Auteur/autrice : julien

  • Le Brexit nous aide à regarder la réalité en face

    Le Brexit nous aide à regarder la réalité en face

    Propos recueillis par Axel Gyldén – L’Express – 14/07/2016

    Auteur de Goodbye Europe, la députée européenne Sylvie Goulard, qui a travaillé auprès de Romano Prodi lorsqu’il présidait la Commission, estime qu’il faut changer les institutions de fond en comble.

    Quelle est votre réaction au Brexit du 23 juin? 

    C’est un événement historique grave. Pendant une soixantaine d’années, l’objectif européen a été de consolider la paix et de développer des coopérations de plus en plus poussées avec un nombre croissant de nations. Durant cette période, nous avons sans doute commis des erreurs. Il n’en reste pas moins que l’enjeu demeure: faire exister l’Union européenne aux yeux du reste du monde. Pour les Américains ou les Chinois, le Brexit correspond à une cassure importante, à un processus qui s’interrompt. 

    Comment jugez-vous l’attitude des 27 depuis le “non” britannique? 

    Je suis effarée qu’ils laissent la balle dans le camp des Britanniques. Il n’y a pas eu de discours conjoint de François Hollande et Angela Merkel ni aucune initiative franco-allemande. Imagine-t-on, dans la même situation, les couples Giscard-Schmidt et Mitterrand-Kohl s’en abstenir? En réalité, le “Franco-Allemand” est en état de mort clinique. En France, seul Alain Juppé a montré une certaine hauteur de vue en déclarant qu’organiser un référendum dans l’Hexagone serait irresponsable.  

    Le fait est que nos politiciens n’ont pas défendu l’Europe “avant”; ils n’ont pas de vision pour “l’après”; et ils gèrent le présent au jour le jour. De son côté, Jean-Claude Juncker, qui préside la Commission européenne, a dit des choses justes… mais sa voix ne porte guère. Quant à Donald Tusk, le président du Conseil européen, il n’est même pas venu assister à la séance plénière extraordinaire du Parlement consécutive au Brexit! 

    Précisément, que pensez-vous des gagnants du référendum? 

    Deux choses sont frappantes. D’abord, l’ampleur de leurs mensonges, sur l’immigration qu’ils allaient stopper, sur l’argent qu’ils allaient soi-disant récupérer, etc. Ils ont d’ailleurs fait marche arrière quelques heures seulement après le résultat du vote. Ensuite, leur impréparation: Boris Johnson n’a jamais réfléchi à la manière de sortir de l’UE. Ce serait comique si ce n’était pas tragique. 

    Comment va s’organiser la sortie des Britanniques? 

    Selon l’article 50 du traité sur l’Union européenne, la procédure peut durer jusqu’à deux ans. Il faut tout faire pour que ce processus – dont toutes les conséquences sont difficiles à évaluer – soit rapide. De nombreuses questions se posent, auxquelles les gens n’ont pas réfléchi, par exemple sur la libre circulation des personnes. Les Français résidant à Londres peuvent-ils y rester dans les mêmes conditions? Les équivalences entre diplômes universitaires sont-elles maintenues?  

    Des interrogations hétéroclites vont apparaître, avec des implications diverses, allant de la géopolitique jusqu’à des sujets de vie quotidienne. Une chose est primordiale: réaffirmer qu’il n’y a qu’une seule procédure possible. Il faut être clair avec les Britanniques: dehors, c’est dehors, dedans, c’est dedans! A partir du moment où ils choisissent la sortie, leur pays ne peut plus avoir accès au marché européen dans les mêmes conditions, car cela créerait une asymétrie avec les autres Etats. 

    Le Brexit ne permet-il pas, au fond, de clarifier les choses? 

    A quelque chose malheur est bon: il nous aide à regarder la réalité en face. Jusqu’à présent, l’Europe et les pays membres étaient dans le déni des enjeux et de la gravité de la situation mondiale. Si ce vote permet de faire comprendre que l’outil européen est certes imparfait mais précieux et perfectible, alors nous aurons avancé. Mais, de grâce, arrêtons le jeu de massacre contre Bruxelles.

    Cette campagne référendaire a été marquée par des outrances déconnectées de la réalité politique européenne. Cela a créé un climat délétère: l’assassinat de la députée anglaise Jo Cox est, hélas, lié à cette atmosphère qui n’est pas celle d’un cadre démocratique normal. Le Premier ministre, David Cameron, a agi avec beaucoup de légèreté

    [en déclenchant un référendum]. Quoi qu’il en soit, nos dirigeants doivent maintenant produire leur propre vision de la construction européenne. On ne peut pas laisser des pays décider du destin de l’Europe à la roulette russe, comme l’ont fait les Britanniques, et improviser. 

    L’Europe est-elle en danger de mort? 

    En tout cas, si la construction européenne se défaisait, les principales victimes seraient, non pas l’UE, mais les Etats-nations, relégués au second plan mondial. Il faut se rappeler que le Vieux Continent ne représente que 7% de la population terrestre [NDLR: 6% depuis le Brexit] et que, compte tenu des évolutions démographiques, il ne pèsera bientôt plus que 4%. Nous, Européens, sommes une toute petite minorité à côté de nombreux peuples, jeunes et dynamiques, qui, pour certains, sont avides de prendre une revanche à nos dépens parce que nous avons dominé le monde pendant plusieurs siècles.  

    Il y a donc nécessité de repenser et de construire une entité politique capable de défendre notre modèle social et nos valeurs. Face à des défis tels que la protection des données personnelles ou la lutte contre le changement climatique, aucun Etat européen, pas même l’Allemagne, ne peut se défendre seul. Prendre le risque de casser l’UE est irresponsable à l’heure où nous assistons à des changements comme l’humanité en a peu connu. 

    Comment relancer le “rêve européen” et l’ancrer dans le XXIe siècle? 

    Commençons par éclairer l’opinion publique sur les dangers de la disparition de l’UE et aussi sur le potentiel extraordinaire de nos peuples s’ils font équipe. Et faisons en sorte que l’Europe revienne dans le débat. Pour cela, il est nécessaire d’inventer une forme de gouvernement qui soit compris et élu par les citoyens européens. Actuellement, l’exécutif de l’UE possède deux têtes. Avec, d’une part, la Commission européenne (composée de “commissaires” qui ne forment pas un “gouvernement” à proprement parler, mais pilotent l’exécutif), laquelle est jugée illégitime par la plupart des gens du fait que ses membres ne sont pas élus.  

    Et, d’autre part, le Conseil européen (réunissant les chefs d’Etat ou de gouvernement nationaux), qui a pris beaucoup trop d’importance par rapport à ce que prévoient les traités. En principe, le Conseil se contente de définir des grandes lignes, des orientations, des impulsions stratégiques. Or, ces dernières années, depuis le début de la crise, il se mêle de tout, prenant des décisions très techniques, par exemple sur les banques grecques, sans aucun mandat ni légitimité pour cela.  

    Pis, son fonctionnement est erratique: les chefs d’Etat ou de gouvernement se réunissent pour traiter un ordre du jour, puis se séparent et retournent dans leurs pays respectifs, sans que personne ne se charge du suivi ni n’assume les décisions. Ce système permet à tout le monde de se défausser sur la Commission, mais ne fait pas avancer grand-chose. Résultat, l’UE n’est pas gouvernée, elle n’est pas respectée, elle est même parfois détestée. 

    Le système est-il dépassé? 

    Oui. Les institutions actuelles ont permis de grandes réalisations et de préserver la paix jusqu’à aujourd’hui. Mais l’articulation entre les Etats et les institutions européennes n’est plus satisfaisante. Les gens veulent autre chose. Avant tout, ils souhaitent pouvoir choisir des représentants clairement identifiés, qu’ils élisent, et qu’ils puissent sanctionner en les congédiant au cas où ils échouent. Le bricolage actuel organise l’irresponsabilité. 

    Quels seraient les thèmes susceptibles de remobiliser les gens autour de l’idée européenne? 

