Ces derniers jours, de nombreux citoyens mâinterpellent sur le vote du CETA par les dĂ©putĂ©s europĂ©ens, qui a eu lieu le 15 fĂ©vrier 2017 Ă Strasbourg en session plĂ©niĂšre. Je tiens Ă vous rĂ©pondre et Ă dĂ©fendre ma position en faveur de cet accord de libre-Ă©change entre le Canada et lâUnion europĂ©enne.
En effet, jâai votĂ© en faveur du CETA (Comprehensive Economic and Trade agreement) en prenant mes responsabilitĂ©s et en ayant le souci du plus grand nombre.
La campagne contre ce traitĂ© me semble souvent exagĂ©rĂ©e. Penser quâun accord avec le Canada, tel quâil est rĂ©digĂ©, remet en cause la dĂ©mocratie et les normes sociales ou sanitaires ne correspond pas Ă une analyse fouillĂ©e du texte.
Ainsi, nâhĂ©sitez pas Ă consulter mon analyse du traitĂ© ci-dessous, et le site de la Commission europĂ©enne
[1]. Vous trouverez par exemple sur ce lien une carte interactive oĂč il est possible de visualiser par ville / pays les entreprises exportant vers le Canada[2].
Enfin, depuis lâĂ©lection du prĂ©sident Donald Trump, le contexte gĂ©opolitique invite Ă rĂ©flĂ©chir avant de refuser cet accord.
[1] http://ec.europa.eu/trade/policy/in-focus/ceta/index_fr.htm
http://ec.europa.eu/trade/policy/in-focus/ceta/questions-and-answers/index_fr.htm
[2] http://ec.europa.eu/trade/policy/in-focus/ceta/ceta-in-your-town/
Quâest-ce que le CETAÂ ?
Le Comprehensive Economic and Trade agreement (CETA), en français « accord Ă©conomique et commercial global », est un accord commercial dâun nouveau type entre lâUnion europĂ©enne (UE) et le Canada.
Résultat de longues négociations lancées en 2009, le CETA a pour objectif de renforcer la coopération économique entre les deux parties, de faciliter leurs échanges commerciaux et de faire converger les normes en définissant des standards communs élevés.
Il est tout Ă fait lĂ©gitime, en dĂ©mocratie, de sâinterroger sur la politique commerciale et mĂȘme dâexprimer des doutes argumentĂ©s.
Certains partis exploitent toutefois les peurs ambiantes et propagent de fausses informations / amalgames au sein de lâopinion.
Faisons dâemblĂ©e ici une distinction importante : les opinions publiques sont assez critiques vis-Ă -vis des traitĂ©s transatlantiques, mais il est fondamentale de distinguer entre :
â le CETA en cours dâapprobation, avec le Canada ;
â le TAFTA (ou TTIP en anglais) qui a commencĂ© Ă ĂȘtre nĂ©gociĂ© mais qui, Ă ce stade, nâexiste pas et ne semble guĂšre avoir de chances dâaboutir.
La nĂ©cessitĂ©, dans toute nĂ©gociation, de prĂ©server une certaine confidentialitĂ© contribue Ă nourrir des fantasmes. Mais le traitĂ© est disponible (lire en cliquant ici) et devrait ĂȘtre Ă©valuĂ© sans cĂ©der aux Ă©motions ni admettre la dĂ©sinformation grossiĂšre.
Le CETA comporte des avancĂ©es, stratĂ©giques et Ă©conomiques, qui mĂ©ritent dâĂȘtre relevĂ©es. Il comporte des garde-fous et est le fruit dâun processus dĂ©mocratique.
1. Les intĂ©rĂȘts stratĂ©giques du CETA
Lâincertitude du contexte gĂ©opolitique actuel pousse les Ătats partageant les mĂȘmes valeurs Ă sâunir, notamment au moyen dâaccords commerciaux. LâĂ©lection de Donald Trump aux Ătats-Unis donne au CETA une portĂ©e nouvelle.
Les Canadiens restent profondĂ©ment attachĂ©s Ă leurs racines europĂ©ennes et partagent avec nous les mĂȘmes valeurs de dĂ©mocratie et dâĂtat de droit. Rappelons que ce grand pays a Ă©tĂ© dĂ©couvert en Europe par le navigateur malouin Jacques Cartier en 1534, ce qui a permis de tisser des liens historiques et culturels forts. Pour les Français, le QuĂ©bec francophone est un partenaire particuliĂšrement proche.
