Auteur/autrice : julien

  • “Brexit, c’est par où la sortie ?”

    “Brexit, c’est par où la sortie ?”

    TRIBUNE. Sylvie Goulard, députée européenne centriste, dénonce la passivité de l’Union européenne vis-à-vis du comportement britannique.

    La situation est grave, sans précédent dans l’histoire de la construction européenne : un Brexit mal géré risque d’entraîner l’Union européenne dans la tourmente. L’indécision actuelle donne le sentiment que la volonté du peuple britannique n’est pas respectée. Mme May a pourtant répété « Brexit means Brexit », le respect du choix démocratique des Britanniques commande d’agir vite, sans esprit de revanche ni naïveté.

    L’incertitude est préjudiciable à l’économie. Certaines décisions d’investissement ne sauraient être indéfiniment reportées. La sécurité des Européens d’Europe centrale installés au RU invite aussi à accélérer. Ils sont la cible de violences xénophobes dans un climat post-référendaire assez malsain. Enfin, il est crucial, pour les 27, de préserver le marché unique fondé sur quatre libertés indissociables (circulation des personnes, des biens, des capitaux et des services) et, pour la zone euro, de rétablir sa souveraineté financière.

    Les Britanniques tirent encore profit de la faiblesse de l’Europe

    À ce jour, les esprits sont en proie à un juridisme étroit. Il est entendu que le Royaume-Uni peut se prévaloir de toutes les dispositions du traité, exactement comme s’il devait rester durablement membre de l’Union. Ce « business as usual » finira, hélas, par saper la confiance des citoyens dans l’Europe. À terme il créera plus de problèmes qu’il n’en résout, surtout si le gouvernement de Londres continue de picorer les dispositions qui l’arrangent. Ainsi, il commence, au mépris des règles communes, à négocier des accords commerciaux bilatéraux avec des pays tiers comme l’Australie, ce que Jean-Claude Juncker a justement dénoncé. Il interprète l’article 50 du traité de l’UE (Union européenne), relatif à la procédure de sortie, comme une prérogative unilatérale. Du divorce, on passe à la répudiation, ce qui est inacceptable. Comme si le principe de « coopération loyale » solennellement inscrit lui aussi dans les traités (article 4.3), et même le bon sens, n’avait plus cours.

    Le lundi 12 septembre, Julian King sera auditionné par le Parlement européen, le Royaume-Uni revendiquant un poste de commissaire. En droit, il peut y prétendre, et les qualités du candidat ne sont pas en cause, mais Mme May n’est toujours pas venue dialoguer en plénière, devant la représentation des citoyens européens. Le commissaire britannique démissionnaire Jonathan Hill n’a pas pris un congé pour aller jouer au golf. Il a tiré les conséquences du vote du 23 juin avec une admirable dignité. Il n’y a pas de raison de nommer un successeur. Rappelons que les commissaires travaillent de manière collégiale, chacun ayant voix au chapitre et accès aux positions de l’UE. Durant la négociation sur le Brexit, ce serait singulier. Tout comme il serait étrange qu’il puisse aussi influencer des législations qui, à l’avenir, ne sont pas censées s’appliquer au RU. En outre, loin d’être une personnalité politique, comme Jean-Claude Juncker l’a exigé pour le reste de son équipe, c’est un diplomate du Foreign Office, aujourd’hui ambassadeur à Paris. Prétendre qu’il exercerait son mandat en toute indépendance, comme l’exige le serment des commissaires devant la Cour, est un conte à dormir debout. Et, cerise sur le gâteau, son portefeuille (la Sécurité, le Terrorisme) couvre un domaine auquel le RU, par le passé, a refusé de participer.

    Trêve de chicaneries juridiques

    Au Parlement européen aussi, une lecture juridique à courte vue aboutit à laisser aux députés britanniques toutes leurs responsabilités. Ils continuent de présider des commissions parlementaires majeures (y compris celle chargée d’auditionner M. King) et entendent conserver leurs fonctions de rapporteur de textes législatifs. En juillet, en commission des Affaires économiques et monétaires, certains députés d’outre-Manche ont ardemment soutenu des amendements au profit des… « pays tiers », catégorie dans laquelle le Royaume-Uni se trouvera bientôt. Plus le temps passera, plus cette ambiguïté sera gênante.

    Une meilleure solution pourrait consister à procéder en deux temps : organiser d’abord une sortie informelle du pays de l’UE et de ses institutions sur la base d’un « gentlemen’s agreement » à 28. Avec dignité, le Royaume-Uni se mettrait en réserve : il n’aurait plus alors ni commissaire, ni députés au Parlement, ni juge à la Cour. Ce serait conforme à l’esprit de l’article 50 qui exclut le pays sortant du conseil des ministres et du Conseil européen. Familiers du droit souple (soft law), par tradition, les citoyens britanniques ne seraient sans doute pas choqués par cette solution pragmatique. Ensuite, et sans délai, les négociations proprement dites débuteraient afin d’aboutir dans le délai de deux ans prévu par l’article 50 précité, à temps pour clarifier les conditions dans lesquelles, au printemps 2019, les élections européennes seront organisées et la nouvelle Commission sera désignée.

    Naturellement, un esprit constructif devra prévaloir. Des coopérations commerciales, comme l’UE en a noué avec bien des pays tiers, sont éminemment désirables, ainsi que le maintien de liens en matière de défense et de sécurité, de recherche, d’échanges de jeunes, etc. L’Union européenne et le Royaume-Uni doivent se ressaisir et prendre de la hauteur. Pour être moins douloureuse, une séparation aussi lourde de conséquences requiert de la vision et du courage, pas des chicaneries juridiques.

  • « Ne laissez pas vos aînés vous piquer l’Europe »

    « Ne laissez pas vos aînés vous piquer l’Europe »

    Le Taurillon, vendredi 19 août 2016

    Deux mois après le vote historique en faveur du Brexit, où en sommes-nous, et où allons-nous ?