    Il suffit de discuter avec les jeunes pour trouver les sujets d’actualité et d’avenir dignes d’intérêt: le digital, les nouvelles technologies, les protections des données, l’interconnexion des individus. Sans oublier la dimension de la justice sociale: plein de jeunes gens, motivés par l’humanitaire, multiplient aujourd’hui des expériences en Afrique, en Asie ou ailleurs. Ils ont envie d’être des Européens généreux, insérés dans le monde. Ils accèdent à tellement d’informations transfrontières que la perspective internationale s’impose de plus en plus dans tous les domaines de la vie. Le vote pro-Europe de la jeunesse britannique le prouve.  

    Hélas, c’est précisément le moment que le gouvernement a choisi, en 2015, pour tenter de supprimer les sections européennes et les classes bilangues dans les collèges et lycées. C’est consternant. Au contraire, l’Education nationale devrait développer les langues, les échanges et l’instruction civique européenne afin de créer une citoyenneté et un état d’esprit européens. C’est d’autant plus facile que les différents pays du Vieux Continent partagent bien davantage de valeurs que ne le disent leurs responsables nationaux, soucieux, avant tout, de défendre leur propre “crémerie”. 

    Existe-t-il un fossé générationnel qui expliquerait le divorce d’avec l’idéal européen? 

    Un profond renouvellement est nécessaire. Les partis politiques pourraient enfin donner des investitures à la “génération Erasmus” plutôt qu’à des messieurs qui appartiennent au XXe siècle. Les classes politiques nationales sont trop repliées sur elles-mêmes pour les défis d’aujourd’hui. Trop de responsables politiques ne maîtrisent aucune langue étrangère et n’ont pas d’expérience internationale. A cela s’ajoute, souvent, un autre fossé générationnel de compréhension des enjeux du monde numérique. 

    L’abondance de règlements européens n’est-elle pas un problème en soi? 

    Les règles sont à la fois honnies et réclamées par l’opinion, par exemple les normes sanitaires ou environnementales. Mais, surtout, l’UE ne peut pas agir, faute d’avoir reçu des compétences dans des domaines essentiels comme la sécurité, la défense commune, le contrôle des frontières où le budget européen est ridiculement faible. En fait, il faut maintenant étudier les dossiers l’un après l’autre et se demander s’il vaut mieux les traiter en commun ou nationalement.  

    Dans le premier cas, il faut constituer une “équipe d’Europe” ad hoc, accepter de transférer des compétences sérieusement, de se doter de moyens de décision et de financement appropriés. Dans le second cas, on peut laisser les Etats se débrouiller… Mais cessons d’accuser l’Europe de ne pas accomplir ce que l’on ne veut pas lui confier, comme on le fait aujourd’hui. 

    Craignez-vous d’autres “Brexit”? Par exemple en Pologne, en Hongrie, en Slovénie… 

    Et en France! Et en Allemagne! N’oublions pas que les intentions de vote pour Mme Le Pen sont très élevées. Et qu’outre-Rhin le parti populiste Alternative für Deutschland (AfD) progresse. Le référendum britannique doit servir d’électrochoc. Ayons conscience de ce que nous pourrions perdre. 

    L’Europe fédérale est-elle la solution? 

    Posons la question autrement. Disposons-nous d’un outil de défense commun face à Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdogan ou pour affronter la situation au Moyen-Orient? Avons-nous besoin d’un dispositif unique et efficace pour contrôler nos frontières et stopper le business des passeurs de migrants? Voulons-nous lutter contre le réchauffement climatique, le ralentissement économique et le chômage des jeunes? Oui, évidemment.  

    Eh bien, commençons par admettre que le système institutionnel actuel n’est pas adapté. Il faut changer d’échelle dans des domaines essentiels: commerce extérieur, diplomatie, sécurité intérieure, défense, contrôle des frontières. Le fédéralisme, ce n’est pas une “religion”, mais un mode d’organisation. Il en existe d’ailleurs différentes formes: à l’allemande, à l’américaine, à l’indienne, etc. Débattons-en. 

    Pensez-vous qu’il sera question d’Europe lors de la campagne présidentielle française? 

    Je l’espère. Car, si ce n’est pas le cas, la France va s’enfoncer petit à petit dans l’insignifiance. Et ce sont nos enfants qui en paieront le prix. 

  • Lettre d’information de Sylvie Goulard – Juillet 2016

    Lettre d’information de Sylvie Goulard – Juillet 2016

    En deux années de mandat, les crises n’ont pas manqué. La sortie de la Grèce de la zone euro a été évoquée et évitée de justesse. Dans ce pays, la situation n’est pas encore définitivement stabilisée. Le Royaume-Uni a décidé, par référendum, de quitter l’Union, ce qui a créé, pour le moins, une situation confuse. Face aux réfugiés, le manque de solidarité entre États membres a conduit les chefs d’États ou de gouvernement à conclure avec la Turquie un accord critiquable. Les attentats terroristes en France et en Belgique ont montré les limites d’une coordination européenne trop lâche en matière de sécurité.

    L’Europe est au pied du mur. Les eurosceptiques critiquent la construction européenne mais ne proposent pas grand-chose pour affronter les défis du monde de 2016. Ils sacralisent la souveraineté au mépris des interdépendances. Les pro-européens, tétanisés, refusent de tirer les leçons des multiples crises en cours. La perspective du référendum britannique aurait pu être l’occasion de dresser un bilan objectif, de définir ce que nous voulons faire ensemble et de s’en donner réellement les moyens car l’heure n’est plus aux illusions douces. Un certain nombre de changements qui étaient nécessaires, notamment dans la zone euro ou l’espace Schengen, restent incontournables, quelle que soit finalement la décision britannique. Face au risque de dislocation, la France et l’Allemagne ont une responsabilité particulière, au service de la cause commune mais le maintien de la cohérence d’ensemble appelle un effort plus large, n’excluant personne a priori. Ce qui est en jeu, c’est aussi bien la cohésion de l’Union que la capacité des Européens à peser dans le monde, à défendre leur modèle de société et à jouir à l’avenir de la sécurité qu’ils ont toujours connue et croient à tort éternelle.

    Alors que le Parlement est élu au suffrage universel direct, il est courant d’entendre dire que l’UE n’est pas démocratique. Sans doute des améliorations s’imposent. Mais au lieu de chercher à améliorer les choses – et elles peuvent l’être – le niveau national trop souvent se défausse sur Bruxelles ou se dérobe. Au Conseil européen de se ressaisir et de faire vivre l’esprit européen sans lequel tout sursaut serait voué à l’échec.

    *

    Le Parlement européen joue un rôle largement méconnu en matière législative ; il peut aussi peser sur le débat. C’est l’une des tâches auxquelles je me suis consacrée en priorité : faire entendre une voix pro-européenne dans les médias, en France et à l’étranger, utiliser la plume pour convaincre et dénoncer les mensonges et approximations si fréquents ces temps-ci. Le but de cette lettre d’information n’est pas de dresser un bilan exhaustif de ce qui a pu être fait ces deux dernières années, mais d’en donner un aperçu et de recueillir les réactions des citoyens qui m’ont fait confiance.

    Le référendum britannique : un miroir tendu aux Européens

    Lancée par David Cameron pour des raisons de politique intérieure, instrumentalisée par des rivaux peu scrupuleux, la procédure référendaire britannique a conduit à une situation grave. Pour la première fois, un État membre va quitter l’UE. Il est cependant trop facile de rejeter la faute sur ce seul pays. Une occasion a manifestement été manquée de réfléchir aux failles et au potentiel de l’UE. Les institutions bruxelloises comme les capitales européennes auraient pu développer une vision plus constructive. Les Britanniques nous ont tendu un miroir. Les dirigeants « continentaux » n’ont pas su trier entre les demandes de David Cameron qui méritaient considération et celles qui étaient inacceptables.

    Dès décembre 2015, je dénonçais les risques liés aux négociations en vue de conclure un nouvel arrangement pour le Royaume-Uni dans l’Union européenne. Lorsqu’il a été agréé en février 2016 entre les chefs d’État ou de gouvernement, j’ai exposé immédiatement les failles de cet arrangement (retrouvez ici la note, en trois langues ainsi qu’un document « questions – réponses » traitant également des interrogations en cas de sortie).

