Auteur/autrice : julien

  • Dans l’Opinion : «L’absence de la France en Europe commence à devenir très préoccupante»

    Dans l’Opinion : «L’absence de la France en Europe commence à devenir très préoccupante»

    François Hollande n’a pratiquement pas parlé d’Europe jeudi soir sur France 2. Comment expliquez-vous cette frilosité ?

    Je ne me l’explique pas. Mais je suis frappée de voir à quel point tout le débat politique français est nombriliste et focalisé sur les échéances intérieures, alors que vous avez au même moment une détérioration de la conjoncture globale, des problèmes considérables au niveau européen, une menace de dislocation de l’Union due au risque de « Brexit », la crise des réfugiés, des divergences dans la zone euro. Ces chantiers ne peuvent pas attendre. La vraie question est celle de la situation de l’Union européenne et du monde. La perspective du référendum britannique devrait par exemple inciter les dirigeants de la zone euro à prendre dès maintenant des initiatives. Nous devons aussi dire très clairement aux Britanniques que s’ils votent non, ils perdront les bénéfices du marché intérieur et des accords commerciaux. Nous devrions défendre nos intérêts légitimes.

    Si la France devait présenter une initiative forte sur l’Europe, sur quoi devrait-elle porter ?

    Le premier bloc concerne l’euro et la situation économique ; il est faux de penser que le manque de croissance et les problèmes d’emploi en France n’ont rien à voir avec les dysfonctionnements de la zone euro, même s’ils sont aussi liés à des questions spécifiques françaises comme l’éducation, la dette ou le déficit public. Ensuite, il y a un bloc « sécurité intérieure, réfugiés, terrorisme ». Enfin il y a un bloc défense et sécurité extérieure. Il faudrait lier les trois volets de manière à ce que des compromis puissent être passés entre les Etats membres : la France pourrait faire valoir ses efforts en matière de défense ou de lutte contre le terrorisme, face à d’autres demandes. La question n’est pas d’avoir « plus d’Europe », c’est de changer la manière de faire, d’insuffler plus de légitimité démocratique, comme François Hollande l’avait dit justement le 14 juillet, d’avancer très concrètement, par exemple, sur les dossiers économiques et fiscaux. Cela ne sert à rien de pleurer sur les Panama Papers si on n’avance pas sur l’assiette commune consolidée pour l’impôt des sociétés.

    Ne faut-il pas regretter que, sur la crise migratoire, la chancelière allemande Angela Merkel ait multiplié les initiatives unilatérales ?

    On ne peut pas laisser l’Allemagne seule et se plaindre qu’elle prenne des décisions unilatérales. On aurait bien sûr pu rêver d’un autre déroulement. Mais il aurait fallu que Mme Merkel soit sûre de pouvoir compter sur la France. Or, sur la question très délicate des réfugiés, la France n’a pas de véritable stratégie et prend assez peu ses responsabilités. Elle s’en tient à l’accueil de 30 000 réfugiés sur deux ans, alors qu’elle est l’un des pays les plus vastes et les plus riches de l’UE. Il faudrait aussi que les Français comprennent que le temps où les Allemands pensaient qu’ils devaient toujours demander la permission avant d’agir est révolu. Et c’est une bonne chose.

    “Le meilleur signe de l’absence de vision stratégique est cette indigne réforme des collèges qui revient à faire quasiment disparaître la langue allemande et toutes les sections européennes. Vous ne pouvez pas dissocier ce que vous faites sur le front intérieur de ce que vous faites sur le front extérieur.»

    Le couple franco-allemand est à la peine. Peut-il encore peser sur la scène européenne ?

    Quand Manuel Valls a fait ses déclarations sur la politique migratoire de Mme Merkel, il était en Bavière, au moment où la chancelière était attaquée par la CSU : cela révèle un manque de sensibilité très éloigné de ce à quoi on était habitué dans le passé. Il y a toujours eu des divergences, mais on essayait de les gérer autrement. Le meilleur signe de l’absence de vision stratégique est cette indigne réforme des collèges qui revient à faire quasiment disparaître la langue allemande et toutes les sections européennes. Vous ne pouvez pas dissocier ce que vous faites sur le front intérieur de ce que vous faites sur le front extérieur. Il n’y a aujourd’hui aucune cohérence. L’arrivée de Jean-Marc Ayrault peut faire bouger les choses. D’autant plus qu’il y a des marges de progression assez notables.

    Quelle pourra être la place de l’Europe dans la prochaine campagne présidentielle ?

    Sans débat pour contrer les sornettes des souverainistes, nous laisserons le pays aller à la dérive. L’offre se limite aujourd’hui à du souverainisme pur et dur qui ne mène nulle part et à un souverainisme light qui a peur de tout. On a donc besoin d’une offre argumentée, qui tienne compte des erreurs qui ont été faites, mais qui aille de l’avant et redonne à la France la place qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Dans le passé, la France était l’un des pays moteurs de la construction européenne. Aujourd’hui, son absence commence à devenir très préoccupante : elle a pour effet de laisser l’Allemagne en première ligne et de rendre l’Europe de plus en plus odieuse parce qu’elle est moins équilibrée qu’autrefois. Un cercle vicieux s’est installé.

     Propos recueillis par Isabelle Marchais

  • Réunion publique de l’intergroupe de lutte contre la pauvreté – Revenu minimum : une vie digne pour tous ?

    Réunion publique de l’intergroupe de lutte contre la pauvreté – Revenu minimum : une vie digne pour tous ?

    EN below

    6 avril 2016

    L’intergroupe a décidé d’organiser un événement sur ce sujet pour permettre de débattre à la fois des systèmes de revenus minimums existant dans les États membres, de la manière de les améliorer et de comprendre les différences qui peuvent exister d’un système à l’autre. Nous voulions également initier une réflexion plus large, orientée vers l’avenir, sur l’amélioration des systèmes d’allocations sociales, de manière à éviter que des citoyens ne soient entrainés dans un cercle vicieux fait de dépendance aux aides et d’exclusion sociale. Cette réunion n’avait pas pour objet de tirer des conclusions définitives, et le travail va continuer, mais nous avons tenté de permettre une discussion sur la manière d’améliorer la vie des Européens les plus pauvres, à travers le prisme de différents systèmes en vigueur.

    Panorama des initiatives mises en place en Europe pour assurer un revenu minimum

    Fintan Farrell, directeur intérimaire du Réseau européen anti-pauvreté (EAPN) et directeur de projet pour le Réseau européen pour un revenu minimum (EMIN) a commencé son intervention en rappelant ce qu’est un revenu minimum – c’est à dire un soutien pour des personnes en âge de travailler qui n’ont pas accès à un emploi ou aux aides (soit parce qu’ils ne remplissent pas les conditions requises, ou parce que leurs droits ont expirés). Des systèmes de ce type existent dans 26 Etats membres (EM). Pour Fintan, il est nécessaire que l’aide soit accessible à tous ceux qui en ont besoin, quand ils en ont besoin, c’est à dire tout au long de la vie et pas seulement lorsqu’ils sont en âge de travailler, et ne pas se contenter de programmes de faible qualité réservé aux pauvres. Les gens ont besoin de ressources “adéquates” – qui leur permette de vivre et non de survivre. Des systèmes de protection sociale décents doivent aller de pair avec des salaires décents.

    Les deux première années de travail d’EMIN ont abouti sur la publication d’une analyse de fond comparant les différents systèmes des 28 Etats membres. Ce document illustre les différences flagrantes entre les différents montants alloués et les critères d’accès selon les Etats membres et ce qui pourrait être fait pour essayer d’améliorer la pertinence de ces systèmes.

    Reste d’autres questions, comme la problématique des aides non demandées, ou de non-couverture comme certains préfèrent l’appeler, qui dépasse les 40% dans certains Etats-membres, ou encore la nécessité de s’assurer que les systèmes de sécurité sociale englobent différents aspects, et ne se contentent pas seulement de l’aspect pécuniaire, mais aussi de l’accès aux services de manière à contribuer à l’inclusion sociale. Des données prouvent que les pays avec des systèmes de revenus minimaux adéquats sont mieux à même de faire face aux crises. C’est la société dans son ensemble qui en profite alors.