Par ailleurs, outre le contenu de lâaccord, plutĂŽt Ă©quilibrĂ©, lâUE a un intĂ©rĂȘt stratĂ©gique Ă jouer un rĂŽle important dans le commerce international. Avec ces accords de nouvelle gĂ©nĂ©ration, lâimportance est double :
Pour les entreprises europĂ©ennes. Si des accords de commerce ne sont pas conclus, dâoĂč viendront les nouveaux dĂ©bouchĂ©s pour nos produits, les commandes pour nos entreprises ?
Pour lâinfluence de lâUE. Si les EuropĂ©ens se marginalisent en rejetant ces accords de « nouvelle gĂ©nĂ©ration », dont lâun des objectifs est dâĂ©laborer des normes mondiales, ils risquent Ă terme de se voir imposer, par dâautres, les conditions du commerce international.
La France est un partenaire commercial privilégié du Canada : environ 280 entreprises canadiennes représentant 40 000 emplois sont implantées en France dans de nombreux secteurs (Bombardier, CNC-Lavalin, Vermilion, Caisse de dépÎt et de placement du Québec, CGI, Cascades, Magna, McCain, Aastra, RIM, Lembec, Transat, etc.) et environ 550 entreprises françaises employant plus de 80 000 personnes sont implantées au Canada, dont 70% au Québec (Sodexo, Lafarge, Ubisofft, Rexel, Air Liquide, Sanofi Aventis, Alstom, Colas, ThalÚs, Hachette, Veolia, Essilor, Lactalis etc.)[1]
Le Canada est la 10Ăšme Ă©conomie du monde, plus importante que la Russie ou la Turquie. LâUE est le 2Ăšme exportateur de biens au Canada (derriĂšre les Ătats-Unis) et le Canada est le 14Ăšme importateur dans lâUE (hors commerce intra-UE). Le CETA comporte par consĂ©quent des avantages Ă©conomiques majeurs pour les deux parties.
2. Les intĂ©rĂȘts Ă©conomiques du CETA
a) Réductions de droits de douanes
LâUE et le Canada se sont mis dâaccord pour Ă©liminer les droits de douane concernant les importations de biens.
- Quand ? Selon les produits, lâĂ©limination des droits de douane pourra ĂȘtre immĂ©diate ou progressive, dans un dĂ©lai maximum de 7 ans.
- Pour quels produits ? La quasi-totalité des produits est concernée par le CETA. Cependant, certains produits agricoles auront droit à un traitement spécial ou ne seront pas concernés par cette suppression des droits de douanes.
- Pourquoi ? Afin de rĂ©duire les coĂ»ts pour les consommateurs, et de leur permettre lâaccĂšs Ă un plus large choix de produits.
b) Rapprochement des normes
LâUE et le Canada ont Ă©galement convenu de faire converger leurs normes commerciales.
- Pourquoi ? Des barriĂšres dites non tarifaires existent : il sâagit notamment des normes Ă respecter pour accĂ©der au marché : pour exporter, les entreprises doivent obtenir lâhomologation de leurs produits.
- Comment ? En facilitant la reconnaissance des équivalences des normes : une autorité européenne de certification sera par exemple autorisée à délivrer une homologation pour le marché canadien, sous réserve du respect des rÚgles propres au marché canadien.
- Quels effets ? Diminution des coûts de mise sur le marché, ce qui est particuliÚrement bénéfique aux petites et moyennes entreprises.
Lâaccord prĂ©voit Ă©galement un forum de coopĂ©ration rĂ©glementaire : mĂ©canisme de coopĂ©ration volontaire, il permettra aux autoritĂ©s de rĂ©glementation dâĂ©changer expĂ©riences et informations utiles, et contribuera Ă dĂ©finir les domaines de coopĂ©ration possibles. Son rĂŽle est uniquement consultatif.
c) ProgrÚs quant aux échanges de services / mobilité professionnelle
Le CETA ouvre aux Européens de nouveaux marchés :
- services financiers ;
- télécommunications ;
- énergie ;
- transport maritime.
