Sylvie Goulard
ICP â 17 novembre 2016
Seul le prononcé fait foi
Bien commun et intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral europĂ©en
Merci infiniment au PĂšre Artus, Ă Pierre-AndrĂ© de Chalendar ainsi quâĂ lâInstitut catholique de Paris de mâavoir invitĂ©e au colloque inaugural de la chaire Bien commun.
Merci Ă©galement Ă tous ceux qui ont contribuĂ© Ă lâorganisation de cet Ă©vĂ©nement, notamment Ă Emilie Tardivel et Chiara Pesaresi.
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Ce sujet magnifique mais vaste et délicat, appelle trois remarques préliminaires pour délimiter mon propos.
Tout dâabord, en toute rigueur, les deux notions de bien commun et dâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral que votre titre associe, ne sont pas tout Ă fait Ă©quivalentes : la dimension spirituelle de la notion de bien commun, telle que la doctrine sociale de lâEglise notamment lâa cristallisĂ©e, se distingue de la notion sĂ©cularisĂ©e dâun intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©raldont il est admis, depuis les LumiĂšres au moins, quâil est issu de choix dĂ©mocratiques. Dâun cĂŽtĂ© la rĂ©vĂ©lation, de lâautre un « contrat social ».
NâĂ©tant ni thĂ©ologienne, ni philosophe, je me bornerai Ă apporter le tĂ©moignage dâune Ă©lue qui essaie de travailler dans lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral dans ce cadre trĂšs particulier quâest lâUnion europĂ©enne.
En outre, en France, le concept dâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral est souvent associĂ© Ă la fois Ă la Nation, comme cadre de la communautĂ©, et Ă lâEtat en tant que puissance publique. Câest Ă mon sens doublement rĂ©ducteur.
Je reviendrai Ă la fin de mon propos sur les raisons pour lesquelles, Ă mon sens, lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral nâest pas lâapanage de lâEtat, i.e. de la puissance publique mais appelle aussi lâaction dâentreprises, dâONG, de citoyens etc.
Un mot dâores et dĂ©jĂ sur la Nation comme cadre naturel, et pour certains exclusif de la dĂ©finition de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Cette vision est autocentrĂ©e (autoreferenziale dirait le pape) ; elle prend notre Ă©poque et les structures connues pour une donnĂ©e, passant sous silence le fait que toutes les nations sont des constructions. Or les nations nâont pas toujours existĂ©, loin de lĂ mĂȘme si on le fait croire, comme par exemple le GĂ©nĂ©ral de Gaulle qui affirmait : « il y a un pacte vingt fois sĂ©culaire entre la grandeur de la France et la libertĂ© du monde »⊠Pour certains pays, lâAllemagne ou lâItalie, elles ont pris une forme Ă©tatique, au XIXĂšme siĂšcle seulement. Au MusĂ©e du « Baden WĂŒrttemberg » Ă Stuttgart, on voit combien ce Land qui dĂ©fend aujourdâhui son identitĂ©, Ă©tait autrefois une mosaĂŻque dâĂ©vĂȘchĂ©s, de principautĂ©s et autres micro territoires. Câest lâinvasion napolĂ©onienne qui a donnĂ© une premiĂšre impulsion vers lâunitĂ©, du Baden dâun cĂŽtĂ© et du WĂŒrttemberg de lâautre. Puis les AlliĂ©s, aprĂšs la seconde guerre mondiale ont créé le Land actuel.
Tocqueville a bien montrĂ© dans De la dĂ©mocratie en AmĂ©rique, que nous avons tendance Ă nous focaliser sur ce que nous connaissons, en « nous arrĂȘtant complaisamment au milieu des dĂ©bris de lâancien Ă©difice, nous semblons vouloir nous y fixer pour toujours ».
Il nây a aucune raison de considĂ©rer la Nation comme seul Ă©chelon pertinent du bien commun, ni de conditionner lâavĂšnement dâune dĂ©mocratie, nĂ©cessaire Ă sa cristallisation, Ă la prĂ©existence du demos ; dans la GrĂšce antique, Ă lâĂ©poque de ClisthĂšne, câest la crĂ©ation de la CitĂ© qui a rassemblĂ© les tribus en demos, en peuple. Celui-ci ne prĂ©existait pas, comme certains souverainistes cherchent Ă le faire croire.
Enfin, la recherche du bien commun / la poursuite de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral peut sembler trĂšs abstraite. La fresque du buon governo dâAmbrogio Lorenzetti qui orne lâHĂŽtel de ville de Sienna en Toscane permet, me semble-t-il, de sâen faire une idĂ©e : le buon governo, celui qui recherche le bien, ce sont des paysages riants, pacifiques oĂč la prospĂ©ritĂ© prend la forme des petits cochons siennais, tout dodus (la cinta senese). Le rĂ©sultat du mal governo est au contraire la dĂ©solation et la famine.
Dans son remarquable ouvrage LâĂ©conomie du bien commun
[1], Jean Tirole, directeur de la Toulouse School of economics, prix Nobel dâĂ©conomie, prĂ©sente la science Ă©conomique comme pouvant contribuer au bien commun, parce quâ « elle a pour objet de rendre le monde meilleur ».
LâĂ©conomie, science trop souvent mĂ©prisĂ©e en France, au dĂ©triment dâune vision « politique » mĂ©rite dâĂȘtre rĂ©habilitĂ©e, dans la mesure oĂč seule une Ă©conomie prospĂšre permet de financer durablement des politiques ambitieuses. Cependant, comme Jean Tirole est le premier Ă lâadmettre, la recherche du bien commun ne se limite pas Ă lâĂ©conomie ou au fonctionnement du marchĂ©. La stabilitĂ© politique, lâexistence de droits dont jouissent les citoyens notamment, font partie de la notion Ă Ă©tudier.
Sâagissant de lâĂ©chelon europĂ©en, je voudrais donc :
- tout dâabord (I) rappeler Ă quel point la CommunautĂ© europĂ©enne a Ă©tĂ© conçue comme un instrument au service du bien commun, par delĂ les frontiĂšres des nations; quelles que soient les critiques quâon peut avoir envers lâUE â et certaines sont justifiĂ©es â il serait bon de replacer lâexpĂ©rience dans une perspective reflĂ©tant sa difficultĂ© intrinsĂšque, au lieu de lâaccabler sans faire cet effort ;
- souligner ensuite (II) que lâUE prĂ©sente la double caractĂ©ristique de mener des politiques recherchant lâintĂ©rĂȘt commun des EuropĂ©ens et de reposer sur des institutions dĂ©diĂ©es ; des rĂ©sultats significatifs sont Ă porter Ă son crĂ©dit ;
- enfin, je voudrais examiner avec vous rapidement comment nous pourrions remĂ©dier Ă la grave insatisfaction qui est perceptible aujourdâhui (III).
DâoĂč ma conclusion qui voudrait inviter Ă sortir de la morositĂ© ambiante et de la nostalgie dâun pseudo Ăąge dâor rĂ©volu qui ne rĂšgle rien.
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I- Mettre le bien lĂ oĂč Ă©tait le mal, telle est la raison dâĂȘtre de la CommunautĂ© europĂ©enne
La genĂšse de lâUE, comme le droit positif sur lequel elle repose aujourdâhui, en attestent.
