Auteur/autrice : julien

  • Réunion de l’Intergroupe du 19 octobre 2016 : “passer de l’humiliation et de l’exclusion à la participation : éradiquer la pauvreté sous toutes ses formes”

    Réunion de l’Intergroupe du 19 octobre 2016 : “passer de l’humiliation et de l’exclusion à la participation : éradiquer la pauvreté sous toutes ses formes”

    Emmanuel Macron, ancien ministre français des Finances, a ouvert la réunion de l’Intergroupe, organisée pour marquer la « journée mondiale du refus de la misère ».

    Dans son discours, M. Macron a rappelé que les droits de l’Homme et le droit à une existence digne étaient au cœur de l’identité européenne, ces principes étant d’ailleurs inscrits dans la Charte européenne des droits de l’Homme.

    Dans la société d’aujourd’hui, la pauvreté et l’exclusion sociale augmentent. Cela s’explique notamment par la crise, par la transformation des économies mais également par les événements géopolitiques. La question est alors de savoir ce qui peut être fait pour lutter contre cette misère qui s’accroît.

    La crise a démontré notre incapacité à fournir, dans notre société et en Europe, une réponse coordonnée. Des décisions collectives ont été prises, dont les conséquences ont détruits certains équilibres sociaux et ont contribué à davantage d’exclusion sociale. Le récent afflux de migrants et de réfugiés sur le sol européen a remis en cause nos modèles sociaux. Cependant, cela ne concerne pas seulement l’UE ou les Etats membres : la transformation de nos systèmes capitalistes est un phénomène global. La mondialisation crée des déséquilibres bien plus rapidement que par le passé. Elle représente à la fois un potentiel incroyable mais peut également détruire très rapidement des pans entiers de la société. C’est cette polarisation de nos sociétés et de nos économies qui crée de nouveaux types d’inégalités, met à mal les emplois des classes moyennes et favorise les métropoles par rapport aux zones rurales. L’éducation, la politique et les systèmes sociaux de nos sociétés sont plus déterministes qu’auparavant et notre société s’en trouve profondément fragilisée.

    Les réponses à ces nouveaux types d’inégalités ne sont pas toujours apportées. Le Brexit et l’élection de Donald Trump sont le résultat de notre incapacité actuelle à pouvoir défendre nos systèmes économiques et sociaux. Si l’on ne trouve pas des moyens pour traiter ces problèmes, politiques et économiques, alors ce sont nos démocraties qui risquent de s’effondrer.

    Instaurées au lendemain de la seconde guerre mondiale, les politiques publiques, comme l’assurance maladie et accidents et les retraites, ont dû être complétées ces 25 dernières années, par exemple avec le Revenue de Solidarité Active (RSA) en France. Cependant, les personnes éligibles n’y ont souvent pas accès. Soit parce que qu’elles ne savent pas qu’elles y ont droit, soit parce que la procédure est compliquée. Il faut donc réfléchir aux moyens de remédier à cette situation. Simplifier les systèmes actuels est souvent nécessaire. Il est également essentiel de mieux répondre aux situations individuelles. Les personnes âgées n’ont pas les mêmes besoins que les plus jeunes. L’accès à un logement ou la réinsertion sur le marché de l’emploi ne signifient pas tout à fait la même chose selon que l’on vive en ville ou en zone rurale.

    Comment combattre la pauvreté et l’exclusion sociale de manière plus efficace ? Comment concevoir nos systèmes économiques différemment de manière à ce que les impacts sociaux soient pris en compte dès le début, plutôt que d’être compensés a posteriori ? C’est seulement en dépassant la vision purement macro-économique et en plaçant ceux qui vivent dans la pauvreté au cœur des débats que nous pourrons progresser. D’une part, il est important de ne pas les accuser d’être responsables de leur situation difficile. D’autre part, il est essentiel de s’entretenir avec eux des réponses possibles : une « politique de reconnaissance » est nécessaire. Les associations travaillant sur ces enjeux doivent être impliquées, tout comme les municipalités. Tous les acteurs doivent à la fois écouter et partager pour trouver des solutions plus pragmatiques. Il est fondamental que les plus démunis soient en mesure de faire des choix, et la mobilité est la clef : il s’agit de leur permettre d’avoir accès à un logement mais également à la culture et aux transports. C’est à dire d’être dans une situation comparable à celle des autres membres de la société, par exemple en termes d’éducation, d’accès au marché du travail, d’opportunités.

