Auteur/autrice : julien

  • Déluge de critiques à l’égard de José Manuel Barroso

    Déluge de critiques à l’égard de José Manuel Barroso

    Les eurodéputés dénoncent le recrutement de l’ancien président de la Commission à la banque d’affaires américaine Goldman Sachs. Les Verts réclament une plus longue période de transition entre la fin d’un mandat à Bruxelles et le passage au privé

    L’embauche de José Manuel Barroso par Goldman Sachs continue à susciter l’indignation. L’ancien président de la Commission qui a quitté son poste le 1er novembre 2014 après deux mandats, occupera ses nouvelles fonctions de président non exécutif de la banque d’affaires américaine. Il sera basé à Londres et conseillera la banque par rapport au Brexit.

    La charge a été menée mardi par le quotidien français «Libération». «Traître un jour, traître toujours», a dénoncé «Libération» qui y a consacré un grand dossier. Le quotidien français rappelle que José Manuel Barroso avait déjà trahi l’esprit de l’Europe lorsqu’il avait rallié la cause américaine en mars 2003 alors même que plusieurs dirigeants dont la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Jacques Chirac, étaient opposés à la guerre en Irak. Le journal conclut: «si la loi permet ce genre de mauvaise action, il est urgent de la changer».

    José Manuel Barroso a respecté la période de transition indiquée de 18 mois avant d’accepter sa nouvelle position. Il a aussi renoncé dès janvier 2015 à son indemnité d’environ 200 000 euros par an pendant trois ans. «Tout ce qui est légal n’est pas forcément opportun, réplique Sylvie Goulard, eurodéputée française et membre du groupe Alliance des démocrates et des libéraux. Ses responsabilités l’obligent à prendre une certaine hauteur.» Elle rappelle que le serment qu’il a prêté devant la Cour de justice prévoit expressément «des devoirs d’honnêteté et de délicatesse quant à l’acceptation de certaines fonctions et de certains avantages» au terme de ses fonctions.

    Sylvie Goulard juge par ailleurs que la situation créée par ce recrutement intervenu quelques jours après le vote en faveur du Brexit est toute particulière. «Des négociations vont s’engager dans lesquelles les services financiers seront cruciaux, explique-t-elle. José Manuel Barroso a été engagé par la banque Goldman Sachs pour défendre des intérêts privés divergents de ceux de la zone euro et des Vingt-Sept. C’est ce qui est particulièrement choquant.»

    Quid de la période de transition entre la fin d’un mandat européen et un poste dans le privé

    Pour Sven Giegold, eurodéputé allemand et porte-parole des Verts, la décision de José Manuel Barroso porte atteinte à la crédibilité de la Commission européenne. «Il y a un besoin urgent de fixer une plus longue période de transition entre une position de responsabilité à la Commission et une embauche, dit-il. Il serait raisonnable de la portée à trois ans, contre dix-huit mois selon la règle actuelle.»

    Rapporteur du groupe de travail «Transparency, Accountablity and Intergrity» au sein des institutions européennes, Swen Giegold avait proposé un amendement allant dans ce sens. Les deux principaux groupes politiques (conservateur et Socialiste) ont voté contre. Le vert allemand espère que ces derniers reviendront sur leur décision le 12 septembre prochain. La question sera de nouveau sur la table du Parlement.

    Le Parti socialiste européen a en effet changé d’avis et réclame désormais une période de transition de cinq ans entre la fin d’un mandat à Bruxelles et un emploi dans le privé. A présent, il veut faire tout pour faire capoter l’embauche de José Manuel Barroso. «Si ce recrutement devait malgré tout se concrétiser, nous exigeons une traçabilité intégrale d’absolument tous les contacts entre lui et ses équipes avec tout représentant de la Commission, du Parlement, et du Conseil, selon un communiqué publié lundi. Au premier manquement, des sanctions – comme le boycott de Goldman Sachs par les Etats membres – devraient être envisagées.»

    L’indignation est aussi du côté du Parti populaire européen, conservateur et principal groupe politique au Parlement. «C’est une situation détestable, a déclaré l’eurodéputé français Alain Lamassoure dans «Libération» de mardi. Si Barroso était allé dans une autre banque que Goldman Sachs, cela n’aurait sans doute posé aucun problème.»

    Auteur: Ram Etwareea

  • “Je pense qu’un jour ils reviendront” interview pour la Revue du Trombinoscope

    “Je pense qu’un jour ils reviendront” interview pour la Revue du Trombinoscope

    Interview de Sylvie Goulard (députée européenne MoDem à l’époque), réalisée par Marjolaine Koch pour la Revue du Trombinoscope, datée du 12 juillet 2016.

    Dans ce contexte post-Brexit (référendum du 23 juin 2016), Sylvie Goulard exprime un optimisme mesuré sur l’avenir de l’Union européenne. Elle défend l’idée que, malgré le choc du Brexit et la montée des populismes, les citoyens européens finiront par revenir vers plus d’intégration européenne quand ils constateront les limites et les coûts du repli national.