    Les promesses du camp du « leave » ont fait long feu. Dès l’annonce des résultats, Nigel Farage, leader du parti eurosceptique UKIP, a par exemple déclaré que le rapatriement de la contribution britannique vers le budget de la santé était « une erreur de campagne », avant de se retirer du premier plan de la scène politique. Boris Johnson a renoncé à briguer le 10 Downing Street et c’est Theresa May, partisane discrète du maintien du Royaume-Uni dans l’UE lors de la campagne, qui a remplacé, par forfait, David Cameron. En nommant Boris Johnson aux Affaires étrangères, elle a fait le pari de le neutraliser : à ce poste il devra modérer ses propos et sera moins incontrôlable que s’il était resté à l’extérieur. Pour l’unité du parti conservateur il lui était nécessaire d’offrir un certain nombre de postes importants à ceux qui ont fait campagne pour le « leave ».

    Ces rebondissements politiques mis à part, il ne s’est pas passé grand-chose. La procédure de l’article 50 n’a pas été enclenchée, ce qui pose un certain nombre de problèmes. D’un côté, il est normal que le nouveau gouvernement définisse sa position, en tranchant notamment entre deux tendances parmi les partisans du Brexit : l’attrait du « grand large » i.e. le pari sur les liens avec le vaste monde, ou le maintien d’une relation étroite avec l’UE, en conservant autant que possible les avantages du marché intérieur. Theresa May prétend ne pas notifier l’intention de son pays de sortir avant la fin de l’année. En face, à ce stade, les 27 autres États membres et les institutions ont pris des positions raisonnables, de défense de la cohérence du marché. Mais cette fermeté va-t-elle durer ? Et l’excès de juridisme pourrait vite devenir intenable. Il ne s’agit pas d’être dur, mais de respecter le choix souverain des Britanniques et de lever les incertitudes préjudiciables à tous les Européens.

    Que révèlent ces événements de l’état actuel de l’Union ?

    On aurait tort d’imputer la responsabilité aux seuls Britanniques. Les Européens auraient pu opposer à David Cameron un projet construit plutôt que de lui faire des concessions dans un accord bancal. On aurait pu tirer avantage de la demande du Royaume-Uni pour avancer, comme l’avait demandé d’abord David Cameron, notamment sur des sujets comme la compétitivité mais aussi la démocratie ou l’avancement du marché. Le référendum britannique a été une magistrale occasion manquée d’entendre les critiques fondées, de rejeter les autres, bref de remettre l’UE sur les rails.

    Nos dirigeants nationaux se sont détournés de l’idéal des fondateurs. Ils utilisent l’Europe comme un bouc émissaire en se plaignant de dysfonctionnements dont ils sont souvent les premiers responsables. L’Europe se meurt, faute de soin, alors qu’elle est un atout dans la mondialisation. L’attitude des jeunes, comme au Royaume-Uni, est cependant porteuse d’espoir. Il ne faudrait pas qu’ils laissent leurs aînés défaire cette Europe dont ils ont tant besoin.

    Après le Brexit, les déclarations de bonne volonté pour relancer l’Europe ont fusé. Pour l’instant, que pensez-vous de la réponse des 27 au « non » britannique ?

    Y-a-t-il eu une réponse ? Pour l’instant aucune conséquence n’a été sérieusement tirée et ils attendent, passifs que le Royaume-Uni entame la procédure de sortie au moment qu’il choisit et après sans doute des tractations opaques. Aujourd’hui le risque est que la désunion des Européens ne permette finalement au Royaume-Uni d’obtenir un accord qui nuise encore plus à la cohérence de l’UE. Il est légitime que les 27 États membres défendent leurs intérêts communs, essentiels qu’ils aillent de l’avant.

    Quelles sont vos propositions pour refonder l’Europe ?

    Retrouver l’esprit qui animait les fondateurs : non pas coaliser des États mais unir des hommes. Cela passe par l’intensification des échanges humains, une autre approche de la citoyenneté mais aussi un virage dans les politiques : par exemple, la lutte contre les inégalités est primordiale pour renouer les liens effilochés de nos sociétés, en combinant mesures nationales et valeur ajoutée européenne. Vis-à-vis de l’extérieur, faire front commun permettrait d’affronter plus sereinement les grands défis que sont le réchauffement climatique, la lutte contre le terrorisme ou la régulation de l’économie globalisée, défis qui ignorent les frontières nationales.

    Comment instiller un « zeste » d’intérêt général européen au sein de la classe politique ?

    Ce n’est même pas une question d’intérêt général européen, c’est une question d’intérêt européen et national, de lucidité, de compréhension des enjeux du monde, en 2016. Les polémiques scandaleuses qui ont suivi l’attentat du 14 juillet montrent bien que le sens de l’intérêt supérieur de la nation, face à des terroristes qui ne cherchent qu’à diviser les Français, est lui aussi bien absent. La question du renouvellement d’une classe politique dépassée se pose.

    L’avenir de l’Europe est-il celui d’une construction à plusieurs vitesses et niveaux d’intégration ?

    Oui, c’est la seule solution. Le Brexit montre toutefois les limites des concessions au profit d’un seul ou d’une Union qui se ferait trop à la carte. Au lieu de conforter la position de chacun dans l’Union, les différences peuvent aussi nourrir des frustrations, donner un sentiment de discrimination que les antieuropéens exploitent sans vergogne. Ainsi la dérogation sur l’euro a été présentée au Royaume-Uni comme une discrimination ! L’équilibre est délicat à trouver.

    Que répondre aux accusations de « mauvais patriote » lorsque l’on défend une Europe plus fédérale ?