    Aussi longtemps que nos systèmes d’éducation seront déterministes, la pauvreté continuera à être alimentée. Il est essentiel de donner de meilleures ressources à ceux qui en ont le moins pour leur permettre d’avoir une chance équitable, par exemple pour ceux qui ont un faible niveau d’éducation ou les familles à faible revenu. Cela peut être fait au niveau politique, mais également au niveau économique. Aujourd’hui, toute entreprise a une responsabilité sociale et environnementale, du moins si elle souhaite exister sur le long terme. Les entreprises ont besoin d’avoir une approche plus globale que purement financière, elles doivent s’assurer que chacun dans l’entreprise ait un rôle. Pour réaliser cela, des politiques sociales et environnementales innovantes seront nécessaires.

    Une session animée de questions-réponses a permis de clarifier certaines notions et de développer davantage, par exemple ce que voulait dire M. Macron par « un système d’éducation déterministe ». Certains participants s’interrogeaient sur la manière dont les politiques d’exclusion sociale pouvaient être relancées pour garantir la reconnaissance sociale, d’autres sur le rôle qui devait être attribué à l’UE et aux États membres. Les tendances actuelles à la substitution des contrats permanents par des contrats flexibles et la situation de travailleur pauvre firent également l’objet d’interventions du public.

    Pour M. Macron, des moyens d’action à la fois immédiats et de long terme sont nécessaires pour apporter des réponses sociales, politiques et économiques aux problèmes de pauvreté et d’exclusion sociale. Chaque citoyen doit se retrouver dans le système politique, cela suppose que tous les secteurs de la société soient représentés et participent activement. Les minorités doivent être reconnues et pouvoir partager leur expertise.

    D’après lui, il y aurait une grande différence entre un contrat flexible pour lequel on peut choisir ses horaires de travail (une option souvent privilégiée, en particulier par les plus jeunes), et une situation où les personnes ne disposent d’aucune flexibilité, se voient imposer des emplois du temps très exigeants et risquent de devenir des travailleurs pauvres. La trajectoire potentielle de carrière serait une question clef : quelqu’un peut tolérer des conditions de travail difficiles, et parfois pour un salaire peu élevé, pour un laps de temps donné, s’il sait que cette expérience est porteuse d’opportunités positives. Ce n’est pas la même chose que d’être bloqué dans un système où aucune progression n’est envisageable. Des politiques devraient être mises en place pour restaurer l’espoir chez les citoyens. De plus, l’UE devrait réagir pour redéfinir les normes européennes communes que nous voulons, travailler à la création d’une société équitable et équilibrée pour le futur. C’est la définition de normes et d’objectifs européens qui permettra à l’UE d’être entendue sur la scène internationale.

    Le premier panel s’est concentré sur les actions de la société civile dans la lutte contre la pauvreté avec Ivana Di Martino, accompagnée de Lorenzo Sironi de l’entreprise Barilla. Ivana a expliqué comment elle a choisi de courir de Milan à Bruxelles dans l’objectif de se battre contre la pauvreté infantile et l’exclusion sociale. Sociologue passionnée de course à pied, elle a décidé d’employer son énergie pour soutenir la Fédération des banques alimentaires. Elle avait été choquée d’apprendre que 23 millions d’enfants dans l’UE n’aient pas accès à la nourriture et s’est sentie dans l’obligation de réagir. En mai 2016, Ivana a couru de Milan en Italie à Bruxelles (plus de 900 km sur 13 jours) pour présenter son manifeste à des représentants des institutions européennes. Elle a été touchée, durant son voyage à travers l’Europe, par tous ces « héros cachés » qu’elle a rencontrés, ces personnes et ces entreprises qui, volontairement, donnent de leur temps pour aider les autres.

    Le périple d’Ivana vers Bruxelles

    Lorenzo Sironi a présenté des actions menées par Barilla, une entreprise détenue par la même famille depuis 1977, travaillant avec des ONG et soutenant financièrement des projets comme celui d’Ivana. Barilla a pour objectif d’être une entreprise vertueuse et durable et leur devise est “donner aux gens la nourriture que vous donneriez à vos propres enfants”. Cette éthique se traduit d’abord dans leurs actions, par exemple en donnant des pâtes à des banques alimentaires ou en organisant des programmes d’éducation pour apprendre aux enfants à manger de manière équilibrée. Mais aussi en créant et en contribuant à des réseaux et des projets comme ceux d’Ivana dans le but de se battre pour des enjeux importants. Touchés par le message d’Ivana, les dirigeants de Barilla ont choisi de parrainer son périple, en l’aidant à matérialiser son message, en créant un logo par exemple, afin qu’il atteigne le plus de personnes possibles.

    [Cliquez ici pour la présentation de M. Sironi.]

    Une discussion s’en est suivie sur la place des entreprises dans la définition des valeurs sociétales et ses conséquences d’un point de vue éthique. Pour Barilla, il y a une demande du public pour que les entreprises privées fassent de la responsabilité sociale des entreprises (RSE) une priorité et ces actions ont une influence désormais sur les marchés. Le secteur privé dispose d’un fort potentiel pour sensibiliser et atteindre un large public par leurs actions.