    Est aussi abordé:

    • La nécessité de réformer l’UE pour la rendre plus efficace et plus proche des citoyens
    • Le rôle clé du couple franco-allemand
    • Un engagement de longue date pour une Europe plus solidaire et politique
    Revue trombinoscope 12 07 2016 2
  • Barroso chez Goldman Sachs ne se grandit pas / Barroso’s move to Goldman Sachs: may not be breaking the rules but not moral either

    Barroso chez Goldman Sachs ne se grandit pas / Barroso’s move to Goldman Sachs: may not be breaking the rules but not moral either

    « Je m’engage à exercer mes responsabilités en pleine indépendance, dans l’intérêt général de l’Union. (…) Je m’engage en outre à respecter, pendant la durée de mes fonctions et après cessation de celles-ci, les obligations découlant de ma charge, notamment les devoirs d’honnêteté et de délicatesse quant à l’acceptation après cette cessation de certaines fonctions ou de certains avantages. » Voilà le serment qu’a solennellement prêté José Manuel Durão Barroso devant la Cour de Justice. En rejoignant aujourd’hui la banque américaine Goldman Sachs, celui qui, de 2004 à 2014, a été président de la Commission européenne a beau n’enfreindre aucune règle, il ne se grandit pas.

    Les passerelles entre public et privé ne sont pas choquantes en soi. Sans elles, la classe politique ne se renouvellerait pas, deux mondes tenus de coopérer s’ignoreraient. Dans le cas de Mario Draghi, président de la BCE, parfois mis en cause lui aussi comme ancien de Goldman Sachs, il est heureux qu’il ait pu, en faisant le chemin inverse, mettre sa connaissance approfondie des marchés au service de l’intérêt général. C’est le contexte exceptionnel – la sortie d’un État membre de l’Union – qui rend la décision de José Manuel Barroso particulièrement douteuse : un ancien Premier ministre d’un État utilisant la monnaie unique, ancien président de la Commission, apporte son concours à des intérêts commerciaux divergents de ceux des États qui restent membres de l’UE, et notamment de la zone euro.

    Goldman Sachs en quête du « fameux » passeport financier

    Le référendum britannique a créé une situation confuse. Dans les négociations à venir, aux modalités incertaines, les services financiers occupent une place tout à fait cruciale, vu le poids de la finance dans la richesse du pays. Les autorités britanniques chercheront vraisemblablement à garder une relation spéciale avec l’UE. La City aspire ouvertement à conserver le fameux « passeport » donnant aux banques étrangères installées à Londres, comme Goldman Sachs, l’accès à tout le marché intérieur européen. La localisation des opérations de compensation en euros, très lucrative, est également primordiale pour la place de Londres. De leur côté, les 27 s’attacheront à défendre la cohérence du marché intérieur. Leur position de départ, ferme à ce stade, est que les quatre libertés (circulation des biens, des personnes, des capitaux et des services) sont indissociables : pas de droits sans application des règles de l’UE, pas d’accès au marché financier sans libre circulation des personnes. Et les transactions en euros doivent être supervisées dans la zone euro. Mais combien de temps les 27 et les institutions vont-ils tenir ? Combien de pressions seront exercées ? Le recrutement de José Manuel Barroso n’a d’autre but que de les faciliter.

    La Commission devrait demander à son ancien président de renoncer à ce poste. Les attaques indifférenciées contre « les experts », « les élites » ou « la finance », fréquentes ces temps-ci, sont parfois exagérées, mais si cet organe ne faisait rien, dans ce cas précis, pour regagner la confiance des citoyens, elle faillirait à sa mission. De manière très concrète, s’il persistait dans son intention,  les services de la Commission devraient refuser tout contact avec lui.

    Hollande et Merkel doivent prendre position

    Les gouvernements nationaux ont aussi une immense responsabilité. Ce sont eux qui ont fait Barroso roi. En 2004, le choix du président de la Commission relevait encore de la cooptation au sein du Conseil européen. Contrairement au conclave qui, à Rome, cherche en général à nommer un pape croyant, la priorité des chefs d’État et de gouvernement a longtemps été d’éviter les pro-européens convaincus. C’est pourquoi Jacques Chirac et Gerhard Schröder, pourtant hostiles à la guerre en Irak, ont soutenu la créature de George W Bush et Tony Blair, le Portugais si fier, au sommet des Açores, qui a mis en scène la désunion des Européens. En 2010, Angela Merkel, Nicolas Sarkozy et consorts l’ont renouvelé dans ses fonctions, malgré sa gestion de la crise, pour la même raison : un président de Commission faible leur fait moins d’ombre.

    C’est pourquoi il appartient aujourd’hui au président de la République, à la chancelière allemande et aux autres dirigeants nationaux, notamment portuguais, d’exprimer publiquement leur réprobation. Ils pourraient demander à José Manuel Barroso de démissionner et, s’il refusait de les entendre, indiquer qu’il trouverait porte close auprès d’eux. Comme il a vendu un carnet d’adresses d’ancien membre du Conseil européen, rien ne serait plus efficace que la mise au ban par ses pairs.