    Antero Kiviniemi, Conseiller pour la politique sociale, le travail et l’emploi à la Représentation permanente de la Finlande auprès de l’UE, a présenté l’état d’avancement du projet pilote de revenu universel du gouvernement finnois. Ce projet est encore à un stade préliminaire. Des premières expérimentations seront faites en 2017 de manière à évaluer les résultats avant les élections législatives de 2019. Le gouvernement estime que le changement de nature des contrats de travail, l’augmentation du chômage et la mondialisation rendent nécessaires des réponses politiques différentes de celles du passé. La pauvreté doit être réduite, en même temps que les personnes pour l’instant exclues du marché du travail ont besoin d’y être réintroduits. Des incitations au travail sont nécessaires, tout en assurant la protection sociale. La bureaucratie doit être réduite, tout comme les dépenses d’administration de l’Etat. La pérennité du système de protection social doit être assurée. Il y a également une demande forte de la part des citoyens, en Finlande, en faveur de la création d’un système de revenu de base universel.

    Une étude de faisabilité a été entrprise à l’automne 2015. Différents modèles potentiels ont été analysés. Un rapport préliminaire vient d’être remis au gouvernement. Le modèle finnois de revenu de base viendrait remplacer le système actuel de revenu minimal, mais ne viendrait pas affecter les autres prestations sociales, par exemple les aides liées au revenu, ou encore l’assurance chômage. Cette nouvelle allocation ne servait versée qu’aux personnes qui en ont réellement besoin, et pas à l’ensemble de la population. Tous autres aides complémentaires, comme l’aide au logement, resteraient en place.

    le projet pilote s’articule autour de 4 dimensions clefs:

    – l’accès aux services sociaux est aussi importante que l’argent et le revenu ;

    – la prise en compte des différences importantes selon les régions en termes de coût de la vie et de besoins ;

    – les allocations sociales ne doivent pas décourager le travail ;

    – le système d’allocations et le système fiscal doivent être étudiés ensemble.

    En moyenne, il a été calculé que pour couvrir les besoins de base en Finlande, un revenu minimum de 675 euros par mois était nécessaire (exception faite des coûts liés au logement).

    Quelles sont les prochaines étapes ?

    Avant que la décision ne soit prise, des éléments supplémentaires nécessaires seront réunis à travers la collecte de données. Maintenant que le rapport préliminaire a été remis, le gouvernement décidera quel modèle sera testé et pourquoi. Le rapport final est prévu pour le 15 novembre 2017.

    Le travail entrepris par le Pays Basque ces 25 dernières années dans la luttre contre la pauvreté et l’exclusion sociale a été présenté par Gotzone Saguardi Goikoetxea, directrice pour la réactivation du travail, de l’Institut de l’emploi basque. La crise industrielle des années 1970 et du début des années 1980 a eu pour conséquence de sérieux problèmes de chômage et de pauvreté au Pays Basque, ce qui a poussé le gouvernement régional à développer, pour y faire face, des programmes globaux d’éradication de la pauvreté en 1987.

    En 1989, le revenu minimum familial a été créé. Il n’était pas considéré comme un substitut aux programmes existants. Il fallait s’assurer qu’il ne créait pas de marginalisation ni de dépendance aux allocations, mais au contraire de faire en sorte que les bénéficiaires soient en mesure de sortir du système au fil du temps. Cette initiative a été suivie, en 1990, par la création d’une allocation pour les personnes en recherche d’emploi, puis en 2008 par la création d’un complément de salaire.

    Le modèle basque repose sur 4 grands principes :

    – l’affirmation du droit à gagner sa vie dignement ;

    – la prévention de la pauvreté chronique ;

    – la stimulation de l’emploi ;

    – une approche globale, qui permettrait de combiner à la fois le droit aux aides sociales, celui de trouver un travail, et des mesures d’inclusion sociale.

    Les résultats des trois dernières décennies illustrent que même si la pauvreté a augmenté au Pays Basque depuis 2008, les chiffres restent bien inférieurs à ceux des années 1980 et 1990. On peut aussi voir que les taux de pauvreté et de chômage sont significativement plus bas que la moyenne nationale. Ces politiques n’ont pas pour seul objectif de fournir un accès aux ressources sur le court terme, mais aussi de garantir la stabilité économique de la population sur le long terme.

    Marc Beerneart, d’ATD Quart Monde Belgique a présenté les réflexions issues d’une Université populaire organisée en Flandres en décembre 2015 et consacrée à l’idée d’un revenu universel inconditionnel. Les participants de l’Université populaire se sont accordés pour dire que les allocations sociales en vigueur étaient importantes, par exemple pour les sans-abris, les victimes de maladie chronique, ou encore les chômeurs. Ces allocations devraient permettre d’augmenter d’autres droits, par exemple à des réductions pour les transports.

    Beaucoup de questions entourent l’idée d’un revenu universel. Notamment celle de savoir si les autres allocations seront perdues. Le revenu de base universel sera-t-il d’un montant suffisant pour ne plus avoir besoin d’aides additionnelles ? Le logement social et les aides au logement seront-ils de l’histoire ancienne ? Les prestations familiales pour faible revenus seront-elles toujours disponibles ? Beaucoup craignent que si le système change les plus démunis seront dans une situation plus délicate.

    Cependant, les avantages d’un revenu universel ont également été évoqués : l’assurance d’un revenu stable tous les mois permettrait aux individus de pouvoir faire des choix, comme celui de ne travailler qu’à mi-temps et ainsi de pouvoir consacrer plus de temps à ses enfants plutôt que de les laisser très tôt le matin à la garderie, et signifierait de pouvoir venir en aide à des amis, des personnes âgés, des malades, gratuitement.

    La situation en Belgique et les problèmes qui apparaissent ont été soulevés par Marc : si un parent a un enfant vivant à la maison, il est considéré comme le chef de famille et touche 1100 euros par mois, plus 408 euros par mois et par enfant. Si un enfant de 18 ans quitte l’école et trouve un travail, alors l’aide additionnelle est perdue et le statut de chef de famille ne s’applique plus, ce qui fait tomber leur allocation à 565 euros par mois. Ils deviennent alors dépendant de leur enfant qui travail, devenu le chef de famille, avec qui ils cohabitent. Cela met les parents dans la situation délicate de devoir choisir entre vivre avec leur enfant et perdre leurs allocations, ou pousser leur enfant à quitter le foyer familial de manière à recevoir les allocations complètes.

    Carla Bellazzecca, d’ATD Quart Monde Italie n’était malheureusement pas en mesure d’être à Bruxelles. Elle a cependant fait parvenir une contribution écrite, lue pendant la réunion. Carla y expliquait les difficultés de vivre dans un pays ou il n’y a pas de revenu minimum et ce qu’elle ressentait à propos d’un Etat qui, allocations au logement mises à part, laisse les italiens pauvres se débrouiller seuls. Veuve et vivant avec son fils de 40 ans, elle travaille dans des conditions difficiles, avec beaucoup de temps passé dans les transports, et très précaires. Elle ne reçoit aucune pension pour son mari étant donné qu’il était dans une situation comparable à la sienne. Elle demande à l’Union européenne de contraindre l’Italie et la Grèce  à adopter une loi créant un revenu minimum garanti de manière à garantir un minimum de dignité à leurs citoyens qui vivent dans la pauvreté. Cela leur donnerait la possibilité de se relever, d’avoir quelques préoccupations en moins et de vivre avec un peu plus de dignité. Elle est consciente du fait qu’une personne pauvre génère un coût pour l’Etat : il est souvent obligé de travailler au noir et ne paie donc pas de taxes, tombe facilement malade, avec des soins qui sont à charge de l’Etat et souvent, comme alternative au chômage, se perd dans la délinquance et tombe dans la dépression et l’ignorance. Elle aimerait trouver une réalité différente, où la Charte européenne des droits fondamentaux s’appliquerait à tous.