    C’est pourquoi j’ai écrit un livre, Goodbye Europe, sur ce sujet, paru chez Flammarion en mai dernier. Le titre interpelle sur la manière dont les autres pays, y compris les fondateurs, ont peut-être déjà mentalement quitté l’UE eux aussi. Leur attitude révèle combien les dirigeants se sont éloignés de l’idée européenne des origines telle qu’elle a pu être défendue par Schuman, Monnet ou Delors : un projet solidaire, démocratique, ouvert sur le monde.

    Pour en savoir plus sur ce sujet cliquer ici.

    La réforme du collège en France : un gâchis

    La réforme des collèges en France met en péril l’apprentissage de la langue allemande en France.

    Vis-à-vis de l’Allemagne c’est une remise en question unilatérale du traité de l’Élysée (1963), le traité solennel dans lequel les deux pays s’engageaient à coopérer, en mettant en œuvre des mesures concrètes pour encourager l’apprentissage de la langue du voisin. Cette décision est aussi préjudiciable aux intérêts des jeunes privés d’accès à la culture allemande et aux perspectives d’emploi qui y sont liés.

    Alors qu’elle était censée être justifiée par un souci d’égalité, la réforme entre en vigueur de façon très variable selon les académies : 95% des classes bi-langues seront par exemple supprimées à Caen, environ 65% à Lyon, tandis que la quasi-totalité est maintenue à Paris !

    Présentée comme « un effort exceptionnel » pour l’allemand, la réforme entraîne en réalité une diminution de 17% des heures d’enseignement de cette langue au collège.

    C’est pourquoi, avec plusieurs députés européens, nous avons lancé un appel alertant sur les conséquences de cette réforme. Avec Alfred Grosser et l’Association pour le Développement de l’Allemand en France (ADEAF), nous nous sommes mobilisés, notamment en saisissant le Conseil d’Etat, pour tenter de faire annuler certaines dispositions de la réforme.

    Pour en savoir plus, retrouvez ici les articles de l’ADEAF consacrés à la réforme des collèges.

    En commission des affaires économiques (ECON) : le travail entamé en 2009-2014 a été poursuivi

    Lors du précédent mandat, une grande partie de mon travail a été consacré à l’adoption de règles destinées à encadrer la finance et à renforcer la coopération dans la zone euro. Reconduite, dès 2014, par vote de mes collègues, à la coordination du groupe ALDE (Alliance des libéraux et des démocrates pour l’Europe), je poursuis cette tâche.

    1- Finance

    Durant cette période, de nombreuses mesures d’application ont été adoptées notamment pour mettre en œuvre les deux premiers pans de ce qu’on appelle « l’union bancaire » (un superviseur unique, tâche confiée à la BCE, et un cadre de faillite organisée pour les banques de la zone euro) ou encore le nouveau cadre législatif pour les assureurs.

    En tant que rapporteur pour le groupe ALDE, j’ai combattu un texte visant à scinder les grandes banques, ces établissements ayant plutôt bien résistés à la crise de 2008 et n’ayant pas fait appel au contribuable. Un contrôle strict et intelligent des banques vaut mieux que des mesures simplistes apportant de fausses solutions. Pour mémoire, le secteur bancaire emploie 400 000 personnes en France.

    Nous travaillons actuellement sur le 3ème pan de l’union bancaire, la mise en place d’un système européen de garanties des dépôts (EDIS) et des dossiers financiers pointus (fonds monétaires, prospectus des instruments financiers, titrisation,…).

    2 – Fiscalité

    Les questions fiscales ont aussi connu des avancées, malgré une compétence réduite du Parlement, grâce notamment aux commissions spéciales, dont j’ai fait partie, sur les rescrits fiscaux (arrangements entre contribuable et administration fiscale). Le scandale des « Panamas Papers » a même donné lieu récemment à la création d’une commission d’enquête. Le Parlement continue donc à maintenir la pression politique, dans une matière où l’unanimité des États est hélas toujours requise, ce qui rend les progrès très aléatoires.

    Il faut également souligner le rôle très positif de la commissaire à la concurrence, Margrethe Vestager, qui lutte contre la concurrence fiscale déloyale sous l’angle des aides d’États offertes en particulier aux multinationales.

    Nous devons avoir l’honnêteté d’admettre que tous ces efforts sont à poursuivre. Les règles doivent en permanence être recalibrées ; les institutions jeunes (comme le superviseur unique ou le mécanisme unique de résolution) doivent assoir leur autorité.

    Plus d’informations sur le travail en ECON et TAXE : ÉCONOMIE, FINANCE, EURO

    Finance internationale : quel rôle pour l’Union européenne ?

    La crise financière de 2008 nous a rappelé que l’Europe, les États-Unis, l’Asie étaient interdépendants. Des règles communes sont indispensables pour préserver la stabilité au niveau global. Mais encore faut-il qu’elles soient adoptées d’une manière qui ne dépossède pas les élus au profit d’experts, plus ou moins indépendants de l’industrie financière, et que les intérêts européens soient soigneusement pris en compte. À mon rapport a été adopté un texte relatif au rôle de l’Union dans les organisations économiques et financières internationales (Fonds monétaire international, Comité de Bâle pour la supervision bancaire, le bureau international des normes comptables (IASB), …). Ce rapport visait à apporter un début de réponse à des questions simples, légitimes, que tout citoyen peut se poser.

    1 – Qui décide des normes de la finance globale ?

    Le changement d’échelle ne doit pas se faire au détriment de la démocratie. Même des sujets techniques doivent faire l’objet d’un dialogue entre experts et élus et d’une décision par les parlements / gouvernements. Lorsque des engagements sont pris, il est nécessaire de s’assurer d’une mise en œuvre appropriée.

    2 – Comment s’assurer que les décideurs rendent des comptes ?

    On ne peut plus se contenter des négociations dans l’ombre, les citoyens doivent, via leurs représentations parlementaires et un débat public, se faire entendre et veiller au respect des engagements pris. Enceinte transfrontière par excellence, et législateur dans ces domaines, le Parlement européen a une responsabilité particulière à exercer.

    3 – L’Union européenne s’organise-t-elle pour avoir une influence maximale sur la scène internationale ?

    L’UE et la zone euro ont des intérêts stratégiques à défendre, mais notre représentation, souvent pléthorique, laisse à désirer. Il est dans notre intérêt de mettre en place des outils internes à l’UE / la zone euro, mais aussi internationaux qui permettront à l’avenir à l’Europe de ne pas être marginalisée.

    Ce rapport a été adopté à une large majorité (478 votes en faveur, 217 votes contre, 9 abstentions), allant du centre droit aux socialistes en passant par les Verts et les libéraux.

    Pour en savoir plus : cliquez ici pour l’article publié à l’occasion de l’adoption du rapport, ici pour retrouver le rapport tel qu’adopté, et ici pour retrouver le projet de rapport ainsi que les études préparatoires réalisées par des experts que je tiens à remercier.

    Création du groupe de l’écureuil – Les Amis de l’euro

    Avec plusieurs autres députés, nous avons lancé le groupe de l’Écureuil – Les Amis de l’euro, un cercle de réflexion transpartisan sur l’avenir de la monnaie unique. Notre première réunion a été l’occasion d’accueillir Emmanuel Macron, en présence de Peter Praet (de la Banque centrale européenne). Le 12 juillet dernier, c’est le ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble qui nous a fait l’honneur de venir débattre avec nous de ces sujets. D’autres orateurs sont prévus afin de nourrir et renouveler le débat sur les défis futurs.

    La lutte contre la pauvreté en Europe : toujours une priorité pour moi

    En début de mandat, l’intergroupe de lutte contre la pauvreté a réussi à être sélectionné parmi les « intergroupes officiels » du Parlement. Cet intergroupe existe depuis 1980 mais sa reconduite n’est jamais évidente – la pauvreté étant hélas un sujet ingrat, une priorité difficile à faire passer. L’un des buts principaux de l’intergroupe est d’être un lieu d’échanges pluralistes, de dialogue et de concertation entre les plus démunis et les décideurs européens. L’exclusion sociale est non seulement moralement inacceptable, mais c’est aussi un gâchis de capital humain, préjudiciable.

