ne me l’explique pas. Mais je suis frappée de voir à quel point tout le débat politique français est nombriliste et focalisé sur les échéances intérieures, alors que vous avez au même moment une détérioration de la conjoncture globale, des problèmes considérables au niveau européen, une menace de dislocation de l’Union due au risque de « Brexit », la crise des réfugiés, des divergences dans la zone euro. Ces chantiers ne peuvent pas attendre. La vraie question est celle de la situation de l’Union européenne et du monde. La perspective du référendum britannique devrait par exemple inciter les dirigeants de la zone euro à prendre dès maintenant des initiatives. Nous devons aussi dire très clairement aux Britanniques que s’ils votent non, ils perdront les bénéfices du marché intérieur et des accords commerciaux. Nous devrions défendre nos intérêts légitimes.

    Si la France devait présenter une initiative forte sur l’Europe, sur quoi devrait-elle porter ?

    Le premier bloc concerne l’euro et la situation économique ; il est faux de penser que le manque de croissance et les problèmes d’emploi en France n’ont rien à voir avec les dysfonctionnements de la zone euro, même s’ils sont aussi liés à des questions spécifiques françaises comme l’éducation, la dette ou le déficit public. Ensuite, il y a un bloc « sécurité intérieure, réfugiés, terrorisme ». Enfin il y a un bloc défense et sécurité extérieure. Il faudrait lier les trois volets de manière à ce que des compromis puissent être passés entre les Etats membres : la France pourrait faire valoir ses efforts en matière de défense ou de lutte contre le terrorisme, face à d’autres demandes. La question n’est pas d’avoir « plus d’Europe », c’est de changer la manière de faire, d’insuffler plus de légitimité démocratique, comme François Hollande l’avait dit justement le 14 juillet, d’avancer très concrètement, par exemple, sur les dossiers économiques et fiscaux. Cela ne sert à rien de pleurer sur les Panama Papers si on n’avance pas sur l’assiette commune consolidée pour l’impôt des sociétés.

    Ne faut-il pas regretter que, sur la crise migratoire, la chancelière allemande Angela Merkel ait multiplié les initiatives unilatérales ?

    On ne peut pas laisser l’Allemagne seule et se plaindre qu’elle prenne des décisions unilatérales. On aurait bien sûr pu rêver d’un autre déroulement. Mais il aurait fallu que Mme Merkel soit sûre de pouvoir compter sur la France. Or, sur la question très délicate des réfugiés, la France n’a pas de véritable stratégie et prend assez peu ses responsabilités. Elle s’en tient à l’accueil de 30 000 réfugiés sur deux ans, alors qu’elle est l’un des pays les plus vastes et les plus riches de l’UE. Il faudrait aussi que les Français comprennent que le temps où les Allemands pensaient qu’ils devaient toujours demander la permission avant d’agir est révolu. Et c’est une bonne chose.

    “Le meilleur signe de l’absence de vision stratégique est cette indigne réforme des collèges qui revient à faire quasiment disparaître la langue allemande et toutes les sections européennes. Vous ne pouvez pas dissocier ce que vous faites sur le front intérieur de ce que vous faites sur le front extérieur.»

    Le couple franco-allemand est à la peine. Peut-il encore peser sur la scène européenne ?

    Quand Manuel Valls a fait ses déclarations sur la politique migratoire de Mme Merkel, il était en Bavière, au moment où la chancelière était attaquée par la CSU : cela révèle un manque de sensibilité très éloigné de ce à quoi on était habitué dans le passé. Il y a toujours eu des divergences, mais on essayait de les gérer autrement. Le meilleur signe de l’absence de vision stratégique est cette indigne réforme des collèges qui revient à faire quasiment disparaître la langue allemande et toutes les sections européennes. Vous ne pouvez pas dissocier ce que vous faites sur le front intérieur de ce que vous faites sur le front extérieur. Il n’y a aujourd’hui aucune cohérence. L’arrivée de Jean-Marc Ayrault peut faire bouger les choses. D’autant plus qu’il y a des marges de progression assez notables.