    Pendant l’échange avec la salle, plusieurs questions furent évoquées. Comme celle de la possibilité d’une directive ou d’un règlement européen sur un revenu minimum. L’importance que les systèmes se préoccupent d’inclusion sociale et ne se focalisent pas uniquement sur la pauvreté économique a été rappelée, tout comme l’attachement à ce que ces systèmes ne créent de trappe à inactivité. Un témoignage d’ATD Quart Monde Irelande évoquait les difficultés du fait d’être sans abris et pauvre en Irelande, un pays où une allocation pour la recherche d’emploi et un régime d’invalidité existent mais ne sont pas toujours accessibles, notamment aux sans domicile fixe.

    Quelles options possibles pour l’avenir ?

    Peter Verhaege, chargé de politique et plaidoyer pour Caritas Europa, présentait le travail de Caritas en Espagne et en Europe sur ce qu’ils considèrent nécessaire de faire dans l’avenir. L’idée que les politiques d’après la crise soient consacrées à la croissance et à l’emploi est largement partagée. Mais est-ce suffisant ? En étudiant la situation d’avant la crise, alors même qu’entre 2000 et 2007 la croissance en Espagne était au-dessus de la moyenne européenne, le taux de pauvreté augmentait et 50% des foyers espagnols se retrouvaient dans les indicateurs de difficultés matérielles et d’exclusion sociale, alors que les dépenses sociales diminuaient sous la moyenne européenne. Sur les 7 millions d’emplois créés à cette période, 3 millions d’entre-eux étaient précaires. Les recherches de Caritas montrent que deux personnes dans une situation d’exclusion sur trois connaissaient déjà la même situation avant la crise.

    Pour Caritas, les prochains défis appelant une réponse sont :

    – Le besoin de créer des emplois, afin de surmonter l’exclusion du marché du travail, pour que les emplois créés soient suffisants et décents, et pour venir à bout de la pauvreté au travail.

    – Le salaire minimum, qui nécessite que soit pris en considération le fait que les mesures prises pendant la crise et la reprise n’affectent pas les gens de manière uniforme. En Espagne, plus de 700.000 foyers sont sans revenu. Les disparités régionales importantes doivent également être prises en considération.

    – La nécessité d’aborder l’absence d’allocation et de protection familiales en Espagne.

    Pour y répondre, ils recommandent :

    – de mettre en place un système de revenu minimum ;

    – de créer un revenu complémentaire pour les travailleurs pauvres, dont le niveau devrait être calculé sur la base de la composition de la famille et de ses revenus.

    – des crédits d’impôts et des allocations familiales pour les familles ayant des enfants dépendant de moins de 25 ans.

    En plus de la mise en place de systèmes de revenu minimums, essentiels pour réduire effectivement le risque de pauvreté et pour éliminer l’extrême pauvreté, Caritas Europe recommande également :

    – d’adapter les salaires minimum pour permettre à un individu de couvrir les besoins de sa famille et de vivre avec dignité ;

    – d’introduire une garantie pour tous les enfants leur permettant l’accès aux services;

    Il faut restaurer la solidarité entre individus et entre groupes d’individus. La solidarité est devenue conditionnelle. Pour Caritas, sa signification est toute différente : un engagement à respecter et protéger la dignité de tout être humain.

    Marc de Basquiat, président de l’association pour l’instauration d’un revenu d’existence (AIRE) présentait des réflexions philosophiques en faveur de la création d’un revenu minimum inconditionnel :

    – au nom de l’égalité : un revenu sans conditions pour participer à la vie de la société ;

    – au nom de la liberté : une liberté réelle grâce à un salaire minimum garanti ;

    – au nom de la fraternité : une compensation pour restaurer un droit inhérent.

    Dans un sondage de mai 2015, 60% des Français se déclarent en faveur de cette proposition.

    La complexité du système français de protection sociale rend très difficile et long, et nécessite beaucoup d’efforts administratifs, d’essayer d’accéder aux allocations sociales auxquelles les individus ont droit. Les prestations peuvent être réparties en trois catégories : les prestations universelles qui ne demandent pas de contreparties, comme un revenu de base inconditionnel ou encore les services de santé et d’éducation ; il y a celles qui composent l’assurance sociale qui nécessitent des cotisations, comme la retraite ou les allocations chômage ; et enfin les prestations de solidarité catégorielles, accordés selon des besoins spécifiques, comme l’aide au logement ou les prestations d’invalidité. Ces systèmes consistent à ce que plus vous gagnez, moins vous recevez de prestations, et s’accompagnent par une contribution progressive à travers la fiscalité. Il en résulte une redistribution de richesse relativement simple dans la société.

    Cependant, le système actuel complexe pourrait être remplacé par un régime de redistribution beaucoup plus simple. Cela consisterait à mettre en place un “revenu d’existence” mensuel, sous forme de crédit d’impôt, accompagné d’une allocation supplémentaire pour le logement si nécessaire. Pour le financement, Marc de Basquiat suggère par exemple un impôt forfaitaire sur tous les revenus dès le premier euro. Ses calculs illustrent (voir présentation Powerpoint ci-dessous) qu’en général, mis à part pour les adultes seuls, les personnes recevant le revenu de subsistance plus l’allocation logement seraient dans une situation significativement meilleure.

    Radek Maly, chef d’unité dans la direction des affaires sociales de la DG emploi (Commission européenne) rappelait que les affaires sociales sont l’une des principales priorités de la Commission, qui s’illustre par la volonté du président Juncker que l’Europe ait un triple-A social.

    La crise a fait payer un lourd tribut et l’Union européenne se retrouve aujourd’hui dans une situation plus éloignée des objectifs de la stratégie UE 2020 que lorsque ce plan a été conçu. La convergence économique et sociale progressive entreprise par les Etats membres a été réduite depuis le début de la crise. Les changements structurels de long terme intervenant sur le marché du travail demandent un regard neuf sur la politique sociale : les nouveaux contrats de travail atypiques, l’économie collaborative comme Air BnB, un nombre de plus en plus important d’autoentrepreneurs sortant du système de protection sociale ont besoin que des aménagements soient fait à celui-ci.

    Dans le cadre des compétences législatives limitées de la Commission dans ce domaine, cette dernière focalise son attention sur l’amélioration des systèmes nationaux de revenus minimum : en 2008, par exemple, dans sa recommandation sur l’inclusion active qui insistait sur la nécessite de combiner aide au revenu et mesures d’inclusion facilitant l’accès aux services et au marché du travail, ou plus récemment avec le semestre européen dont les recommandations insistent de plus en plus sur les problématiques sociales, telles que la mise en place de revenus minimums adéquats.

    La Commission suit de près les expérimentations en cours dans certaines Etats membres sur l’introduction d’un revenu de base.

    Le 8 mars 2016, la Commission a lancé une consultation pour un socle européen de droits sociaux, dont l’objectif est de s’appuyer sur l’acquis social de l’UE, de le compléter et de fournir des lignes directrices aux Etats membres. Le but étant de rendre les systèmes de protection sociale plus performants et de refléter les besoins actuels de la société. La consultation est disponible ici : http://ec.europa.eu/priorities/deeper-and-fairer-economic-and-monetary-union/towards-european-pillar-social-rights_fr

    La discussion avec les participants est allée un peu plus loin dans la mise en lumière des différences entre Etats membres pour ce qui concerne les différents modèles d’allocations sociales, mais aussi le travail d’associations, en Italie par exemple, qui encouragent les acteurs politiques à mettre en place un salaire minimum, mais aussi les réflections sur l’importance de l’investissement social qui est souvent sous-utilisé. Selon l’un des participants, des éléments montrent que des prestations plus généreuses permettent aux gens de retrouver une activité plus rapidement. Un large soutien à ce que tout soit mis en oeuvre pour permettre à la Commission de présenter une directive sur un salaire minimum a été constaté dans la salle.

    L’intergroupe continuera à suivre de près cette question.

    Retrouvez ci-dessous la lettre envoyée par l’intergroupe encourageant la Commission européenne à proposer une directive européenne pour un revenu minimum garanti, capable de couvrir les besoins de base des citoyens.

    Letter Commissioner Thyssen – minimum income

    Retrouvez ici la réponse de la Commissaire : Letter to Mrs Goulard

    ***

     Public Meeting of the Intergroup Fighting Against Poverty – Minimum Income: a dignified life for all?