A-LâUnion europĂ©enne a une genĂšse trĂšs particuliĂšre
Née dans des conditions historiques spécifiques, elle est fondée sur :
- Le rejet de la guerre qui se traduit par la mise en commun des matiĂšres premiĂšres nĂ©cessaires Ă la production dâarmes (ce que Schuman a appelĂ© dans la DĂ©claration du 9 mai 1950, la crĂ©ation dâune « solidaritĂ© de fait», autour du charbon et de lâacier).
- La pratique du pardon et de la rĂ©conciliation: le tour pris par la relation franco-allemande Ă partir des annĂ©es 50, puis le traitĂ© de lâElysĂ©e de janvier 1963 est absolument extraordinaire. Le rapprochement Ă©tait dans lâintĂ©rĂȘt mutuel mais lâexistence dâintĂ©rĂȘts communs ne permet pas toujours â comme on le voit en ce moment, dâavancer. Ceux qui prĂ©tendent aujourdâhui quâil Ă©tait plus facile de « faire lâEurope » aprĂšs guerre, se trompent gravement. Les populations aspiraient Ă la paix, câest vrai, mais bien des familles pleuraient leurs morts ; se rĂ©concilier avec lâennemi dâhier nâĂ©tait pas si simple quâon le dit rĂ©trospectivement. La dĂ©marche exigeait une hauteur de vues et un courage peu communs. Il nây avait en outre aucun prĂ©cĂ©dent.
- Une coopĂ©ration fondĂ©e sur un ordre de droit autonome, dâoĂč lâimportance des rĂšgles et des institutions, notamment la Cour de Justice de lâUnion europĂ©enne chargĂ©e de les faire respecter ; la Cour est lâun des signes que lâUE nâest pas une simple alliance dâEtats mais une communautĂ© crĂ©ant aussi des droits pour les citoyens et les entreprises.
Ainsi lâUnion europĂ©enne est, Ă ce jour, le seul projet politique au monde Ă pouvoir se rĂ©clamer dâune matrice qui nâest :
- Ni une volontĂ© de libĂ©ration nationale ou dâauto-dĂ©termination (comme les Etats-Unis dâAmĂ©rique et dâautres pays nĂ©s de la dĂ©colonisation) ;
- Ni une volontĂ© de puissance visant Ă la domination (comme celui dâHitler) ;
- Ni un impĂ©rialisme idĂ©ologique (comme celui des rĂ©volutionnaires français aprĂšs 1789, ou de lâURSS).
LâUE procĂšde au contraire dâune dĂ©marche volontaire visant Ă remplacer les rapports de force par des relations fondĂ©es sur le droit, coopĂ©ratives.
Naturellement, les occasions de confrontation ne disparaissent pas par miracle. A lâintĂ©rieur de lâUnion europĂ©enne, les nĂ©gociations sont souvent difficiles, des reculs peuvent mĂȘme se produire mais encore faut-il mesurer lâampleur de lâentreprise.
Notamment, il est important de souligner combien les souverainistes font miroiter des illusions quand ils prĂ©tendent que nous aurions plus de contrĂŽle sur notre destin en ayant moins de moyens dâinfluence sur nos partenaires : lâUE offre des enceintes (le Conseil des gouverneurs de la BCE, la Commission, le Parlement, la Cour) oĂč les diffĂ©rends sont dĂ©battus et aplanis. Ce nâest certes pas parfait mais en quoi le retour Ă des Ătats-nations fiers dâune souverainetĂ© exacerbĂ©e offrirait-il des garanties supplĂ©mentaires ?
Par exemple, si nous sortions de lâeuro pour retourner au franc, les Allemands retourneraient au mark, les Italiens Ă la lire ; nous rĂ©cupĂšrerions certains instruments de dĂ©cision nationale (la dĂ©valuation) mais ils en feraient autant ; nous aurions donc Ă la fois moins dâinfluence sur eux et nous subirions le contrecoup de leurs mesures unilatĂ©rales.
La dimension morale du projet europĂ©en ressort des Ă©crits de tous les pĂšres fondateurs quelle que soit leur sensibilitĂ© : dâAltiero Spinelli (communiste italien emprisonnĂ© Ă Ventotene par les fascistes) Ă Robert Schuman, de Konrad Adenauer (catholiques français et allemand de centre droit) Ă Paul-Henri Spaak (socialiste belge agnostique).
Dans la DĂ©claration Schuman du 9 mai 1950, celui-ci parle dâune contribution Ă la « civilisation ». Pour Konrad Adenauer, « cette entreprise (âŠ) appartient Ă lâordre de la morale»[2].
Le prĂ©ambule du TraitĂ© de Rome, signĂ© le 25 mars 1957, prĂ©cise que la dĂ©marche vise « lâamĂ©lioration constante des conditions de vie et dâemploi » des peuples des pays signataires.
Paul-Henri Spaak qui lâa façonnĂ© prĂ©sentait le marchĂ© commun comme « une solidaritĂ© profonde entre six peuples <rivaux> qui maintenant se rejoignent et sâunissent, Ă travers la richesse de leur diversitĂ©, pour la dĂ©fense dâun mĂȘme idĂ©al humain »[3].
Sans parler de Winston Churchill qui Ă Zurich, en 1946, Ă©voquait la nĂ©cessitĂ© de « recrĂ©er la famille europĂ©enne, cela dans la mesure du possible, puis de lâĂ©lever de telle sorte quâelle puisse se dĂ©velopper dans la paix, la sĂ©curitĂ© et la liberté».
IdĂ©al, civilisation, Ă©lĂ©vation des hommes, le plan initial nâavait rien dâun marchĂ© dâĂ©piciers, quoiquâon raconte aujourdâhui.
B- Depuis ces premiers temps, le droit positif de lâUE sâest enrichi :
Le prĂ©ambule de la Charte des droits fondamentaux de lâUE rappelle que « lâUnion se fonde sur les valeurs indivisibles et universelles de dignitĂ© humaine, de libertĂ©, dâĂ©galitĂ© et de solidaritĂ© ; elle repose sur le principe de la dĂ©mocratie et le principe de lâĂtat de droit. Elle place la personne au cĆur de son action. »
Lâart. 3 du TraitĂ© sur lâUE Ă©numĂšre ainsi les objectifs de lâUE (inter alia) : « la paix, le bien ĂȘtre de ses peuples, la libertĂ© dont la libre circulation des personnes, un marchĂ© intĂ©rieur Ćuvrant pour le dĂ©veloppement durable » ou encore « une Ă©conomie sociale de marchĂ© hautement compĂ©titive, qui tend au plein emploi et au progrĂšs social ».
LâUE entend « combattre lâexclusion sociale et les discriminations et promeut la justice et la protection sociale, lâĂ©galitĂ© entre les femmes et les hommes ».
Dans ses relations avec le reste du monde, lâUnion veut notamment « contribuer Ă la paix, Ă la sĂ©curitĂ©, au dĂ©veloppement durable de la planĂšte, Ă la solidaritĂ© et au respect mutuel entre les peuples, au commerce libre et Ă©quitable, Ă lâĂ©limination de la pauvretĂ© et Ă la protection des droits de lâhomme (âŠ) ainsi quâau strict respect et au dĂ©veloppement du droit international, notamment au respect des principes de la charte des Nations unies ».
Certes, tous ces mots donnent un peu le vertige. Certes, il ne suffit pas de proclamer des droits pour les rendre effectifs. Des ambitions aussi élevées créent des attentes difficiles à satisfaire. Toutefois la critique légitime ne devrait pas faire perdre toute mesure.