    Mieux vaut une souveraineté réelle, en prise avec le monde où l’on vit, partagée avec d’autres Européens qu’une souveraineté nationale proclamée mais largement factice. Le chantage au patriotisme est une vieille ficelle : dans le livre Goodbye Europe, j’ai repris une citation cynique de Göring : « Il est toujours très simple d’entraîner le peuple, qu’il s’agisse d’une démocratie, ou d’une dictature fasciste, d’un régime parlementaire ou d’une dictature communiste.

    […] Le peuple peut toujours être amené à exécuter les ordres des chefs. C’est facile. Il suffit de lui dire qu’on l’attaque et de dénoncer les pacifistes en déclarant qu’ils manquent de patriotisme et qu’ils mettent leur pays en danger. L’effet est le même dans tous les pays [1]. »

    Du reste, Schuman disait bien que « Nos États européens sont une réalité historique ; il serait psychologiquement impossible de les faire disparaître. Leur diversité est même très heureuse et nous ne voulons ni les niveler ni les égaliser » ; et ajoutait « le supranational reposera sur des assises nationales » [2].

    Pourquoi avoir appelé votre livre « Goodbye Europe » ?

    Pour faire réfléchir sur un point : est-ce le Royaume-Uni qui quitte l’UE ou d’autres, les pays fondateurs, les autres Etats membres, les peuples et notamment les Français l’ont-ils eux aussi abandonnée, tout en prétendant le contraire ? Les Britanniques nous ont tendu un miroir : s’ils se détournent c’est aussi à cause d’insuffisances avérées de l’UE et de l’incapacité des dirigeants du continent, notamment de la zone euro à assumer un projet construit et stratégique.

    Merci beaucoup pour cet entretien et pour votre action remarquable en faveur de la construction européenne. Quel message voudriez-vous transmettre à la jeunesse qui s’engage pour « une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens » ? Sommes-nous de doux rêveurs ?

    Avant la Seconde Guerre mondiale, des soi-disant réalistes ont défendu une approche nationale, l’humiliation de l’Allemagne. On sait comment cela s’est terminé. Les rêveurs sont ceux qui croient qu’ils pourraient chauffer des sentiments nationaux sans que ne reviennent les périls nationalistes.

    À ceux qui se demandent si la construction européenne a un sens, répondez-leur simplement, comme dans une publicité célèbre : what else ? Quiconque regarde le monde depuis Shanghai, Ryad ou la Californie mesure tout ce que l’Europe a à défendre comme valeurs et comme mode de vie et à quel point elle pourrait se faire distancer dans la course industrielle, technologique ou la défense des libertés. Ne laissez pas vos aînés vous piquer l’Europe ; c’est vous qui vivrez dans le monde du XXIe siècle, pas les hommes nostalgiques du XXe.

    Propos recueillis par Garance Dubarry

    « Goodbye Europe », dernier ouvrage paru de Sylvie Goulard

    Goodbye Europe, tel est le titre de l’essai salutaire de Sylvie Goulard, publié quelques semaines avant le référendum du 23 juin. Goodbye Europe !, telle aurait aussi pu être l’exclamation narquoise d’un tabloïd britannique juste après ce référendum, à la manière du « See EU later ! » publié en une par The Sun, le lendemain de la victoire du « out ». Pour l’eurodéputée, toute la question est désormais de savoir si nous allons, oui ou non, « confier aux seuls Britanniques le soin de décider, par défaut, du destin de l’Union ».

    L’issue du référendum britannique ne résout pas la question de l’avenir de l’Union européenne et de la zone euro. Certes, Sylvie Goulard prend le temps de revenir sur le « nouvel arrangement pour le Royaume-Uni » élaboré par les dirigeants européens, qu’elle dénonce au nom du droit et de la démocratie. Mais au-delà de la terrible faiblesse face au chantage britannique, le plus important est à venir : « les autres Européens doivent apporter leur réponse souverainement ». Ni régression ni statu quo, la solution consiste à aller de l’avant, à faire l’Europe, et à « la faire bien ». Sylvie Goulard choisit de défendre l’Europe sur le terrain de la nécessité, pour des Etats qui connaissent un recul relatif, de faire cause commune dans un monde d’interdépendance, d’inclusion et de mobilité croissantes. Le nationalisme virulent qui revient au sein de chacun d’eux est très loin d’être un signe de puissance. Goodbye Europe aurait d’ailleurs pu être le slogan de tout parti eurosceptique qui se respecte, réduisant une décision complexe, qui engage l’existence collective d’une communauté européenne de fait et de droit, construite au rythme du temps long, à un acte de « souveraineté » nationale.

    Face à ces défis, « refaire l’Europe » : oui, mais comment ? Pour l’eurodéputée, la clé est d’abord dans les mains des Etats et d’une classe politique nationale, qui devraient être capables de placer le projet européen au-delà des ambitions personnelles de court terme. Il est trop facile d’accuser l’Europe de tous les maux, et surtout de « ce qu’en l’état de droit elle ne peut pas faire », de « ce que les gouvernements nationaux n’ont jamais voulu qu’elle fasse ». Une nouvelle approche de l’élection présidentielle, des médias plus actifs, une limitation de l’ampleur prise par le Conseil européen au détriment des autres institutions sont autant de solutions pratiques nécessaires à l’instillation d’un « zeste » d’intérêt général européen. Car « soit l’Europe se constitue vraiment, en se réformant en profondeur, soit les Européens sortiront de l’histoire », conclut Sylvie Goulard dans ce livre courageux, qui ne cherche pas à nous convaincre par d’autres voix que celle de la raison.

    Goodbye Europe, par Sylvie Goulard. Flammarion, 2016, 136p

  • Dany Cohn-Bendit dans le Corriere della sera : une interview à lire

    Dany Cohn-Bendit dans le Corriere della sera : une interview à lire

    Che effetto le fa immaginare Merkel, Hollande e Renzi a Ventotene?
    «Sono molto curioso di vedere che cosa faranno durante il summit. Ventotene è un luogo importante, carico di storia, potrebbero approfittarne per ridare forza all’Europa. Temo invece che continueranno a essere gli stessi che abbiamo visto all’opera in questi anni. E allora, se visiteranno la tomba di Altiero Spinelli, assisteremo a un’usurpazione della sua memoria, perché nessuno dei tre leader mostra di avere un vero progetto europeo».