Le CETA facilite Ă©galement la mobilitĂ© professionnelle par la reconnaissance des qualifications. Ă lâheure actuelle, les EuropĂ©ens exerçant des professions rĂ©glementĂ©es (architectes, comptables, ingĂ©nieurs etc.) ne peuvent pas travailler au Canada, car leurs qualifications nây sont pas reconnues. Idem pour les Canadiens dans lâUE. Le CETA fournit un cadre aux organisations professionnelles pour nĂ©gocier des accords de reconnaissance mutuelle des qualifications. Les autoritĂ©s canadiennes et europĂ©ennes reprendront ensuite ces accords et veilleront Ă leur application juridique.
d) Exportations respectant des normes
Le CETA ne permet pas une « concurrence sauvage » mais permet des Ă©changes de biens et de services, encadrĂ©s par des normes strictes, que ce soit pour lâaccĂšs aux marchĂ©s publics ou pour la protection des appellations dâorigines.
AccÚs aux marchés publics
Avec le CETA, lâaccĂšs aux marchĂ©s publics canadiens (de lâĂtat fĂ©dĂ©ral et des Ătats fĂ©dĂ©rĂ©s) pour les entreprises europĂ©ennes sâamĂ©liore, mĂȘme si lâUE garde un taux dâouverture des marchĂ©s publics supĂ©rieur Ă celui de son partenaire.
Les entreprises europĂ©ennes ont aujourdâhui accĂšs Ă 10% des marchĂ©s publics canadiens, quand les entreprises canadiennes ont, elles, aujourdâhui accĂšs Ă 90% des marchĂ©s publics europĂ©ens.
Avec le CETA, câest Ă 30% des marchĂ©s publics canadiens que nos entreprises auront accĂšs.
Protection des appellations dâorigines
Pour la premiĂšre fois sont protĂ©gĂ©es dans un traitĂ© de commerce les appellations gĂ©ographiques des produits agricoles ou viticoles. MĂȘme si tout nâest pas parfait, câest un pas important pour les exploitants, notamment français, et pour la dĂ©fense dâun modĂšle agricole de qualitĂ©.
- 145 appellations gĂ©ographiques vont ainsi ĂȘtre protĂ©gĂ©es sur le marchĂ© canadien, notamment lâhuile essentielle de lavande de Haute-Provence, le « Parmigiano Reggiano » ou encore la « Bayerisches Bier » ( PDF ci-contre ).
- En ce qui concerne le vin, le CETA reprend lâacquis dâun accord UE-Canada de 2003 protĂ©geant dĂ©jĂ les indications gĂ©ographiques, et met fin Ă certains obstacles sur le marchĂ© canadien comme les monopoles provinciaux des « Liquor Boards ».
3. Les garde-fous du CETA
Des investissements sécurisés par une procédure juridictionnelle
LâISDS (pour Investor State Dispute Settlement), câest Ă dire le mĂ©canisme de rĂšglement des diffĂ©rends entre investisseurs et Ătats, a cristallisĂ© une bonne part des critiques contre le CETA. Les opposants Ă ce mĂ©canisme (qui existe depuis des annĂ©es et nâavait, jusque-lĂ , pas suscitĂ© autant dâĂ©moi), lui reprochaient de permettre Ă une âjustice privĂ©eâ (les arbitres, choisis par les parties), le pouvoir de sanctionner des Ătats, remettant en cause leur droit Ă rĂ©guler. Lâabsence de voie de recours Ă©tait Ă©galement critiquĂ©e.
Sous lâimpulsion de la Commission europĂ©enne, notamment de la Commissaire Malmström, ce mĂ©canisme a Ă©tĂ© rĂ©formĂ© :
- Le CETA prĂ©voit dĂ©sormais la crĂ©ation dâun vĂ©ritable tribunal dâarbitrage, composĂ© de 5 membres possĂ©dant lâune des nationalitĂ©s de lâUE, de 5 membres canadiens et de 5 membres originaires de pays tiers, nommĂ©s pour 5 ans renouvelable une fois, sur la base de compĂ©tences juridiques avĂ©rĂ©es. Le traitĂ© prĂ©voit la possibilitĂ© de passer dâune rĂ©munĂ©ration par des honoraires Ă un salaire rĂ©gulier. Les juges devront se conformer Ă des rĂšgles dâĂ©thiques strictes qui leur interdiront notamment dâexercer en parallĂšle des fonctions de conseil pour le compte dâEtats ou dâinvestisseurs dans le cadre de procĂ©dure dâarbitrage ;
- Les parties pourront désormais faire appel des décisions ;
- Le droit des Ătats Ă rĂ©guler est solennellement rappelĂ©.Â
Ce tribunal est vu comme la premiĂšre Ă©tape vers un tribunal international dâarbitrage, multilatĂ©ral, sous lâĂ©gide de la Cour internationale de Justice. Câest un progrĂšs du droit et non, comme certains cherchent abusivement Ă le faire croire, un recul.