Dâabord, la codification de ces principes universels constitue lâun des progrĂšs majeurs de lâhistoire de lâhumanitĂ©. Et nous y sommes parvenus non parce que nous EuropĂ©ens serions meilleurs, mais parce quâau vingtiĂšme siĂšcle, nous avons Ă©tĂ© pires. Il faudrait se souvenir oĂč a menĂ© le nationalisme avant de le rĂ©veiller.
Ensuite, malgrĂ© toutes ses dĂ©faillances, lâUE est la partie du monde oĂč il fait meilleur vivre. Câest tout particuliĂšrement vrai pour les femmes.
Il est dĂ©solant que nous considĂ©rions ces acquis comme allant tellement de soi que nous oublions combien dâautres ĂȘtres humains sont privĂ©s de soins, de nourriture, sont torturĂ©s, arrĂȘtĂ©s de maniĂšre arbitraire, asservis, y compris dans des pays proches, en Turquie rĂ©cemment. Ou encore combien de jeunes africains nâont strictement aucune chance dâobtenir des visas pour voyager par exemple.
MĂȘme sâil y a encore beaucoup Ă faire pour amĂ©liorer le sort de tous, les EuropĂ©ens sont collectivement les enfants gĂątĂ©s de la planĂšte.
Ă ce propos, une petite digression : la bataille autour de la mention des « racines chrĂ©tiennes » de lâEurope dans les traitĂ©s mâa toujours paru passer Ă cĂŽtĂ© de lâessentiel. La construction europĂ©enne, câest de la chrĂ©tientĂ© en actes. Pour les fondateurs, il Ă©tait dâautant moins nĂ©cessaire de lâafficher quâils accomplissaient pleinement ce Ă quoi ils croyaient.
La mise en commun du charbon et de lâacier fait penser au texte dâIsaĂŻe (Chap. 2 verset 4) : « De leurs Ă©pĂ©es, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lĂšvera lâĂ©pĂ©e ; ils nâapprendront plus la guerre ».
Et lâEvangile (Mathieu 6,6) invite, pour prier, Ă sâenfermer dans sa chambre, sans se donner en spectacle.
Le rapport Une Europe des valeurs, que la COMECE avait confiĂ© Ă Philippe de Schoutheete rĂ©cemment disparu et auquel je rends ici volontiers hommage, qui avait Ă©tĂ© publiĂ© pour les 50 ans du traitĂ© de Rome, en 2007 le rappelle avec beaucoup de subtilitĂ© ; il rĂ©capitule des valeurs propres Ă lâUE[4] en prĂ©cisant : « Dans le cas de lâUnion europĂ©enne, ces valeurs ne sont pas exclusivement chrĂ©tiennes mais elles sont profondĂ©ment enracinĂ©es dans la tradition chrĂ©tienne »[5].
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II â LâUE prĂ©sente la particularitĂ© de mener des politiques originales qui visent le bien commun par delĂ les frontiĂšres, dâoĂč le rĂŽle des institutions en charge de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral quâelle a mises en place.
A- Des politiques destinées à produire du bien commun
Je me bornerai Ă donner quelques exemples : la prĂ©servation des intĂ©rĂȘts des gĂ©nĂ©rations futures, un certain degrĂ© de protection via lâeuro, la stabilitĂ©, un budget de solidaritĂ©.
Permettez- moi dâinsister un peu sur le fait que la CEE puis lâUE ont particuliĂšrement Ă©tĂ© tournĂ©es vers la prĂ©servation des intĂ©rĂȘts des gĂ©nĂ©rations futures.
Ainsi, câest la construction europĂ©enne qui a fait entrer dans le dĂ©bat public français la prĂ©occupation environnementale, grĂące Ă lâinfluence des pays nordiques et de lâAllemagne, incontestablement en avance sur les pays latins en la matiĂšre. LâentrĂ©e en vigueur de lâActe unique europĂ©en en 1987 a constituĂ© la rĂ©forme dĂ©terminante pour lâenvironnement, en instaurant un titre spĂ©cifique dans le traitĂ© instituant la CommunautĂ© europĂ©enne[6].
De mĂȘme, le souci de maĂźtrise des finances publiques est mal compris. Le reproche fait Ă lâUE de sa prĂ©tendue obsession de « lâaustĂ©ritĂ© » masque en rĂ©alitĂ© le souci de ne pas obĂ©rer lâavenir des jeunes gĂ©nĂ©rations. En reportant les coĂ»ts de dĂ©penses improductives sur les jeunes et les enfants Ă naĂźtre, la mauvaise gestion dĂ©truit la solidaritĂ© intergĂ©nĂ©rationnelle. Lâargent public, comme disait Margaret Thatcher est toujours « lâargent des contribuables ». Les Français, qui croient dur comme fer aux vertus de la relance keynĂ©sienne, ignorent en gĂ©nĂ©ral quâil y a des cas oĂč elle produit de bons rĂ©sultats et dâautres oĂč elle est nuisible. Aux niveaux dâendettements actuels, il y a de quoi rĂ©flĂ©chir. Sâil est investi Ă bon escient, le crĂ©dit peut ĂȘtre vertueux mais ce quâon a observĂ© en GrĂšce, et dans une moindre mesure en France, câest une tendance Ă recourir Ă lâemprunt pour financer des dĂ©penses de fonctionnement improductives, mal maĂźtrisĂ©es. La Cour des comptes française le dĂ©nonce avec rĂ©currence (par exemple Ă propos des recrutements dans les collectivitĂ©s locales).
Lâillusion des hommes, dans leur rapport au temps, est probablement le pire ennemi de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Pour prolonger leur mandat de 4 ou 5 ans, parfois moins, bien des hommes politiques mettent en pĂ©ril le long terme.
Sans doute peut-on soutenir que la recherche de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral suppose avant tout la capacitĂ© Ă se projeter dans le temps, Ă apprĂ©hender le long terme, Ă voir au-delĂ de sa propre vie, de son propre pouvoir. Si la relativitĂ© du temps Ă©tait plus prĂ©sente, avec humilitĂ©, la recherche de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral serait facilitĂ©e.
Lâeuro est typiquement lâun de ses projets de long terme que lâimpatience et la pusillanimitĂ© des hommes sont promptes Ă dĂ©truire. Il a fonctionnĂ© comme un bouclier dans la crise ; ceux qui nient cette vertu vont peut-ĂȘtre la redĂ©couvrir si les AmĂ©ricains commencent Ă pratiquer des stratĂ©gies moins coopĂ©ratives. Quand Matteo Renzi se plaint des « Diktats » budgĂ©taires de Bruxelles, il pourrait mĂ©diter le type de Diktat que la lire subirait, dans un monde de monnaies flottantes oĂč prĂ©vaut le chacun pour soi[7].
Enfin, lâUE est un cadre de stabilitĂ© :
Les anciennes dictatures du sud (GrĂšce, Espagne, Portugal) puis lâex bloc communiste ont Ă©tĂ© accompagnĂ©es dans leur transition par lâUE.
La situation est aujourdâhui critique en Hongrie et en Pologne, câest vrai ; mais ceux qui critiquent lâĂ©largissement sans mesure disent rarement ce que seraient devenus ces pays sâils avaient Ă©tĂ© totalement livrĂ©s Ă eux-mĂȘmes, privĂ©s de perspectives et dâinvestissements, Ă la merci des conflits de minoritĂ©s et des convoitises russes ; lâUkraine qui est restĂ©e dans un entre-deux en a payĂ© le prix.