    6th April 2016

    The intergroup decided to organise an event on this important theme to enable a discussion on the one hand about minimum income schemes which already exist in Member States and how they could be improved and modified and to understand the differences between the different systems, and on the other hand to launch a broader reflection about how to improve social benefit systems for the future, in order to ensure that citizens are not trapped in a vicious cycle relying on benefits and excluded from society, including reflections about a universal basic income. This meeting did not aim to draw finite conclusions, and work will continue, but it did intend to enable discussion about how to improve the lives of Europe’s most deprived, through different benefit schemes in place.

    Stocktaking of minimum income initiatives within the EU

    Fintan Farrell, Acting Director of the European Anti-Poverty Network (EAPN) and Project Manager of the European Minimum Income Network (EMIN) opened his intervention by recalling what a minimum income support is – a support for people of working age without access to employment or benefits (either because they have not built up the necessary entitlements or because these entitlements have expired), and systems of this nature currently exist in 26 Member States (MS). For Fintan what is needed is that help is available to all those who need it, when they need it, throughout their life not just when they are of working age, and not just poor quality schemes for poor people. People need ‘adequate’ resources – which enable them to thrive, not just to survive. Decent social protection schemes must go hand in hand with decent wages.

    EMIN’s first two years of work resulted in the publication of an in-depth document comparing the different schemes in all 28 MS, which illustrates the massive variation between the different levels and access criteria in the MS, and what could be done to try and improve the adequacy of these schèmes.

    There is also the important question of ‘non-take up’ of support or ‘non-coverage’ as some people prefer to refer to it, which is greater than 40% in some Member States and the need to ensure that social security systems are holistic and not just focused on money but also access to services to help contribute to ensuring social inclusion. Evidence shows that countries with good adequate minimum income schemes are better able to withstand crises, and it is the whole of society which benefits.

    Antero Kiviniemi, Counsellor for Social Policy, Labour and Employment at the Representation of Finland to the EU presented the state of play of the Finnish government’s basic universal income pilot project. This project is still in the preliminary stages which aims to carry out the test in 2017 and for the results to be assessed before the next general elections in 2019. The government believes that the changing nature of work contracts, increasing unemployment, globalisation require a different political response to the past. Poverty needs to be reduced, while non-active people currently excluded from the labour market need to be included, incentives need to be created for people to work, while ensuring social protection, bureaucracy needs to be reduced, as do the administrative costs for the state, the social protection system needs to be made more sustainable. In Finland there is also a strong call from the people for a basic universal income scheme to be created.

    A feasibility study was undertaken in autumn 2015, where different potential models were analysed, an interim report has just been tabled to the government. The Finnish basic income model would replace the current basic income schemes but would not affect all other social security benefits, for example earning related benefits, such as an insurance based unemployment pension. This new model would only be paid to those who really need it, not the whole population. All supplements to the basic income would be maintained, e.g. housing costs.

    The pilot is focused around 4 key dimensions:

    – the availability of welfare services is equally important to money and income;

    – the large variations in living costs and needs in the different regions must be taken into account;

    – to ensure that receiving social benefits does not create disincentives to work;

    – both the benefit and the taxation systems must be examined together.

    It has been calculated that, on average, in Finland in order to be able to cover one’s basic needs a minimum income of 675 EUR/month is needed (excluding housing costs).

    What are the next steps?

    Evidence is needed through the collection of data before a decision can be made. Now the interim report has been tabled the government will decide which model will be tested and how. The final report is due by 15th November 2016.

    Gotzone Sagardui, Labour Activation Director from the Basque Employment Service presented the work undertaken in the Basque Country over the last 25 years to fight poverty and social exclusion. The industrial crises of the 1970s and early 1980s resulted in serious unemployment and poverty in the Basque Country, which pushed the regional government to develop a comprehensive poverty eradication programme in 1987 to tackle these issues.

    In 1989 the Minimum Family Income was created, which was not to be seen as a substitute for other existing programmes, it needed to ensure that it did not create marginalisation and welfare dependence, but rather that it created the conditions which meant that beneficiaries would be able to leave the programme over time. This initiative was followed in 1990 with the creation of the Job Seeker’s Allowance, and in 2008 the creation of an Income Support Benefit.

    The Basque model is based around 4 main principles:

    – To consolidate the right to have a livelihood

    – To prevent the slide into chronic poverty

    – To drive employment

    – To ensure a holistic approach – notably with a dual right to guaranteed rights and to finding a job/inclusion.

    The results over the last three decades illustrate that although poverty has increased in the Basque Country since the 2008 crisis the figures remain far below those in the 1980s and 1990s. It can also be seen that the poverty and unemployment rates there are significantly lower than the national average. These policies do not simply intend to provide access to resources in the short-term but rather to also guarantee the economic stability of the population in the long-term.

    Marc Beerneart, from ATD Fourth World Belgium presented the reflections resulting from a Popular University organised in Flanders, Belgium in December 2015 about an unconditional universal income. The participants at the Popular University agreed that it is very important to have social benefits in place, for example for those who are homeless, long-term ill, or unemployed, and that these social benefits also increase your other rights, such as reduced cost travel tickets.

    There are many questions surrounding a universal basic income, namely would other social grants then be lost? Would the universal basic income be sufficient to mean that no additional benefits would be needed? Would social housing and rent grants be withdrawn? Would child benefits for low earners no longer be available? There are many fears that if the system changes then the most deprived will be worse, not better, off.

    However the advantages of a universal income were also discussed: a secure monthly income would enable people to make the choice to maybe only work part time and thus be able to look after their children more rather than having to leave them in day care from very early in the morning, the security of an income would mean that people could help their friends, the elderly, the sick, for free.

    Marc explained the current situation in Belgium and the complications which arise: if a parent has a child living at home then they are considered the head of the family and receive 1100 EUR/month, they receive an additional 408 EUR/month/child. If at 18 this child leaves school and gets a job then the additional benefits are lost and that person is no longer considered the head of the family and so their benefits fall to 565 EUR/month. This results in them then becoming dependent on their working child, who has become the head of the family, with whom they are cohabiting. This puts parents in the difficult position of choosing between living with their child and losing their benefits, or forcing the child to move out in order to be able to still receive the full benefits.

    Carla Bellazzecca from ATD Fourth World Italy was unfortunately unable to be in Brussels but she submitted a written contribution which was read out during the meeting. Carla explained the difficulties of living in a country where there is no minimum income and how, apart from social housing, she feels that the state leaves Italy’s poor to fend for themselves. She is a widow and lives with her adult son, she works in difficult conditions requiring a long commute and it is very precarious. Because her husband was in the same situation as her she receives no pension on his behalf. She called on the EU to oblige Italy and Greece to adopt laws which would create a guaranteed minimum income, in order to guarantee a minimum of dignity for citizens living in poverty. With a minimum income everyone would have fewer problems and to be able to stand up straight and live with dignity. She is very conscious of the fact that poor people add to the costs of the state, because often they are forced to work on the black then they don’t pay taxes, they easily fall ill due to their difficult living conditions, often turn to a life of crime given the lack of work and many become depressed. She would rather an alternative to that, where the European Charter of Fundamental Rights is respected for everyone.

    The question and answer session with participants included questions concerning the option of an EU minimum income regulation/directive, how to ensure that schemes actually do focus on social inclusion and do not just focus on economic poverty, how to ensure that schemes do not result in participants falling into an inactivity trap? ATD Fourth World Ireland gave a testimony about the challenges of being homeless and poor in Ireland, a country where job seeker’s allowance and a disability scheme exist but where the reality is that they are not always easy to access, particularly when you are homeless.

    What options for the future?

    Peter Verhaeghe, Policy and Advocacy Officer at Caritas Europe presented the work of Caritas, both in Spain and in the EU, concerning what they consider is needed in the future. It is widely accepted post crisis that policies must focus on economic growth and job creation but is this sufficient? When examining the situation before the crisis although between 2000 and 2007 growth in Spain was above the European average the poverty rate also increased and 50% of Spanish households were represented in material deprivation indicators and social exclusion indicators, while social spending decreased below the EU average. Of the 7 million jobs created during this period over 3 million of them were precarious jobs. Caritas research shows that 2 out the 3 people currently experiencing exclusion in Spain were already excluded before the crisis.