La garantie de la qualité des produits importés
Avec le CETA, les produits qui arrivent sur le marchĂ© europĂ©en doivent toujours ĂȘtre conformes aux standards europĂ©ens. La viande canadienne traitĂ©e aux hormones nâest pas permise sur nos marchĂ©s, pas plus que les OGM prohibĂ©s au sein de lâUE. De plus, dans le traitĂ©, lâUE et le Canada sâengagent dâune part Ă ne peut abaisser les standards et dâautre part Ă lutter contre la pĂȘche illĂ©gale, lâexploitation forestiĂšre illĂ©gale et la commercialisation des espĂšces menacĂ©es.
Le CETA permet aux autoritĂ©s canadiennes de vĂ©rifier si les produits canadiens de certains secteurs, destinĂ©s au marchĂ© europĂ©en, sont conformes aux standards europĂ©ens. De mĂȘme, les autoritĂ©s europĂ©ennes pourront vĂ©rifier les produits europĂ©ens importĂ©s. LâUE et le Canada se font mutuellement confiance quant Ă leur systĂšme de surveillance. Cela rend lâactivitĂ© des entreprises beaucoup plus aisĂ©e lorsque leurs produits sont inspectĂ©s avant lâexport, particuliĂšrement pour les PME. En France, sur les plus de 10 000 entreprises françaises qui exportent aujourdâhui vers le Canada, plus de 75% sont des PME.
LĂ encore, on peut caricaturer mais les entreprises demandent moins de paperasse.
La garantie de la souveraineté des Etats
Le prĂ©ambule du CETA reconnaĂźt le droit Ă rĂ©guler de chaque partie dans son territoire pour poursuivre ses objectifs de politique publique dans des domaines comme la santĂ© publique, la sĂ©curitĂ©, lâenvironnement.
La garantie de la protection de lâenvironnement
Le Canada et lâUE sont des acteurs moteurs en matiĂšre de lutte pour la protection de lâenvironnement. Ils ont dâailleurs ĆuvrĂ© conjointement Ă lâadoption de lâAccord de Paris en matiĂšre de rĂ©duction des Ă©missions de gaz Ă effet de serre, dâattĂ©nuation et dâadaptation.
Lâaccord de Paris est le premier accord universel sur le climat juridiquement contraignant. Il est le rĂ©sultat de nĂ©gociations tenues en dĂ©cembre 2015, lors de la confĂ©rence de Paris sur le climat (COP21) de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Cet accord dĂ©finit un plan dâaction international visant Ă lutter contre le rĂ©chauffement planĂ©taire. Pour entrer en vigueur, la ratification par 55 pays responsables ensemble dâau moins 55 % des Ă©missions de gaz Ă effet de serre (GES) Ă©tait nĂ©cessaire. LâUE ayant ratifiĂ© lâaccord le 5 octobre, il a pu entrer en vigueur le 4 novembre 2016.
Le CETA affirme explicitement le droit de chaque partie Ă rĂ©guler dans le domaine environnemental dans le respect de ses engagements internationaux et en sâefforçant de viser un haut niveau de protection environnemental (voir les chapitres 22 et 24). Il encourage les bonnes pratiques, telles que lâĂ©tiquetage environnemental, le commerce Ă©quitable, la responsabilitĂ© sociale et environnementale des entreprises etc. En outre, un comitĂ© du commerce et du dĂ©veloppement durable supervisera la mise en Ćuvre de lâaccord dans le domaine de lâenvironnement et du travail.
Un rĂ©cent rapport du ministĂšre de lâEnvironnement, de lâĂnergie et de la Mer, affirme que le CETA (sâil intĂšgre un certain nombre de recommandations) « peut constituer un levier pour dynamiser la lutte contre le changement climatique »[2].