    1 – Journée mondiale du refus de la misère

    Chaque année nous organisons un événement aux alentours du 17 octobre, journée mondiale du refus de la misère. En 2014, juste après les élections européennes, la réunion a dressé le bilan de l’action des cinq dernières années et lancé une réflexion sur les années à venir, avec les démunis, les ONGs, les députés européens. Elle était destinée à sensibiliser en amont le commissaire désigné, Valdis Dombrovskis (plus d’informations sur le sujet en cliquant ici).

    En 2015, c’est Mario Monti, ancien Premier ministre italien, qui s’est interrogé sur le rôle de la mondialisation dans l’augmentation de la pauvreté, suivi par des témoignages de membres d’ATD Quart Monde et de Caritas (pour plus d’informations cliquez ici.)

    2 – Les sans-abris

    Les sans-abris sont de plus en plus nombreux en Europe, et leur profil change avec les crises qui ont frappé depuis 2008. Nous demandons à la Commission européenne d’adopter une stratégie européenne en assurant l’échange des bonnes pratiques, et demandant que toute politique soit conçue en consultation avec ceux qui sont concernés (cliquez icipour en savoir plus).

    3 – Revenu minimum

    Un autre événement a été organisé le 6 avril dernier autour du revenu minimum, de la question d’un éventuel revenu universel et plus globalement sur la manière d’assurer une vie digne pour tous. Nous demandons à la Commission une directive pour assurer un revenu minimum dans tous les États membres (pour plus d’informations cliquez ici).

    Prochain rendez-vous : le 19 octobre 2016 au Parlement européen, pour marquer la journée mondiale du refus de la misère.

    En commission des affaires constitutionnelles (AFCO) : un travail entre améliorations ponctuelles et possible changement de traités

    Siégeant comme suppléante en AFCO (commission des affaires constitutionnelles), j’y suis notamment les dossiers liés aux questions de gouvernance économique.

    1 – État de droit

    Un avis adopté à mon rapport en mars 2015 sur « l’examen du cadre de gouvernance économique : bilan et enjeux » s’est penché sur le besoin d’améliorer l’État de droit dans l’Union économique et monétaire (UEM). Actuellement les traités n’ont donné quasiment aucun rôle à la Cour de justice. En quelque sorte, l’euro a un « code de la route », le pacte de stabilité et de croissance, mais les recours sont insuffisants contre ceux qui sont en infraction. Sans contrôle d’un juge, le risque est grand – et d’ailleurs il est avéré – de voir les règles budgétaires s’appliquer avec plus ou moins de sévérité selon l’importance du pays concerné (plus d’informations sur le sujet en cliquant ici).

    Ce texte, soutenu par une majorité de députés de tous bords, a appelé à aborder cette question dans la perspective d’une future révision des traités.

    2 – Prochaines élections européennes

    Les prochaines élections européennes auront lieu en 2019. Le Parlement s’est prononcé en novembre 2015 sur la réforme de la loi électorale.

    Le groupe ADLE s’est battu avec beaucoup d’énergie pour inclure la notion de listes transnationales dans la loi électorale : aux côtés de députés européens élus, comme aujourd’hui dans un Etat membre, des députés seraient élus à l’échelle de l’UE entière, ce qui favoriserait une vision européenne. La proposition du PE est actuellement discutée au Conseil des ministres. Le départ des 73 députés britanniques pourrait permettre de faire de la place à ces nouveaux élus, sans coûts supplémentaires, comme l’a proposé Dany Cohn-Bendit lors du débat avec Emmanuel Macron et moi-même le 25 juin 2016 à Sciences Po. Par ailleurs, le PE doit faire une proposition d’ici la fin de l’année sur la répartition des sièges entre les États membres pour 2019. Le groupe ALDE m’a confié le rôle de rapporteur sur ce dossier.

    3 – Changement de traités ?

    Actuellement, deux rapports très importants sont en cours de discussion pour l’avenir de l’Europe :

    ·         l’un examine comment améliorer le fonctionnement de l’UE à traités constants ;

    ·         dans l’autre, Guy Verhofstadt envisage les changements utiles nécessitant un changement de traités.

    Ces textes, en cours de discussion, devraient être adoptés avant la fin de l’année. C’est un travail de longue haleine, délicat : d’un côté, il est clair que les opinions publiques sont circonspectes, de l’autre, il est impossible de rester pour toujours enfermés dans un cadre institutionnel imparfait.

    Plus d’informations sur le travail en AFCO ici.

    Travail de terrain : en circonscription et en Europe

    Je tiens à maintenir autant que possible le lien avec la circonscription.

    Des visites à Strasbourg et Bruxelles permettent de recevoir régulièrement des classes. Je les aide à financer leur voyage car ce contact direct est crucial. J’ai pu aussi rencontrer les élèves « coordinateurs » d’un projet européen autour de la gastronomie dans leur lycée de Valréas. Ils sont venus préparer un dîner au Parlement.

    Je me rends également dans des établissements scolaires (notamment le collège Rocher du dragon à Aix, le lycée Daumier à Marseille, l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence) ou réponds à des invitations comme celledes élèves de prépa du lycée Notre-Dame du Grandchamp à un débat au collège des Bernardins avec Valéry Giscard d’Estaing. D’autres interventions ont eu lieu à Marseille à l’occasion de la fête de l’Europe, ou encore à Mouans-Sartoux (06).

    L’interaction avec les professionnels est aussi très importante ; ce sont eux qui sont censés appliquer les textes sur lesquels le Parlement travaille. J’essaie donc de participer autant que possible, en plus des réunions au Parlement européen, à des panels, séminaires ou échanges avec des professionnels et ONG en France et à l’étranger.

    Le lien avec l’Allemagne est pour moi essentiel. Que ce soit au sein du conseil de la Deutsche Nationalstiftung, au séminaire franco-allemand de Fischbachau, au Bundestag à l’invitation du groupe des Verts, ou encore à l’université Humboldt, je tiens à entretenir des liens étroits avec ce pays.

    A l’occasion du référendum britannique, j’ai eu l’occasion de m’exprimer dans les médias et devant des publics divers au Royaume-Uni (notamment à Londres à l’invitation du Financial Times ou de Chatham House), en France comme lors du festival de l’Europe de Bois-le-Roi. En Italie et en Allemagne, j’ai eu la chance de pouvoir présenter mon livre Goodbye Europe.

  • Before Brexit talks begin, Boris Johnson must understand three things

    Before Brexit talks begin, Boris Johnson must understand three things

    During the referendum campaign Boris Johnson likened the EU’s ambitions to those of Nazi Germany. “Napoleon, Hitler, various people tried this out, and it ends tragically,” he said. “The EU is an attempt to do this by different methods.” Perhaps it was not, with hindsight, the most diplomatic opinion for a foreign secretary to have aired in public.

    Johnson’s appointment as foreign secretary was certainly not a surprise that anyone in EU circles was hoping for. But there may have been a logic to Theresa May’s decision. For a start, it will oblige the former mayor of London to exercise self-control. Plus, he will be surrounded by highly professional civil servants loyal to the national interests of the UK – which, in a complex world, require more than Johnson’s oversimplified views.

    Quite quickly Johnson will also be forced to recognise that there are more than a few differences between the methods Napoleon and Hitler used and the way the EU functions, which is through cooperation and commonly agreed rules. For all Europeans, including the British, the crash course in diplomacy May intends to impose on Johnson could yield a positive outcome.

    As all those now responsible for the Brexit negotiations reflect on their strategy, I would recommend that they listen to Jonathan Hill, UK commissioner for financial services, who stepped down from his position in the EU after the referendum. At a hearing in the European parliament on 13 July he had some wise words. He said that “constructive relationships are needed between the UK and the EU”. I can only echo this sentiment. For him, “these relationships are more likely to be built by people who listen to other people in Europe rather than insulting them”.