    For Caritas the main challenges which need to be responded to are:

    -the need for job creation – to overcome exclusion from the labour market, for the jobs created to be sufficient and decent, and to eradicate in-work poverty

    – minimum income – needs to take into account the fact that the crisis and recovery measures taken do not affect all people in the same way, in Spain there are over 700 000 households left without an income, the large regional differences also need to be taken into account.

    – the fact that there is no universal child benefits or family protection in Spain needs to be addressed.

    Caritas Spain recommends the following actions to tackle these problems:

    – Implement a minimum income scheme

    – Create a complementary income for the working poor, whose level should be calculated based both on the family unit composition and income

    – There should be tax credits and child allowances for families with dependent children under 25.

    In addition Caritas Europe recommends:

    In addition to the implementation of minimum income schemes, which are essential to effectively reduce the risk of poverty and to eliminate extreme poverty, it is also necessary to:

    – adjust minimum wages to allow an individual’s household to cover their basic needs and to live in dignity

    – introduce a child guarantee to ensure access to services for all children.

    Solidarity needs to be restored between people and between groups of people. Solidarity has become conditional and for Caritas its meaning is quite different: a commitment to respect and protect the dignity of all humans.

    Marc de Basquiat, President of the French Association for the Introduction of an Existence Income (AIRE) presented the philosophical reflections in favour of the creation if an unconditional basic income:

    – Equality – an income with no condition to participate in society

    – Liberty – real freedom for all thanks to a basic income

    – Fraternity – a compensation to restore an inherent right

    60% of French citizens polled (May 2015) are in favour of this proposal.

    The complexity of the French welfare system means that it can be very difficult, time consuming and a lot of administrative effort to try to access social benefits to which one is entitled. Benefits can be broken down into three different groups: the benefits which are universal and do not have a counterpart, such as an unconditional basic income or health services and education, there are those which make up social insurances and which require counterpart contributions, such as retirement and unemployment benefits, there are also targeted solidarity benefits which are allocated according to specific needs, such as housing and disabled allowances. These systems mean that the more you earn the less benefits you receive, complemented by a progressive contribution system through taxation, which results in a relatively simple average distribution throughout society.

    However the current complex system could be replaced with a much simpler redistribution system: this would involve the payment of a monthly “Existence Income”, in the form of tax credit, with a housing allowance paid on top of this Existence Income as required. Marc de Basquiat suggests for example a flat rate tax on all incomes from the first euro. The calculations illustrate (please see PPT presentation below for further details) that in general, apart from for single adults, people receiving the Existence Income and the Housing Allowance could be markedly better off than under the current system.

    Radek Maly, Head of Unit in the Social Affairs directorate of DG Employment recalled that social issues are a top priority for this Commission, as illustrated in President Juncker’s call for the need to provide the EU with an AAA social rating.

    The crisis has taken a major toll on progress and the EU now finds itself further from the EU2020 strategies to reduce poverty and social exclusion than when the strategy was created. The gradual economic and social convergence which had been undertaken between Member States has been eroded since the beginning of the crisis. The long-term structural changes taking place in the labour market require a renewed focus on social policy: the new non-standard contracts, the collaborative economy, such as AirBnB, a greater number of self-employed people fall outside the current social protection system, thus they need to be adjusted.

    Within the limited legal competences of the Commission in this field the Commission does place an emphasis on Member States building on Minimum Income schemes: for example in 2008 in the active inclusion recommendation which stressed the need to combine income support with access enabling services as well as labour market inclusion measures, or more recently in the European Semester where recommendations increasingly focus on social issues too, such as building adequate minimum income systems.

    The Commission is closely following the experiments currently being undertaken in a few Member States concerning the introduction of a basic income.

    On 8th March 2016 the Commission launched a consultation on the EU Pillar of Social Rights, which aims to build on and complement the existing EU Social Acquis and to provide Member States with guidance which would lead to better functioning social protection systems and labour markets and which would reflect the current needs of society. The consultation is available here:   http://ec.europa.eu/priorities/deeper-and-fairer-economic-and-monetary-union/towards-european-pillar-social-rights_en

    The discussion with participants highlighted further some of the differences between Member States concerning their different social benefits models, including the work of associations in Italy for example which are pushing for political action to introduce a minimum income in Italy, as well as reflections about the importance of social investment which is currently often underused. According to one participant, evidence shows that more generous benefits allow people to move back into work more quickly. There was also large support in the room for everything possible to be done to enable the Commission to come forward with a minimum income directive.

    The intergroup will continue to follow this issue closely.

    Below please find the letter sent by the intergroup calling on the Commission to propose a European directive for a guaranteed minimum income, capable of covering citizens’ basic needs.

    Letter Commissioner Thyssen – minimum income

     Find here the answer of the Commissionner : Letter to Mrs Goulard

    Slides of the conference:

    Min Income Marc de Basquiat 2016-04-06 v1

    160406 Minimum income PPT – draft

    Parlement européen 6 avril 2016 Carla Bellazzecca FR

    Basque Country-Euskadi PRESENTATION

    basicincomejpII – Antero Kiviniemi

  • Montesquieu et les Bisounours

    Montesquieu et les Bisounours

    Montesquieu

    Portrait de Charles de Secondat, Baron de Montesquieu, par Jacques Antoine Dassier, Versailles, Musée du Chateau

    Par Sylvie Goulard – Le Point du 18/01/2016

    Plutôt que de réagir à l’émotion, droite et gauche devraient s’inspirer de l’auteur de « De l’esprit des lois », qui souhaitait que le droit limitât les abus de pouvoir.

    A la suite des attentats terroristes, le discours politique s’est recentré sur l’autorité, sur la souveraineté. Le président de la République, le Premier ministre comme l’opposition invoquent de plus en plus la patrie et la cohésion nationale. Chacun promet plus de fermeté face aux terroristes et autres délinquants. Une loi pénale en préparation tendrait à faire entrer dans le droit commun certaines dispositions relevant aujourd’hui de l’état d’urgence. Lorsque la menace reste élevée, la priorité donnée à la sécurité est tout à fait compréhensible, mais il n’y a pas de risque zéro. Dans ce contexte, quelle est la juste mesure de la souveraineté ? L’ampleur du virage sécuritaire ou la capacité à conserver son libre arbitre et son sang-froid en développant une vision d’ensemble pour la France et l’Europe ? En semant la terreur, les djihadistes tendent aux démocraties le piège des lois d’exception. S’il est humain que l’épreuve nous « change », comme a dit le président de la République durant ses voeux, les droits fondamentaux ne devraient pas être relativisés. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 n’insiste pas par hasard sur l’importance de les respecter « sans cesse ». La France peut être fière de cet héritage, comme elle peut se réjouir d’avoir contribué à l’élaboration de la Déclaration universelle des droits de l’homme, de la Convention européenne des droits de l’homme ou encore de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. C’est dans cette perspective historique et internationale, et non sous le coup de l’émotion, sondages en main, que devraient être débattues la déchéance de nationalité ou la perpétuation de l’état d’urgence. L’expérience américaine, après le 11 Septembre, devrait nous inciter à être prudents avant de faire une entorse à nos valeurs. Face à des individus qui méprisent les êtres humains et se moquent des règles, notre meilleure réponse reste la défense confiante, envers et contre tout, de la vie et du droit. Ceux qui, par peur de paraître naïfs, hurlent avec les loups devraient se demander si Montesquieu mérite lui aussi d’être qualifié de « Bisounours » au motif qu’il souhaitait que le droit limitât les abus de pouvoir.