Les gouvernements nationaux chargés de remédier aux potentiels effets négatifs du CETA
Dans toute nĂ©gociation, les parties tentent de protĂ©ger leurs secteurs fragiles. Dans le CETA, par exemple, les lignes tarifaires pour le secteur europĂ©en de la viande sont conservĂ©es. La quantitĂ© totale de viande de porc pouvant ĂȘtre importĂ©e du Canada vers lâUE Ă©quivaut seulement Ă 0.3 % de la consommation annuelle de ce produit au sein de lâUE.
Cependant, malgré des bénéfices macro-économiques, un accord commercial peut parfois entraßner des effets négatifs inattendus et non prévisibles, le plus souvent sur une échelle locale. Les gouvernements nationaux doivent alors prendre des mesures appropriées pour y remédier, comme par exemple au moyen de compensations financiÚres ou de voies de réinsertion professionnelle.
4. Quel contrÎle démocratique, à quel niveau ?
De quel niveau relĂšve le commerce international ?
Le commerce international est lâune des rares compĂ©tences exclusives de lâUE (article 207 TFUE). Cela signifie que la Commission europĂ©enne peut nĂ©gocier au nom des Ătats membres de lâUE, qui lui ont donnĂ© mandat.
Pourquoi la Commission ?
Former un ensemble uni de 500 millions de consommateurs nous donne un avantage considĂ©rable ; pour les pays tiers comme le Canada en lâoccurrence, lâaccĂšs Ă ce marchĂ©, le plus solvable de la planĂšte, justifie des concessions majeures. Le âblocâ peut espĂ©rer un traitement plus favorable que chacun des pays europĂ©ens pris isolĂ©ment, dâoĂč lâintĂ©rĂȘt dâavoir un seul nĂ©gociateur.
Quel contrÎle démocratique ?
La Commission a menĂ© les nĂ©gociations sur la base dâun mandat prĂ©cis adoptĂ© Ă lâunanimitĂ© par les Ătats membres en 2009. Les positions europĂ©ennes, avant chaque session de nĂ©gociation, ont Ă©tĂ© Ă©laborĂ©es en concertation avec les Ătats membres. La Commission a rendu compte Ă ces-derniers de maniĂšre dĂ©taillĂ©e aprĂšs chaque session de nĂ©gociation, dans le cadre du ComitĂ© de politique commerciale Ă Bruxelles, qui rĂ©unit les administrations des Ătats membres en charge de la politique commerciale, et au Conseil des ministres de lâUnion europĂ©enne. La Commission a Ă©galement rendu compte de lâavancĂ©e des nĂ©gociations au Parlement europĂ©en.
Lâaccord est-il mixte ?
Lorsque les domaines touchĂ©s par un accord de lâUE relĂšvent en partie de la compĂ©tence des Ătats membres, lâaccord est dit « mixte ». Il doit alors ĂȘtre ratifiĂ©, pour les domaines de compĂ©tences partagĂ©es, par chaque Ătat membre selon leurs rĂšgles constitutionnelles propres (par exemple autorisation du Parlement en France).
Les analyses divergent sur le fait de savoir si le CETA est un accord mixte, notamment en ce qui concerne les dispositions relatives aux investissements, au transport ou encore au dĂ©veloppement durable. La Cour de justice de lâUE doit rendre en 2017 un avis Ă©tudiant prĂ©cisĂ©ment la question de la mixitĂ©, concernant un accord UE-Singapour similaire au CETA.
Le 21 dĂ©cembre 2016, lâAvocate gĂ©nĂ©rale Sharpston dans ses conclusions sur Singapour considĂšre que toutes les parties de cet accord ne relĂšvent pas de la compĂ©tence exclusive de lâUnion, de sorte que celui-ci ne peut ĂȘtre conclu sans la participation de tous les Ătats membres. Attention : les conclusions dâun avocat gĂ©nĂ©ral ne prĂ©jugent en aucun cas un avis ou une dĂ©cision de la Cour de justice.
Pourquoi la signature du traitĂ© a-t-elle alors Ă©tĂ© soumise Ă lâaccord de la Wallonie ?
Tout en considĂ©rant que, dâun point de vue juridique, lâaccord relĂšverait de la compĂ©tence exclusive de lâUnion, la Commission europĂ©enne a fait le choix, en juillet 2016, de prĂ©senter le CETA comme un accord mixte et donc de soumettre sa ratification Ă lâaccord unanime des Ătats membres. La Commissaire Ă la concurrence Malmström a justifiĂ© cette dĂ©cision par la situation politique au sein du Conseil et par la volontĂ© dâaller vite.