    Le second panel a laissé la place aux témoignages de Lisa Mckenzie, une universitaire spécialisée en ethnographie et particulièrement sur les sujets de pauvreté, et d’Isabelle Feutry qui dirige désormais la maison de vacances d’ATD Quart-Monde en France. Dénommée « La Bise », cette maison permet à des familles qui n’en ont pas les moyens de partir en vacances.

    Le travail actuel de Lisa se concentre sur la souffrance et la frustration que l’inégalité génère. Aux moyens de photographies, parfois plus parlantes que les mots, elle tente de révéler ce qui, pourtant en pleine lumière, paraît invisible.

    Actuellement à Londres, de nombreux ensembles résidentiels de luxe sont en construction. Lisa considère ces chantiers comme une forme d’« épuration sociale », les pauvres étant exclus de leurs quartiers d’origine pour laisser place à ces habitations luxueuses qui, bien souvent, ne sont pas occupées de manière permanente. La société choisit de fermer les yeux sur ces pauvres qui sont expulsés. Auparavant, au Royaume-Uni, les nouvelles constructions devaient comporter un certain pourcentage de logements sociaux. Malgré cela, une forme de ségrégation sociale s’établissait par la création d’entrées d’immeubles différentes selon que vous étiez un locataire privé ou social, pour que les deux publics ne se rencontrent pas. De plus, le gouvernement et les autorités locales offrent aux personnes en attente d’un logement social des logements en dehors de Londres, dans des villes aussi éloignées que Liverpool par exemple, sans tenir compte du fait que cet éloignement isolerait les personnes et les couperait de leurs réseaux de soutiens. L’alternative au fait d’accepter un logement social à Liverpool est souvent d’être à la rue dans la capitale.

    Lisa a analysé le résultat du référendum britannique de juin et le vote majoritaire en faveur de la sortie de l’UE. Pour elle, les pauvres et la classe moyenne du RU n’ont pas voté pour quitter l’UE mais davantage pour être vus et entendus.

    [Cliquez ici pour la présentation de Lisa Mckenzie.]

    Isabelle Feutry a présenté le travail de la maison de vacances « La Bise ». Projet pilote d’ATD Quart-Monde, cet endroit permet aux familles, qui normalement n’en auraient pas les moyens, de passer des vacances ensemble dans le Jura en France. « La Bise » peut accueillir ainsi 5 familles et 10 volontaires. ATD a créé un « laboratoire de vie communautaire » où les participants apprennent ensemble. Ce n’est pas un laboratoire social, dans le sens où il n’y a pas de rapport écrit à la fin, qui serait soumis à des travailleurs sociaux ou aux écoles des enfants par exemple, ce qui est un grand soulagement pour les parents qui ont l’habitude d’être scrutés dans leurs moindres mouvements. Le but de ces vacances est de donner un environnement où les familles sont accompagnées mais libres et non jugées.

    La plupart du temps, « La Bise » accueille des familles dont les enfants sont placés. Ces vacances nécessitent beaucoup de préparation : pour les familles, les travailleurs sociaux et l’équipe de « La Bise ». Les familles participent financièrement à leur séjour (en France, il existe les chèques vacances pour les familles à faible revenu). Beaucoup de choses pendant ces vacances sont faites en commun : les cinq familles et les dix volontaires vivent ensemble dans la maison, ils préparent les repas, mangent ensemble et font des activités communes. Cependant, le temps familial est également essentiel, les après-midis pendant lesquels les familles font des activités, que ce soit faire du vélo dans les bois, aller pêcher, faire des arts et artisanats, leur permet de vivre des expériences communes, comme une famille normale. Pendant leur séjour, chaque famille crée un album photos avec des souvenirs de leur voyage – ce qui est important pour se remémorer et pour montrer à ses voisins, amis, camarades de classes et services sociaux ce qu’ils ont fait pendant les vacances.

    « La Bise » fait partie d’un réseau promouvant les vacances comme un moyen de lutte contre l’exclusion. Il a été créé à la suite de la loi d’orientation contre l’exclusion de 1998 qui consacre le droit aux vacances. Les vacances permettent en effet aux démunis d’apprendre à se prendre en charge et à décider de leur quotidien. Ainsi cette initiative politique veut lutter contre l’exclusion sociale et la pauvreté.

    [Cliquez ici pour une présentation de “La Bise” en français.]

    [Cliquez ici pour une autre présentation de “La Bise” en anglais.]

    Francine van Beneden, membre d’ATD Quart-Monde, qui a vécu auparavant dans la rue, a expliqué à quel point son expérience dans une villa de vacances en Espagne avec ses enfants a été importante pour toute sa famille et comment ils avaient appris à vivre ensemble. Elle a également relevé l’importance de la culture pendant leur séjour.