    De même, rien n’oblige à opposer la souveraineté nationale et la construction européenne. Trop longtemps repoussées, les réformes économiques ne peuvent plus attendre. Elles sont dans l’intérêt de la France. Laisser les questions de sécurité prendre le pas sur les enjeux économiques revient paradoxalement à fragiliser le pays car sa meilleure protection, c’est la puissance économique, c’est une position d’excellence dans le marché unique et la compétition mondiale. En cas de remontée des taux d’intérêt, une France surendettée serait asphyxiée, et finalement incapable de financer sa défense et sa police. Le chômage élevé, notamment des jeunes, favorise l’éclosion de diverses formes de frustrations et de délinquance. Nos partenaires européens, dans des circonstances moins tragiques, ont su forger des formes d’union nationale pour remédier à leurs problèmes, conforter le Standort Deutschland ou sortir l’Italie du gouffre financier, par exemple. Le sursaut est possible, mais encore faudrait-il traduire en actes, rapidement, les belles paroles des politiques de tous bords sur l’unité de la nation. Une partie des difficultés de notre temps, y compris la montée du terrorisme, ne viennent pas de l’excès d’Europe, mais de l’état d’abandon dans lequel l’Union européenne a été laissée. Après tant de dérobades, l’heure de vérité approche. La France doit reprendre l’initiative, avec l’Allemagne et tous les partenaires qui y sont prêts, pour réparer l’espace Schengen, relancer l’Europe de la défense et le parquet européen, tout en dotant progressivement la zone euro d’un pouvoir politique démocratique. Assurer la sécurité des Français est impératif. Mais se polariser sur ces questions, en niant l’urgence européenne, n’est pas une preuve de souveraineté ou de fermeté. C’est se tromper d’époque.

    Sylvie Goulard

  • Londres, le 14 avril 2016 : conférence du Financial Times sur l’avenir de l’Europe

    Londres, le 14 avril 2016 : conférence du Financial Times sur l’avenir de l’Europe

    Londres, le 14 avril 2016 : conférence du Financial Times sur l’avenir de l’Europe

    Jeudi 14 avril se tenait à Londres une conférence organisée par le Financial Times rassemblant des personnes clés sur ces sujets.

    Dans le contexte actuel, vu le danger que fait courir au projet européen le référendum sur un éventuel “Brexit” fin juin, il m’a paru important d’accepter cette invitation.

    Le panel sur la zone euro auquel j’ai participé comptait Jörg Asmussen (de l’institut Jacques Delors), Vittoria Grilli (Ministre italien de l’économie et des finances de 2012 à 2013) et Georges Papaconstantinou (Ministre grec des finances de 2009 à 2011).

    Alors que la question est fondamentale (le Trésor britannique vient d’ailleurs de publier une étude estimant à 6% du PIB britannique le coût à horizon 2030 d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne), il était fascinant de voir des membres du gouvernement de David Cameron faire à la fois campagne pour le “stay” et pour le “leave”…

    Consulter le programme de la conférence

  • Dans l’Opinion : «L’absence de la France en Europe commence à devenir très préoccupante»

    Dans l’Opinion : «L’absence de la France en Europe commence à devenir très préoccupante»

    François Hollande n’a pratiquement pas parlé d’Europe jeudi soir sur France 2. Comment expliquez-vous cette frilosité ?

    Je ne me l’explique pas. Mais je suis frappée de voir à quel point tout le débat politique français est nombriliste et focalisé sur les échéances intérieures, alors que vous avez au même moment une détérioration de la conjoncture globale, des problèmes considérables au niveau européen, une menace de dislocation de l’Union due au risque de « Brexit », la crise des réfugiés, des divergences dans la zone euro. Ces chantiers ne peuvent pas attendre. La vraie question est celle de la situation de l’Union européenne et du monde. La perspective du référendum britannique devrait par exemple inciter les dirigeants de la zone euro à prendre dès maintenant des initiatives. Nous devons aussi dire très clairement aux Britanniques que s’ils votent non, ils perdront les bénéfices du marché intérieur et des accords commerciaux. Nous devrions défendre nos intérêts légitimes.

    Si la France devait présenter une initiative forte sur l’Europe, sur quoi devrait-elle porter ?

    Le premier bloc concerne l’euro et la situation économique ; il est faux de penser que le manque de croissance et les problèmes d’emploi en France n’ont rien à voir avec les dysfonctionnements de la zone euro, même s’ils sont aussi liés à des questions spécifiques françaises comme l’éducation, la dette ou le déficit public. Ensuite, il y a un bloc « sécurité intérieure, réfugiés, terrorisme ». Enfin il y a un bloc défense et sécurité extérieure. Il faudrait lier les trois volets de manière à ce que des compromis puissent être passés entre les Etats membres : la France pourrait faire valoir ses efforts en matière de défense ou de lutte contre le terrorisme, face à d’autres demandes. La question n’est pas d’avoir « plus d’Europe », c’est de changer la manière de faire, d’insuffler plus de légitimité démocratique, comme François Hollande l’avait dit justement le 14 juillet, d’avancer très concrètement, par exemple, sur les dossiers économiques et fiscaux. Cela ne sert à rien de pleurer sur les Panama Papers si on n’avance pas sur l’assiette commune consolidée pour l’impôt des sociétés.

    Ne faut-il pas regretter que, sur la crise migratoire, la chancelière allemande Angela Merkel ait multiplié les initiatives unilatérales ?

    On ne peut pas laisser l’Allemagne seule et se plaindre qu’elle prenne des décisions unilatérales. On aurait bien sûr pu rêver d’un autre déroulement. Mais il aurait fallu que Mme Merkel soit sûre de pouvoir compter sur la France. Or, sur la question très délicate des réfugiés, la France n’a pas de véritable stratégie et prend assez peu ses responsabilités. Elle s’en tient à l’accueil de 30 000 réfugiés sur deux ans, alors qu’elle est l’un des pays les plus vastes et les plus riches de l’UE. Il faudrait aussi que les Français comprennent que le temps où les Allemands pensaient qu’ils devaient toujours demander la permission avant d’agir est révolu. Et c’est une bonne chose.

    “Le meilleur signe de l’absence de vision stratégique est cette indigne réforme des collèges qui revient à faire quasiment disparaître la langue allemande et toutes les sections européennes. Vous ne pouvez pas dissocier ce que vous faites sur le front intérieur de ce que vous faites sur le front extérieur.»

    Le couple franco-allemand est à la peine. Peut-il encore peser sur la scène européenne ?

    Quand Manuel Valls a fait ses déclarations sur la politique migratoire de Mme Merkel, il était en Bavière, au moment où la chancelière était attaquée par la CSU : cela révèle un manque de sensibilité très éloigné de ce à quoi on était habitué dans le passé. Il y a toujours eu des divergences, mais on essayait de les gérer autrement. Le meilleur signe de l’absence de vision stratégique est cette indigne réforme des collèges qui revient à faire quasiment disparaître la langue allemande et toutes les sections européennes. Vous ne pouvez pas dissocier ce que vous faites sur le front intérieur de ce que vous faites sur le front extérieur. Il n’y a aujourd’hui aucune cohérence. L’arrivée de Jean-Marc Ayrault peut faire bouger les choses. D’autant plus qu’il y a des marges de progression assez notables.

    Quelle pourra être la place de l’Europe dans la prochaine campagne présidentielle ?

    Sans débat pour contrer les sornettes des souverainistes, nous laisserons le pays aller à la dérive. L’offre se limite aujourd’hui à du souverainisme pur et dur qui ne mène nulle part et à un souverainisme light qui a peur de tout. On a donc besoin d’une offre argumentée, qui tienne compte des erreurs qui ont été faites, mais qui aille de l’avant et redonne à la France la place qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Dans le passé, la France était l’un des pays moteurs de la construction européenne. Aujourd’hui, son absence commence à devenir très préoccupante : elle a pour effet de laisser l’Allemagne en première ligne et de rendre l’Europe de plus en plus odieuse parce qu’elle est moins équilibrée qu’autrefois. Un cercle vicieux s’est installé.

     https://www.lopinion.fr/international/sylvie-goulard-labsence-de-la-france-en-europe-commence-a-devenir-tres-preoccupante

     Propos recueillis par Isabelle Marchais

  • PNR et secret des affaires

    PNR et secret des affaires

    De nombreuses personnes m’ont demandé ma position sur la directive PNR et celle sur le secret des affaires qui ont été votées un jour où j’étais malheureusement retenue à Londres par une conférence sur les conséquences d’une éventuelle sortie du Royaume-Uni de l’Union, un sujet stratégique.