    Enfin, la banque Goldman Sachs devrait y réfléchir à deux fois. Si José Manuel Barroso avait été un Européen visionnaire et même un homme politique perspicace, cela se saurait. À la tête de la Commission, il a laissé un bilan pour le moins mitigé. Le rapport Chilcot sur la participation du Royaume-Uni à la guerre en Irak qui vient d’être rendu public en Grande-Bretagne, après des années d’enquête, montre combien ses partisans se sont aveuglés. Et soudain, il serait l’homme de la situation dans la confusion du Brexit ? Goldman Sachs, d’ordinaire, recrute les meilleurs.

    *

    Le Point – 11th July 2016 (summary)

    Barroso’s move to Goldman Sachs: may not be breaking the rules but not moral either

    When José Manuel Durão Barroso became President of the European Commission, he pledged to “respect, both during and after my term of office, the obligation arising therefrom, and in particular the duty to behave with integrity and discretion as regards the acceptance, after I have ceased to hold office, of certain appointments or benefits.” In joining the American bank Goldman Sachs he may not have broken any rules but it is a morally dubious choice.

    There is nothing shocking in people moving between the private and the public sector, it allows two worlds to cooperate and gain expertise, a prime example is Mario Draghi, President of the ECB and former employee of Goldman Sachs, who brought his experience of the markets to the ECB. What is shocking in the case of JM Barroso is the context – a former Prime Minister of a Member State using the euro, who is also a former President of the Commission, providing expertise to a commercial entity whose interests are different to those of the remaining members of the EU and especially the euro area.

    One of the important issues for the British authorities in the confusion of Brexit is for the City to hold on to its “passporting” rights in the field of financial services, in order to ensure that foreign banks based in London would still have access to the Single market. For the remaining 27 Member States their position is currently firm that it is not possible to have access to the Single Market without respecting the four fundamental freedoms. How long will they hold on to this position? JM Barroso’s recruitment is to apply pressure concerning this key point.

    The European Commission should call for JM Barroso to stand down. If he refuses then they should make it known that no doors in the Commission will be open to him. The national governments also have to take their responsibilities, they were the ones who did not want a strong, pro-European Commission President and thus gave him the presidency for 10 years. Angela Merkel, François Hollande, as well as other national leaders, should call for his resignation, and let him know that if he does not do this then all of their doors will be closed to him. JM Barroso was recruited because of his address book, refusing him meetings would be the most effective remedy possible.

    Goldman Sachs should maybe have thought twice about hiring JM Barroso. An evaluation of his presidency is mixed, to put it mildly. Is he really the man they want to clarify the confusion surrounding Brexit, Normally they recruit a higher calibre of candidate.

  • Cessons d’accuser l’Europe de tous les maux

    Cessons d’accuser l’Europe de tous les maux

    Le référendum britannique invite les responsables européens à un bilan sans complaisance. Nous n’en sommes pas arrivés là par hasard. Personne ne doit se dérober à l’examen de conscience. Les institutions européennes ont certainement leur part de responsabilité, mais les responsables nationaux nient trop souvent leur propre défaillance.

    D’abord, l’Union européenne (UE) exerce les compétences qui lui sont attribuées. Dans de nombreux domaines, comme le contrôle des frontières extérieures, par exemple, on lui reproche de ne pas faire ce qu’on n’a jamais voulu qu’elle fasse. Faute d’avoir anticipé l’évolution du monde, l’« Europe » n’a pas été faite. Elle n’a ni moyens juridiques, ni budget, ni cadre démocratique adéquat. La faute revient plus aux appareils politico-administratifs nationaux qui dépensent une énergie considérable à entraver les initiatives qu’au niveau européen lui-même. Certains ont passé les dernières années à poser des verrous au nom d’intérêts dits nationaux qui, parfois, sont surtout les leurs.

    Les dirigeants nationaux se flattent en général de gagner à Bruxelles de grandes batailles. Mais contre qui ? Contre d’autres Etats européens alors même que l’enjeu serait de créer une « équipe d’Europe » capable de contrer l’avance technologique des Américains ou la puissance industrielle et financière des émergents. Ainsi, Nicolas Sarkozy a protégé Alstom contre Siemens comme Berlusconi a préservé Alitalia d’Air France. Résultat, quelques années plus tard, GE – un groupe américain – s’est emparé du premier ; Etihad, la compagnie aérienne émiratie, a pris le contrôle des avions italiens.

    Parfois, l’UE a bien reçu les compétences nécessaires pour agir, en matière commerciale par exemple. Mais les dirigeants nationaux reprennent d’une main ce qu’ils ont donné de l’autre. Après l’annonce des résultats du Brexit, Manuel Valls s’est empressé de promettre que le traité transatlantique, s’il voit le jour, sera soumis à la ratification du Parlement français. C’est à la fois la négation des « compétences exclusives » de l’UE, comme le spécifie le traité, et un coup de Jarnac à la démocratie européenne. Personne ne sait, à ce stade, si ce traité concernera des domaines qui restent du ressort national. La contradiction est intenable entre vouloir les avantages de l’Union face aux tiers, tout en conservant éternellement un veto national. Les élus nationaux adorent également empocher les avantages de l’euro (qui nous vaut d’emprunter à des taux bas par exemple) sans assumer le contrôle mutuel des finances publiques.