    Daniel Cohn-Bendit, 71 anni, è poco indulgente con il trio Merkel-Hollande-Renzi, e con la decisione simbolica di organizzare il vertice sulla portaerei Garibaldi ancorata vicino alla piccola isola del Tirreno: il «manifesto di Ventotene» scritto al confino da Altiero Spinelli, Ernesto Rossi e Ursula Hirschmann ha guidato l’impegno politico di Cohn-Bendit nei suoi vent’anni da deputato europeo ecologista.

    Con Guy Verhofstadt, Sylvie Goulard e Isabelle Durant, nel 2010 Daniel Cohn-Bendit ha fondato al Parlamento europeo il «gruppo Spinelli», una rete di personalità di diversi orientamenti politici accomunate dal desiderio di anteporre gli interessi dell’Europa a quelli nazionali. Proprio come raccomandava nel manifesto di Ventotene Altiero Spinelli, negli ultimi anni sempre più inascoltato dai leader europei.

    Che cosa si aspetta dal trio?
    «Se rendendo omaggio a Spinelli vorranno rilanciare l’idea di un’Europa federale dico “bravi!”, ma non ci credo. Nelle loro parole non c’è mai alcun riferimento alla volontà di dare nuova forza all’Europa in senso federale».

    La Francia è sempre stata più restia al federalismo, concetto in teoria più famigliare alla Germania. Ora anche Berlino sembra frenare. L’idea di un’Europa federale è ormai da considerarsi accantonata?
    «Nella coppia franco-tedesca Merkel e Hollande mi sembrano ugualmente corresponsabili della mancanza di un progetto federalista. Si è fatta strada questa visione di una Europa delle nazioni, ma io continuo a credere in un’Europa federale, che ovviamente protegga e rispetti le diverse identità che rappresentano la sua ricchezza. Il solo modo di andare avanti è la mutualizzazione del debito, un rilancio degli investimenti, una difesa comune. Una maggiore condivisione di sovranità, per arrivare a una sovranità europea».

    Di difesa comune si parlerà nel vertice di domani, ma qui torna il problema della Gran Bretagna, alla quale la Francia è legata da un importante trattato bilaterale sulla cooperazione militare.
    «È il problema di una visione nella quale ogni Stato ha continuato a pensare prima di tutto ai suoi interessi».

    Quanto influirà la Brexit?
    «La Germania sembra disposta a concedere tempo alla Gran Bretagna, forse troppo. Londra vorrebbe essere “un po’ incinta”, ma deve capire che non è possibile. Ha scelto di uscire dall’Europa, ora ci lasci andare avanti».

    Quali potrebbero essere i terreni di intesa tra Germania, Francia e Italia?
    «Si dovrebbe cercare un compromesso sulla Siria, e su un grande progetto di investimento europeo. Se invece ciascuno resta sulle sue posizioni avremo i soliti accordi minimi che non significano nulla».

    Si parla molto di un’opinione pubblica euroscettica. Ma ci sarebbero forze pronte invece a sostenere un nuovo progetto europeo?
    «Un potenziale federalista esiste. In Francia per esempio il ministro Macron è molto attivo in senso europeista, in Germania le forze ci sono, potrebbero essere mobilitate se i leader ne fossero capaci».

    La visione federalista è irrinunciabile?
    «Io non dico che un’Europa federale si possa costruire in due anni. Ma è inevitabile andare verso una sovranità europea, e quindi verso un’Europa federale. Questo resta l’orizzonte. Sempre che si voglia avere un ruolo nella gestione della globalizzazione»

  • Solo ora si capisce cosa abbiamo perduto Grazie a chi ci diede 71 anni di pace

    Solo ora si capisce cosa abbiamo perduto Grazie a chi ci diede 71 anni di pace

    «Questa è una minaccia globale all’umanità e alla libertà di tutti coloro che vogliono vivere in pace, non solo in Europa ma anche in Medio Oriente, in Africa, dei cristiani come dei musulmani. Che cosa aspettiamo nell’Ue per capirlo, che una maggioranza dei nostri Stati sia colpita? E se questa è davvero una guerra, che cosa fanno le Nazioni Unite? Io credo che misureremo solo ora che cosa abbiamo perduto — non per sempre, spero — con il mondo di una volta. E quanto dobbiamo ringraziare chi ci ha regalato 71 anni di pace».

    Sylvie Goulard è appena tornata a Parigi da Cracovia, dove ha parlato di Europa con i giovani accorsi all’appello del Papa. Eurodeputata liberaldemocratica francese, da sempre fra i più attenti osservatori dell’Unione, giurista e autrice di vari saggi fra cui — con Mario Monti — La democrazia in Europa. Guardare lontano , ha qualcosa da chiedere ai leader di Bruxelles e dei singoli Paesi: «Siano più umili, e non autoreferenziali, per usare un’espressione del Papa. Siamo di fronte a una minaccia globale ed estremamente complessa, che non riguarda solo l’Ue, e che ha fatto vittime ovunque. A Cracovia, mi hanno colpito alcuni giovani, già volontari in aiuto dei civili siriani e iracheni, che hanno sottolineato il prezzo pagato da quei popoli non solo a causa della guerra ma anche del terrorismo». In due parole, «non servono risposte univoche o superficiali, ma un’analisi giusta». E qualche esempio di soluzioni superficiali, «calate dall’alto», viene già dalla Francia: «Proporre di reintrodurre la pena di morte è ridicolo, non serve contro chi è sempre pronto a morire. Abbandonare lo Stato di diritto è il contrario che resistere al terrore. Il primo obiettivo del terrorismo è dividerci, creando la guerra civile: colpirci nella vita quotidiana (Bataclan), nelle celebrazioni della nostra storia nazionale (Nizza), nella religione (Rouen)…».