    La discussion suivant la table ronde s’est concentrée sur la question sémantique suivante : est-ce que « vacances » est le mot juste à employer ? Les personnes qui ne travaillent pas, ont-elles le droit « de faire une pause » ? Pour Lisa, c’est exactement le bon mot à utiliser, puisqu’elle est en faveur d’une société se construisant en commun avec une égalité pour tous, et non permettant seulement à quelques personnes défavorisées d’échapper à la pauvreté et de connaître une ascension sociale.

    Marianne Thyssen, commissaire européenne pour l’Emploi, les Affaires sociales, les Compétences et la Mobilité des travailleurs, a prononcé le dernier discours de l’après-midi, au sujet des propositions visant à instaurer un socle européen de droits sociaux. Pour elle, il a été prouvé que les inégalités brident la croissance et ont des impacts négatifs sur toute la société. C’est pourquoi la Commission s’est fixé comme objectif de doter l’UE d’un « triple A » en matière sociale. En raison de la crise économique et sociale, la réduction du nombre d’Européens menacés par la pauvreté a été l’objectif le moins bien réalisé de la stratégie UE 2020. Mais ce n’est pas une raison d’abandonner. L’UE a besoin d’une croissance équitable et équilibrée, avec des emplois décents, de haute qualité et d’une protection sociale.

    L’objectif du pilier social est d’analyser la législation, les outils et les principes existants relatifs à l’emploi, au marché du travail, au droit du travail, à la politique de protection sociale et de voir où des réformes sont nécessaires. La politique sociale a besoin d’être adaptée et de fournir des opportunités équitables, un accès à l’éducation, à des services publics de qualité, à des conditions de travail justes et à des systèmes de protection sociale adéquats. Les systèmes modernes de protection sociale doivent couvrir tout le monde, ils doivent soutenir le développement des compétences et du savoir-faire. Cela est en effet essentiel pour la croissance et les perspectives d’avenir. Dans le cadre de la proposition de socle européen de droits sociaux, une attention particulière est portée sur la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, avec la mise en place d’une protection sociale adéquate comme le revenu minimum, la garde d’enfants, le système santé et les soins à long terme.

    Il est important de reconnaître toutefois que l’UE n’a pas les compétences dans tous ces domaines. La Commission utilisera les outils à sa disposition de manière appropriée – par la législation, le Semestre européen, les échanges de bonnes pratiques, la mise en place de standards.

    Dans la session de questions-réponses, le problème de l’extrême pauvreté, notamment celui du sans-abrisme, a été soulevé, ainsi que des questions sur la façon dont la Commission allait traiter le problème, celui-ci n’étant pas couvert par le pilier social

  • Sylvie Goulard invitée de 500 millions d’Européens sur BFM business

    Sylvie Goulard invitée de 500 millions d’Européens sur BFM business

    Retrouvez le podcast de l’émission consacrée au code de conduite des commissaires européens.

  • A Fréjus, « aller sur le terrain parler d’Europe »

    A Fréjus, « aller sur le terrain parler d’Europe »

    Sylvie Goulard, députée européenne ALDE(Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe), animait mardi une conférence-débat organisée par l’association citoyenne du Forum républicain à l’espace municipal « Le Bateau » à Port-Fréjus.
    Le thème  : « Pourquoi rester dans l’Union européenne est-il dans notre intérêt ? »

    Organiser une conférence sur l’Europe, deux jours après les universités d’été du FN à Fréjus ? Tout sauf un hasard. Le Forum républicain a voulu « contrebalancer et montrer que Fréjus n’appartient pas au FN et à Marine Le Pen, mais qu’une opposition existe, des citoyens républicains œuvrant pour tous et pas uniquement pour une partie de la population », explique Marie-José De Azevedo, présidente de l’association citoyenne qui se veut ouverte à toutes les couleurs politiques (à part le FN). Rencontre avec Sylvie Goulard.

    Vous venez dans une ville, Fréjus, qui vient d’accueillir la rentrée politique du FN : alors que les crises identitaires, l’europhobie et les extrêmes droites montent partout en Europe, le thème de la soirée est un rien provocateur, non ? Justement, aujourd’hui, pourquoi rester dans l’Europe ?