Ce que la situation de la Hongrie et de la Pologne prouve, câest que la transition dĂ©mocratique est une Ćuvre de longue haleine ; des rechutes sont possibles. Dans nos pays aussi, lâEtat de droit est fragile ; certaines dĂ©clarations Ă la suite des attentats terroristes en France devraient nous inciter Ă ne pas faire lâerreur de la paille et de la poutre.
- stabilité économique, pour favoriser la croissance.
Le concept germanique dâĂ©conomie sociale de marchĂ©, dĂ©sormais inscrit dans les traitĂ©s, nâa rien dâultra libĂ©ral. Il correspond au contraire Ă la recherche dâun Ă©quilibre entre dâun cĂŽtĂ© la libertĂ© dâentreprendre et de lâautre, un certain nombre de garde-fous : ainsi la puissance publique assure lâĂ©ducation gratuite, garantit la libertĂ© syndicale (avec mĂȘme en Allemagne, la co-gestion des entreprises par les reprĂ©sentants des salariĂ©s) ; des organes indĂ©pendants veillent au contrĂŽle de la concurrence et Ă©vitent les manipulations monĂ©taires.
Le Brexit fait mieux comprendre combien la destruction de ce cadre serait prĂ©judiciable Ă lâĂ©conomie, notamment Ă cause du dĂ©mantĂšlement des droits des citoyens, des garanties pour les entreprises, des 4 libertĂ©s (libre circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes). Les Brexiters sont en rĂ©alitĂ© assez dĂ©semparĂ©s. Ils ont promis tout (conserver le marchĂ© unique) et son contraire (couper les ponts avec lâUE), en niant les interdĂ©pendances.
Enfin, lâexistence dâun budget supranational (mĂȘme sâil est relativement faible, environ 1 % du PIB) est un vecteur inĂ©dit de solidaritĂ© entre les riches et les pauvres.
Il vise Ă assurer la cohĂ©sion entre rĂ©gions europĂ©ennes et au sein de la sociĂ©tĂ© (Fonds social europĂ©en). Autant le souci dâune gestion rigoureuse des finances publiques est lĂ©gitime, autant on peut sâinterroger sur les positions Ă courte vue consistant dĂ©sormais, dans les pays contributeurs nets, Ă dĂ©nier dĂ©sormais toute valeur Ă la stabilisation de leur entourage.
B â LâUE possĂšde aussi des institutions dĂ©diĂ©es Ă lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral
Notamment la Commission europĂ©enne qui, en vertu de lâarticle 17 TUE « promeut lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral de lâUE et prend les initiatives appropriĂ©es Ă cette fin»
Le rĂŽle de la Commission europĂ©enne, aujourdâhui si dĂ©criĂ©, tient aux conditions de la crĂ©ation de la CECA puis de la CEE.
La construction europĂ©enne a dĂšs lâorigine Ă©tĂ© marquĂ©e par une mĂ©fiance trĂšs forte envers les rĂ©gimes politiques parlementaires classiques qui avaient permis lâavĂšnement des nazis en Allemagne comme la capitulation en France. DâoĂč, Ă lâĂ©poque, une confiance marquĂ©e dans la technocratie. Pour Jean Monnet, la Commission europĂ©enne devait ĂȘtre bĂątie Ă lâimage du Commissariat au Plan français créé en 1946[8].
La Banque Centrale EuropĂ©enne constitue lâautre grande institution indĂ©pendante dĂ©diĂ©e Ă lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral ; la raison pour laquelle elle a pu agir avec cĂ©lĂ©ritĂ© dans la crise, sous la conduite de JC Trichet puis de M. Draghi, tient Ă son caractĂšre indĂ©pendant ; le Directoire / le Conseil des gouverneurs dĂ©cident dans lâintĂ©rĂȘt de la zone euro dans son ensemble.
Les temps ont changĂ© depuis lâaprĂšs-guerre mais la politisation de la Commission, portĂ©e avec fiertĂ© par JC Juncker, est Ă bien des Ă©gards, une rĂ©gression : pour un certain nombre de ses fonctions (concurrence, examen des budgets nationaux des Etats), la Commission est censĂ©e agir avec impartialitĂ©, sans cĂ©der Ă des marchandages politiciens. Elle ne se grandit pas Ă abandonner les terrains de lâexpertise pour entrer dans les compromissions actuelles (par ex sur la Loi de finances française).
Son indĂ©pendance par rapport aux Etats, quelle que soit lâorigine du commissaire concernĂ©, faisait plutĂŽt partie de sa grandeur.
La neutralitĂ© assure aussi la capacitĂ© Ă faire une synthĂšse Ă©quitables des systĂšmes juridiques afin de produire des projets lĂ©gislatifs / des rapports plus « assimilables » par les 28 quâun projet qui serait Ă©laborĂ© dans un seul Etat, quel quâil soit. Elle protĂšge aussi les Etats de petite taille contre dâĂ©ventuels abus de position dominante de la part des plus grands.
A maintes reprises, les fonctionnaires de la Commission ont prouvĂ© quâils faisaient des analyses objectives et câest souvent le niveau politique qui procĂšde aux distorsions, pavant la voie aux problĂšmes futurs : par exemple le rapport sur la situation de la Turquie, Ă lâautomne 2004 avant la dĂ©cision dâouvrir des discussions dâadhĂ©sion ; le travail des experts Ă©tait balancĂ© ; les arbitrages politiques ont abouti Ă fermer les yeux sur des dĂ©rives ou des faiblesses qui, ultĂ©rieurement, se sont rĂ©vĂ©lĂ©es fĂącheuses. De mĂȘme, câest pour des raisons dites « politiques » que certains Etats sont entrĂ©s dans lâUE ou la zone euro sans remplir tout Ă fait les critĂšres.
Autre exemple : la crĂ©ation dâun Fonds de garantie des dĂ©pĂŽts pour les banques de la zone euro â destinĂ©e Ă dĂ©dommager les Ă©pargnants en cas de faillite de leur banque â a Ă©tĂ© proposĂ©e lâan dernier par la Commission et soutenue par la BCE, aprĂšs une analyse objective des exigences de stabilitĂ© pour toute la zone euro. Or dans plusieurs pays (Allemagne et Italie notamment), le dossier est abordĂ© avec une loupe grossissant les peurs locales au lieu de chercher lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.
Dans le livre que nous avons rĂ©digĂ© avec Mario Monti en 2012, De la DĂ©mocratie en Europe, nous mettions dĂ©jĂ en garde contre les atteintes au bien commun qui rĂ©sultent dâune politisation excessive et de lâexacerbation de vues fragmentĂ©es.
Lâun des aspects glaçants du populisme est la facilitĂ© avec laquelle il met en cause toute forme dâexpertise (cf. lâattitude de Michael Gove, ministre de la justice, au Royaume-Uni pendant la campagne rĂ©fĂ©rendaire) ou dâindĂ©pendance dâagences techniques.