    Dialogue between the UK and the EU is first and foremost what is now required. And before that dialogue begins, it is crucial that the UK negotiators understand three things.

    First, that the EU, with its 27 member states, including the 19 countries of the eurozone, has their legitimate interests to defend – in particular in the financial sector – and both sides of the Channel need to achieve an agreement that will be accepted across Europe. After months of inward-looking conversation, the British must realise that they are now negotiating a divorce – and divorce requires the assent of both parties.

    Of course our interests are linked, and nobody wants things to get to that point. The UK is a major ally, as well as an major global economy, and it is in the EU’s interests to maintain close, and as constructive as possible, ties with it. It is also in the UK’s interest to negotiate the best possible exit deal, as the EU remains the UK’s largest trading partner.

    Some models of cooperation “from outside” exist. They, however, also come with obligations. When deals were concluded, Norway and Switzerland accepted that they would contribute to the EU budget and apply EU legislation in exchange for access to the market – and also allowed the free movement of people.

    The British public has voted, and that vote must be respected. Few voices on the continent contest this. But Britain must now help us to find a mutually acceptable solution.

  • Before Brexit talks begin, Boris Johnson must understand three things

    Before Brexit talks begin, Boris Johnson must understand three things

    The Guardian – 15/07/2016

    During the referendum campaign Boris Johnson likened the EU’s ambitions to those of Nazi Germany. “Napoleon, Hitler, various people tried this out, and it ends tragically,” he said. “The EU is an attempt to do this by different methods.” Perhaps it was not, with hindsight, the most diplomatic opinion for a foreign secretary to have aired in public.

    Johnson’s appointment as foreign secretary was certainly not a surprise that anyone in EU circles was hoping for. But there may have been a logic to Theresa May’s decision. For a start, it will oblige the former mayor of London to exercise self-control. Plus, he will be surrounded by highly professional civil servants loyal to the national interests of the UK – which, in a complex world, require more than Johnson’s oversimplified views.

    Quite quickly Johnson will also be forced to recognise that there are more than a few differences between the methods Napoleon and Hitler used and the way the EU functions, which is through cooperation and commonly agreed rules. For all Europeans, including the British, the crash course in diplomacy May intends to impose on Johnson could yield a positive outcome.

    As all those now responsible for the Brexit negotiations reflect on their strategy, I would recommend that they listen to Jonathan Hill, UK commissioner for financial services, who stepped down from his position in the EU after the referendum. At a hearing in the European parliament on 13 July he had some wise words. He said that “constructive relationships are needed between the UK and the EU”. I can only echo this sentiment. For him, “these relationships are more likely to be built by people who listen to other people in Europe rather than insulting them”.

    Dialogue between the UK and the EU is first and foremost what is now required. And before that dialogue begins, it is crucial that the UK negotiators understand three things.

    First, that the EU, with its 27 member states, including the 19 countries of the eurozone, has their legitimate interests to defend – in particular in the financial sector – and both sides of the Channel need to achieve an agreement that will be accepted across Europe. After months of inward-looking conversation, the British must realise that they are now negotiating a divorce – and divorce requires the assent of both parties.

    Of course our interests are linked, and nobody wants things to get to that point. The UK is a major ally, as well as an major global economy, and it is in the EU’s interests to maintain close, and as constructive as possible, ties with it. It is also in the UK’s interest to negotiate the best possible exit deal, as the EU remains the UK’s largest trading partner.

    Some models of cooperation “from outside” exist. They, however, also come with obligations. When deals were concluded, Norway and Switzerland accepted that they would contribute to the EU budget and apply EU legislation in exchange for access to the market – and also allowed the free movement of people.

    The British public has voted, and that vote must be respected. Few voices on the continent contest this. But Britain must now help us to find a mutually acceptable solution.

  • Le Brexit nous aide à regarder la réalité en face

    Le Brexit nous aide à regarder la réalité en face

    Auteur de Goodbye Europe, la députée européenne Sylvie Goulard, qui a travaillé auprès de Romano Prodi lorsqu’il présidait la Commission, estime qu’il faut changer les institutions de fond en comble.

    Quelle est votre réaction au Brexit du 23 juin? 

    C’est un événement historique grave. Pendant une soixantaine d’années, l’objectif européen a été de consolider la paix et de développer des coopérations de plus en plus poussées avec un nombre croissant de nations. Durant cette période, nous avons sans doute commis des erreurs. Il n’en reste pas moins que l’enjeu demeure: faire exister l’Union européenne aux yeux du reste du monde. Pour les Américains ou les Chinois, le Brexit correspond à une cassure importante, à un processus qui s’interrompt. 

    Comment jugez-vous l’attitude des 27 depuis le “non” britannique? 

    Je suis effarée qu’ils laissent la balle dans le camp des Britanniques. Il n’y a pas eu de discours conjoint de François Hollande et Angela Merkel ni aucune initiative franco-allemande. Imagine-t-on, dans la même situation, les couples Giscard-Schmidt et Mitterrand-Kohl s’en abstenir? En réalité, le “Franco-Allemand” est en état de mort clinique. En France, seul Alain Juppé a montré une certaine hauteur de vue en déclarant qu’organiser un référendum dans l’Hexagone serait irresponsable.  

    Le fait est que nos politiciens n’ont pas défendu l’Europe “avant”; ils n’ont pas de vision pour “l’après”; et ils gèrent le présent au jour le jour. De son côté, Jean-Claude Juncker, qui préside la Commission européenne, a dit des choses justes… mais sa voix ne porte guère. Quant à Donald Tusk, le président du Conseil européen, il n’est même pas venu assister à la séance plénière extraordinaire du Parlement consécutive au Brexit! 

    Précisément, que pensez-vous des gagnants du référendum? 

    Deux choses sont frappantes. D’abord, l’ampleur de leurs mensonges, sur l’immigration qu’ils allaient stopper, sur l’argent qu’ils allaient soi-disant récupérer, etc. Ils ont d’ailleurs fait marche arrière quelques heures seulement après le résultat du vote. Ensuite, leur impréparation: Boris Johnson n’a jamais réfléchi à la manière de sortir de l’UE. Ce serait comique si ce n’était pas tragique. 

    Comment va s’organiser la sortie des Britanniques? 

    Selon l’article 50 du traité sur l’Union européenne, la procédure peut durer jusqu’à deux ans. Il faut tout faire pour que ce processus – dont toutes les conséquences sont difficiles à évaluer – soit rapide. De nombreuses questions se posent, auxquelles les gens n’ont pas réfléchi, par exemple sur la libre circulation des personnes. Les Français résidant à Londres peuvent-ils y rester dans les mêmes conditions? Les équivalences entre diplômes universitaires sont-elles maintenues?  

    Des interrogations hétéroclites vont apparaître, avec des implications diverses, allant de la géopolitique jusqu’à des sujets de vie quotidienne. Une chose est primordiale: réaffirmer qu’il n’y a qu’une seule procédure possible. Il faut être clair avec les Britanniques: dehors, c’est dehors, dedans, c’est dedans! A partir du moment où ils choisissent la sortie, leur pays ne peut plus avoir accès au marché européen dans les mêmes conditions, car cela créerait une asymétrie avec les autres Etats. 

    Le Brexit ne permet-il pas, au fond, de clarifier les choses? 

    A quelque chose malheur est bon: il nous aide à regarder la réalité en face. Jusqu’à présent, l’Europe et les pays membres étaient dans le déni des enjeux et de la gravité de la situation mondiale. Si ce vote permet de faire comprendre que l’outil européen est certes imparfait mais précieux et perfectible, alors nous aurons avancé. Mais, de grâce, arrêtons le jeu de massacre contre Bruxelles.

    Cette campagne référendaire a été marquée par des outrances déconnectées de la réalité politique européenne. Cela a créé un climat délétère: l’assassinat de la députée anglaise Jo Cox est, hélas, lié à cette atmosphère qui n’est pas celle d’un cadre démocratique normal. Le Premier ministre, David Cameron, a agi avec beaucoup de légèreté

    [en déclenchant un référendum]. Quoi qu’il en soit, nos dirigeants doivent maintenant produire leur propre vision de la construction européenne. On ne peut pas laisser des pays décider du destin de l’Europe à la roulette russe, comme l’ont fait les Britanniques, et improviser. 