    Jusqu’à nouvel ordre, la France est une démocratie fondée sur la liberté d’expression. Si l’Union européenne (UE) n’existait pas, ce serait le moment de l’inventer car le monde change à vive allure. La Chine ou l’Inde comptent déjà plus d’un milliard d’habitants, la France 66 millions. Vers 2050, le continent européen entier pèsera tout au plus 4% de la population mondiale alors qu’il en représentait encore le quart dans les années 50. L’innovation exigeant des moyens considérables, l’emploi de demain dépend de la capacité des entreprises à s’adosser à de grands marchés. Enfin, le changement climatique comme le terrorisme islamique ignorent les postes frontières. La défense de nos valeurs et de nos intérêts nationaux exige de recourir à tous les moyens d’action à notre disposition. Se priver de l’appartenance à l’UE ne nous donnerait aucun moyen d’influence accru, bien au contraire, il nous priverait d’enceintes de dialogue et de voies de recours précieuses. Les Britanniques sont en train de le comprendre. Pourquoi croyez-vous qu’ils tardent tant à déclencher la procédure de sortie ?

    Les institutions européennes et les gouvernements des principales puissances européennes ne sont-ils pas en partie responsables de cette nouvelle crise politique européenne ?

    A l’origine, la crise financière est venue des États-Unis. Toutefois, cette crise a fait des ravages essentiellement parce que les gouvernements nationaux s’en sont tenus à des demi-mesures, lorsqu’ils étaient le dos au mur, au lieu de développer une riposte européenne cohérente, solidaire où assainissement financier et investissements et accompagnement social seraient allés de pair. L’UE doit être sérieusement réformée ; elle doit par exemple s’occuper de réduire les inégalités. L’intergroupe de lutte contre la pauvreté du Parlement européen, que je préside, se bat en ce sens. Il faut également doter l’UE de contrôles aux frontières extérieures, indispensables pour conserver sans danger les bienfaits de la libre circulation. Cela suppose des élus qu’ils disent la vérité au lieu de ressasser un souverainisme passéiste. Perfectionner l’UE, oui, la détruire sans avoir rien d’autre à offrir que des visions chauvines, inadaptées au monde de 2016, voilà qui est hasardeux.

    Beaucoup disent que l’Europe est en danger. Après le Brexit, comment empêcher l’accélération d’une « désagrégation » de l’UE ?

    Si l’UE venait à disparaître, non seulement elle serait en danger mais tous les pays qui la composent seraient entraînés dans des années de divorce sordide, préjudiciable à leur prospérité. Le rebond est possible, en fixant un cap clair – l’UE nous sert à peser dans le monde – et un calendrier modeste, en commençant par des actes concrets. La priorité serait de recréer la confiance entre partenaires européens et à l’intérieur de nos pays. C’est pourquoi il faut que les députés européens aillent sur le terrain parler d’Europe. La France a vocation à faire le pont entre les pays latins et le monde germanique. La rencontre de la gauche à Athènes, contre l’Allemagne, a été un échec autant qu’un contresens historique. Elle a crispé un peu plus le gouvernement de Berlin sans rien produire.
    A l’époque de Kohl et Mitterrand, ou de VGE et Schmidt, le franco-allemand transcendait les partis. L’Europe, œuvre de patience et de compromis, appelle du travail et du respect mutuel. C’est bien différent des rodomontades simplificatrices des leaders populistes.

  • L’invitée du mois : Sylvie Goulard 16/09/2016

    L’invitée du mois : Sylvie Goulard 16/09/2016

    De liberalen Europadeputéierte Charles Goerens am Gespréich mat senger franséischer Fraktiounskolleegin Sylvie Goulard.

  • Audition de Julian King

    Audition de Julian King

    Dans le cadre de l’audition de Julian King, je me permets de rappeler à ceux qui l’auraient oublié la déclaration qu’a publié Jonathan Hill le 25 juin 2016 à l’occasion de sa démission, après le référendum au Royaume-Uni.

    Like many people here and in the UK, I am obviously very disappointed about the result of the referendum. I wanted it to end differently and had hoped that Britain would want to play a role in arguing for an outward-looking, flexible, competitive, free trade Europe. But the British people took a different decision, and that is the way that democracy works.

    As we move to a new phase, I don’t believe it is right that I should carry on as the British Commissioner as though nothing had happened. In line with what I discussed with the President of the Commission some weeks ago, I have therefore told him that I shall stand down. At the same time, there needs to be an orderly handover, so I have said that I will work with him to make sure that happens in the weeks ahead.

    I am very grateful to Jean-Claude Juncker for giving me the chance to work on financial services and for the opportunity to help support jobs and growth in Europe. I was also glad to have worked with other Commissioners in trying to take forward our programme of reform, and to have had the chance to work with excellent officials at DG FISMA and in my own team.

    I came to Brussels as someone who had campaigned against Britain joining the euro and who was sceptical about Europe. I will leave it certain that, despite its frustrations, our membership was good for our place in the world and good for our economy. But what is done cannot be undone and now we have to get on with making our new relationship with Europe work as well as possible.

    Retrouvez également la déclaration sur le site de la Commission européenne en cliquant ici.