    Quelle pourra être la place de l’Europe dans la prochaine campagne présidentielle ?

    Sans débat pour contrer les sornettes des souverainistes, nous laisserons le pays aller à la dérive. L’offre se limite aujourd’hui à du souverainisme pur et dur qui ne mène nulle part et à un souverainisme light qui a peur de tout. On a donc besoin d’une offre argumentée, qui tienne compte des erreurs qui ont été faites, mais qui aille de l’avant et redonne à la France la place qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Dans le passé, la France était l’un des pays moteurs de la construction européenne. Aujourd’hui, son absence commence à devenir très préoccupante : elle a pour effet de laisser l’Allemagne en première ligne et de rendre l’Europe de plus en plus odieuse parce qu’elle est moins équilibrée qu’autrefois. Un cercle vicieux s’est installé.

     Propos recueillis par Isabelle Marchais

  • Élections régionales allemandes : « L’occasion pour l’UE d’affronter le populisme »

    Élections régionales allemandes : « L’occasion pour l’UE d’affronter le populisme »

    Ces élections régionales allemandes bousculent le panorama politique traditionnel. Quelle est votre lecture de ces résultats ?

    Ce sont surtout les succès engrangés par l’AfD qui interpellent. Ce parti, qui avait été créé en 2013 par des membres anti-euro plutôt modérés de l’establishment économique s’est ensuite dangereusement transformé. Il a surfé sur un sentiment nationaliste et, profitant de la crise des réfugiés, s’est transformé en un parti réellement xénophobe. J’ai entendu au Parlement européen des élus de ce parti réclamer que l’on tire sur les réfugiés ! Tirer sur des femmes et des enfants fuyant la guerre ! La montée de ce parti est évidemment un sujet de préoccupation. Mais vu les scores que fait dans mon pays, la France, le Front National, je me garderais bien de faire la leçon aux Allemands.

    Quelles conséquences ces résultats peuvent-ils avoir pour la politique d’Angela Merkel? Sur la question des réfugiés, la chancelière avait déjà fait évoluer sa ligne.

    Merkel est au pouvoir depuis 10 ans, et il était surprenant de voir l’importance de sa popularité après toutes ces années au pouvoir. En fait, l’Allemagne est à son tour frappée par un phénomène – la montée du populisme et de la xénophobie – qui a déjà atteint de nombreux autres pays européens et qui l’avait miraculeusement épargnée. Cela dit, il ne s’agit que d’élections régionales, et leurs résultats n’auront aucun impact sur le Bundestag. Mais il faut cependant les prendre au sérieux.

    Comment devrait-elle, selon vous, réagir ?

    Ces partis populistes, partout en Europe, mettent en avant des idées qui reposent sur une illusion, celle de récupérer une souveraineté nationale qui n’existe plus ! Mais la démocratie allemande est solide. Et il n’y a personne face à Angela Merkel. C’est elle qui reste la femme de la situation. Je suis pro-européenne et je suis donc convaincue que, si l’Allemagne entrait dans une période d’instabilité, cela ne profiterait à aucun pays voisin et certainement pas à l’Union européenne. En fait, ces résultats peu réjouissants seront peut-être l’occasion pour l’Europe, emmenée par Merkel, de se pencher réellement sur le danger des populismes. C’est comme sur la question des réfugiés : ils étaient nombreux à arriver dans le sud de l’Italie mais l’Europe n’a commencé à s’en préoccuper que lorsqu’ils ont débarqué en Allemagne !

    Les populistes de l’AfD engrangent plus de voix à l’est qu’à l’ouest de l’Allemagne.

    Oui, alors qu’il y a beaucoup plus d’immigrés et de réfugiés à l’ouest! Il ne faut pas oublier que des millions d’Allemands ont eux aussi jadis dû fuir la guerre : cela a marqué la plupart des familles. Cela explique aussi pourquoi la société allemande s’est mobilisée pour accueillir les réfugiés lorsque Merkel a décidé d’ouvrir les frontières. Il y a eu un élan d’initiatives citoyennes impressionnant. Tout cela n’a pas disparu.

    Propos recueillis par Véronique Kiesel