    L’Europe est-elle en danger de mort? 

    En tout cas, si la construction européenne se défaisait, les principales victimes seraient, non pas l’UE, mais les Etats-nations, relégués au second plan mondial. Il faut se rappeler que le Vieux Continent ne représente que 7% de la population terrestre [NDLR: 6% depuis le Brexit] et que, compte tenu des évolutions démographiques, il ne pèsera bientôt plus que 4%. Nous, Européens, sommes une toute petite minorité à côté de nombreux peuples, jeunes et dynamiques, qui, pour certains, sont avides de prendre une revanche à nos dépens parce que nous avons dominé le monde pendant plusieurs siècles.  

    Il y a donc nécessité de repenser et de construire une entité politique capable de défendre notre modèle social et nos valeurs. Face à des défis tels que la protection des données personnelles ou la lutte contre le changement climatique, aucun Etat européen, pas même l’Allemagne, ne peut se défendre seul. Prendre le risque de casser l’UE est irresponsable à l’heure où nous assistons à des changements comme l’humanité en a peu connu. 

    Comment relancer le “rêve européen” et l’ancrer dans le XXIe siècle? 

    Commençons par éclairer l’opinion publique sur les dangers de la disparition de l’UE et aussi sur le potentiel extraordinaire de nos peuples s’ils font équipe. Et faisons en sorte que l’Europe revienne dans le débat. Pour cela, il est nécessaire d’inventer une forme de gouvernement qui soit compris et élu par les citoyens européens. Actuellement, l’exécutif de l’UE possède deux têtes. Avec, d’une part, la Commission européenne (composée de “commissaires” qui ne forment pas un “gouvernement” à proprement parler, mais pilotent l’exécutif), laquelle est jugée illégitime par la plupart des gens du fait que ses membres ne sont pas élus.  

    Et, d’autre part, le Conseil européen (réunissant les chefs d’Etat ou de gouvernement nationaux), qui a pris beaucoup trop d’importance par rapport à ce que prévoient les traités. En principe, le Conseil se contente de définir des grandes lignes, des orientations, des impulsions stratégiques. Or, ces dernières années, depuis le début de la crise, il se mêle de tout, prenant des décisions très techniques, par exemple sur les banques grecques, sans aucun mandat ni légitimité pour cela.  

    Pis, son fonctionnement est erratique: les chefs d’Etat ou de gouvernement se réunissent pour traiter un ordre du jour, puis se séparent et retournent dans leurs pays respectifs, sans que personne ne se charge du suivi ni n’assume les décisions. Ce système permet à tout le monde de se défausser sur la Commission, mais ne fait pas avancer grand-chose. Résultat, l’UE n’est pas gouvernée, elle n’est pas respectée, elle est même parfois détestée. 

    Le système est-il dépassé? 

    Oui. Les institutions actuelles ont permis de grandes réalisations et de préserver la paix jusqu’à aujourd’hui. Mais l’articulation entre les Etats et les institutions européennes n’est plus satisfaisante. Les gens veulent autre chose. Avant tout, ils souhaitent pouvoir choisir des représentants clairement identifiés, qu’ils élisent, et qu’ils puissent sanctionner en les congédiant au cas où ils échouent. Le bricolage actuel organise l’irresponsabilité. 

    Quels seraient les thèmes susceptibles de remobiliser les gens autour de l’idée européenne? 

    Il suffit de discuter avec les jeunes pour trouver les sujets d’actualité et d’avenir dignes d’intérêt: le digital, les nouvelles technologies, les protections des données, l’interconnexion des individus. Sans oublier la dimension de la justice sociale: plein de jeunes gens, motivés par l’humanitaire, multiplient aujourd’hui des expériences en Afrique, en Asie ou ailleurs. Ils ont envie d’être des Européens généreux, insérés dans le monde. Ils accèdent à tellement d’informations transfrontières que la perspective internationale s’impose de plus en plus dans tous les domaines de la vie. Le vote pro-Europe de la jeunesse britannique le prouve.  

    Hélas, c’est précisément le moment que le gouvernement a choisi, en 2015, pour tenter de supprimer les sections européennes et les classes bilangues dans les collèges et lycées. C’est consternant. Au contraire, l’Education nationale devrait développer les langues, les échanges et l’instruction civique européenne afin de créer une citoyenneté et un état d’esprit européens. C’est d’autant plus facile que les différents pays du Vieux Continent partagent bien davantage de valeurs que ne le disent leurs responsables nationaux, soucieux, avant tout, de défendre leur propre “crémerie”. 

    Existe-t-il un fossé générationnel qui expliquerait le divorce d’avec l’idéal européen? 

    Un profond renouvellement est nécessaire. Les partis politiques pourraient enfin donner des investitures à la “génération Erasmus” plutôt qu’à des messieurs qui appartiennent au XXe siècle. Les classes politiques nationales sont trop repliées sur elles-mêmes pour les défis d’aujourd’hui. Trop de responsables politiques ne maîtrisent aucune langue étrangère et n’ont pas d’expérience internationale. A cela s’ajoute, souvent, un autre fossé générationnel de compréhension des enjeux du monde numérique. 

    L’abondance de règlements européens n’est-elle pas un problème en soi? 

    Les règles sont à la fois honnies et réclamées par l’opinion, par exemple les normes sanitaires ou environnementales. Mais, surtout, l’UE ne peut pas agir, faute d’avoir reçu des compétences dans des domaines essentiels comme la sécurité, la défense commune, le contrôle des frontières où le budget européen est ridiculement faible. En fait, il faut maintenant étudier les dossiers l’un après l’autre et se demander s’il vaut mieux les traiter en commun ou nationalement.  

    Dans le premier cas, il faut constituer une “équipe d’Europe” ad hoc, accepter de transférer des compétences sérieusement, de se doter de moyens de décision et de financement appropriés. Dans le second cas, on peut laisser les Etats se débrouiller… Mais cessons d’accuser l’Europe de ne pas accomplir ce que l’on ne veut pas lui confier, comme on le fait aujourd’hui. 

    Craignez-vous d’autres “Brexit”? Par exemple en Pologne, en Hongrie, en Slovénie… 

    Et en France! Et en Allemagne! N’oublions pas que les intentions de vote pour Mme Le Pen sont très élevées. Et qu’outre-Rhin le parti populiste Alternative für Deutschland (AfD) progresse. Le référendum britannique doit servir d’électrochoc. Ayons conscience de ce que nous pourrions perdre. 

    L’Europe fédérale est-elle la solution? 

    Posons la question autrement. Disposons-nous d’un outil de défense commun face à Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdogan ou pour affronter la situation au Moyen-Orient? Avons-nous besoin d’un dispositif unique et efficace pour contrôler nos frontières et stopper le business des passeurs de migrants? Voulons-nous lutter contre le réchauffement climatique, le ralentissement économique et le chômage des jeunes? Oui, évidemment.  

    Eh bien, commençons par admettre que le système institutionnel actuel n’est pas adapté. Il faut changer d’échelle dans des domaines essentiels: commerce extérieur, diplomatie, sécurité intérieure, défense, contrôle des frontières. Le fédéralisme, ce n’est pas une “religion”, mais un mode d’organisation. Il en existe d’ailleurs différentes formes: à l’allemande, à l’américaine, à l’indienne, etc. Débattons-en. 

    Pensez-vous qu’il sera question d’Europe lors de la campagne présidentielle française? 

    Je l’espère. Car, si ce n’est pas le cas, la France va s’enfoncer petit à petit dans l’insignifiance. Et ce sont nos enfants qui en paieront le prix.

    Propos recueillis par Axel Gyldén

  • Déluge de critiques à l’égard de José Manuel Barroso

    Déluge de critiques à l’égard de José Manuel Barroso

    Les eurodéputés dénoncent le recrutement de l’ancien président de la Commission à la banque d’affaires américaine Goldman Sachs. Les Verts réclament une plus longue période de transition entre la fin d’un mandat à Bruxelles et le passage au privé

    L’embauche de José Manuel Barroso par Goldman Sachs continue à susciter l’indignation. L’ancien président de la Commission qui a quitté son poste le 1er novembre 2014 après deux mandats, occupera ses nouvelles fonctions de président non exécutif de la banque d’affaires américaine. Il sera basé à Londres et conseillera la banque par rapport au Brexit.