    Il est temps de changer d’échelle. La classe politique nationale devrait cesser ses combats d’arrière-garde, quitte à reporter ses efforts sur une meilleure stratégie d’influence à Bruxelles. Le Parlement européen n’est pas considéré comme suffisamment fiable ? Peut-être. Mais qu’ont fait les mêmes dirigeants nationaux de tout bord, ces dernières années, pour y remédier ? Changer la loi électorale pour rapprocher les députés européens des citoyens dépend… du niveau national. Sélectionner des candidats jeunes, compétents, issus de la génération Erasmus dépend… des partis nationaux. De même, la Commission est faible et pléthorique parce que les Etats l’ont voulue ainsi. Accusée volontiers de tous les maux, l’UE est en réalité le cadet des soucis des responsables nationaux. Et à en juger par la manière dont France Télévisions bafoue les articles 14 et 16 de son cahier des charges relatifs à l’information européenne, il est clair que certains médias ne font guère plus d’efforts, pour s’intéresser à l’Europe, que les politiques eux-mêmes.

    Bref, cessons de déplorer ce que nous avons laissé advenir. L’Europe est ce que nous en faisons. Les Britanniques l’ont longtemps tournée en dérision et combattue avec courte vue et cynisme. On voit le résultat. On doit pouvoir faire mieux.

  • Brexit et maintenant ?

    Brexit et maintenant ?

    La Grande-Bretagne sort de l’Union européenne. Les dirigeants européens se réunissent pour organiser la suite. Quel scénario est à prévoir ? A quoi devons-nous nous attendre?

    Retrouvez le podcast ci dessous

  • Britain must not hold other EU states to ransom

    Britain must not hold other EU states to ransom

    The referendum leaves crucial issues unresolved, writes Sylvie Goulard

    The British people have made a sovereign and democratic decision to leave the EU. It is essential that this decision is respected, particularly given the high turnout (higher than that for the 2015 general election) and close but clear result: a majority of British citizens no longer wish to be part of the bloc.

    It is a great pity that the voice of the young, who voted decisively in favour of remaining, is not reflected in the final result — it is they who will have to live with the long-term consequences of this verdict.

    This decision has evident consequences. The first is that the settlement David Cameron agreed with other member states in February (giving the UK a special status within the EU) ceases to exist. The second is that market volatility needs to be contained. This volatility (and the medium-term uncertainties that will follow) have been reinforced by Mr Cameron’s announcement that he intends to step down as prime minister, with a new premier in place by October.

    His decision that it is for his successor to invoke Article 50 of the Lisbon treaty — which details how a member state can leave the EU — means that once again he is seeking to hold the EU hostage in order to resolve domestic issues; this after blackmailing the other EU leaders in February with the threat of leaving unless the UK was granted special exemptions.

    This is a grave day, for it is the first time a member state of the EU has taken the sovereign decision to leave the bloc. However, the UK is just one member among 28. The European project was started in 1950 without the British and it could and should continue without them. In particular, the euro area should carry on, backed by the European Central Bank that works to ensure the stability of the euro.

    The process of the UK’s withdrawal from the EU must be carried out within the framework and the timeframe laid out in the treaties accepted by the UK and ratified by the British parliament. The legitimate interests of other EU citizens, as well as those of the bloc as a whole, must be duly respected.

  • Europe : «Nous avons besoin d’une “Nouvelle Frontière”» – interview croisée avec Daniel Cohn-Bendit

    Europe : «Nous avons besoin d’une “Nouvelle Frontière”» – interview croisée avec Daniel Cohn-Bendit

    Le référendum au Royaume-Uni intervient dans une Union en plein doute. L’eurodéputée Sylvie Goulard et son ex-collègue Daniel Cohn-Bendit croisent leurs analyses et leurs espoirs pour le projet communautaire.

    In ou out, plus rien ne sera comme avant : la succession de référendums perdus sur les questions européennes et le fait qu’un pays s’interroge sur son maintien dans l’Union montrent que le rêve est, sinon brisé, du moins ébréché. Comment redonner du sens à une construction qui a pourtant réussi à maintenir la paix sur le continent depuis 1950 ? Deux europhiles, l’eurodéputée libérale Sylvie Goulard – qui vient de publier Goodbye Europe (Flammarion) – et son ex-collègue écologiste Daniel Cohn-Bendit, député européen entre 1994 et 2014, livrent leur diagnostic croisé sur l’état de l’Union et sur la meilleure façon de rebondir. Bref, «soyez réalistes, demandez l’impossible»…

    Ce référendum marque-t-il un tournant dans l’histoire de l’UE ?

    Daniel Cohn-Bendit : Absolument ! Quel que soit le résultat, même si le remain l’emporte, l’Europe a failli sombrer et elle sombrera si l’on continue comme avant : l’UE n’est plus désirable, car elle n’est pas à la hauteur des défis auxquels nous sommes confrontés.