    Version longue de l’article paru sur le site du journal Le Point :

    La situation est grave, sans précédent dans toute l’histoire de la construction européenne : le « Brexit » risque de mal tourner et d’entraîner l’Union européenne dans la tourmente.

    L’indécision, les atermoiements actuels donnent le sentiment que la volonté du peuple britannique n’est pas respectée. Même si tous les partenaires européens du Royaume-Uni étaient favorables au maintien dans l’Union, les 27 gouvernements, la Commission et le Parlement européens se sont expressément déclarés prêts à tirer les conséquences du référendum du 23 juin dernier. Mme May répétant « Brexit means Brexit », le respect du choix démocratique des Britanniques commande d’agir vite, sans esprit de revanche, ni naïveté.

    L’incertitude est préjudiciable à l’économie. Certaines décisions, des investissement par exemple, ont pu être suspendues mais ne sauraient être indéfiniment reportées. Un cadre de négociation doit être créé pour répondre à des questions concrètes : il y aura-t-il des droits de douane sur les marchandises ? Les diplômes universitaires conserveront-ils une équivalence ? Les retraités anglais installés en Espagne ou en Dordogne auront-ils encore accès aux prestations sociales ? La sécurité des Européens d’Europe centrale installés au RU invite aussi à accélérer. Ils sont la cible d’actes xénophobes, un assassinat s’est produit, dans un climat post référendaire assez malsain. Enfin, il est crucial, pour les 27 , de préserver le marché unique fondé sur quatre libertés indissociables (circulation des personnes, des biens, des capitaux et des services) et pour la zone euro, de défendre sa souveraineté financière.

    A ce jour, les esprits sont en proie à un  juridisme étroit. L’idée curieuse se répand que le RU peut se prévaloir de toutes les dispositions du traité, exactement comme s’il devait rester durablement membre de l’Union. Ce « business as usual » est absurde et ne peut qu’aboutir à saper la confiance mutuelle, surtout si le gouvernement de Londres continue à picorer les dispositions qui l’arrangent : il commence, au mépris des traités, à négocier des accords commerciaux bilatéraux avec des pays tiers comme l’Australie, ce que JC Juncker a justement dénoncé. Il interprète l’article 50 du traité UE, relatif à la procédure de sortie, comme une prérogative unilatérale. Du divorce, on passe à la répudiation. Comme si le principe de « coopération loyale » solennellement inscrit lui aussi dans les traités (article. 4.3.), et même le bon sens, n’avaient plus cours.

    Le lundi 12 septembre, le futur commissaire britannique, Julian King, sera auditionné par le Parlement européen. En droit, le Royaume-Uni peut certes revendiquer un portefeuille de commissaire et les qualités du candidat ne sont pas en cause mais mieux vaudrait que Mme May vienne d’abord s’exprimer en plénière devant les représentants des citoyens. Le commissaire britannique démissionnaire, Jonathan Hill n’a pas pris un congé pour convenances personnelles, afin de jouer au golf. Il a tiré les conséquences du vote du 23 juin avec un sens des responsabilités admirable. Il n’y a pas de raison de nommer un successeur. Rappelons que les commissaires travaillent de manière collégiale, chacun ayant voix au chapitre. Monsieur King aurait ainsi accès aux positions de l’UE notamment …sur le Brexit et interviendrait sur des législations qui, à l’avenir, ne sont pas censées s’appliquer au RU. En outre, loin d’être une personnalité politique, comme JC Juncker l’a exigé pour le reste de son équipe, c’est un diplomate du Foreign Office, aujourd’hui ambassadeur à Paris. Prétendre qu’il exercera son mandat en toute indépendance est un conte à dormir debout. Avec un contrat à durée …très déterminée à Bruxelles, son cœur penchera vers Londres. Il risque même d’être parjure puisqu’il est censé prêter serment à Luxembourg avant de se mettre au service de l’Union européenne. Et, cerise sur le gâteau, son portefeuille (la sécurité / le terrorisme) couvre un domaine auquel le RU n’a jamais voulu participer. N’est-on pas en train de se moquer à la fois des électeurs britanniques, notamment pro Brexit, et des autres Européens ?

    La confusion n’est pas moins grande au Parlement européen : une lecture juridique à courte vue aboutit à laisser aux députés britanniques toutes leurs responsabilités. Ils continuent à présider des commissions parlementaires majeures, … y compris celle chargée d’auditionner M. King. Même des partisans acharnés du « Brexit » entendent conserver leurs fonctions de rapporteurs de textes législatifs. En juillet, en commission des affaires économiques et monétaires, certains députés  d’outre-Manche ont commencé à déposer des amendements au profit des… « pays tiers », catégorie dans laquelle le RU se trouvera bientôt.