Un mot sur le pouvoir judiciaire qui est lui aussi indĂ©pendant, dans lâintĂ©rĂȘt de la justice ; la Cour de justice, basĂ©e Ă Luxembourg, a jouĂ© un rĂŽle majeur dans le dĂ©veloppement de lâordre de droit europĂ©en, au service dâun bien authentiquement commun, par delĂ les frontiĂšres. Mais dĂ©sormais, mĂȘme lâindĂ©pendance du pouvoir judiciaire nâest pas Ă©pargnĂ©e par les populistes : au Royaume-Uni, les juges nationaux de la High Court ont Ă©tĂ© violemment attaquĂ©s aprĂšs leur dĂ©cision de reconnaĂźtre au Parlement dâintervenir dans la procĂ©dure de Brexit.
Nous devons prendre garde Ă cette tendance qui veut totalement soumettre lâexpertise technique Ă lâavis des Ă©lus et faire taire tous les contrepouvoirs. Sâil est parfaitement naturel, en dĂ©mocratie, dâencadrer les pouvoirs des agences et organes indĂ©pendants, si les juges doivent agir dans le cadre de la sĂ©paration des pouvoirs, nos sociĂ©tĂ©s nâont rien Ă gagner dâune dĂ©mocratie oĂč une majoritĂ©, conquise par le mensonge et la tromperie, dicterait sa loi de court terme, sans respect des contraintes du rĂ©el.
Le magazine The Economist[9] a pu parler récemment de « post truth democracy ».
[« Post-truth politics is more than just an invention of whingeing elites who have been outflanked. The term picks out the heart of what is new: that truth is not falsified, or contested, but of secondary importance. Once, the purpose of political lying was to create a false view of the world. The lies of men like Mr Trump do not work like that. They are not intended to convince the elites, whom their target voters neither trust nor like, but to reinforce prejudices ».
« Cast adrift on an ocean of lies, the people there will have nothing to cling to. For them the novelty of post-truth may lead back to old-fashioned oppression ».]
« La politique post-vĂ©ritĂ© est bien plus quâune simple jĂ©rĂ©miade montĂ©e de toutes piĂšces par des Ă©lites qui auraient Ă©tĂ© Ă©cartĂ©es du jeu politique. Ce terme dĂ©crit une nouvelle pratique : la vĂ©ritĂ© nâest pas falsifiĂ©e, ni contestĂ©e, mais dâune importance secondaire. Autrefois, le mensonge politique avait pour objectif de crĂ©er une vision erronĂ©e du monde. Les mensonges des personnes politiques comme M. Trump sont dâun autre type. Ils ne sont pas destinĂ©s Ă convaincre les Ă©lites, pour lesquels leurs Ă©lecteurs cibles nâont aucune estime ni confiance, mais Ă renforcer les prĂ©jugĂ©s ».
« AbandonnĂ©s Ă la dĂ©rive sur un ocĂ©an de mensonges, les citoyens nâont plus de repĂšres. La sociĂ©tĂ© est mise en danger par cette nouvelle pratique, qui a une certaine connivence avec dâanciennes pratiques autoritaires ».
A ceux qui en doutent, je conseille la relecture des pages brillantes de Tocqueville sur la tyrannie de la dĂ©mocratie[10], dans De la dĂ©mocratie en AmĂ©rique, ainsi que le Federalist Paper n° 71 quâil a magistralement traduit : le peuple est souverain mais il peut ĂȘtre emportĂ© par des pulsions ou des erreurs dâapprĂ©ciation.
Par les temps qui courent, cette thĂšse ceci nâest pas facile Ă dĂ©fendre ; on se fait traiter dâĂ©lite, dâarrogante et dâautres noms dâoiseaux. Pourtant lâhistoire du vingtiĂšme siĂšcle a appris aux EuropĂ©ens, sâils conservent un peu de mĂ©moire, que certains dictateurs ont commencĂ© par ĂȘtre Ă©lus sur de belles promesses.
Ceci posĂ©, le malaise est profond. Il ne sâagit pas de nier la dĂ©saffection voire le dĂ©goĂ»t des populations envers lâEurope. Il faut au contraire travailler Ă y remĂ©dier.
III â Comment remĂ©dier Ă lâinsatisfaction actuelle ?
LâUE est gĂ©nĂ©ralement perçue dâune maniĂšre assez nĂ©gative : aujourdâhui, seulement un tiers des EuropĂ©ens dĂ©clarent avoir confiance dans lâUnion europĂ©enne (33%)[11].
Cela vaut la peine de sâinterroger sous lâangle du bien commun. Pourquoi un projet entiĂšrement tournĂ© vers le bien commun, organisĂ© pour promouvoir lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, est-il aujourdâhui si dĂ©criĂ© ?
Les raisons sont Ă lâĂ©vidence multiples ; on pourrait en distinguer trois sĂ©ries :
- Les failles de la démocratie ;
- Les carences dans la mise en Ćuvre des dĂ©cisions ;
- LâinachĂšvement de lâUEÂ ;
A â Les failles dĂ©mocratiques empĂȘchent la « cristallisation » des choix :
Quâil sâagisse de lâUE, de lâEtat-nation ou dâun Ă©chelon local, la recherche dâun intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, qui ne se fonde plus en Dieu, doit rĂ©sulter de choix dĂ©mocratiques, dĂ©finissant des prĂ©fĂ©rences collectives et vĂ©rifiant leur mise en Ćuvre.
La doctrine sociale de lâEglise insiste, Ă raison, sur le caractĂšre collectif de la notion de bien commun. Il est le bien de tous et non pas seulement lâaddition de biens Ă©goĂŻstes ou individuels : « Le bien commun ne consiste pas dans la simple somme des biens particuliers de chaque sujet du corps social. Ătant Ă tous et Ă chacun, il est et demeure commun, car indivisible et parce quâil nâest possible quâensemble de lâatteindre, de lâaccroĂźtre et de le conserver, notamment en vue de lâavenir »[12].
Au niveau national aussi, les choix collectifs ne sont ni faciles, ni toujours transparents. En pratique, comment se fait lâarbitrage entre les intĂ©rĂȘts de groupes antagonistes ou de secteurs diffĂ©rents ? Par exemple, comment concilier la logique des producteurs (hostiles Ă lâexcĂšs de normes gĂ©nĂ©rant des surcoĂ»ts) et celle des consommateurs (dĂ©sireux de protĂ©ger leur santĂ©) ? Parfois ce sont des questions Ă©thiques car lâĂ©conomie amĂšne souvent, Jean Tirole le souligne dans son ouvrage, Ă faire des choix « contre intuitifs » (par exemple, une fiscalitĂ© excessive sur les profits ou sur la fortune finit par se retourner contre⊠les plus dĂ©munis car les entreprises quittent le pays).
Dans lâUE, organiser la dĂ©libĂ©ration collective est encore plus dĂ©licat puisquâil sâagit dâorganiser une gouvernance Ă plusieurs niveaux (multilevel governance).
Surgissent des difficultĂ©s supplĂ©mentaires : comment faire prendre en compte les bĂ©nĂ©fices invisibles liĂ©s Ă lâexistence du cadre europĂ©en et combattre, par exemple en Allemagne ou aux Pays-Bas, une approche de plus en plus comptable ? Comment faire comprendre lâintĂ©rĂȘt de « faire bloc » en matiĂšre commerciale (CETA) : quel accord commercial la Wallonie pourrait-elle conclure seule ?
Le dĂ©ficit dĂ©mocratique est ailleurs quâon le dit. Le problĂšme vient moins de la Commission non Ă©lue â qui est finalement assez bien contrĂŽlĂ©e et peut mĂȘme ĂȘtre censurĂ©e par le Parlement europĂ©en â que de lâimbrication des diffĂ©rents Ă©chelons dans le systĂšme dĂ©mocratique europĂ©en.