    E così a Bruxelles, o in Germania. Per rispondere, occorrono dunque «strategie differenziate e sottili, su vari piani. Non certo la strada della chiusura». Perché sono vari i fattori, e agiscono tutti insieme, da cui nasce la minaccia: da quello religioso («ma solo in parte, una certa percezione dell’Islam»), a quello economico-sociale, agli errori compiuti dai nostri governi nel gestire l’integrazione. Poi, le nostre incoerenze nei rapporti con l’Arabia Saudita e altri Paesi: «Come possiamo fare affari con certe società wahabite, senza vedere l’impatto che ciò ha su di noi?». E ancora: la percezione del conflitto Israele- Palestina, «e forse anche una certa frustrazione che i giovani musulmani possono avere nella percezione di se stessi, nel rapporto con se stessi»: Sylvie Goulard cita un rapporto Onu del 2001 che parlava proprio di questo: «Nelle società di provenienza di quei giovani, spesso nipoti di ex sudditi coloniali, venivano tradotti meno libri dall’estero, o le donne avevano meno accesso degli uomini al mondo del lavoro…»: ciò vale probabilmente ancora oggi, e non si può escludere che abbia acuito le comuni frustrazioni giovanili.

    Ma «nessuno di questi fattori, da solo, può spiegare tutto». E quanto alla «guerra» che secondo molti è in corso, «è una parola che mi turba: perché quanto accade è una barbarie totale, ma da giurista devo rilevare che giuridicamente non è una guerra, non c’è un conflitto fra potenze, uno Stato che attacca la Francia o la Germania. Dobbiamo certo organizzarci, e resistere, mantenendo però il sangue freddo: e non offrire a certa gente una pubblicità pazzesca usando di continuo questa parola». Se in parte c’è, come c’è, un elemento militare, allora bisogna casomai parlare di una difesa comune europea. Ma «quanto accade», appunto, è forse peggio di una guerra classica: «Una nebulosa di persone vuole distruggere la nostra pace». Perciò capiremo presto che cosa abbiamo perduto con il mondo di una volta. Ma prima di allora, conclude Sylvie Goulard, ognuno di noi può ancora fare molto, e questo è anche il messaggio che viene da Cracovia: «Dare il nostro contributo per sostenere chi, fra i cristiani, i musulmani, gli ebrei, i non credenti, cerca di creare dei ponti, e non sceglie la via della chiusura».

    di Luigi Offeddu, Corriere della sera

  • “Populisten versuchen immer, derartige Situationen auszunutzen”

    “Populisten versuchen immer, derartige Situationen auszunutzen”

    Frau Goulard, was hat es zu bedeuten, dass Flüchtlinge in Würzburg und Ansbach Anschläge im Namen des Dschihadismus verübt haben?

    Wir dürfen nicht naiv sein und glauben, dass es nicht auch negative Folgen hat, wenn eine Million Menschen zusätzlich in ein Land kommen. Man muss die Bedrohung durch mögliche terroristische Anschläge sehr ernst nehmen, aber auch nicht übertreiben: Wenn man die gesamte Anzahl der Flüchtlinge mit der Zahl der Attentäter vergleicht, dann wird klar, dass sich ein Generalverdacht gegen Flüchtlinge verbietet.

    Andererseits versuchen Parteien wie die AfD, aber auch die Linkspartei, die Angst vor weiteren Anschlägen in Deutschland für ihre Zwecke zu instrumentalisieren.

    Grundsätzlich lehne ich derartige Äußerungen wie von der AfD und der Linkspartei ab. Populisten versuchen immer, derartige Situationen auszunutzen…

    …wie beispielsweise in Frankreich: Dort sind die Gewalttaten von Brüssel, Nizza und jetzt auch wieder in Rouen Wasser auf die Mühlen des rechtsextremen Front National.

    Leider haben in Frankreich viele Politiker versucht, dem Front National hinterherzulaufen. Eigentlich hätten sie eine gründliche Analyse zu folgenden Fragen durchführen müssen: Was schützt uns vor dem islamistischen Terror? Welche polizeilichen Erfordernisse gibt es?

    Auch in Deutschland besteht die Gefahr, dass die Union den Parolen der AfD hinterherläuft. Wie würde Ihr Ratschlag an die CDU/CSU lauten? Welche Linie sollte die Union mit Blick auf die AfD und die bevorstehenden Wahlen in Mecklenburg-Vorpommern und Berlin verfolgen?

    Ich will als Französin nicht den Deutschen sagen, was sie zu tun haben. Aber grundsätzlich kann ich sagen, dass manche Entscheidungen in einer Demokratie nicht von der nächsten Wahl abhängig gemacht werden sollten. Frau Merkel hat nach meiner Meinung eine richtige Entscheidung getroffen, als sie im September des vergangenen Jahres die Flüchtlinge aus Syrien willkommen geheißen hat. Die Entscheidung war moralisch richtig. Sie war auch in rechtlicher Hinsicht richtig, denn sie war gerechtfertigt aufgrund der Genfer UN-Flüchtlingskonvention, die auch Frankreich unterzeichnet hat. Unsere Staaten sind Rechtsstaaten. Wenn sich die Politik nicht von festen Grundsätzen leiten lässt, macht sie sich von der Tagespolitik und der nächsten Wahl abhängig. Die beste Antwort auf die Populisten angesichts möglicher terroristischer Anschläge besteht nicht in ausländerfeindlicher Rhetorik, sondern in guter Polizeiarbeit. Wenn sich unter den Flüchtlingen einige befinden, die schreckliche Absichten haben, dann muss man sie ermitteln, bevor sie zur Tat schreiten können.