    Il serait temps que les chefs d’Etat et de gouvernement, et les institutions, opèrent avec plus de clarté.

    Une solution pourrait consister à procéder en deux temps : d’abord une sortie informelle du pays de l’UE et de ses institutions sur la base d’un « gentleman’s agreement » à 28. Avec dignité, le RU se mettrait en réserve : il n’aurait plus alors ni commissaire, ni députés au Parlement, ni juge à la Cour. La rédaction de l’article 50 (qui exclut le pays sortant du conseil des ministres et du conseil européen) montre bien que celui-ci n’a pas vocation à siéger en même temps « des deux côté de la table de négociation ». Familiers du droit souple (soft law), par tradition, les citoyens britanniques ne seraient sans doute pas choqués par cette solution pragmatique. Ensuite, et sans délai, les négociations proprement dites débuteraient afin d’aboutir dans le délai de deux ans prévu par l’article 50 précité, ce qui permettrait en outre de terminer avant les élections européennes et la désignation de la nouvelle Commission (été 2019).

    Naturellement, un esprit constructif devra prévaloir. Des coopérations commerciales, comme l’UE en a nouées avec bien des pays tiers sont possibles et souhaitables, selon des modalités à définir. Le Brexit n’empêchera pas non plus de rester étroitement unis en matière de défense et de sécurité, de recherche. Les échanges  de jeunes ne devront en aucun cas régresser.

    L’Union européenne, et les 27 Etats qui la composent, comme le RU, doivent se ressaisir et prendre de la hauteur. Pour être moins douloureuse, et aussi digne que possible, une séparation aussi lourde de conséquences requiert de la vision et du courage, pas des chicaneries

  • La patrie des droits de l’homme, vraiment ?

    La patrie des droits de l’homme, vraiment ?

    La France s’enorgueillit d’être «la patrie des droits de l’homme » mais la situation finirait par donner raison à Robert Badinter quand il interroge grinçant : « peut-être la France n’est-elle finalement que la patrie de la déclaration des droits de l’homme ? »

    Le Président de la République a annoncé jeudi 3 septembre, aux côtés de la Chancelière allemande, qu’il se ralliait à l’idée d’une répartition des réfugiés entre les différents pays européens. C’est une évolution tardive mais heureuse qui mérite d’être saluée. Il y a quelques mois, Manuel Valls rejetait avec force  les exhortations du Président de la Commission européenne allant dans le même sens. L’espace Schengen étant unique, chaque pays doit contribue à une solution commune.

    Il aura donc fallu des images, un camion chargé de cadavres asphyxiés, un corps d’enfant noyé sur une plage où les bambins de son âge jouent, pour que les responsables politiques osent défier les forces xénophobes. Depuis des années, les Italiens alertent pourtant sur les noyades dans le détroit de Sicile.

    Pourquoi faut-il le faire ?

    On ne laisse pas mourir des êtres humains sans essayer au moins de leur porter secours. Le codepénal condamne « la non assistance à personne en danger ».

    On ne peut pas « tous les renvoyer chez eux ».  En Syrie et dans plusieurs pays, la guerre fait rage. Des familles fuient les bombardements, le manque d’eau et de nourriture, les viols, le fanatisme. Naturellement, si – comme cela semble le cas – des personnes originaires de pays où leur vie n’est pas menacée, comme les Balkans par exemple – essaient de se mêler aux réfugiés de guerre, il faut différencier. Le devoir d’accueil vaut prioritairement pour les personnes menacées, en provenance de zones dangereuses ou déshéritées, sans qu’il soit toujours facile d’opérer des distinctions.

    Les migrants ne sont pas seulement un problème à gérer. Tout être humain a des talents, des compétences. Tous auront le caractère trempé par les terribles épreuves qu’ils traversent. On ne diminue pas le chômage en partageant une quantité donnée de travail mais en faisant preuve de dynamisme et d’innovation. Un apport de population, souvent jeune et qualifiée, prête à tenter sa chance, peut avoir un impact positif sur l’économie.

    Le souverainisme est démenti par les faits. Il n’y a pas de solution nationale satisfaisante aux problèmes majeurs auxquels nous sommes confrontés. Dire le contraire est un mensonge. Nous avons besoin de mutualiser les moyens européens pour assurer notre sécurité face au totalitarisme de Daesh, pour stabiliser le Moyen-Orient comme pour assurer un contrôle efficace et humain de nos frontières, voire simplement pour respecter nos engagements internationaux relatifs à l’asile.

    Peut-on le faire, dans un contexte de populisme exacerbé ?

    Quand il s’agit de vie ou de mort, les citoyens attendent des dirigeants qu’ils prennent de la hauteur. Sans instrumentaliser les victimes,  le péril invite à agir résolument. Certaines querelles politiciennes, certains calculs deviennent dérisoires. Comme au moment des attentats à Paris, les évènements transforment les esprits.