La construction est ainsi faite quâĂ aucun moment les EuropĂ©ens concernĂ©s ne choisissent ensemble ceux qui prennent les dĂ©cisions au niveau europĂ©en. LâUE nâa pas un gouvernement dâune couleur identifiĂ©e, Ă©lu par les citoyens concernĂ©s (28 pour lâUE ni mĂȘme 19 pour la zone euro), mais deux exĂ©cutifs â Commission et Conseil â tutti frutti dont la plupart des membres sont inconnus du grand public, dĂ©signĂ©s par les Etats (Commission) ou faisant partie de lâappareil Ă©tatique et se sentant peu engagĂ©s au niveau europĂ©en (ministres).
Ensuite, le Conseil des ministres, comme le Conseil europĂ©en, ne sont collectivement responsables devant personne ; chaque Parlement national contrĂŽle son gouvernement, (dans les dĂ©mocraties parlementaires du moins), mais « le tout » nâest pas accountable.
LâopacitĂ© rĂ©gnant, les dirigeants nationaux qui dĂ©cident derriĂšre des portes closes, confisquent en rĂ©alitĂ© le dĂ©bat avec parfois de graves consĂ©quences, comme lâa montrĂ© la nĂ©gociation avec le RU de fĂ©vrier 2016[13]. Ainsi, les responsables ne peuvent pas ĂȘtre sanctionnĂ©s ; lâerreur majeure commise Ă Deauville par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel (la mise Ă contribution brutale des crĂ©anciers du secteur privĂ©), en octobre 2010, nâa jamais Ă©tĂ© dĂ©battue ; elle a pourtant gravement prĂ©cipitĂ© la crise (Irlande, Portugal).
La définition du bien commun souffre de cette gouvernance à plusieurs niveaux bricolée et mal assumée.
Lâimbrication des compĂ©tences brouille les responsabilitĂ©s : par exemple sâil y a du chĂŽmage en France, certains en dĂ©duisent que câest « la faute de lâeuro, de lâaustĂ©ritĂ© etc. » alors mĂȘme quâil rĂ©sulte aussi dâun certain nombre de choix nationaux erronĂ©s touchant Ă lâĂ©cole, Ă la formation professionnelle, aux conditions de rupture du contrat etc. Du reste, les taux de chĂŽmage actuels sont trĂšs contrastĂ©s (plein emploi en Allemagne).
Le concept de subsidiaritĂ© recouvre en pratique des conceptions trop diffĂ©rentes ; les Français ont beau lâavoir acceptĂ©, et lâemployer, ils rĂ©pugnent Ă en tirer toutes les consĂ©quences, en termes dâinĂ©galitĂ©s entre les territoires / les Etats. Les Allemands plus familiers du fĂ©dĂ©ralisme chez eux, sâen accommodent. Une partie du dialogue de sourds franco-allemand des vingt derniĂšres annĂ©es vient de lĂ .
B â Les carences dans la mise en Ćuvre des dĂ©cisions aboutissent aussi Ă ce que, malgrĂ© la grandeur des objectifs, le bien commun ne soit pas atteint, en pratique
Au moment de mettre en Ćuvre les engagements pris Ă Bruxelles, ou lorsquâil sâagit de donner les moyens financiers de travailler ensemble, les choses se compliquent.
Il nâest pas Ă©tonnant quâen pĂ©riode de crise, le nationalisme revienne au galop (Nord / Sud dans la crise de lâeuro par exemple ; la fracture Est / Ouest sur les rĂ©fugiĂ©s). Ă un niveau supranational, la solidaritĂ© va encore moins de soi, mĂȘme si lâĂ©goĂŻsme existe aussi dans le cadre national (opposition de la Catalogne en Espagne ; querelles autour de la rĂ©partition des ressources publiques â Finanzausgleich â en Allemagne).
Mais il est moins acceptable que les mĂ©faits de ce nationalisme soient imputĂ©s à « lâEurope » ; ainsi, ce sont souvent les capitales qui perdent le sens de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral europĂ©en, et Ă la fin, câest « lâEurope » qui est incriminĂ©e pour son impuissance.
Les rĂšgles sont rĂ©guliĂšrement violĂ©es : câest le cas du Pacte de stabilitĂ© dont les dirigeants finissent par nier la vertu, pour les gĂ©nĂ©rations futures, nous venons de le rappeler.
Et certains sâen flattent ! Un passage du livre de confidences de François Hollande (octobre 2016) est passĂ© plus inaperçu en France quâĂ lâĂ©tranger. Le PrĂ©sident de la RĂ©publique y explique que le non-respect de la rĂšgle des 3 % de dĂ©ficits est « le privilĂšge des grands pays », non sans ajouter que câest « ce que beaucoup nâacceptent plus » (sic). LâUE est pourtant une communautĂ© de droit, fondĂ©e sur la non-discrimination. La confiance mutuelle est indispensable au partage dâune mĂȘme monnaie. La DĂ©claration française des droits de lâhomme de 1789 proclame dâailleurs que la loi « doit ĂȘtre la mĂȘme pour tous, soit quâelle protĂšge, soit quâelle punisse ».
Parfois, des dĂ©saccords de fond existent entre Ătats, sur les moyens dâatteindre les objectifs : par exemple la concurrence est, pour nombre de nos partenaires, le moyen dâatteindre une meilleure allocation des ressources ; en France elle est diabolisĂ©e par une partie de la classe politique et de lâopinion, malgrĂ© le remarquable travail de lâAutoritĂ© de la concurrence.
Certains font aussi comme si certains dĂ©bats nâavaient pas dĂ©jĂ Ă©tĂ© tranchĂ©s, par exemple sur lâindĂ©pendance de la BCE et le mandat Ă©troit de la BCE (limitĂ© Ă la lutte contre lâinflation) qui sont pourtant des choix pris Ă Maastricht en 1992.
En ce moment, les dirigeants nationaux ont tendance Ă refuser de prendre leurs responsabilitĂ©s ; ils rechignent dĂšs quâun projet europĂ©en les oblige Ă prendre des risques en politique intĂ©rieure. Ils sapent le bien commun.
Ainsi, Matteo Renzi incrimine lâUE comme Ă©tant un obstacle Ă la reconstruction de lâItalie suite aux sĂ©ismes par exemple. LâidĂ©e que quelquâun, dans un bureau à « Bruxelles », puisse sâopposer Ă la reconstruction des bĂątiments en Italie est pourtant fantaisiste. Le TraitĂ© sur lâUnion europĂ©enne prĂ©voit mĂȘme expressĂ©ment une clause sur les catastrophes naturelles (Art. 21-2-g). Le niveau dâendettement de lâItalie et la corruption des marchĂ©s publics dans certaines rĂ©gions constituent les raisons vĂ©ritables des retards pris pour doter le pays de bĂątiments conformes aux normes antisismiques.
Ce comportement reprĂ©sente un changement majeur par rapport Ă certains de leurs prĂ©dĂ©cesseurs : F. Mitterrand apportant son soutien en 1983, lors de la crise des euromissiles, au Chancelier Kohl, contre lâavis de la gauche europĂ©enne. Ou Helmut Kohl portant le projet de monnaie unique contre les fortes rĂ©ticences de son camp en Allemagne.