    Le PNR (“Passenger Name Record”)

    Le Parlement européen a adopté, jeudi 14 avril, la directive sur les données de passagers aériens (PNR pour “Passenger Name Record”), au terme d’une procédure de plusieurs années. Loin d’avoir “bloqué le texte”, comme on l’entend souvent, les parlementaires européens ont simplement fait leur travail législatif, en réclamant notamment des garanties sur la protection de la vie privée.

    Le texte adopté peut contribuer à la lutte contre le terrorisme ou le crime organisé, certes, mais ce n’est pas la solution miracle.

    On peut regretter qu’il prenne la forme d’une directive, que les États membres devront transposer en droit national, plutôt que d’un règlement qui aurait été d’application immédiate.

    Les ministres, qui, au sein du Conseil de l’UE, sont co-législateurs avec le Parlement, ont également refusé que l’échange des données recueillies soit obligatoire, ce qui relativise l’efficacité du PNR. Les terroristes des attentats de Paris, Saint-Denis et Bruxelles étaient connus des services de police, mais les informations n’avaient pas circulé. La lutte contre le terrorisme appelle plus que des mesures symboliques.

    La directive “secret d’affaires”

    Il y a un malentendu sur l’objet de la directive “secret d’affaires”. Loin d’être l’instrument d’un “complot” des multinationales contre l’information des citoyens, ce texte vise à protéger les savoir-faire des entreprises, l’expérience de leurs salariés, contre l’espionnage commercial. En clair, il vise à apporter des garanties pour lutter contre des actions malveillantes, des vols de concurrents peu scrupuleux.

    Ce type de protection des entreprises existe déjà en Chine ou aux Etats-Unis, mais jusqu’ici, les PME et les emplois européens  peuvent souffrir, dans la compétition mondiale, de ne pouvoir se fonder sur un texte européen pour demander des réparations en justice en cas de vol de secret commercial.

    Cette protection des secrets des entreprises a fait naître un doute sur la possibilité, pour les lanceurs d’alerte, de continuer à révéler des informations dans l’intérêt du public.

    Sur ce point, la directive telle que votée par le Parlement est très claire : le considérant 20 précise que “Les mesures, procédures et réparations prévues par la présente directive ne devraient pas entraver les activités des lanceurs d’alertes. La protection des secrets d’affaires ne devrait dès lors pas s’étendre aux cas où la divulgation d’un secret d’affaires sert l’intérêt public dans la mesure où elle permet de révéler une faute professionnelle ou une autre faute ou une activité illégale directement pertinentes. Cela ne devrait pas être compris comme empêchant les autorités judiciaires compétentes d’autoriser une dérogation à l’application de mesures, procédures et réparations lorsque le défendeur avait toutes les raisons de croire, de bonne foi, que son comportement satisfaisait aux critères appropriés énoncés dans la présente directive”. Les lanceurs d’alerte pourront toujours révéler des activités illégales, mais aussi des fautes ou des comportements inappropriés, dans la mesure où cette divulgation profite à l’intérêt général (couvrant, de manière non restrictive, la protection des consommateurs, la santé ou encore la protection de l’environnement).

    Le texte inclut également une exception pour protéger le  journalisme d’investigation, la protection des sources des journalistes, la liberté et le pluralisme des médias. On peut ainsi lire au considérant 19 : “Bien que la présente directive prévoie des mesures et des réparations pouvant consister à prévenir la divulgation d’informations afin de protéger le caractère confidentiel des secrets d’affaires, il est essentiel que l’exercice du droit à la liberté d’expression et d’information, qui englobe la liberté et le pluralisme des médias, comme le prévoit l’article 11 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après dénommée “Charte”), ne soit pas restreint, notamment en ce qui concerne le journalisme d’investigation et la protection des sources des journalistes.”

    Si l’utilisation du conditionnel peut inquiéter certains, il est utile de rappeler qu’il s’agit d’une convention d’écriture indiquant que le texte est une directive – c’est à dire une “loi” européenne un peu particulière qui laisse une certaine liberté aux Etats dans la transposition en droit national, à condition que l’objectif de la directive soit atteint.

    En résumé, ce texte vient protéger les entreprises tout en introduisant des exceptions permettant de garantir la liberté d’expression des lanceurs d’alerte et des journalistes. Il ne s’agit ni du texte, réclamé dans le rapport de la commission spéciale TAXE, consacré à la protection des lanceurs d’alerte, ni d’un texte enterrant la liberté d’expression, à laquelle nous sommes très attachés, et la révélation d’affaires comme les Luxleaks, sur laquelle le Parlement travaille encore, ou plus récemment les Panama Papers, qui devraient conduire à l’établissement d’une commission d’enquête parlementaire, n’est pas compromise.

    Il est frappant que l’UE soit souvent caricaturée comme “naïve”, incapable de défendre ses intérêts dans la mondialisation et que le jour où un texte est voté pour protéger les entreprises européennes contre des actes malveillants, tant de gens s’en émeuvent. Naturellement, la défense des libertés publiques, à commencer par la liberté de presse est cruciale. Un équilibre doit être trouvé entre des impératifs contraires, ce qui n’est jamais facile ; encore faut-il présenter les enjeux dans leur totalité.

    Lien vers le texte

  • L’Europe doit s’élever à la hauteur des défis

    L’Europe doit s’élever à la hauteur des défis

    Tribune par Franziska Brantner, Laurent Cohen-Tanugi, Daniel Cohn-Bendit, Henrik Enderlein, Hervé Gaymard, Sylvie Goulard, Elisabeth Guigou, Anne-Marie Le Gloannec, Thomas Oppermann, Norbert Röttgen et Lieven De Winter.

    Les 28 États membres de l’Union européenne (UE) sont mis à l’épreuve par la crise des réfugiés, la crise économique et monétaire qui génère un chômage des jeunes massif et persistant, par les guerres et les conflits qui secouent ses voisins. Aucun de ces défis ne peut être relevé par un État isolément ; chacun d’entre eux somme les États d’être solidaires. Il est donc crucial de surmonter la crise de solidarité qui paralyse l’Europe actuellement. Dans un contexte difficile, les accusations entre États fusent de toutes parts. La situation est pourtant trop grave pour perdre du temps en récriminations. Nous voulons aller de l’avant ensemble. Nous en sommes persuadés : il faut embrasser ces défis d’un seul regard. Il ne saurait y avoir de solidarité partielle. Ce n’est que dans une perspective globale que la solidarité pourra prévaloir et que des solutions pourront se dessiner. Et c’est sur la force de la coopération et de la compréhension franco-allemande que repose tout progrès.

    Cet appel initié par des acteurs politiques et académiques allemands et français est paru le 17 mars dans Les Échos, la Frankfurter Allgemeine Zeitung et le Financial Times.

    Ce texte existe en français, en anglais et en allemand.

    Retrouvez les premiers signataires ici.

  • L’Europe doit s’élever à la hauteur des défis

    L’Europe doit s’élever à la hauteur des défis

    Tribune par Franziska Brantner, Laurent Cohen-Tanugi, Daniel Cohn-Bendit, Henrik Enderlein, Hervé Gaymard, Sylvie Goulard, Elisabeth Guigou, Anne-Marie Le Gloannec, Thomas Oppermann, Norbert Röttgen et Lieven De Winter.

    Les 28 États membres de l’Union européenne (UE) sont mis à l’épreuve par la crise des réfugiés, la crise économique et monétaire qui génère un chômage des jeunes massif et persistant, par les guerres et les conflits qui secouent ses voisins. Aucun de ces défis ne peut être relevé par un État isolément ; chacun d’entre eux somme les États d’être solidaires. Il est donc crucial de surmonter la crise de solidarité qui paralyse l’Europe actuellement. Dans un contexte difficile, les accusations entre États fusent de toutes parts. La situation est pourtant trop grave pour perdre du temps en récriminations. Nous voulons aller de l’avant ensemble. Nous en sommes persuadés : il faut embrasser ces défis d’un seul regard. Il ne saurait y avoir de solidarité partielle. Ce n’est que dans une perspective globale que la solidarité pourra prévaloir et que des solutions pourront se dessiner. Et c’est sur la force de la coopération et de la compréhension franco-allemande que repose tout progrès.