A cette dĂ©cision de la Commission europĂ©enne, sâajoutent des rĂšgles constitutionnelles internes Ă la Belgique, empĂȘchant le gouvernement fĂ©dĂ©ral de Charles Michel de donner son accord au nom du Royaume sans lâaval de tous les Parlements rĂ©gionaux.
Nous sommes donc arrivĂ©s Ă une situation oĂč, une rĂ©gion de moins de 4 millions dâhabitants peut bloquer un accord concernant 500 millions dâEuropĂ©ens et tous les Canadiens.
Il ne sâagit pas de remettre en cause le bienfondĂ© de certaines interrogations. La Wallonie a dâailleurs menĂ© un travail de fond, sĂ©rieux, sur la durĂ©e, Ă propos du CETA. Ce travail lâhonore.
Reste que ce dĂ©bat dĂ©mocratique, pour quâil le soit rĂ©ellement, devrait ĂȘtre portĂ© au bon niveau : celui de lâUE. Sans faire perdre Ă celle-ci sa crĂ©dibilitĂ©.
5. La rĂ©solution sur le CETA adoptĂ©e par lâAssemblĂ©e nationale le 2 fĂ©vrier
Une rĂ©solution europĂ©enne de lâAssemblĂ©e nationale nâa pas dâeffet contraignant. Celle-ci prĂ©sente en outre des anomalies de procĂ©dure comme des ambiguĂŻtĂ©s voire des informations biaisĂ©es, sur le fond.
https://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/ta/ta0906.pdf
a) Une procédure conclue par un vote ultra minoritaire
Le 21 dĂ©cembre 2016, le dĂ©putĂ© communiste M. Dolez et plusieurs de ses collĂšgues ont dĂ©posĂ© une proposition de « rĂ©solution europĂ©enne » dĂ©favorable Ă la ratification du CETA. Cette proposition a Ă©tĂ© rejetĂ©e par la commission des Affaires europĂ©ennes de lâAssemblĂ©e nationale le 18 janvier, puis par la commission des Affaires Ă©trangĂšres de lâAssemblĂ©e nationale le 24 janvier.
Toutefois, le 2 fĂ©vrier, elle est adoptĂ©e en sĂ©ance par lâAssemblĂ©e nationale au sein dâun hĂ©micycle quasi-vide, avec 16 dĂ©putĂ©s participants. Le gouvernement français sâĂ©tait exprimĂ© trĂšs clairement en faveur du CETA. Cependant, en raison de lâabsence de consensus au sein du parti majoritaire, le candidat de la gauche Ă lâĂ©lection prĂ©sidentielle BenoĂźt Hamon sâĂ©tant prononcĂ© contre le CETA, le groupe socialiste a dĂ©cidĂ© de sâabstenir. Cette abstention a permis lâadoption de la rĂ©solution.
b) Un fond sujet Ă caution
La rĂ©solution ne fait pas grand cas des dispositions du traitĂ© UE et du traitĂ© sur le fonctionnement de lâUE reconnaissant la compĂ©tence exclusive de lâUE en matiĂšre dâaccords commerciaux. Les traitĂ©s ont pourtant Ă©tĂ© rĂ©guliĂšrement ratifiĂ©s par le Parlement national.
La rĂ©solution est rĂ©digĂ©e de maniĂšre trĂšs ambigĂŒe, voire abusive :
â Elle ne cite, dans ses considĂ©rants, que lâavis dâune des trois commissions parlementaires du Parlement europĂ©en qui se sont prononcĂ©es, la commission de lâemploi et des affaires sociales (EMPL) pourtant la seule Ă recommander le rejet du CETA ; les deux autres (commission des affaires Ă©trangĂšres AFET et commission de lâenvironnement, de la santĂ© publique et de la sĂ©curitĂ© alimentaire ENVI) consultĂ©es pour avis se sont prononcĂ©es en faveur de lâaccord.