    Frankreich hat sich bei der Aufnahme der Flüchtlinge stark zurückgehalten. So hat Frankreichs Regierungschef Manuel Valls der verstärkten Aufnahme von Flüchtlingen den Riegel vorgeschoben.

    Ich teile die Auffassung von Herrn Valls nicht. Einerseits verstehe ich es, dass unsere Regierung nicht die Augen davor verschließen kann, dass der Rechtspopulismus bei uns bereits sehr stark ist. Aber nach meiner Meinung war die Entscheidung unserer Regierung trotzdem nicht richtig. Aber ich möchte mit Blick auf die europäische Flüchtlingspolitik noch etwas anderes betonen: Schon in den Jahren 2013 und 2014 hat uns die italienische Regierung auf das Problem der Flüchtlinge aufmerksam gemacht. Damals haben sowohl die Deutschen als auch die Franzosen die Augen zugemacht. Den Preis dafür bezahlen wir heute. Die Entscheidung von Frau Merkel vom September 2015, die Flüchtlinge ins Land zu lassen, war zwar moralisch richtig. Sie kam aber sehr spät. Ein Problem verschwindet ja nicht dadurch, dass man die Augen davor verschließt.

    Sehen Sie Unterschiede bei der Integration von Muslimen in Deutschland und Frankreich?
    Die Franzosen hatten lange das Gefühl, sie würden mit der so genannten Laizität alle Probleme lösen. Aber so einfach ist es nicht. Die Laizität trennt strikter zwischen Religion und Staat, als es beim deutschen Prinzip der Säkularität der Fall ist. Deshalb haben wir uns früher als andere Länder mit dem Tragen des Kopftuchs befasst. Der zweite Unterschied besteht darin, dass die starke internationale Rolle Frankreichs, beispielsweise in der Nahost-Politik, die Stimmung in unseren Vororten belastet. Und drittens kommen die meisten Muslime in Frankreich aus ehemaligen Kolonien. Die Beziehung ist dadurch sehr belastet, weil die geschichtliche Vergangenheit leider in Frankreich nicht in genügendem Maße aufgearbeitet wurde. Die Beziehungen sind stärker belastet als beispielsweise das Verhältnis zwischen Deutschen und Türken.

    Aber Deutschland ist in Sachen Integration auch nicht gerade ein Musterland – wenn man etwa an die ausländerfeindlichen Parolen der Pegida und die Angriffe auf Flüchtlingsheime denkt.

    Richtig. Aber dennoch habe ich den Eindruck, dass das politische Klima in Deutschland anders ist, weil die Arbeitslosigkeit hier geringer ist als in Frankreich. Eine Gesellschaft wie die deutsche, die mehr Wachstum kennt, kann auch eine bessere Zukunftsperspektive anbieten.

    Das Gespräch führte Albrecht Meier.

  • Before Brexit talks begin, Boris Johnson must understand three things

    Before Brexit talks begin, Boris Johnson must understand three things

    During the referendum campaign Boris Johnson likened the EU’s ambitions to those of Nazi Germany. “Napoleon, Hitler, various people tried this out, and it ends tragically,” he said. “The EU is an attempt to do this by different methods.” Perhaps it was not, with hindsight, the most diplomatic opinion for a foreign secretary to have aired in public.

    Johnson’s appointment as foreign secretary was certainly not a surprise that anyone in EU circles was hoping for. But there may have been a logic to Theresa May’s decision. For a start, it will oblige the former mayor of London to exercise self-control. Plus, he will be surrounded by highly professional civil servants loyal to the national interests of the UK – which, in a complex world, require more than Johnson’s oversimplified views.

    Quite quickly Johnson will also be forced to recognise that there are more than a few differences between the methods Napoleon and Hitler used and the way the EU functions, which is through cooperation and commonly agreed rules. For all Europeans, including the British, the crash course in diplomacy May intends to impose on Johnson could yield a positive outcome.

    As all those now responsible for the Brexit negotiations reflect on their strategy, I would recommend that they listen to Jonathan Hill, UK commissioner for financial services, who stepped down from his position in the EU after the referendum. At a hearing in the European parliament on 13 July he had some wise words. He said that “constructive relationships are needed between the UK and the EU”. I can only echo this sentiment. For him, “these relationships are more likely to be built by people who listen to other people in Europe rather than insulting them”.

    Dialogue between the UK and the EU is first and foremost what is now required. And before that dialogue begins, it is crucial that the UK negotiators understand three things.

    First, that the EU, with its 27 member states, including the 19 countries of the eurozone, has their legitimate interests to defend – in particular in the financial sector – and both sides of the Channel need to achieve an agreement that will be accepted across Europe. After months of inward-looking conversation, the British must realise that they are now negotiating a divorce – and divorce requires the assent of both parties.

    Of course our interests are linked, and nobody wants things to get to that point. The UK is a major ally, as well as an major global economy, and it is in the EU’s interests to maintain close, and as constructive as possible, ties with it. It is also in the UK’s interest to negotiate the best possible exit deal, as the EU remains the UK’s largest trading partner.

    Some models of cooperation “from outside” exist. They, however, also come with obligations. When deals were concluded, Norway and Switzerland accepted that they would contribute to the EU budget and apply EU legislation in exchange for access to the market – and also allowed the free movement of people.

    The British public has voted, and that vote must be respected. Few voices on the continent contest this. But Britain must now help us to find a mutually acceptable solution.

  • Le Brexit nous aide à regarder la réalité en face

    Le Brexit nous aide à regarder la réalité en face

    Auteur de Goodbye Europe, la députée européenne Sylvie Goulard, qui a travaillé auprès de Romano Prodi lorsqu’il présidait la Commission, estime qu’il faut changer les institutions de fond en comble.

    Quelle est votre réaction au Brexit du 23 juin? 