    Cet appel initié par des acteurs politiques et académiques allemands et français est paru le 17 mars dans Les Échos, la Frankfurter Allgemeine Zeitung et le Financial Times.

    Ce texte existe en français, allemand et anglais.

  • Élections régionales allemandes : « L’occasion pour l’UE d’affronter le populisme »

    Élections régionales allemandes : « L’occasion pour l’UE d’affronter le populisme »

    Ces élections régionales allemandes bousculent le panorama politique traditionnel. Quelle est votre lecture de ces résultats ?

    Ce sont surtout les succès engrangés par l’AfD qui interpellent. Ce parti, qui avait été créé en 2013 par des membres anti-euro plutôt modérés de l’establishment économique s’est ensuite dangereusement transformé. Il a surfé sur un sentiment nationaliste et, profitant de la crise des réfugiés, s’est transformé en un parti réellement xénophobe. J’ai entendu au Parlement européen des élus de ce parti réclamer que l’on tire sur les réfugiés ! Tirer sur des femmes et des enfants fuyant la guerre ! La montée de ce parti est évidemment un sujet de préoccupation. Mais vu les scores que fait dans mon pays, la France, le Front National, je me garderais bien de faire la leçon aux Allemands.

    Quelles conséquences ces résultats peuvent-ils avoir pour la politique d’Angela Merkel? Sur la question des réfugiés, la chancelière avait déjà fait évoluer sa ligne.

    Merkel est au pouvoir depuis 10 ans, et il était surprenant de voir l’importance de sa popularité après toutes ces années au pouvoir. En fait, l’Allemagne est à son tour frappée par un phénomène – la montée du populisme et de la xénophobie – qui a déjà atteint de nombreux autres pays européens et qui l’avait miraculeusement épargnée. Cela dit, il ne s’agit que d’élections régionales, et leurs résultats n’auront aucun impact sur le Bundestag. Mais il faut cependant les prendre au sérieux.

    Comment devrait-elle, selon vous, réagir ?

    Ces partis populistes, partout en Europe, mettent en avant des idées qui reposent sur une illusion, celle de récupérer une souveraineté nationale qui n’existe plus ! Mais la démocratie allemande est solide. Et il n’y a personne face à Angela Merkel. C’est elle qui reste la femme de la situation. Je suis pro-européenne et je suis donc convaincue que, si l’Allemagne entrait dans une période d’instabilité, cela ne profiterait à aucun pays voisin et certainement pas à l’Union européenne. En fait, ces résultats peu réjouissants seront peut-être l’occasion pour l’Europe, emmenée par Merkel, de se pencher réellement sur le danger des populismes. C’est comme sur la question des réfugiés : ils étaient nombreux à arriver dans le sud de l’Italie mais l’Europe n’a commencé à s’en préoccuper que lorsqu’ils ont débarqué en Allemagne !

    Les populistes de l’AfD engrangent plus de voix à l’est qu’à l’ouest de l’Allemagne.

    Oui, alors qu’il y a beaucoup plus d’immigrés et de réfugiés à l’ouest! Il ne faut pas oublier que des millions d’Allemands ont eux aussi jadis dû fuir la guerre : cela a marqué la plupart des familles. Cela explique aussi pourquoi la société allemande s’est mobilisée pour accueillir les réfugiés lorsque Merkel a décidé d’ouvrir les frontières. Il y a eu un élan d’initiatives citoyennes impressionnant. Tout cela n’a pas disparu.

    Propos recueillis par Véronique Kiesel

  • «Italia e Francia si aiutino di più»

    «Italia e Francia si aiutino di più»

    L’eurodeputata Sylvie Goulard: l’Europa per come l’abbiamo conosciuta è finita, dobbiamo ripartire con più proposte e meno critiche. Ma un asse Parigi-Roma senza Berlino è impensabile

    di Stefano Montefiori, corrispondente da Parigi – Corriere della sera – 09/03/2016

    PARIGI Ogni volta che Italia e Francia organizzano un vertice bilaterale – quello di Venezia era il trentatreesimo – non possono fare a meno di ricordare la grande vicinanza delle «sorelle latine» e l’unità di vedute e di intenti, tanto che riaffiora la tentazione di sognare un asse Parigi-Roma per bilanciare lo strapotere della Germania. Sylvie Goulard, eurodeputata del gruppo Alde (Alleanza dei Democratici e dei Liberali per l’Europa), ex consigliera politica dell’allora presidente della Commissione Romano Prodi (dal 2001 al 2004) e autrice con Mario Monti del saggio «La Democrazia in Europa: guardare lontano» (Rizzoli 2012), spiega perché non è questa la strada.

    Che ruolo possono avere Italia e Francia nel rilanciare l’Europa? «Abbiamo fatto l’Europa per migliorare le relazioni tra i Paesi, soprattutto tra Francia e Germania, ma anche tra il Nord e il Sud. Un’Europa attraversata da alleanze, sia del Nord contro il Sud sia dell’Italia e della Francia contro la Germania, non può portare a nulla».

    Di recente l’Italia ha fatto sentire di più la sua voce «L’idea che l’Italia stia cominciando adesso a difendere i suoi interessi mi pare un po’ strana. Io ho lavorato con Romano Prodi quando era presidente della Commissione, mi ricordo il ruolo giocato da Giuliano Amato alla Convenzione, quello di Tommaso Padoa Schioppa alla Bce, adesso ci sono Mario Draghi e Federica Mogherini in posizioni importanti. Forse il tono era più pacato, ma uno può essere sottile e pacato e fare comunque delle battaglie. Non è detto che i toni forti alla fine siano più efficaci».

    Sia Francia sia Italia hanno problemi con i conti pubblici «Io sono convinta che il fatto di ridurre la spesa pubblica e mettere i conti in ordine dovrebbe essere un obiettivo di entrambi. Mi pare però che l’Italia faccia più riforme, e potrebbe aiutare la Francia a considerarle non solo come l’adempimento di una richiesta tedesca ma come un cosa da fare per l’interesse comune. Perché Renzi, che ha fatto il Jobs Act, non va in tv in Francia a spiegare che la riforma del lavoro è utile, se vogliamo fare entrare nel mercato tanti giovani che ne sono fuori? Francia e Italia dovrebbero aiutarsi di più in nome dell’interesse collettivo. Le difficoltà dei singoli Paesi sono un problema di tutta la zona euro: le banche in Italia, le mancate riforme in Francia».

    Qual è il grado di responsabilità della Francia nella crisi dei migranti, per esempio a Ventimiglia? «Si dovrebbe fare di più ed ecco una ragione per cui la grande alleanza italo-francese contro la Germania non esiste. Non c’è questa vicinanza, questa solidarietà che io da francese avrei voluto vedere verso l’Italia quando avevate dei problemi. La Francia con i migranti ha fatto a Ventimiglia un po’ quel che la Gran Bretagna fa a Calais. Non siamo un’isola ma più o meno… E oltretutto Francia e Italia sono due Paesi Schengen, a differenza della Gran Bretagna. Negli ultimi anni abbiamo avuto una mancanza di lungimiranza di cui paghiamo adesso il conto».

    Che cosa si aspetta dai prossimi mesi? «Io non ho mai avuto la nostalgia del nucleo storico dei Paesi fondatori ma dobbiamo ricominciare a fare progetti con chi è capace di sostenerli. L’Europa per come l’abbiamo conosciuta è finita. Completamente. Dobbiamo dare vita a qualcosa di nuovo, di più dinamico, rivolto al futuro. Ci sono dei segni positivi, per esempio la proposta del ministro dell’Economia italiano Pier Carlo Padoan per un bilancio comune della zona euro. La critica non basta, il presidente del Consiglio italiano Renzi non può andare in Ghana a criticare il presidente della Commisione Juncker esattamente come il premier francese Valls non può andare a Monaco di Baviera a criticare la cancelliera Merkel. C’è una tradizione europeista italiana, e mi piacerebbe che Renzi ne adottasse la parte migliore. Spero in una rottamazione dei pregiudizi».