â Elle passe Ă©galement sous silence le travail de la commission compĂ©tente au fond, la commission du commerce international INTA, laissant entendre que cet accord nâaurait pas donnĂ© lieu Ă un contrĂŽle dĂ©mocratique. Or, le texte a fait lâobjet Ă 5 reprises dâun examen au sein de cette commission et dâun travail trĂšs approfondi. Au terme de cet examen, celle-ci sâest exprimĂ©e en faveur Ă 25 voix pour, 15 contre et 1 abstention.
Voir la fiche de procédure du Parlement européen, notamment les avis des commissions
â Elle ne cite arbitrairement quâune seule Ă©tude acadĂ©mique rĂ©alisĂ©e par lâuniversitĂ© Tufts sur les effets Ă©conomiques potentiels du CETA, Ă charge.
â Son argumentation est biaisĂ©e notamment sur :
- La teneur des négociations du CETA
- La nature du tribunal dâarbitrage
- La compatibilitĂ© du CETA avec lâaccord de Paris sur le climat (COP 21)
- La diffĂ©renciation entre le CETA et le TAFTA (accord bilatĂ©ral avec les Etats-Unis qui, Ă ce jour, nâest pas conclu et risque de ne lâĂȘtre jamais vu les rĂ©ticences en Europe et de lâadministration Trump)
Nous vous invitons Ă relire sur ces points nos arguments ci-dessus.
Les Parlements nationaux ont un rĂŽle Ă jouer dans le contrĂŽle des positions des Etats membres en matiĂšre commerciale. Il est naturel quâils contrĂŽlent le ministre du commerce extĂ©rieur et soient le relais des inquiĂ©tudes des populations, encourageant un dĂ©bat public en amont.
Il est en revanche peu correct, en fin de parcours, dâabuser les citoyens par des rĂ©solutions peu argumentĂ©es, adoptĂ©es dans des procĂ©dures ultra-minoritaires.
Câest un mauvais signal envoyĂ© par lâAssemblĂ©e nationale au Canada ainsi quâaux partenaires europĂ©ens et aux institutions chargĂ©es de nĂ©gocier les accords commerciaux (la Commission) et dâen contrĂŽler lâadoption (le Parlement europĂ©en).
Il est permis de souhaiter des rapports entre Parlement européen et Parlements nationaux fondés sur un plus grand respect des traités, des attributions de chacun et de la rigueur intellectuelle, vis-à -vis des citoyens.
Historique :
Juin 2007 â Sommet UE-Canada : les deux parties sâaccordent pour conduire une Ă©tude conjointe pour examiner les coĂ»ts et bĂ©nĂ©fices dâun partenariat Ă©conomique approfondi.
Octobre 2008 â Le Canada et lâUE prĂ©sentent une Ă©tude conjointe intitulĂ©e « Ăvaluation des coĂ»ts et avantages dâun partenariat Ă©conomique plus Ă©troit entre lâUnion europĂ©enne et le Canada », qui justifie le lancement de nĂ©gociations.
Mars 2009 â Un rapport conjoint Canada-UE, dĂ©finissant la portĂ©e de nĂ©gociations Ă©ventuelles, est complĂ©tĂ©.
Mai 2009 â Le premier ministre Harper, ainsi que le prĂ©sident du Conseil de lâUE, TopolĂĄnek et le prĂ©sident de la Commission europĂ©enne, Barroso, annoncent le lancement de nĂ©gociations commerciales lors du Sommet Canada-UE Ă Prague.
Octobre 2009 â Une premiĂšre table-ronde rĂ©ussie et fructueuse de nĂ©gociations en vue dâun accord se tient Ă Ottawa. Les deux parties sâefforcent de trouver un terrain dâentente et se donnent un ambitieux calendrier de nĂ©gociation.
DĂ©cembre 2010 â Les ministres du Commerce du Canada et de lâUE prennent connaissance des progrĂšs rĂ©alisĂ©s et donnent lâinstruction aux nĂ©gociateurs de maintenir leur rythme et leur ambition dans les nĂ©gociations.
Octobre 2011 â Neuf cycles de nĂ©gociations officielles sont terminĂ©s, des progrĂšs importants ont Ă©tĂ© accomplis dans tous les secteurs. Les nĂ©gociations amorcent une phase plus intensive et ciblĂ©e.
Novembre 2012 â Les ministres du commerce et de lâagriculture du Canada et de lâUnion europĂ©enne se rencontrent Ă Bruxelles, en Belgique, pour faire le point des progrĂšs accomplis et discuter des points en suspens.