Le manque dâengagement des dirigeants nationaux ouvre la voie Ă tous les fantasmes. Les critiques de lâUE sont parfois lĂ©gitimes, parfois dĂ©pourvues de fondement voire de rapport avec la rĂ©alitĂ©. On craint les lobbies Ă Bruxelles sans voir ceux qui interfĂšrent avec les dĂ©cisions du Parlement national. On dĂ©nonce un accord commercial avec le Canada, pays alliĂ©, respectueux des droits de lâHomme, comme opaque sans sâalarmer des multiples accords de coopĂ©ration militaire ou de ventes dâarmes conclus avec de belles et fiables dĂ©mocraties comme lâArabie Saoudite ou dâautre pays africains.
Enfin, les Etats ont largement abandonnĂ© certains objectifs : que reste-t-il de « lâEurope puissance » ou de « lâEurope sociale » si souvent promises en France Ă la fin du XXĂšme siĂšcle ? Qui a fait quoique ce soit pour quâelles adviennent ? La constance est lâune des vertus des artisans du bien commun. Ils ont cĂ©dĂ©. Et aprĂšs un enterrement sans fleurs ni couronnes, les fossoyeurs se lamentent.
Les EuropĂ©ens sont devenus les champions de ce que JF Revel appelait la « clairvoyance rĂ©trospective » â voir par ex H. VĂ©drine qui vient expliquer comment on pourrait sauver lâEurope aprĂšs lâavoir empĂȘchĂ©e de prendre son essor (voir mai 2000 discours de Joschka Fischer[14] / prĂ©sidence française)
Je laisse la parole Ă Mario Monti dans lâOpinion : « Nous sommes passĂ©s dâune phase historique oĂč lâEurope Ă©tait vue comme un grand investissement dans lâavenir qui justifiait quelques sacrifices en termes dâintĂ©rĂȘt national, Ă une phase oĂč lâEurope est devenue un simple bien de consommation. DĂ©sormais, les dirigeants nationaux vont Ă Bruxelles, non pas pour confĂ©rer de la valeur ajoutĂ©e Ă la construction europĂ©enne mais pour la dĂ©truire Ă petit feu »[15].
A propos de lâEurope communautaire, Spaak disait : « ceux qui mesurent leurs efforts europĂ©ens aux applaudissements quâils recueillent en protĂ©geant quelques intĂ©rĂȘts particuliers sans se soucier de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et de lâavenir, ne sont pas Ă la hauteur de la tĂąche historique qui leur incombe »[16] .
C â LâinachĂšvement de lâEurope â on reproche Ă lâEurope de ne pas faire ce quâon nâa jamais voulu quâelle fasse
- LâinachĂšvement de lâEurope de la dĂ©fense et des contrĂŽles aux frontiĂšres extĂ©rieures
Les diffĂ©rents gouvernements nationaux reprochent Ă lâEurope de ne pas avoir de politique europĂ©enne de dĂ©fense et dâimmigration efficaces. RelayĂ©es dans les mĂ©dias, ces critiques sont largement partagĂ©es par lâopinion publique. « Mais que fait lâEurope ? », entend-on souvent.
Câest un exemple patent du dĂ©ni de rĂ©alitĂ© car lâUnion europĂ©enne ne dispose pas des compĂ©tences, ni des moyens pour agir dans ces domaines. En 2001, Romano Prodi avait proposĂ© la crĂ©ation de garde-cĂŽtes europĂ©ens. En 2013, le Parlement europĂ©en avait proposĂ© dâaugmenter le budget de Frontex. Ces initiatives ont essuyĂ© un refus catĂ©gorique de la part des Etats membres, souhaitant prĂ©server leur souverainetĂ© nationale.
- LâinachĂšvement budgĂ©taire : des discussions entre les mains des Etats seulementÂ
Le budget europĂ©en est de moins en moins financĂ© par des ressources propres europĂ©ennes, les droits de douane ayant considĂ©rablement diminuĂ©. Le budget europĂ©en est donc tributaire de contributions nationales. Or dans le climat créé par la gĂ©nĂ©ralisation du slogan autrefois britannique, aujourdâhui assez partagĂ©, du « I want my money back », on doit affronter la nĂ©gation pure et simple dâun intĂ©rĂȘt commun : comment financer la solidaritĂ© si chacun veut rĂ©cupĂ©rer autant quâil a versĂ© ?
Dans la discussion budgĂ©taire, le Parlement europĂ©en est marginalisĂ©. Câest un problĂšme car la dĂ©mocratie parlementaire sâest construite par le consentement Ă lâimpĂŽt. De plus, la recherche de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral passe par lâoctroi de moyens adĂ©quats, dont le choix doit ĂȘtre dĂ©battu collectivement.
Par ailleurs, lâattitude des Ătats conduit Ă une situation prĂ©occupante. Tout en Ă©tant rĂ©ticents Ă contribuer davantage, les Etats sont Ă©galement soucieux de prĂ©server les subsides acquis (Politique agricole commune par exemple). La transition vers des dĂ©penses dâavenir devient difficile. Les perspectives financiĂšres pluriannuelles votĂ©es en 2013 sont⊠un budget pour le siĂšcle dernier, sans considĂ©ration pour les enjeux nouveaux de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure, de recherche et dâinnovation ou encore de numĂ©rique.
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MĂȘme si des progrĂšs sont effectuĂ©s, par exemple rĂ©cemment en matiĂšre de convergence fiscale, les chantiers inachevĂ©s demeurent trop nombreux : convergence sociale en dĂ©shĂ©rence, Europe judiciaire en rade, diplomatie europĂ©enne en panne etc. La mĂ©thode des compromis sans vue dâensemble, oĂč chaque gouvernement rogne sur les moindres concessions rend lâUE inefficace et peu attractive.
Il ne sâagit pas de mettre plus dâEurope partout mais de se doter des moyens dâagir quand lâUE elle-mĂȘme prĂ©tend le faire. LâEurope minimale est loin dâĂȘtre lâEurope optimale. Les gouvernements ont moins en tĂȘte le bien commun ou lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral europĂ©en, Ă supposer quâil soit dĂ©fini, que leur réélection.
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Conclusion
Avouons-le : lâair du temps est assez dĂ©favorable Ă une rĂ©flexion sur le bien commun. Lâambiance est morose, la tendance Ă considĂ©rer que la sociĂ©tĂ© est plus matĂ©rialiste, plus individualiste est gĂ©nĂ©rale. LâidĂ©e la plus rĂ©pandue est que, par le passĂ©, les individus avaient davantage le sens du bien commun.
Vous lâavez dâailleurs rappelĂ© dans votre dossier de presse : « dans un monde souvent marquĂ© par lâindividualisme et le communautarisme, comment rĂ©pondre aux urgences et aux dĂ©fis de cette espĂ©rance ? »[17].
Etant PrĂ©sidente de lâIntergroupe de lutte contre la pauvretĂ©, loin de moi lâidĂ©e de nier les difficultĂ©s dâune partie de la population ou les dĂ©chirures de la sociĂ©tĂ©.
Mais il nây a pas que ces constats nĂ©gatifs. Notamment, trois Ă©volutions positives me paraissent devoir relativiser un peu la nostalgie dominante.