    Sylvie Goulard : Ce référendum est un événement majeur qui n’a pas été traité comme il le méritait. Jusqu’à présent, le processus d’élargissement et d’approfondissement de l’Union, quoique chaotique, a été continu. Personne ne l’a jamais remis en cause au point de vouloir quitter l’Union. Si c’est un non clair, ce sera la première dislocation de l’Union. On pourra peut-être l’endiguer, car le Royaume-Uni a une relation spéciale avec l’UE. Mais on peut se retrouver dans un scénario intermédiaire, avec un petit oui qui rencontrerait des résistances extrêmement fortes, notamment au sein du Parlement britannique, ou un petit non incitant Londres à négocier des dérogations supplémentaires. David Cameron y sera d’autant plus enclin que nous sommes déjà tombés dans le piège du chantage : la sortie de l’UE prévue par les traités ne doit pas être un instrument de menace pour obtenir un statut privilégié. Si on sort, on sort.

    Y a-t-il un risque d’effet domino ?

    S.G. : Oui, on ne peut pas l’exclure.

    D.C.-B. : Si la Hongrie veut suivre, grand bien lui fasse ! Il y a des limites au bashing européen : si on pense que l’Union, comme l’affirme Viktor Orbán, c’est l’URSS, il vaut mieux en partir. Et là, pas de risque que l’Europe envoie ses chars, ce qui n’est pas mal pour un espace prétendument dictatorial…

    Pourquoi assiste-t-on à une telle montée de l’euroscepticisme ?

    D.C.-B. : Le projet européen est en rupture avec trois siècles d’histoire conflictuelle entre Etats : il ne peut donc pas se faire sans douleur et sans va-et-vient. Après les deux guerres mondiales, les élites européennes se sont demandé comment éviter que cela se reproduise. La réponse a été la construction communautaire. Mais elle ne pouvait être lancée avec l’accord des peuples. Si en 1950, on avait demandé aux Français s’ils voulaient se réconcilier avec les Allemands, le non l’aurait emporté très largement. Mais il a fallu attendre l’effondrement des empires coloniaux qui rendait impossible toute tentation hégémonique pour que le projet européen soit véritablement lancé. Trente ans après, l’Union a été confrontée à la chute du communisme et au désir des Etats d’Europe centrale et orientale de participer au bien-être européen. L’Union a été prise dans un piège politique exactement comme l’Allemagne après l’unification, lorsque Helmut Kohl a décidé de la parité entre le mark de l’Ouest et le mark de l’Est. C’était une aberration économique, mais il ne pouvait pas faire autrement, sinon des millions d’Allemands de l’Est seraient passés à l’Ouest. Et on n’allait pas construire un mur ! L’Europe n’a pas pu faire autrement avec l’Est et a dû accepter l’élargissement. Mais ce faisant, la nature de l’Europe a changé et les Européens ne comprennent plus pourquoi on fait l’Europe. On est resté au milieu du gué sans achever la construction communautaire, ce qui la laisse démunie face aux crises que nous affrontons : certains croient donc que la souveraineté nationale nous protégera mieux contre les crises. C’est l’indécision des Etats qui fait le lit des populismes.

    S.G. : En Europe, beaucoup a été promis, peu a été tenu et, dans le même temps, le monde a changé.

    Les citoyens votant contre l’Europe ont des profils similaires : des hommes âgés, peu formés, hors des grandes villes et se sentant oubliés du progrès économique. N’est-ce pas inquiétant pour le projet européen ?

    S.G. : C’est surtout inquiétant pour nos sociétés. Les Etats peinent à produire de la cohésion. Ils restent responsables des politiques économiques, sociales, d’éducation et de formation, qu’ils soient dans la zone euro ou non. Le Royaume-Uni, dont les performances agrégées sont bonnes, connaît de fortes inégalités de revenus, de territoires, d’accès à la culture, de formation. En France, il y a infiniment trop de jeunes sans formation, livrés à eux-mêmes sans outils de compréhension du monde. C’est la faillite des Etats, pas de l’Europe. C’est tout le problème : le projet européen est pris en tenaille entre les niveaux nationaux et le niveau mondial. Même sans l’Europe, l’incapacité des Etats à assurer l’égalité des chances demeurerait et la mondialisation continuerait à produire ses effets.

    N’y a-t-il pas une ambiguïté du projet européen, qui a longtemps dissimulé ses objectifs politiques derrière des objectifs purement économiques ?

    D.C.-B. : L’idée était effectivement d’unifier le continent par l’économie, le charbon et l’acier, puis le marché unique, en évitant les grands projets politiques qui risquaient de crisper les Etats. D’ailleurs, l’armée européenne a échoué en 1954. Il fallait donc d’abord apprendre à vivre en commun avant toute intégration politique. C’est au moment de la création de l’euro, en 1991, qu’on est totalement passé à côté du momentum politique. On aurait dû clarifier le projet : d’un côté un marché, de l’autre une Europe politico-économico-sociale. Car il ne faut pas s’y tromper : la justification de l’euro n’était pas du tout économique, mais politique. Pour éviter l’hégémonie d’une Allemagne unifiée au centre du continent, il fallait renforcer l’intégration. Mais, à Maastricht, les chefs d’Etat et de gouvernement ont fait du marxisme basique : ils ont posé les bases d’une Europe économique et financière en pensant que le politique, c’est-à-dire la structure, suivrait automatiquement. C’est le type même de pensée magique. Résultat : le projet politique qui doit gouverner l’Europe économique et financière n’a jamais été mis en place. On en est resté à une addition d’Etats souverains qui, même avec la monnaie unique, sont toujours aussi jaloux de leur souveraineté alors même qu’ils auraient dû en transférer une bonne partie à un espace commun qui s’appelle l’Union européenne.