FĂ©vrier 2013 â Les ministres du Commerce et de lâAgriculture du Canada et de lâUE se rencontrent Ă Ottawa pour cerner de plus prĂšs les questions en suspens dans les nĂ©gociations.
Octobre 2013 â Le premier ministre Harper et le prĂ©sident de la Commission Barroso annoncent, Ă Bruxelles, que le Canada et lâUE sont parvenus Ă une entente de principe.
AoĂ»t 2014 â Le Canada et lâUE annoncent que le texte complet de lâAccord commercial Canada-UE est terminĂ©, ce qui marque la conclusion des nĂ©gociations. Le Canada et lâUE procĂšdent Ă un examen juridique approfondi et Ă la traduction du texte dans les 22 autres langues du traitĂ© de lâUE.
Septembre 2014 â Au Sommet Canada-UE tenu Ă Ottawa, les dirigeants prĂ©sentent le texte complet de lâAccord.
Développements récents
Février 2016 : Publication de la révision juridique du texte.
27 avril 2016 : le Parlement de Wallonie annonce son refus de ratifier lâaccord via un vote de dĂ©fiance.
Le 17 octobre 2016 : le Parlement de Wallonie sâoppose au CETA.
27 octobre 2016 : accord intra belge.
28 octobre 2016 : une motion du Parlement de Wallonie demandant au ministre-prĂ©sident Magnette de « donner dĂ©lĂ©gation » au gouvernement fĂ©dĂ©ral belge, pour quâil appose la signature de la Belgique au CETA, a Ă©tĂ© approuvĂ©e par 58 voix pour et 5 contre, lors dâune sĂ©ance plĂ©niĂšre extraordinaire. Le Parlement de rĂ©gion de Bruxelles-Capitale et celui de la CommunautĂ© francophone lui ont emboĂźtĂ© le pas en approuvant, comme cela Ă©tait attendu, lâaccord dans la soirĂ©e.
30 octobre 2016 : signature du traité à Bruxelles par le président de la Commission européenne Juncker, le premier ministre canadien Trudeau et le président du Conseil européen Tusk.
31 octobre 2016 : La ministre canadienne du Commerce international prĂ©sente au Parlement canadien une mesure lĂ©gislative visant la mise en Ćuvre du CETA.
23 novembre 2016 : Le Parlement européen rejette la demande de 89 députés de renvoyer le CETA devant la Cour de justice européenne pour avis. La résolution a été rejetée par 419 voix ; 258 députés ont voté en faveur et 22 se sont abstenus.
5 décembre 2016 : Publication de la déclaration de Namur par Magnette.
5 dĂ©cembre 2016 : Ă©change en INTA avec le service juridique du Parlement europĂ©en sur la valeur juridique de la dĂ©claration interprĂ©tative, sur les autres dĂ©clarations jointes Ă lâaccord et sur lâapplication provisoire (voir note INTA).
24 janvier 2017 : Lâaccord est adoptĂ© en INTA par 25 votes pour, 15 contre et 1 abstention.
15 février 2017 : Le CETA est adopté par le Parlement européen en session pléniÚre, à Strasbourg, par 408 voix en faveur, 254 voix contre et 33 abstentions. Une large partie du traité entre provisoirement en vigueur. Le reste du traité sera mis en application plus tard, aprÚs ratification par les Parlements nationaux.
Délai prévisible pour les ratifications nationales :
Pas de certitude ni beaucoup de prĂ©cĂ©dents pour un accord de cet ampleur. 1 Ă 5 ans pour lâaccord avec la CorĂ©e du Sud, qui sâen rapproche le plus. Câest ce sur quoi table la Commission europĂ©enne.
Ă savoir : en cas de non-ratification, il faudra que lâĂtat membre en question le notifie officiellement.
Lâimplication des Parlements nationaux, dans les nĂ©gociations et dans la ratification de lâaccord, nâest donc en aucun cas Ă©ludĂ©e.
[1] Page 4 du « Rapport sur les relations entre le CETA et le climat », commandé par SégolÚne Royal, présidente de la COP21 et ministre en charge des négociations sur le Climat, édité par le Commissariat général au développement durable, le Conseil économique pour le développement durable, le délégué général et mis en consultation, rédigés par D. Bureau et X. Jardi.
[2] Page 3 du « Rapport sur les relations entre le CETA et le climat » précité.