- La rĂ©volution technologique a permis la naissance de lâĂ©conomie partagĂ©e. La propriĂ©tĂ© dâun bien (voiture, perceuse, etc.) commence Ă perdre de lâimportance si lâĂ©change ou la location peuvent pallier la non possession. Les sites de covoiturage (comme Blablacar), de partage de maisons (Airbnb), dâĂ©change de biens et de services sont accessibles au grand public. La plupart des services sont payants mais abordables, dâautres sont gratuits. Finalement, il y a moins de mĂ©fiance quâĂ lâĂ©poque de lâauto-stop et du chacun pour soi (dans un sondage, prĂšs de 16 % des personnes interrogĂ©es ont louĂ© ou prĂȘtĂ© leur appartement / 50 % envisagent de le faire dans lâannĂ©e â source LeFigaro 06/07/15) ; volontĂ© de gagner et Ă©conomiser de lâargent mais pas seulement ; il existe un esprit de « communauté ».
- La rĂ©partition des rĂŽles entre les hommes et les femmes a changĂ©. Câest une autre Ă©volution majeure, qui nâest pas assez mĂ©ditĂ©e, ni saluĂ©e. La sociĂ©tĂ© de jadis, soi disant plus douce, reposait sur une violence fondamentale qui imposait Ă la moitiĂ© de la population (les femmes) des choix sous contrainte. De nombreux services aux enfants, aux personnes ĂągĂ©es, dans les hĂŽpitaux, lâĂ©ducation Ă©taient assurĂ©s par des personnes qui ne lâavaient pas choisi. La sociĂ©tĂ© actuelle est plus libre. Elle permet Ă des filles de sâĂ©panouir dans des fonctions nouvelles (cf. ouvrage dâUte Ehrhardt intitulĂ© Les filles gentilles vont au ciel, les autres oĂč elles veulent) mais aussi aux hommes de ne pas ĂȘtre privĂ©s de certaines relations (Ă leurs enfants par exemple). Câest un rééquilibrage heureux et Ă poursuivre.
- Nouveau rĂŽle des entreprises En France, on a tendance encore Ă opposer une sphĂšre publique qui serait capable de dĂ©finir lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et une sphĂšre privĂ©e souillĂ©e par le profit. Cette dichotomie est dĂ©passĂ©e (câest la position notamment de lâex PDG et ex prĂ©sident du Conseil dâadministration dâEssilor, Xavier Fontanet : « Les entreprises dĂ©fendent lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral» ; dâabord parce que les Ă©lus ne sont pas toujours irrĂ©prochables mais aussi parce que les entreprises sont crĂ©atives et dĂ©veloppe des pratiques responsables sans renoncer Ă faire du profit (comme Danone fournissant des yaourts à des enfants diarrhĂ©iques au Bangladesh ; St Gobain, impliquĂ©e dans la COP 21 ; Barilla luttant contre la pauvretĂ© alimentaire ) ; sây ajoute tout le secteur de lâĂ©conomie sociale et solidaire (mutuelles, structures dâinsertion, de soins, dâaide Ă la personne).
Le bien commun ne peut pas venir des structures politiques seulement, ni du marchĂ© seul. Il ne peut rĂ©sulter que dâune interaction entre les pouvoirs publics et la sociĂ©tĂ©, les entreprises et les consommateurs citoyens.
Ainsi, le bien commun peut venir de différentes sources. Il est présent dans notre société, comme le mal est présent.
Je me demande si lâUE nâest pas dâautant plus critiquĂ©e que câest justement un projet Ă la recherche du bien, un projet qui dĂ©range, qui suppose des responsables exigeants (ce quâĂ©taient les fondateurs), qui exacerbe les mĂ©diocritĂ©s.
Elle subit les attaques du mal : du nationalisme le plus vocifĂ©rant, de la jalousie, de lâignorance. Et Ă cet Ă©gard, nous ne devrions pas ĂȘtre naĂŻfs, ni perdre la mĂ©moire.
[1] PUF, mai 2016
[2] Rencontre au palais Schaumburg entre Monnet et Adenauer, cité dans les mémoires de Jean Monnet (p. 449, édition Livre de poche)
[3] Discours de Paul-Henri Spaak Ă lâoccasion de la signature des traitĂ©s de Rome (Rome, 25 mars 1957)
[4]Telles que la dĂ©fense de « la paix », de « la libertĂ© » et de la « tolĂ©rance », « le rapprochement des peuples » dans un esprit de « solidaritĂ© Ă lâintĂ©rieur de lâUnion » et « avec le monde » , la constitution dâune forte « puissance » Ă©conomique et monĂ©taire europĂ©enne qui assume son rĂŽle et ses « responsabilitĂ©s » dans les dĂ©bats du monde, le respect de la « diversitĂ© », de la « subsidiaritĂ© » et de la « diffĂ©renciation » en matiĂšre dâengagements entre les Etats membres (cf. Europe Ă plusieurs vitesses), et lâachĂšvement dâun exercice « multilatĂ©ral » de lâautoritĂ© publique entre diffĂ©rents niveaux de pouvoirs.
[5]http://ec.europa.eu/dorie/fileDownload.do;jsessionid=QXyQMycJyT3np74mxVJDQjMkzYhqWXLvTf4FGKMhHHhCvdT9d6nG!1229980176?docId=307861&cardId=307861
[6] http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=URISERV%3Aa15000
[7] Extrait de lâinterview de Sylvie Goulard, samedi 12 novembre, au Corriere Della Sera, intitulĂ© «Come ai tempi dellâUrss dobbiamo ritrovare i valori europei comuni»: «qualcuno si lamenta ogni tanto dei presunti diktat di Bruxelles, questo potrebbe essere il momento per ricordarci di quanto vale la nostra moneta comune, lâeuro: perchĂ© domani, chissĂ , potrebbero arrivarci dalla Casa Bianca, dal Congresso, dalla Fed, dal Tesoro, altri diktat di ben altra potenza, e allora lâeuro potrebbe rivelarsi come lâunico nostro vero scudo».
[8] Grandes questions europĂ©ennes : Concours administratifs â IEP, par Bruno Alomar,SĂ©bastien Daziano,Thomas Lambert,Julien Sorin
[9] Numéro du 10 septembre 2016, « Post-truth politics : Art of the lie »
[10] De la dĂ©mocratie en AmĂ©rique, Ćuvres complĂštes de Tocqueville, Tome II, PlĂ©iade page 287
[11] DâaprĂšs les derniers chiffres dâEurobaromĂštre « Standard 85 » au Printemps 2016.
[12] Concile ĆcumĂ©nique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 26: AAS 58 (1966) 1046; cf. CatĂ©chisme de lâĂglise Catholique, 1905-1912; Jean XXIII, Encycl. Mater et magistra: AAS 53 (1961) 417-421; Id., Encycl. Pacem in terris: AAS 55 (1963) 272-723; Paul VI, Lettre apost. Octogesima adveniens, 46: AAS 63 (1971) 433- 435.
[13] Page 35 de Goodbye Europe.
[14] Discours de M. Joschka Fischer, ministre allemand des affaires Ă©trangĂšres, sur la finalitĂ© de lâintĂ©gration europĂ©enne, prononcĂ© le 12 mai 2000 Ă Berlin
[15] Interview Ă lâOpinion 22 dĂ©cembre 2015 http://www.lopinion.fr/edition/international/mario-monti-l-europe-est-devenue-simple-bien-consommation-93443
[16] Le Soir, 15 nov 1969
[17] Extrait du Dossier de presse du colloque Bien commun.