    La charge a été menée mardi par le quotidien français «Libération». «Traître un jour, traître toujours», a dénoncé «Libération» qui y a consacré un grand dossier. Le quotidien français rappelle que José Manuel Barroso avait déjà trahi l’esprit de l’Europe lorsqu’il avait rallié la cause américaine en mars 2003 alors même que plusieurs dirigeants dont la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Jacques Chirac, étaient opposés à la guerre en Irak. Le journal conclut: «si la loi permet ce genre de mauvaise action, il est urgent de la changer».

    José Manuel Barroso a respecté la période de transition indiquée de 18 mois avant d’accepter sa nouvelle position. Il a aussi renoncé dès janvier 2015 à son indemnité d’environ 200 000 euros par an pendant trois ans. «Tout ce qui est légal n’est pas forcément opportun, réplique Sylvie Goulard, eurodéputée française et membre du groupe Alliance des démocrates et des libéraux. Ses responsabilités l’obligent à prendre une certaine hauteur.» Elle rappelle que le serment qu’il a prêté devant la Cour de justice prévoit expressément «des devoirs d’honnêteté et de délicatesse quant à l’acceptation de certaines fonctions et de certains avantages» au terme de ses fonctions.

    Sylvie Goulard juge par ailleurs que la situation créée par ce recrutement intervenu quelques jours après le vote en faveur du Brexit est toute particulière. «Des négociations vont s’engager dans lesquelles les services financiers seront cruciaux, explique-t-elle. José Manuel Barroso a été engagé par la banque Goldman Sachs pour défendre des intérêts privés divergents de ceux de la zone euro et des Vingt-Sept. C’est ce qui est particulièrement choquant.»

    Quid de la période de transition entre la fin d’un mandat européen et un poste dans le privé

    Pour Sven Giegold, eurodéputé allemand et porte-parole des Verts, la décision de José Manuel Barroso porte atteinte à la crédibilité de la Commission européenne. «Il y a un besoin urgent de fixer une plus longue période de transition entre une position de responsabilité à la Commission et une embauche, dit-il. Il serait raisonnable de la portée à trois ans, contre dix-huit mois selon la règle actuelle.»

    Rapporteur du groupe de travail «Transparency, Accountablity and Intergrity» au sein des institutions européennes, Swen Giegold avait proposé un amendement allant dans ce sens. Les deux principaux groupes politiques (conservateur et Socialiste) ont voté contre. Le vert allemand espère que ces derniers reviendront sur leur décision le 12 septembre prochain. La question sera de nouveau sur la table du Parlement.

    Le Parti socialiste européen a en effet changé d’avis et réclame désormais une période de transition de cinq ans entre la fin d’un mandat à Bruxelles et un emploi dans le privé. A présent, il veut faire tout pour faire capoter l’embauche de José Manuel Barroso. «Si ce recrutement devait malgré tout se concrétiser, nous exigeons une traçabilité intégrale d’absolument tous les contacts entre lui et ses équipes avec tout représentant de la Commission, du Parlement, et du Conseil, selon un communiqué publié lundi. Au premier manquement, des sanctions – comme le boycott de Goldman Sachs par les Etats membres – devraient être envisagées.»

    L’indignation est aussi du côté du Parti populaire européen, conservateur et principal groupe politique au Parlement. «C’est une situation détestable, a déclaré l’eurodéputé français Alain Lamassoure dans «Libération» de mardi. Si Barroso était allé dans une autre banque que Goldman Sachs, cela n’aurait sans doute posé aucun problème.»

    Auteur: Ram Etwareea

  • “Je pense qu’un jour ils reviendront” interview pour la Revue du Trombinoscope

    “Je pense qu’un jour ils reviendront” interview pour la Revue du Trombinoscope

    Interview de Sylvie Goulard (députée européenne MoDem à l’époque), réalisée par Marjolaine Koch pour la Revue du Trombinoscope, datée du 12 juillet 2016.

    Dans ce contexte post-Brexit (référendum du 23 juin 2016), Sylvie Goulard exprime un optimisme mesuré sur l’avenir de l’Union européenne. Elle défend l’idée que, malgré le choc du Brexit et la montée des populismes, les citoyens européens finiront par revenir vers plus d’intégration européenne quand ils constateront les limites et les coûts du repli national.

    Est aussi abordé:

    • La nécessité de réformer l’UE pour la rendre plus efficace et plus proche des citoyens
    • Le rôle clé du couple franco-allemand
    • Un engagement de longue date pour une Europe plus solidaire et politique
    Revue trombinoscope 12 07 2016 2
  • Barroso chez Goldman Sachs ne se grandit pas / Barroso’s move to Goldman Sachs: may not be breaking the rules but not moral either

    Barroso chez Goldman Sachs ne se grandit pas / Barroso’s move to Goldman Sachs: may not be breaking the rules but not moral either

    « Je m’engage à exercer mes responsabilités en pleine indépendance, dans l’intérêt général de l’Union. (…) Je m’engage en outre à respecter, pendant la durée de mes fonctions et après cessation de celles-ci, les obligations découlant de ma charge, notamment les devoirs d’honnêteté et de délicatesse quant à l’acceptation après cette cessation de certaines fonctions ou de certains avantages. » Voilà le serment qu’a solennellement prêté José Manuel Durão Barroso devant la Cour de Justice. En rejoignant aujourd’hui la banque américaine Goldman Sachs, celui qui, de 2004 à 2014, a été président de la Commission européenne a beau n’enfreindre aucune règle, il ne se grandit pas.

    Les passerelles entre public et privé ne sont pas choquantes en soi. Sans elles, la classe politique ne se renouvellerait pas, deux mondes tenus de coopérer s’ignoreraient. Dans le cas de Mario Draghi, président de la BCE, parfois mis en cause lui aussi comme ancien de Goldman Sachs, il est heureux qu’il ait pu, en faisant le chemin inverse, mettre sa connaissance approfondie des marchés au service de l’intérêt général. C’est le contexte exceptionnel – la sortie d’un État membre de l’Union – qui rend la décision de José Manuel Barroso particulièrement douteuse : un ancien Premier ministre d’un État utilisant la monnaie unique, ancien président de la Commission, apporte son concours à des intérêts commerciaux divergents de ceux des États qui restent membres de l’UE, et notamment de la zone euro.

    Goldman Sachs en quête du « fameux » passeport financier

    Le référendum britannique a créé une situation confuse. Dans les négociations à venir, aux modalités incertaines, les services financiers occupent une place tout à fait cruciale, vu le poids de la finance dans la richesse du pays. Les autorités britanniques chercheront vraisemblablement à garder une relation spéciale avec l’UE. La City aspire ouvertement à conserver le fameux « passeport » donnant aux banques étrangères installées à Londres, comme Goldman Sachs, l’accès à tout le marché intérieur européen. La localisation des opérations de compensation en euros, très lucrative, est également primordiale pour la place de Londres. De leur côté, les 27 s’attacheront à défendre la cohérence du marché intérieur. Leur position de départ, ferme à ce stade, est que les quatre libertés (circulation des biens, des personnes, des capitaux et des services) sont indissociables : pas de droits sans application des règles de l’UE, pas d’accès au marché financier sans libre circulation des personnes. Et les transactions en euros doivent être supervisées dans la zone euro. Mais combien de temps les 27 et les institutions vont-ils tenir ? Combien de pressions seront exercées ? Le recrutement de José Manuel Barroso n’a d’autre but que de les faciliter.

    La Commission devrait demander à son ancien président de renoncer à ce poste. Les attaques indifférenciées contre « les experts », « les élites » ou « la finance », fréquentes ces temps-ci, sont parfois exagérées, mais si cet organe ne faisait rien, dans ce cas précis, pour regagner la confiance des citoyens, elle faillirait à sa mission. De manière très concrète, s’il persistait dans son intention,  les services de la Commission devraient refuser tout contact avec lui.