    S.G. : Les Français doivent se souvenir que leur Parlement a rejeté la Communauté de défense en 1954 et que Mitterrand a refusé le projet d’union politique proposé à Maastricht par la présidence néerlandaise, en accord avec l’Allemagne. Ceci dit, il faut regarder devant. Il pourrait y avoir dans le référendum britannique un aspect positif : inciter à mettre au clair le projet européen et à répondre aux inquiétudes et interrogations des citoyens. L’UE n’est pas une entité abstraite : elle est ce que nous en faisons. Personne n’est satisfait, mais aucun Etat ne propose de changements. En France, où est pourtant né le projet européen, le gouvernement ne cherche pas à perfectionner la démocratie au sein de la zone euro alors que les Européens sont avides d’avoir leur mot à dire. Nous avons besoin d’une «Nouvelle Frontière», d’un nouveau rêve, comme en son temps le défi américain d’aller sur la Lune : un projet touchant aux nouvelles technologies, à la culture, une grande avancée scientifique, par exemple la création de nouveaux antibiotiques. L’UE mérite mieux que d’être vendue par la peur ou le coût de sa dislocation.

    L’Union est faite par les Etats : or, plus aucun responsable politique national n’est prêt à aller plus loin.

    S.G. : De fait, le projet européen est en déshérence. Mais attention au piège ! Si l’Union s’effondrait, les Etats européens qui se sépareraient n’en sortiraient pas grandis. Il est illusoire de croire que nous avons le choix entre, d’un côté, une voie européenne et, de l’autre, une voie nationale. Sur bien des sujets, la voie nationale est une escroquerie ou, au mieux, une nostalgie. La chute de l’UE entraînerait les Etats à sa suite, car il y a une interaction entre les deux. Le comportement des générations au pouvoir rappelle celui des enfants gâtés de familles fortunées : le grand-père bâtit la maison, le fils l’entretient, le petit-fils se laisse vivre et dilapide le patrimoine.

    D.C.-B. : On le voit en France avec François Hollande, qui se tient totalement en retrait du débat européen. Quand j’entends les ministres de l’Intérieur affirmer que l’Europe est un échec en matière de lutte antiterroriste alors que les Etats refusent de lui donner des compétences dans le domaine de la police et du renseignement, c’est fort de café. Il faut sortir de ce cercle vicieux. Aujourd’hui, on est dans la situation de ceux qui ont lancé l’Europe dans les années 50 : ils n’étaient pas majoritaires, mais ils ont tenu le coup, ils sont partis à la conquête idéologique des sociétés. Il ne faut pas reculer, il faut briser cette armure d’illusions sur la capacité des Etats à agir dans un monde qui n’est plus celui des années 20.

    N’est-on pas à la fin du cycle de la construction, et au début de celui de la défense des intérêts nationaux ?

    S.G. : Le repli national, comme avant 1945 ? Cela mérite d’y réfléchir deux minutes. D’abord, la mondialisation, vous pouvez la nier, elle peut se rappeler à vous, à une terrasse de café du XIe arrondissement de Paris, quand un fanatique entraîné en Syrie vient vous tirer dessus. Notre devoir est de dire que le monde actuel est inhospitalier et que nous ne répondrons pas aux défis qui se posent à nous, que ce soit dans le commerce, le changement climatique ou le terrorisme, en s’enfermant dans le pré carré national. Ensuite, «le monde d’avant» 1950 n’était pas terrible. Le nationalisme des uns exacerbait celui des autres, d’où la confrontation et la haine. Nous ne devrions pas nous croire plus malins que ceux qui, par le passé, ont payé l’illusion nationale au prix fort. Des millions d’Européens en sont morts. Enfin, et surtout, pourquoi désespérer ? Pourquoi ne pas croire que la majorité des êtres humains veulent vivre libres et en paix ?

    D.C.-B. : Il faut prendre le risque de se projeter dans l’avenir, imaginer une renaissance du projet européen autour d’une constitution créant une fédération, ce qui ne veut absolument pas dire un super-Etat, mais tout simplement une meilleure organisation des compétences et de leur contrôle démocratique. Seule une Europe forte nous permettra d’affronter la mondialisation, qui change complètement la donne : qui peut décemment croire que les Etats européens peuvent peser sur l’avenir du monde s’ils sont divisés ?

    Propos recueillis par Jean Quatremer, Libération, le 23 juin 2016

  • Presseschau: Zwischen Gebetskerzen und rotem Teppich; Frankreich kann einem Brexit nicht nur Schlechtes abgewinnen

    Presseschau: Zwischen Gebetskerzen und rotem Teppich; Frankreich kann einem Brexit nicht nur Schlechtes abgewinnen

    Frankreich ringt kurz vor dem Referendum in Großbritannien um Gelassenheit. “Die Briten sind in Europa mit einem Fuß drinnen und mit einem Fuß draußen. Nach dem 23. Juni wird es genau umgekehrt sein”, scherzte der langjährige französische Europaabgeordnete Jean-Louis Bourlanges. Sein vielzitiertes Bonmot zeugt vom ausgeprägten Wunsch in Paris, dem Referendum auf der anderen Seite des Ärmelkanals nicht zu viel Bedeutung beizumessen. Präsident François Hollande wirkt beim Thema Brexit wie von Sprachlosigkeit befallen. Er meidet es offensichtlich, eine Debatte darüber zu führen. Zum Auftakt der Euro 2016 spottete er, mit den Briten sei es halt kompliziert, sie schickten auch gleich drei Mannschaften in den europäischen Wettbewerb.