    Ce qui se joue ces semaines-ci est inédit depuis la création de l’Europe, capital pour son avenir, son image et celle de la France en Europe. Quand les êtres humains se mettent en marche, on sort des scénarios ordinaires. La gravité des enjeux peut aussi aider à franchir des étapes inimaginables il y a encore quelques mois.

    Les pro-Européens déçus attendent une initiative qui redonne du souffle à l’Europe. Nombreux, souvent silencieux, ils peuvent basculer du mauvais côté par désespérance ou bien retrouver le goût de construire quelque chose de grand et de juste. Le FN et ses succédanés prospèrent parce que le « contre-discours » est trop peu audible, la responsabilité étant d’ailleurs partagée entre tous les partis modérés (ou censés l’être) et certains religieux et intellectuels complaisants avec la xénophobie identitaire.

    Que faire ?

    Pour les migrants, l’urgence est à l’accueil.

    Les autorités allemandes ont annoncé être prêtes à accueillir 800 000 personnes, soit environ 1 % de la population fédérale. Angela Merkel multiplie les discours contre la xénophobie, dénonce les exactions de groupuscules attaquant les centres d’accueil, assure que l’objectif peut être atteint. La société civile allemande, surtout à l’ouest, se mobilise avec générosité. En 1992/93 lors de la guerre en ex-Yougoslavie, l’Allemagne a fait un effort considérable d’ouverture. Elle a l’expérience de ce type d’opérations et sait qu’une fois la paix revenue, nombre des demandeurs d’asile souhaitent rentrer dans leur pays.

    Si la France en faisait autant, elle pourrait accueillir … 650.000 personnes ! Pour toute l’Europe, Jean-Claude Juncker parle de 120.000 individus ! Pour mémoire, des pays assurément plus pauvres que nous, comme la Jordanie ou le Liban, atteignent des niveaux d’accueil représentant 20 à 25 % de la population nationale.

    Au-delà, il faut réfléchir au type d’Europe dans laquelle nous voulons vivre. Comment combiner plus clairement solidarité et responsabilité.

    Nous n’avons aucun intérêt à défaire l’espace Schengen qui nous donne une grande liberté. En assurant le passage des frontières sans contrôle, il permet, par exemple, aux marchandises de circuler, aux frontaliers  d’aller travailler tous les matins. Promettre son démantèlement est démagogique, vu la longueur des files de camions et l’exaspération des voyageurs qui en résulteraient. En revanche, à cet espace commun doit correspondre une action publique commune.

    Les Etats qui se dérobent à leurs devoirs ou bafouent les valeurs européennes tout en tirant profit de l’ouverture, n’y ont aucune place La complaisance envers Viktor Orban notamment, au sein du PPE, n’a que trop duré.

    Les secteurs concernés sont, il ne faut pas le cacher, particulièrement sensibles et régaliens.

    L’action à entreprendre à l’extérieur, complexe, doit englober des initiatives diplomatiques et de défense de long terme, visant à créer les conditions d’une stabilité durable au Moyen Orient et Méditerranée (et une auto-critique de ceux qui sont allés y porter le chaos, comme la France et le Royaume-Uni en Libye). Elle suppose aussi d’apporter un appui aux Etats qui se trouvent géographiquement en première ligne et plus encore de travailler dans les pays de départ pour traquer les passeurs et  encourager sur place les filières légales.

    Elle devrait se doubler d’une action à l’intérieur de l’UE visant à uniformiser les conditions d’application du droit d’asile, éviter les abus et les fraudes tout en veillant à l’humanité de l’accueil.

    Cette crise montre que l’Union européenne mérite d’être repensée. En apportant des décennies de paix à l’Ouest de l’Europe, en accompagnant la fin du communisme à l’Est, elle n’a pas démérité. Mais désormais l’enjeu est d’une tout autre ampleur : face au basculement du monde, dont les migrants sont le symbole le plus poignant, les Européens sont au pied du mur.

    Le moment du choix approche. Nous allons bientôt  savoir qui veut avancer et qui renâcle. Si certains partenaires rechignent à la solidarité  dans les heures difficiles, s’ils ne sont pas prêts à partager la souveraineté, il faudra les laisser à leur solitude nationale.

    La France a quelques questions à se poser. Longtemps, les hommes politiques français ont pensé empocher les avantages de l’Union sans s’engager trop dans le partage du pouvoir. Certains ont caressé l’idée d’un « gouvernement économique », magistrale illustration d’un dessein tronqué. On ne peut pas continuer à faire du « business » ensemble, au détriment de la démocratie et en laissant de côté l’essentiel. Les bouleversements du XXIème siècle balaient ces bricolages.