    Hollande et Merkel doivent prendre position

    Les gouvernements nationaux ont aussi une immense responsabilité. Ce sont eux qui ont fait Barroso roi. En 2004, le choix du président de la Commission relevait encore de la cooptation au sein du Conseil européen. Contrairement au conclave qui, à Rome, cherche en général à nommer un pape croyant, la priorité des chefs d’État et de gouvernement a longtemps été d’éviter les pro-européens convaincus. C’est pourquoi Jacques Chirac et Gerhard Schröder, pourtant hostiles à la guerre en Irak, ont soutenu la créature de George W Bush et Tony Blair, le Portugais si fier, au sommet des Açores, qui a mis en scène la désunion des Européens. En 2010, Angela Merkel, Nicolas Sarkozy et consorts l’ont renouvelé dans ses fonctions, malgré sa gestion de la crise, pour la même raison : un président de Commission faible leur fait moins d’ombre.

    C’est pourquoi il appartient aujourd’hui au président de la République, à la chancelière allemande et aux autres dirigeants nationaux, notamment portuguais, d’exprimer publiquement leur réprobation. Ils pourraient demander à José Manuel Barroso de démissionner et, s’il refusait de les entendre, indiquer qu’il trouverait porte close auprès d’eux. Comme il a vendu un carnet d’adresses d’ancien membre du Conseil européen, rien ne serait plus efficace que la mise au ban par ses pairs.

    Enfin, la banque Goldman Sachs devrait y réfléchir à deux fois. Si José Manuel Barroso avait été un Européen visionnaire et même un homme politique perspicace, cela se saurait. À la tête de la Commission, il a laissé un bilan pour le moins mitigé. Le rapport Chilcot sur la participation du Royaume-Uni à la guerre en Irak qui vient d’être rendu public en Grande-Bretagne, après des années d’enquête, montre combien ses partisans se sont aveuglés. Et soudain, il serait l’homme de la situation dans la confusion du Brexit ? Goldman Sachs, d’ordinaire, recrute les meilleurs.

    *

    Le Point – 11th July 2016 (summary)

    Barroso’s move to Goldman Sachs: may not be breaking the rules but not moral either

    When José Manuel Durão Barroso became President of the European Commission, he pledged to “respect, both during and after my term of office, the obligation arising therefrom, and in particular the duty to behave with integrity and discretion as regards the acceptance, after I have ceased to hold office, of certain appointments or benefits.” In joining the American bank Goldman Sachs he may not have broken any rules but it is a morally dubious choice.

    There is nothing shocking in people moving between the private and the public sector, it allows two worlds to cooperate and gain expertise, a prime example is Mario Draghi, President of the ECB and former employee of Goldman Sachs, who brought his experience of the markets to the ECB. What is shocking in the case of JM Barroso is the context – a former Prime Minister of a Member State using the euro, who is also a former President of the Commission, providing expertise to a commercial entity whose interests are different to those of the remaining members of the EU and especially the euro area.

    One of the important issues for the British authorities in the confusion of Brexit is for the City to hold on to its “passporting” rights in the field of financial services, in order to ensure that foreign banks based in London would still have access to the Single market. For the remaining 27 Member States their position is currently firm that it is not possible to have access to the Single Market without respecting the four fundamental freedoms. How long will they hold on to this position? JM Barroso’s recruitment is to apply pressure concerning this key point.

    The European Commission should call for JM Barroso to stand down. If he refuses then they should make it known that no doors in the Commission will be open to him. The national governments also have to take their responsibilities, they were the ones who did not want a strong, pro-European Commission President and thus gave him the presidency for 10 years. Angela Merkel, François Hollande, as well as other national leaders, should call for his resignation, and let him know that if he does not do this then all of their doors will be closed to him. JM Barroso was recruited because of his address book, refusing him meetings would be the most effective remedy possible.

    Goldman Sachs should maybe have thought twice about hiring JM Barroso. An evaluation of his presidency is mixed, to put it mildly. Is he really the man they want to clarify the confusion surrounding Brexit, Normally they recruit a higher calibre of candidate.

  • Cessons d’accuser l’Europe de tous les maux

    Cessons d’accuser l’Europe de tous les maux

    Le référendum britannique invite les responsables européens à un bilan sans complaisance. Nous n’en sommes pas arrivés là par hasard. Personne ne doit se dérober à l’examen de conscience. Les institutions européennes ont certainement leur part de responsabilité, mais les responsables nationaux nient trop souvent leur propre défaillance.

    D’abord, l’Union européenne (UE) exerce les compétences qui lui sont attribuées. Dans de nombreux domaines, comme le contrôle des frontières extérieures, par exemple, on lui reproche de ne pas faire ce qu’on n’a jamais voulu qu’elle fasse. Faute d’avoir anticipé l’évolution du monde, l’« Europe » n’a pas été faite. Elle n’a ni moyens juridiques, ni budget, ni cadre démocratique adéquat. La faute revient plus aux appareils politico-administratifs nationaux qui dépensent une énergie considérable à entraver les initiatives qu’au niveau européen lui-même. Certains ont passé les dernières années à poser des verrous au nom d’intérêts dits nationaux qui, parfois, sont surtout les leurs.

    Les dirigeants nationaux se flattent en général de gagner à Bruxelles de grandes batailles. Mais contre qui ? Contre d’autres Etats européens alors même que l’enjeu serait de créer une « équipe d’Europe » capable de contrer l’avance technologique des Américains ou la puissance industrielle et financière des émergents. Ainsi, Nicolas Sarkozy a protégé Alstom contre Siemens comme Berlusconi a préservé Alitalia d’Air France. Résultat, quelques années plus tard, GE – un groupe américain – s’est emparé du premier ; Etihad, la compagnie aérienne émiratie, a pris le contrôle des avions italiens.

    Parfois, l’UE a bien reçu les compétences nécessaires pour agir, en matière commerciale par exemple. Mais les dirigeants nationaux reprennent d’une main ce qu’ils ont donné de l’autre. Après l’annonce des résultats du Brexit, Manuel Valls s’est empressé de promettre que le traité transatlantique, s’il voit le jour, sera soumis à la ratification du Parlement français. C’est à la fois la négation des « compétences exclusives » de l’UE, comme le spécifie le traité, et un coup de Jarnac à la démocratie européenne. Personne ne sait, à ce stade, si ce traité concernera des domaines qui restent du ressort national. La contradiction est intenable entre vouloir les avantages de l’Union face aux tiers, tout en conservant éternellement un veto national. Les élus nationaux adorent également empocher les avantages de l’euro (qui nous vaut d’emprunter à des taux bas par exemple) sans assumer le contrôle mutuel des finances publiques.

    Il est temps de changer d’échelle. La classe politique nationale devrait cesser ses combats d’arrière-garde, quitte à reporter ses efforts sur une meilleure stratégie d’influence à Bruxelles. Le Parlement européen n’est pas considéré comme suffisamment fiable ? Peut-être. Mais qu’ont fait les mêmes dirigeants nationaux de tout bord, ces dernières années, pour y remédier ? Changer la loi électorale pour rapprocher les députés européens des citoyens dépend… du niveau national. Sélectionner des candidats jeunes, compétents, issus de la génération Erasmus dépend… des partis nationaux. De même, la Commission est faible et pléthorique parce que les Etats l’ont voulue ainsi. Accusée volontiers de tous les maux, l’UE est en réalité le cadet des soucis des responsables nationaux. Et à en juger par la manière dont France Télévisions bafoue les articles 14 et 16 de son cahier des charges relatifs à l’information européenne, il est clair que certains médias ne font guère plus d’efforts, pour s’intéresser à l’Europe, que les politiques eux-mêmes.

    Bref, cessons de déplorer ce que nous avons laissé advenir. L’Europe est ce que nous en faisons. Les Britanniques l’ont longtemps tournée en dérision et combattue avec courte vue et cynisme. On voit le résultat. On doit pouvoir faire mieux.