    Bis auf Äußerungen über “die Gefahr einer Zersplitterung Europas” hat sich Hollande mit grundsätzlichen Erwägungen zum britischen Referendum zurückgehalten, zugleich aber immer wieder vage über eine “deutsch-französische Initiative” für den Tag danach sinniert.

    “Wir zünden Kerzen in der Kirche an und beten, dass die Briten nicht für einen Brexit stimmen”, beschreibt die französische Europaabgeordnete Sylvie Goulard von der liberalen Alde-Fraktion die Haltung der Linksregierung.
    Sie hält diese Passivität für einen schweren politischen Fehler. “Frankreich als Gründungsnation stellt sich seiner Verantwortung für die EU nicht, indem der Präsident der Debatte über die Folgen des Referendums ausweicht”, sagt Goulard. Dies gelte auch für die deutsch-französische Zusammenarbeit. “Unsere Regierenden haben Unrecht, das Unbehagen über die EU mit der Methode zu behandeln, die es seit 20 Jahren nur verschlimmert hat”, schreibt Goulard in ihrem jüngsten Buch “Goodbye Europe”. Auch der ehemalige französische Präsident Valéry Giscard d’Estaing übt Kritik am französischen Abwarten. “Was auch immer das Ergebnis ist, Frankreich muss wieder die Initiative ergreifen”, mahnte Giscard in “Le Point”.

    Die Regionalratsvorsitzende der Hauptstadtregion Ile-de France, Valérie Pécresse (Les Républicains), läuft sich indessen für einen Brexit warm. Trotz Streiks, Blockaden und Protesten in Paris glaubt sie an einen Standortvorteil für die französische Hauptstadt, sollte Großbritannien die EU verlassen. Zusammen mit dem Rathaus von Paris, dem Département Hauts-de-Seine und “Paris Europlace”, dem Lobbyverband des Finanzplatzes Paris, organisierte Pécresse zwei Wochen vor dem britischen Votum eine Konferenz, um umzugswillige Firmen zu umwerben. Paris werde Unternehmern aus Großbritannien den roten Teppich ausrollen, sagte Jean-Louis Missika, beigeordneter Bürgermeister mit Zuständigkeit für die Stadtentwicklung in Paris. Das klang ein wenig wie eine späte Revanche für die werbenden Worte des damaligen Londoner Bürgermeisters Boris Johnson, nachdem Präsident Hollande eine Reichensteuer eingeführt hatte. Johnson sagte damals, alle Unternehmer aus Frankreich seien in London willkommen.

    “Das Referendum führt dazu, dass alle großen Unternehmen ihre europäischen Aktivitäten überdenken”, sagte Gérard Mestrallet vom Verband “Paris Europlace”. Paris wolle zeigen, dass es auch als Finanzplatz sehr attraktiv sei. “Die Folgen eines Brexit werden für Großbritannien und für uns negativ sein. Aber es ist unsere Pflicht, die Gelegenheit beim Schopf zu packen und Paris endlich zum großen Finanzplatz werden zu lassen”, sagte Patrick Devedjian, der das reichste Département Frankreichs, die Hauts-de-Seine, leitet. Die Bürostadt La Défense vor den Toren von Paris könne zu einem neuen Canary Wharf werden, schwärmte Devedjian. Aber die Chefs französischer Großbanken wie BNP Paribas und Société Générale glauben offensichtlich nicht an die Wirksamkeit der Pariser Charmeoffensive. Sie unterzeichneten zusammen mit 32 anderen französischen Großunternehmen einen eindringlichen Appell an die “britischen Freunde”, in der EU zu bleiben: “S’il vous plait, remain!”

    Marine Le Pen hingegen hofft, dass eine Mehrheit der Briten für den Brexit stimmt. Sie hält das Referendum für “den Anfang vom Ende der EU”. Die Chefin des Front National (FN) hat den Franzosen auch ein Referendum über den Verbleib in der EU versprochen. Die Idee hat inzwischen Nachahmer gefunden. Präsidentenanwärter Bruno Le Maire (Les Républicains) wirbt ebenfalls mit einem Referendum über die EU, allerdings mit dem Ziel, “die Franzosen mit Europa zu versöhnen”. Aber die Europa-Skepsis hat sich in Frankreich seit der Ablehnung des europäischen Verfassungsvertrags im Mai 2005 verstärkt. Das mag erklären, warum laut einer Umfrage der Bertelsmann-Stiftung nur lediglich 41 Prozent der Franzosen wollen, dass Großbritannien EU-Mitglied bleibt.

    de Michaela Wiegel, 22/6/2016

  • “Que Londres reste avec nous ou pas, traitons avec Berlin les sujets qui fâchent”

    “Que Londres reste avec nous ou pas, traitons avec Berlin les sujets qui fâchent”

    Si, par malheur, les partisans du « Brexit » l’emportaient, l’Union européenne pourrait se disloquer. Une initiative franco-allemande est évoquée. Elle est indispensable. Même dans l’hypothèse d’une victoire des adversaires du « Brexit », Paris et Berlin devraient prendre leurs responsabilités.