    C’est un événement historique grave. Pendant une soixantaine d’années, l’objectif européen a été de consolider la paix et de développer des coopérations de plus en plus poussées avec un nombre croissant de nations. Durant cette période, nous avons sans doute commis des erreurs. Il n’en reste pas moins que l’enjeu demeure: faire exister l’Union européenne aux yeux du reste du monde. Pour les Américains ou les Chinois, le Brexit correspond à une cassure importante, à un processus qui s’interrompt. 

    Comment jugez-vous l’attitude des 27 depuis le “non” britannique? 

    Je suis effarée qu’ils laissent la balle dans le camp des Britanniques. Il n’y a pas eu de discours conjoint de François Hollande et Angela Merkel ni aucune initiative franco-allemande. Imagine-t-on, dans la même situation, les couples Giscard-Schmidt et Mitterrand-Kohl s’en abstenir? En réalité, le “Franco-Allemand” est en état de mort clinique. En France, seul Alain Juppé a montré une certaine hauteur de vue en déclarant qu’organiser un référendum dans l’Hexagone serait irresponsable.  

    Le fait est que nos politiciens n’ont pas défendu l’Europe “avant”; ils n’ont pas de vision pour “l’après”; et ils gèrent le présent au jour le jour. De son côté, Jean-Claude Juncker, qui préside la Commission européenne, a dit des choses justes… mais sa voix ne porte guère. Quant à Donald Tusk, le président du Conseil européen, il n’est même pas venu assister à la séance plénière extraordinaire du Parlement consécutive au Brexit! 

    Précisément, que pensez-vous des gagnants du référendum? 

    Deux choses sont frappantes. D’abord, l’ampleur de leurs mensonges, sur l’immigration qu’ils allaient stopper, sur l’argent qu’ils allaient soi-disant récupérer, etc. Ils ont d’ailleurs fait marche arrière quelques heures seulement après le résultat du vote. Ensuite, leur impréparation: Boris Johnson n’a jamais réfléchi à la manière de sortir de l’UE. Ce serait comique si ce n’était pas tragique. 

    Comment va s’organiser la sortie des Britanniques? 

    Selon l’article 50 du traité sur l’Union européenne, la procédure peut durer jusqu’à deux ans. Il faut tout faire pour que ce processus – dont toutes les conséquences sont difficiles à évaluer – soit rapide. De nombreuses questions se posent, auxquelles les gens n’ont pas réfléchi, par exemple sur la libre circulation des personnes. Les Français résidant à Londres peuvent-ils y rester dans les mêmes conditions? Les équivalences entre diplômes universitaires sont-elles maintenues?  

    Des interrogations hétéroclites vont apparaître, avec des implications diverses, allant de la géopolitique jusqu’à des sujets de vie quotidienne. Une chose est primordiale: réaffirmer qu’il n’y a qu’une seule procédure possible. Il faut être clair avec les Britanniques: dehors, c’est dehors, dedans, c’est dedans! A partir du moment où ils choisissent la sortie, leur pays ne peut plus avoir accès au marché européen dans les mêmes conditions, car cela créerait une asymétrie avec les autres Etats. 

    Le Brexit ne permet-il pas, au fond, de clarifier les choses? 

    A quelque chose malheur est bon: il nous aide à regarder la réalité en face. Jusqu’à présent, l’Europe et les pays membres étaient dans le déni des enjeux et de la gravité de la situation mondiale. Si ce vote permet de faire comprendre que l’outil européen est certes imparfait mais précieux et perfectible, alors nous aurons avancé. Mais, de grâce, arrêtons le jeu de massacre contre Bruxelles.

    Cette campagne référendaire a été marquée par des outrances déconnectées de la réalité politique européenne. Cela a créé un climat délétère: l’assassinat de la députée anglaise Jo Cox est, hélas, lié à cette atmosphère qui n’est pas celle d’un cadre démocratique normal. Le Premier ministre, David Cameron, a agi avec beaucoup de légèreté

    [en déclenchant un référendum]. Quoi qu’il en soit, nos dirigeants doivent maintenant produire leur propre vision de la construction européenne. On ne peut pas laisser des pays décider du destin de l’Europe à la roulette russe, comme l’ont fait les Britanniques, et improviser. 

    L’Europe est-elle en danger de mort? 

    En tout cas, si la construction européenne se défaisait, les principales victimes seraient, non pas l’UE, mais les Etats-nations, relégués au second plan mondial. Il faut se rappeler que le Vieux Continent ne représente que 7% de la population terrestre [NDLR: 6% depuis le Brexit] et que, compte tenu des évolutions démographiques, il ne pèsera bientôt plus que 4%. Nous, Européens, sommes une toute petite minorité à côté de nombreux peuples, jeunes et dynamiques, qui, pour certains, sont avides de prendre une revanche à nos dépens parce que nous avons dominé le monde pendant plusieurs siècles.  

    Il y a donc nécessité de repenser et de construire une entité politique capable de défendre notre modèle social et nos valeurs. Face à des défis tels que la protection des données personnelles ou la lutte contre le changement climatique, aucun Etat européen, pas même l’Allemagne, ne peut se défendre seul. Prendre le risque de casser l’UE est irresponsable à l’heure où nous assistons à des changements comme l’humanité en a peu connu. 

    Comment relancer le “rêve européen” et l’ancrer dans le XXIe siècle? 

    Commençons par éclairer l’opinion publique sur les dangers de la disparition de l’UE et aussi sur le potentiel extraordinaire de nos peuples s’ils font équipe. Et faisons en sorte que l’Europe revienne dans le débat. Pour cela, il est nécessaire d’inventer une forme de gouvernement qui soit compris et élu par les citoyens européens. Actuellement, l’exécutif de l’UE possède deux têtes. Avec, d’une part, la Commission européenne (composée de “commissaires” qui ne forment pas un “gouvernement” à proprement parler, mais pilotent l’exécutif), laquelle est jugée illégitime par la plupart des gens du fait que ses membres ne sont pas élus.  