    L’Union a assuré la paix et la prospérité du continent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle est imparfaite, des erreurs ont été commises mais tolérer encore les mensonges et les jeux de défausse actuels est un comportement d’enfants gâtés. Un nouveau dessein commun doit être conçu. Entendre les peuples est une chose, les bercer d’illusions en est une autre. Il faut au contraire expliquer la réalité : faute de changement d’échelle, non seulement l’Union européenne sera balayée mais les États-nations seront dépassés. Isolément, ils sont dépourvus des moyens de se défendre, ils sont incapables de contrer la puissance financière et technologique des États-Unis ou la force industrielle de la Chine. Ces phénomènes interdisent de faire la moindre pause.

    Si, par le passé, la justification de l’Europe venait de l’intérieur – la paix entre ses membres, la raison d’être de la construction européenne se trouve désormais à l’extérieur, dans l’évolution rapide du monde : vis-à-vis des réfugiés ou plus durablement, face à la pression démographique de l’Afrique, que voulons-nous faire ? Comment défendons-nous nos libertés individuelles dans la révolution technologique, notre justice sociale ? Comment ripostons-nous à la terreur islamique ? Aucun dossier ne montre mieux le dilemme européen que le traité transatlantique : sur le papier, les Européens sont plus forts que les Américains mais l’inachèvement de l’Union européenne les empêche d’en tirer parti.

    Dans ce contexte, il ne faut pas sous-estimer les divergences franco-allemandes. Rares sont les Allemands qui cultivent la nostalgie de l’Europe des Six, une époque où leur pays était affaibli et divisé. Les Français idéalisent d’ailleurs indûment les débuts de la Communauté, oubliant qu’en 1954, par exemple, ils ont rejeté la Communauté européenne de défense. La question du transfert de souveraineté était à peine moins épineuse quand le nombre d’États était réduit. Aux yeux des Allemands, l’euro n’est pas une alternative au marché unique, d’où le soin qu’ils mettent à soigner leurs relations avec Londres ou Varsovie. Dans l’hypothèse de discussions visant à redéfinir les rapports avec un Royaume-Uni sorti de l’Union, comme dans toute refondation européenne, ce réflexe jouera encore.

    Pour l’Allemagne, le respect des règles est l’alpha et l’oméga. Une certaine exaspération est perceptible après que le côté français, des années durant, a demandé des délais sans toujours les mettre à profit. En outre, comme l’a souligné le président de la Bundesbank, pour la zone euro, la seule alternative aux règles, c’est un partage de souveraineté plus poussé. Les dirigeants français successifs ont malheureusement tendance à violer les premières et refuser le deuxième. Les Français devraient se souvenir qu’à Maastricht, c’est la France qui a voulu l’euro et rejeté l’Europe politique. Sans doute les Allemands montrent-ils peu d’appétit, en ce moment, pour des avancées fédérales. La zone euro n’en souffre pas moins de carences démocratiques, la crise l’a montré. Le 14 juillet dernier, le président de la République a lancé des idées intéressantes en ce sens. Elles mériteraient d’être développées, ce qui permettrait aussi de dénoncer certains abus de position dominante des Allemands : les préjugés persistants contre les pays du Sud, les critiques déplacées contre la Banque centrale européenne ou le risque de voir la poursuite de l’union bancaire capoter en raison des conflits d’intérêts des responsables politiques locaux avec les caisses d’épargne et les Landesbanken (banques publiques).

    Enfin, les Allemands sont meurtris que les Français n’aient pas été à leurs côtés dans leur effort exceptionnel pour accueillir les réfugiés syriens. En matière de défense, c’est la France qui fournit la majeure contribution, même si le budget de défense et la vision stratégique de l’Allemagne sont en train de changer.

    La réalité déplaisante pour la France, c’est que la relation est désormais déséquilibrée. Même si l’Allemagne n’est pas exempte de fragilités, elle domine l’Europe. Sa chancelière en est le leader, comme le Président Obama l’a rappelé récemment à Hanovre. Ce n’est pas une raison pour baisser les bras. La France peut améliorer ses performances et regagner en influence. Son retour est attendu par bien des partenaires inquiets d’une possible hégémonie allemande, tandis que l’Allemagne elle-même aspire à partager son fardeau.

    Ainsi, quelle que soit la décision des Britanniques le 23 juin, nous voilà au pied du mur. Bâtir un avenir commun appelle plus d’efforts que l’évocation pavlovienne d’une relation qui s’étiole. Le succès de la coopération franco-allemande au service de l’Europe dépendra d’engagements plus vigoureux, plus créatifs et plus constants que ceux des dernières années. La relation franco-allemande est à reconstruire, autant que l’Union européenne est à refonder.