    Et, d’autre part, le Conseil européen (réunissant les chefs d’Etat ou de gouvernement nationaux), qui a pris beaucoup trop d’importance par rapport à ce que prévoient les traités. En principe, le Conseil se contente de définir des grandes lignes, des orientations, des impulsions stratégiques. Or, ces dernières années, depuis le début de la crise, il se mêle de tout, prenant des décisions très techniques, par exemple sur les banques grecques, sans aucun mandat ni légitimité pour cela.  

    Pis, son fonctionnement est erratique: les chefs d’Etat ou de gouvernement se réunissent pour traiter un ordre du jour, puis se séparent et retournent dans leurs pays respectifs, sans que personne ne se charge du suivi ni n’assume les décisions. Ce système permet à tout le monde de se défausser sur la Commission, mais ne fait pas avancer grand-chose. Résultat, l’UE n’est pas gouvernée, elle n’est pas respectée, elle est même parfois détestée. 

    Le système est-il dépassé? 

    Oui. Les institutions actuelles ont permis de grandes réalisations et de préserver la paix jusqu’à aujourd’hui. Mais l’articulation entre les Etats et les institutions européennes n’est plus satisfaisante. Les gens veulent autre chose. Avant tout, ils souhaitent pouvoir choisir des représentants clairement identifiés, qu’ils élisent, et qu’ils puissent sanctionner en les congédiant au cas où ils échouent. Le bricolage actuel organise l’irresponsabilité. 

    Quels seraient les thèmes susceptibles de remobiliser les gens autour de l’idée européenne? 

    Il suffit de discuter avec les jeunes pour trouver les sujets d’actualité et d’avenir dignes d’intérêt: le digital, les nouvelles technologies, les protections des données, l’interconnexion des individus. Sans oublier la dimension de la justice sociale: plein de jeunes gens, motivés par l’humanitaire, multiplient aujourd’hui des expériences en Afrique, en Asie ou ailleurs. Ils ont envie d’être des Européens généreux, insérés dans le monde. Ils accèdent à tellement d’informations transfrontières que la perspective internationale s’impose de plus en plus dans tous les domaines de la vie. Le vote pro-Europe de la jeunesse britannique le prouve.  

    Hélas, c’est précisément le moment que le gouvernement a choisi, en 2015, pour tenter de supprimer les sections européennes et les classes bilangues dans les collèges et lycées. C’est consternant. Au contraire, l’Education nationale devrait développer les langues, les échanges et l’instruction civique européenne afin de créer une citoyenneté et un état d’esprit européens. C’est d’autant plus facile que les différents pays du Vieux Continent partagent bien davantage de valeurs que ne le disent leurs responsables nationaux, soucieux, avant tout, de défendre leur propre “crémerie”. 

    Existe-t-il un fossé générationnel qui expliquerait le divorce d’avec l’idéal européen? 

    Un profond renouvellement est nécessaire. Les partis politiques pourraient enfin donner des investitures à la “génération Erasmus” plutôt qu’à des messieurs qui appartiennent au XXe siècle. Les classes politiques nationales sont trop repliées sur elles-mêmes pour les défis d’aujourd’hui. Trop de responsables politiques ne maîtrisent aucune langue étrangère et n’ont pas d’expérience internationale. A cela s’ajoute, souvent, un autre fossé générationnel de compréhension des enjeux du monde numérique. 

    L’abondance de règlements européens n’est-elle pas un problème en soi? 

    Les règles sont à la fois honnies et réclamées par l’opinion, par exemple les normes sanitaires ou environnementales. Mais, surtout, l’UE ne peut pas agir, faute d’avoir reçu des compétences dans des domaines essentiels comme la sécurité, la défense commune, le contrôle des frontières où le budget européen est ridiculement faible. En fait, il faut maintenant étudier les dossiers l’un après l’autre et se demander s’il vaut mieux les traiter en commun ou nationalement.  

    Dans le premier cas, il faut constituer une “équipe d’Europe” ad hoc, accepter de transférer des compétences sérieusement, de se doter de moyens de décision et de financement appropriés. Dans le second cas, on peut laisser les Etats se débrouiller… Mais cessons d’accuser l’Europe de ne pas accomplir ce que l’on ne veut pas lui confier, comme on le fait aujourd’hui. 

    Craignez-vous d’autres “Brexit”? Par exemple en Pologne, en Hongrie, en Slovénie… 

    Et en France! Et en Allemagne! N’oublions pas que les intentions de vote pour Mme Le Pen sont très élevées. Et qu’outre-Rhin le parti populiste Alternative für Deutschland (AfD) progresse. Le référendum britannique doit servir d’électrochoc. Ayons conscience de ce que nous pourrions perdre. 

    L’Europe fédérale est-elle la solution? 

    Posons la question autrement. Disposons-nous d’un outil de défense commun face à Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdogan ou pour affronter la situation au Moyen-Orient? Avons-nous besoin d’un dispositif unique et efficace pour contrôler nos frontières et stopper le business des passeurs de migrants? Voulons-nous lutter contre le réchauffement climatique, le ralentissement économique et le chômage des jeunes? Oui, évidemment.  

    Eh bien, commençons par admettre que le système institutionnel actuel n’est pas adapté. Il faut changer d’échelle dans des domaines essentiels: commerce extérieur, diplomatie, sécurité intérieure, défense, contrôle des frontières. Le fédéralisme, ce n’est pas une “religion”, mais un mode d’organisation. Il en existe d’ailleurs différentes formes: à l’allemande, à l’américaine, à l’indienne, etc. Débattons-en. 

    Pensez-vous qu’il sera question d’Europe lors de la campagne présidentielle française? 

    Je l’espère. Car, si ce n’est pas le cas, la France va s’enfoncer petit à petit dans l’insignifiance. Et ce sont nos enfants qui en paieront le prix.

    Propos recueillis par Axel Gyldén